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Full text of "Controverses et Suasoires, tradition nouvelle, texte revue par M. Henri Bornecque v.2"

CONTROVERSES 

ET SUASOIRES 



SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 



CONTROVERSES 



ET SUASOIRES 

TRADUCTION NOUVELLE 



TEXTE REVU 



M. HENRI RORNECQUE 

Ancien élève de l'Ecole normale supérieure, 

Docteur ès-lettres, 

Maître de Conférences à l'Université de Lille. 



TOME DEUXIEME 



PARIS 

GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS 

6, RUE DES SAINTS-PÈRES, 6 



CONTROVERSES 

(Suite). 



LIVRE VII. 

SÉNÈQUE A NGVATUS, A SÉNÈQUE, A MÊLA SES FILS. 

Sommaire: 1-6. Portrait d'Albucius. — 6-8. Pourquoi il cessa 
de plaider. — 8-fîn. Albucius et Gestius. 

Vous insistez tous les jours auprès de moi pour que je vous 
parle d'Albucius : je ne vous ferai pas attendre plus long- 
temps, quoique je ne l'aie pas entendu souvent, car, pendant 
toute l'année, il ne parlait en public que cinq ou six fois, et 
à ses exercices privés peu de personnes réussissaient à assis- 
ter ; encore regrettaient-elles cette faveur. Il était tout autre 
quand il paraissait devant une foule et quand il parlait devant 
quelques auditeurs, dont il ne se préoccupait pas. En effet il 
commençait assis, et c'est uniquement s'il venait à s'échauffer 
qu'il osait se lever. Sa fameuse philosophie, déplacée dans les 

CONTROVERSIARUM LIBER SEPTIMUS. 

SENECA NOVATO, SENECAE, MELA.E FILIIS SALDTEM. 

1. Instatis mihi cotidie de Albucio : non ultra vos differam, quamvis non 
audierim fréquenter, cum per totum annum quinquiens sexiensve populo dice- 
ret et ad sécrétas exercitationes non multi irrumperent, quos taraen gratiae 
suae paenitebat.- Alius erat, cum turbae se committebat, alius, cum paucitatem 
contempserat. Incipiebat enim sedens et, si quando illum produxerat cal or, 
exsurgere audebat. Illà intempestiva in declamationibus ejus philosophia sine 

T. II. 1 



2 SENEQUE LE RHÉTEUR 

déclamations, se donnait alors carrière sans mesure et sans 
fin ; rarement il développait toute la controverse ; on ne 
pouvait dire que ce fût un plan, ni une déclamation ; c'était 
trop peu pour une déclamation, trop pour un plan. Lorsqu'il 
parlait en public, il appelait à lui toutes ses ressources, et 
voilà pourquoi il n'en finissait jamais : souvent, pendant qu'il 
déclamait, la trompette sonna trois fois [ce qui suppose un 
discours de neuf heures], parce que, dans chaque contro- 
verse, il voulait exposer, non pas tout ce qui doit, mais tout 
ce qui peut être dit. Son argumentation était difficile à suivre 
plus qu'habile ; il entassait arguments sur arguments, et, 
comme s'il ne trouvait rien d'assez solide, il prouvait toutes 
les preuves par de nouvelles preuves. Il avait encore, dans 
son argumentation, un autre défaut : il développait toutes les 
questions, non comme des parties d'une controverse, mais 
comme des controverses. Toute question avait sa proposition, 
son exposition, ses digressions, ses passages d'indignation et 
aussi sa péroraison. Par suite il exposait une seule controverse 
et en traitait plusieurs. Quoi donc? Toute question ne doit-elle 
pas être traitée à fond ? Evidemment si, mais comme une chose 
accessoire, non comme le principal. Un membre n'est pas 
proportionné, s'il est aussi gros que le corps. Son style avait 
un éclat, que je n'oserais pas affirmer avoir jamais retrouvé 
chez un autre orateur. Il avait moins d'idées que de mots : 
il parlait rapidement et à bride abattue, mais après une 
préparation. Le don d'improviser ne lui faisait pas défaut, 
d'après ceux qui le connaissaient plus intimement, mais il 



modo tune et sine fine evagabatur ; raro totam controversiam implebat : non 

posses dicere divisionem esse, non posses declamationem ; tamquam decla- 

mationi multum deerat, tamquam divisioni multum supererat. Cum populo 

dicebat, omnes vires suas advocabat et ideo non desinebat : saepe déclamante 

illo ter bucinavit, dum cupit in omni controversia dicere non quidquid débet 

dici, sed quidquid potest. Argumentabatur moleste magis quam subtiliter : 

argumenta enim argumentis colligebat, et, quasi nihil esset satis firmum, omnes 

probationes probatioiribus aliis confirmabat. 2. Erat et illud in argumentatione 

vitium, quod quaestionem non tamquam partem controversiae, sed tamquam 

controversiam implebat. Omnis quaestio suam propositionem habebat, suam exse- 

, cutionem, suos excessus, suas indignationes, epilogum quoque suum. Ita unam 

-controversiam exponebat, plures dicebat. Quid ergo? Non omnis quaestio per 

< numéros suos implenda est? Quidni? Sed tamquam accessio, non tamquam 

: summa. Nullum habile membrum est, si corpori par est. Splendor orationis, 

r quantus nescio an in ullo alio fuerit. Nonhexis magna, sed phrasis : dicebat 

c enim citato et effuso cursu, sed praeparatus. Extemporalis illi facultas, ut affir- 



CONTROVERSES, VII PREFACE. 3 

croyait qu'il lui faisait défaut. Ses traits, qu'Asinius Pollion 
appelait très justement « blancs », étaient simples, transpa- 
rents, sans pièges, sans artifices, mais sonores et éclatants. 
1 savait toucher efficacement les passions, employer à mer- 
veille les figures, et faire naître des soupçons dans la prépa- 
ration. Rien n'est si préjudiciable à l'orateur qu'une prépa- 
ration trop claire; on voit trop qu'elle cache je ne sais quelle 
méchanceté. Il y faut donc de la mesure, pour qu'elle soit bien 
me préparation et non un aveu < destiné à inspirer con- 
fiance >. Il développait abondamment un lieu commun. On 
ae pouvait, en l'entendant, déplorer la pauvreté de la langue 
atine, tant le flot de sa parole coulait avec élégance ; s'il se 
tourmenta jamais, ce fut pour savoir, non pas comment il 
levait dire les choses, mais quelles choses il devait dire. Il eut 
toujours, pour développer, autant de ressources qu'il voulut; 
mssi avait-il coutume de dire lui-même, afin de montrer qu'il 
n'hésitait jamais dans le choix des mots : « Quand mon 
esprit tient une idée, les mots se présentent en foule. » Par 
mite, il ne fallait pas s'étonner de le trouver inégal : il était 
très brillant et en même temps il nommait les choses les 
plus communes; vinaigre, pouliot, daim, rhinocéros, latrines, 
jponges, il pensait que tout pouvait être nommé dans une 
iéclamation. 

Voici pourquoi il agissait ainsi : il craignait de sembler ora- 
,eur d'école. Mais, en évitant un défaut, il tombait dans un 
mtre, et ne voyait pas que l'éclat exagéré de son style était 
ion pas tempéré, mais souillé par les expressions triviales 



nabant qui propius norant, non deerat, sed putabat ipse sibi déesse. Sententiae, 
[uas optime Pollio Asinius albas vocabat, simplices, apertae, nihil occultum, 
nihil insperatum afférentes, sed vocales et splendidae. 3. Affectus efficaciter 
aovit, figurabat egregie, praeparabat suspiciose. Nihil est autem tam inimicum 
[uam manifesta praeparatio; apparet enim subesse nescio quid mali. Itaque 
Qoderatio est adhibenda, ut sit illa praeparatio, non confessio. Locum béate im- 
)lebat. Non posses de inopia sermonis Latini queri, cum illum audires, tantum 
>rationis cultae fluebat; numquam se torsit quomodo diceret, sed quid diceret. 
Jufficiebat illi in quantum voluerat explicandi vis; itaque ipse dicere solebat, 
uni vellet ostendere non haesitare se in electione verborum : cum rem animus 
iccupavit, verba ambiunt. Inde inaequalitatem in illo mirari non licebat. Splendi- 
lissimus erat : idem res dicebat omnium sordidissimas ; acetum et puleium et 
lammam et rhinocerotem et latrinas et spongias, nihil putabat esse, quod dici 
n declamatione non posset. 
4. Erat autem illa causa : timebat ne scholasticus videretur. Dum alterum 
itium devitat. incidebat in alterum nec videbat nimium illum orationis suae 



4 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

qu'il y mêlait : c'est d'ailleurs un travers universel que d'aimer 
mieux excuser ses défauts que de s'en défaire. En effet Albu- 
cius cherchait les moyens, non pas de n'être pas orateur 
d'école, mais de ne pas avoir l'air de l'être. Il ne supprimait 
rien de son vacarme inutile, mais introduisait des mots vul- 
gaires pour défendre les autres. A cela s'ajoutait l'incons- 
tance de son goût : le dernier orateur qu'il venait d'entendre 
bien parler, il voulait toujours l'imiter. Je me souviens que, 
toute affaire cessante, il alla s'asseoir et prendre des notes à 
l'école du philosophe Fabianus, qui était deux fois plus jeune 
que lui; je me souviens que, tout béant d'admiration pour 
Hermagoras, il brûlait de l'imiter. Il n'avait aucune confiance 
en ses propres moyens : de là ces changements perpétuels; 
aussi, en passant d'un style à l'autre, en voulant être tantôt 
sec et s'en tenir à la simple nudité des choses, tantôt rude et 
vigoureux plutôt qu'élégant, tantôt bref et précis, en s'éle- 
vant parfois trop haut, en descendant parfois trop bas, il gâta 
son talent et parla dans sa vieillesse beaucoup plus mal que 
dans sou âge mûr : l'âge, en effet, n'apportait en lui aucun 
progrès, puisque son goût changeait toujours. L'heureux emploi 
du style familier est une qualité qui se rencontre rarement 
chez les orateurs, car elle demande beaucoup de tact, et 
un peu l'occasion. Cette qualité qu'il avait, il s'en est servi 
avec un succès bien différent : souvent elle lui a réussi, sou- 
vent il a échoué. D'ailleurs il n'est pas étonnant qu'on soit si 
rarement maître d'une qualité qui touche de si près à un 
défaut. Jamais personne n'a manié ce style avec plus de 



splendorem his admixtis sordibus non defendi, sed inquinari; et hoc aequale 
omnium est, ut vitia sua excusare malint quam effugere. Albucius enim non, 
quomodo non esset scholasticus, quaerebat, sed quomodo non videretur. Nihil 
detrahebat ex supervaeuo strepitu ; haec sordida verba ad patrocinium aliorum 
afferebat. Hoc illi accedebat inconstantia judicii : quem proxime dicentem commode 
audierat imitari volebat. Memini omnibus illum omissis rébus apud Fabianum 
philosophum tantojuveniorem, quam ipse erat, cum codicibus sedere; 5. memini 
admiratione Hermagorae stupentem ad imitationem ejus ardescere. Nulla erat 
fiducia ingenii sui et ideo assidua mutatio ; itaque dum gênera dicendi transfert 
et modo exilis esse vult nudisque rébus haerere, modo horridus et valens potius 
quam cultus, modo brevis et concinnus, modo nimis se attollit, modo nimis se 
deprimit, ingenio suo illusit et longe deterius senex dixit quam juvenis dixerat; 
nihil enim ad profectum aetas ei proderat, cum semper studium ejus esset novum. 
ldiotismus est in ter oratorias virtutes res, quae raro procedit; magno enim 
temperamento opus est et occasione quadam. Hac virtute varie usus est : saepe 
lli bene cessit, saepe decidit. Nec tamen mirum est, si diffîculter apprehenditur 



CONTROVERSES, VII PREFACE. 5 

tact que notre Gallion. Dès sa première jeunesse, lorsqu'il 
déclamait, il l'employait avec à-propos, convenance et 
tact, ce qui m'étonnait d'autant plus que cet âge tendre 
répugne à tout ce qui est bas et même à tout ce qui a l'air 
d'être bas. La fortune souriait rarement à Albucius, la renom- 
mée toujours: on avait beau se repentir de l'avoir entendu, 
on aimait à l'entendre. C'était un déclamateur soucieux et 
inquiet, qui craignait toujours d'avoir mal parlé, même lors- 
qu'il avait parlé, si bien qu'il n'avait pas un instant de par- 
faite tranquillité. 

Cette inquiétude l'écarta du forum et même il lui suffît, pour 
cela, de s'être piteusement tiré une fois d'une figure. Dans une 
cause plaidée devant les centumvirs, comme on disait que le 
serment avait été déféré autrefois par son adversaire, il intro- 
duisit une figure tirée de là et telle qu'elle faisait retomber 
sur celui-ci tous les crimes. « Tu veux, dit-il, terminer le 
différend par un serment? Jure, mais c'est moi qui dicterai 
la formule du serment: jure par les cendres de ton père que 
tu n'as pas ensevelies, jure par la mémoire de ton père, » et 
il mena le développement jusqu'au bout. Quand il fut ter- 
miné, L. Arruntius se leva pour la partie adverse et dit : 
« Nous acceptons la convention; mon client va jurer. » 
Albucius criait: « Je n'ai pas proposé de convention; c'était 
une figure. » Arruntius insistait. Les centumvirs, voyant la 
fin de l'affaire, voulaient se hâter. Albucius criait : « A ce 
compte, on bannit de ce monde les figures de rhétorique. » 



vilio tam vicina virtus. Hoc nemo praestitit umquam Gallione nostro decentius. 
6. Jam adulescentulus cum declamaret, apte et convenienter et decenter hoc 
génère utebatur, quod eo magis mirabar, quia tenera aetas refugit omne, non 
tantum quod sordidum sed quod sordido simile est. Raro Albucio respondebat 
fortuna, semper opinio : quamvis paenituisset audisse, libebat audire. Tristis, 
sollicitus declamator et qui de dictione sua timeret, etiam cum dixisset: usque 
co nullum tempus securum illi erat. 

Haec illum sollicitudo fugavit a foro et tantum unius figurae crudelis eventus. 
Nam in quodam judicio centumvirali, cum diceretur jurisjurandi condicio ali- 
quando delata ab adversario, induxit ejusmodi figuram, qua illi omnia crimina 
regereret. 7. « Placet, inquit, tibi rem jurejurando transigi? Jura, sed ego jusju- 
randum mandabo : jura per patris cineres quiinconditi sunt; jura per patris me- 
moriam ; » et exsecutus est locum. Quo perfecto surrexit L. Arruntius ex diverso et 
ait : « Accipimus conditionem ; jurabit. » Clamabat Albucius : « non detuli condi- 
cionem ; schéma dixi.» Arruntius instabat. Gentumviri rébus jam ultimis propera- 
bant. Albucius clamabta : « Ista ratione schemata de rerum natura tolluntur. » 
Arruntius aiebat : « Tollantur ; poterimus sine iliis vivere. » Summa rei haec fuit : 



6 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Arruntius répondait : « Qu'on les en bannisse : nous pourrons 
vivre sans elles. » Bref, les eentumvirs dirent qu'ils pronon- 
ceraient en faveur de l'adversaire d'Albucius, s'il jurait. 
Albucius ne put supporter cet affront, mais, dans sa colère, 
il s'en prit à lui-même, et jamais plus il ne parla au forum. 
C'était en effet un homme d'une extrême probité, qui ne 
savait ni faire, ni supporter une injure. Il avait coutume de 
répéter : « Qu'ai-je besoin de parler au forum, puisque je 
pourrais avoir plus d'auditeurs chez moi que n'importe qui 
au forum? Je parle quand je veux, aussi longtemps que je 
veux; je défends la partie que je veux. » Et, quoiqu'il ne 
l'avouât pas, ce qu'il aimait, dans les déclamations, c'est 
qu'il pouvait y introduire des figures sans danger. 

Cependant, même dans les exercices d'école, il ne pouvait 
échapper aux railleries de Cestius, homme très mordant. 
Albucius avait dit, dans une controverse : « Pourquoi un 
verre se brise-t-il en tombant, tandis qu'une éponge, en tom- 
bant, ne se brise pas ? » Cestius disait : « Allez chez lui de- 
main : il déclamera sur la question de savoir pourquoi les 
grives volent et les citrouilles ne volent pas. » Comme Albu- 
cius avait dit, à propos du frère qui exposa aux flots, dans 
une barque sans agrès, son frère condamné pour parricide : 
« Il mit son frère sur un sac en bois, » Cestius, qui allait 
plaider la même controverse, en exposa le sujet en ces 
termes: « Un frère, à qui l'on avait confié le châtiment de 
son frère, condamné par leur père au tribunal domestique, 
sur l'accusation de leur belle-mère, l'exposa aux flots sur un 
sac en bois. » Le mot fut accueilli par de grands éclats de 

centumvir dixerunt dare ipsos secundum adversarium Albucii, si juraret; ille 
juravit. Albucius non tulit hanc contumeliam, sed iratus calumniam sibi im- 
posuit : numquam amplius in foro dixit ; erat enim homo summae probitatis, qui 
nec facere injuriam uec pati sciret. 8. Et solebat dicere : « Quid habeo quare in \ 
foro dicam, cum plures me domi audiant quam quemquam in foro? Cum vola 
dico, dico quamdiu volo, assum utri volo. » Et quamvis non fateretur, delectabat 
illum in declamationibus, quod schemata sine periculo dicebantur. 

Nec in scholasticis tamen effugere contumelias poterat Cestii, mordacissimi 
hominis. Cum in quadara controversia dixisset Albucius : « Quare calix si 
cecidit frangitur, spongia si cecidit non frangitur ? » aiebat Cestius : « Ite ad 
illum cras ; declamabit vobis, quare turdi volent, cucurbitae non volent. » 
9. Cum dixisset Albucius in illo fratre, qui fratrem parricidii damnatum in 
exarmata nave dimisit : « ïmposuit fratrem in culleum ligneum, » Cestius eam- 
dem dicturus sic exposuit controversiam : « Quidam fratrem domi a pâtre damna- 
tum noverca accusante, cum accepisset ad supplicium, imposuit in culleum 



CONTROVERSES, VII PRÉFACE. 7 

rire. Mais à lui non plus la déclamation ne porta pas bon- 
heur ; il y fut bien inspiré dans de rares endroits. Et comme 
ses écoliers ne le louaient pas, il s'écria : « Personne ne les 
embarquera donc sur un sac en bois, qui les mènera dans je 
ne sais quel pays où les verres se brisent et les éponges ne 
se brisent pas? » Je vois ce que vous désirez : entendre des 
traits plutôt que des plaisanteries. Soit; écoutez les traits 
qui furent dits précisément dans cette controverse-là. 



ligneum. » Ingens risus omnium secutus est. Sed nec ipsi bene eessit declamatio; 
paucas enim res bonas dixit. Et cum a scholasticis non laudaretur : « Nemo, 
inquit, imponet hos in culleum iigneum, ut perveniant nescio quo terrarum, ubi 
calices franguntur, spongiae non franguntur? » Video quid velitis : sententias 
potius audire quam jocos. Fiat : audite sententias in hac ipsa controversia dictas. 



SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 



I (46). 

LE PÈRE MIS EN LIBERTÉ PAR SON FILS 
DEVENU CHEF DE PIRATES. 

Un homme avait deux enfants de sa première femme : après 
la mort de celle-ci, il se remaria. Sur l'accusation delabelle- 
mère, il condamna pour parricide, au tribunal domestique, 
un des deux jeunes gens et confia à l'autre le soin d'exécuter 
la sentence : celui-ci l'embarqua sur une barque sans agrès. 
Le jeune homme, porté par les flots chez des pirates, devint 
leur chef. Dans la suite, le père, parti en voyage, fut fait pri- 
sonnier par le fils et renvoyé par lui dans sa patrie. Il chasse 
son autre fils. 

[Pour le FtLs].Albucius Silus. Je n'ose ni juger la conduite 
de mon frère, ni <même> en parler : je le remercie et le félicite 
tout à la fois d'avoir pu sauver son père, qui l'avait condamné 
à mort. — Bouleversé par des événements si terribles, je 
n'étais capable de rien peser, ni de rien voir. — Les crimes 
que j'ai commis pendant ces tortures que nous envoyait la 
fortune sont plus nombreux, mon père, que tu ne semblés 
le supposer et je vais te les révéler. M'as-tu livré mon frère 



1(16). 

AB ARCHIPIRATA FILIO DIMISSUS. 

Mortua quidam uxore, ex qua duos filios habebat, duxit aliam. 
Alterum ex adulescentibus, noverca accusante, domi parricidi dam- 
navit ; tradidit fratri puniendum : ille exarmato navigio imposuit. 
Delatus adulescens ad piratas archipirata factus est. Postea pater 
peregre profectus captus est ab eo et remissus in patriam. Abdicat 
filium. 

1. Albuci Sili. De fratre nec judicare audeo nec loqui : uno nomine ei et 
gratias ago et gratulor, quod patrem servare potuit mori jussus. — Tanta tem- 
pestate confusus neque aestimare quicquam neque dispicere potui. — Plura 
tibi criraina, pater, fortuna torquente, quam quae \ideris ipse nosse, indicabo. 



CONTROVERSES, VII 1 (16). 9 

sans liens ou chargé de liens, je ne sais : telle était ma stupeur 
qu'il aurait même pu s'enfuir; et je ne me souvenais pas bien 
si ce rôle m'avait été confié par mon père ou ma belle-mère, 
si c'était, dans l'esprit de celui qui m'en avait chargé, un 
service à rendre à mon frère ou un châtiment à lui infliger, 
la punition d'un parricide ou un parricide. — Tu m'or- 
donnes de coudre mon frère dans le sac ? Je ne puis, mon 
père. Tu ne me pardonnes pas ou tu ne me crois pas? Je 
prétends que, toi non plus, tu n'aurais pas pu, si un tyran 
t'avait dit : « Viens, de tes propres mains, coudre ton fils 
< dans un sac > ». Pour un tel office tu pourrais te servir de 
tes yeux, de tes mains ? Tu pourrais entendre les gémisse- 
ments de ton fils, enfermé < dans le sac >? Si oui, je crains 
que tu n aies condamné un innocent; si non, le témoignage 
de mon père même a montré ce qu'un frère ne saurait faire 
contre son frère. — Pourquoi m'accuser d'avoir laissé mon 
frère impuni, quand mes projet sont été réduits à néant par le 
destin ? Mon frère n'a obtenu de moi ni la vie, ni la permis- 
sion de fuir; tout ce qu'il a obtenu de moi, c'est un autre 
genre de mort que le sac. Ma cause est <fmême> mauvaise, 
si l'on songe que c'était mon frère. Où pouvait-il mettre 
son espérance? Dans le gouvernail? Il n'y en a pas. Dans 
les rames? Il n'y en a même pas. Dans un compagnon? Il 
ne s'est trouvé personne pour l'accompagner vers ce nau- 
frage inévitable. Dans les voiles, dans les vergues ? Tous les 
agrès, tous ont été coupés; aucune espérance de salut. Est-ce 
aux yeux de mon père que je dois me justifier ou aux yeux 

Solutum mihi fratrem tradideris an alligatum, tiescio : quantum ad meum stu- 
porera attinet, etiam fugere potuit ; nec satis memineram, taie rninisterium mihi 
pute)" an noverca mandasset, rninisterium an poenam esse voluisset, vindictam 
parricidii an parricidium. — Insui culleo fratrem jubés ? Non possum, pater. 
Non ignoscis? An non credis? Ego contendo ne te quidem posse, si quis tibi 
dixisset tyrannus : veni, tuis manibus filium insue. In hoc opère potes oculis 
tuis, potes manibus tuis uti ? Potes audire inclusi filii gemitum ? Si potes, timeo 
ne innocentem damnaveris ; si non potes, quid frater in fratrem non posset, 
patrem testem dedi. — 2. Quid accusas, quod impunitatem fratri dederim, cum 
fato consilium meum victum sit? A me frater ut viveret non impetravit, ut fuge- 
ret non impetravit : nihil aliud impetravit, quam ut aliter quam in culleo more- 
retur. Malam causam habeo, ut inter iratres. Ubispes? In gubernaculo? Nullum 
est. In remigio? Ne hoc quidem est. In comité? Nemo repertus est naufragi 
.cornes. In vélo ? In antemna ? Omnia nempe instrumenta circumcisa sunt, 
.adminiculum spei nullum est. Patri sum excusandus an f rat ri? — De filio tuo 
c hoc respondeo : quamdiu in patrio solo morari licet, civis est : projectus in 

T. II. 1. 



10 SENEQUE LE RHETEUR 

de mon frère ? — Pour ton fils, voici ce que je réponds : 
tant qu'il lui est permis d'habiter le sol de sa patrie, il de- 
meure citoyen; une fois abandonné aux caprices de la mer, 
tout ce qu'il fait, tout ce qu'il subit depuis son exil et son 
naufrage, alors qu'il a vu se briser tous les liens de la vie 
de société, tout cela c'est une partie de son châtiment et non 
pas l'effet d'une nature cruelle. — Mais, si d'autres se 
plaignent, toi-même, par ton témoignage, tu viendras prouver 
qu'il n'est pas un pirate. — Mol, je lui ai enlevé la vue de la 
terre et du jour, et jusqu'à la possibilité de mourir comme 
les autres hommes ; la Fortune même, qui a eu pitié de lui, 
ne lui a laissé que la mer. — Il me dit : « Il faut que je 
meure ; mon père l'a ordonné; je ne te demande pas de me 
faire errâce et il ne t'est pas permis de ne pas exécuter les 
ordres que tu as reçus. Placé entre un père irrité et un frère 
condamné à mourir, prends le moyen-terme qu'autorise ta 
piété <filiale et fraternelle> : tue-moi pour satisfaire à mon 
père, mais fais-moi grâce du sac; je consens à mourir, mais 
je veux que ta main reste pure; je rapporterai aux enfers 
cette faveur que m'accorde ton affection ; je dirai que, grâce 
à mon frère, j'ai pu mourir d'une autre mort que les parri- 
cides. » 

Asinius Pollion. Écoutez-moi sans prévention : je vous 
ferai voir qu'il faut absoudre même celui qui a été condamné. 
— Il me dit : « Ton frère est vivant; » je n'en crois rien. Il 
me dit : « Il m'a sauvé. » Maintenant je te crois. — Voici, en 
résumé, toute l'histoire : dans cette maison, où l'on a cru si 
facilement à un parricide, moi je n'ai pu tuer mon frère et 
mon frère a sauvé son père. — « Que me veux-tu avec cette 

mare, quidquid post exilium et naufragiura vel facit vel patitur ab omni foedere 
vitae communis abstractus, poenarum ejus pars est, non nequitiae opus est. — • 
Sed aliis querentibus te ipsutn testem dabo, non esse piratam. — 3. Ego illi 
terrae, ego lucis conspectum, ego etiam mortis humanae facultatem a^stuli ; 
Fortuna ipsa, quae miserita ejus est, nihil tamen illi praeter mare reliquit. — 
« Moriendum, iuquit, est mihi ; pater jussit : neque ego te deprecor ne moriar, 
nec tibi licet non facere quod jussus es. Inter patrem iratum et fratrem moritu- 
rura arbitrium pietati tuae necessarium suscipe : sanguinem meum patri refer, 
culleum mihi remitte; volo mori, sed pura manu tua; hoc pietatis tuae munus 
ad inferos perferam, licuisse mihi per fratrem aliter quant parricïdae mori. * 
4. Asini Pollionis. Aequas mihi praebete aures : dabo vobis etiam dam- 
natum absolvendum. — « Vivit, inqult, /rater ; » non credo. «Servavit, inquit, 
me ; » fecisti ut crederem. — Haec est summa rerum gestarum : in ea domo* 
in qua facile parricidium creditum est, ego fratrem occidere non potuit 



CONTROVERSES, VII 1 (16). H 

planche, < me dit mon frère >? Je prétends mourir d'un 
coup. » 

Q. Hatérius. Des nuages épais lançaient de tous côtés les 
éclairs et la foudre; des orages terribles, au fracas épouvan- 
table, avaient intercepté le jour : partout la pluie et toutes les 
fureurs de l'ouragan; je me dis : c'est que la mer attend un 
parricide. — Des coups de vent soulevèrent tout à coup les 
fîots devenus redoutables même pour des navires munis de 
tous leurs agrès. Je l'avoue, je l'avoue, j'ai dit : « Si mon 
frère est innocent, je te le recommande, ô Fortune. » — J'ai 
trouvé une barque abandonnée par des naufragés, un débris, 
qui était même un présage défavorable pour une navigation ; 
car si un capitaine l'avait aperçu, il aurait différé son voyage. 
Il était déjà naufragé quand je le poussai loin du rivage. 

Marcellus Aeserninus. « Mon frère, lui dis-je, ce sera pour 
toi un bateau, si tu es innocent, un sac, si tu es coupable. » 
— Je n'ai pas commis de parricide et (les hommes se trom- 
pent si aisément !) j'ai cru en avoir commis un. — Je me 
demandais si j'obéirais à mon père : « Mon frère, me dit-il, 
tu seras le premier dans notre maison à commettre un par- 
ricide. » 

Argentarius. Ce que tu m'avais ordonné a été fait : mon 
frère est mort. Il me répond : « Il vit et m'a remis en liberté. » 
Quelle heureuse preuve qu'il vit encore ! — Il a levé vers le 
ciel ses deux mains : « Si je n'ai jamais eu de pensées con- 
traires aux sentiments naturels, si, même condamné, j'aime 
encore mon père, protégez-moi, dieux immortels, les véri- 
tables juges de tous les accusés. » S'il mentait en parlant 

frater patrem servavit. — « Quid mihi cum ista tabula? Semel mori volo. » 
Q. Hateri. Emicabant densis undique nubibus fulmina et terribili fragore 
horridae tempestates absconderant diem : imbres undique et omnia procellis 
saevientia; exspectat, inquam, parricidam mare. — Intumuerat subitis tempes- 
tatibus mare justis quoque navigiis horrendum . Fateor, fateor, dixi : fratrem 
tibi, si innocens est, Fortuna, commendo. — Inveni relictum a naufragis navi- 
gium, fragmentum, infelix etiam navigaturis omen, quod si quis gubernator 
ridisset, iter suum distulisset. Naufragus a litore emittitur. 

5. Marcelli Aesernini. Habes, inquam, frater, si innocens es, navigium, 
si nocens, culleum. — Non feci parricidium et (quam facile errarnus homi- 
nés!) factum putavi. — Deliberabam an parerem patri : «Frater, inquit, tv. 
primus in domo parricidium faciès. » 

Argentari. Quod jusseras factum est : periit frater. « Vivit, inquit, et me 
"dimisit; » bono argumento probatur vivere. — Utrasque ad caelum manus sus- 
tulit : « Si nih.il umquam impie cogitavi, si patrem meum etiam damnatus diligo : , 



12 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

ainsi, il s'était souhaité à lui-même une mauvaise navigation : 
voilà dans quelles conditions il a dirigé son embarcation ! 

Blandus. Il y avait, couchée sur le rivage, une barque qui, 
même en bon état, avait eu peu de chance dans ses courses 
< sur mer >. Je le croirai parricide si, lorsque tu l'as quitté, 
il t'a donné à ton tour cette barque. — Brusquement, sans 
m'en rendre compte, je perdis toute force; mon épée et mes 
sens m'échappèrent à la fois; mes mains se trouvent paraly- 
sées, et, je ne sais par quel trouble, des ténèbres viennent 
voiler mes yeux égarés. J'ai compris comme il était difficile 
de commettre un parricide, même sur l'ordre d'un père. — 
Puisses-tu venir à mon secours, Fortune,, toi qui seule, dans 
notre maison, regardes le malheur d'un œil favorable, 
,puissé-je avoir le bonheur de vivre ou de mourir en honnête 
homme, puissé-je être le dernier accusé dans notre maison, 
comme il est vrai qu'il jurait que sa belle-mère avait été 
pour lui meilleure que son frère ! 

Cornélius Hispanus. Je l'avoue : j'ai voulu le tuer; mais 
j'ai compris alors comme il était difficile de commettre un 
parricide. — Il me dit : « Moi, j'ai voulu tuer mon père ! Main- 
tenant encore j'en serais incapable. » — Notre père a navigué 
par un jour serein, sur une mer tranquille, suivant une route 
commencée sous d'heureux auspices, à bord d'un vaisseau 
sans avaries. Pourtant la navigation a été meilleure pour le 
condamné que pour celui qui l'avait condamné. — « Va, dit-il, 
il ne m'a pas été permis de t'avoir comme père, je t'aurai 
comme défenseur, retourne < dans notre pays >. » Chez un 
fils, c'est une grande marque de bons sentiments que d'aimer 

di immortales, veri reorum omnium judices, adeste. » Si aliter sentiret, infelicia 
sibi imprecatus est maria : sic navem suam rexit. 

6. Blandi. Jacebat in litore naviyium, quod etiam integrum infeliciter 
vexerat. Credam parricidam^ si tibi proficiscenti navigium suum reddidit. — 
Subito mihi non sentienti ferrum cum animo pariter excidit ; torpent manus, 
et nescio qua perturbatione tene^rae stupentibus offunduntur ocidis. Intellexi 
quam difficile esset parricidium facere, etiam quod imperaret pater. — Ita 
mihi, quie solamiseros in domo nostra respics, Fortuna, succnrras, ita mihi 
contingat aut honeste degere aut mori, ita ex domo nostra ego sim ultimus reus, 
ut ilie jurabat meliorem se novercam habuisse quam fratrem. 

7. Corneli Hispani. Fateor, volui occidere; sed tune intellexi quam dif- 
ficile esset parricidium. — « Ego, inquit, patrem occidere volui ? Ne nunc qui- 
dem possem. » — Pater noster navigavit sereno die, tranquillo mari, auspicato 
itinere, intégra nave. Quid hoc est? Felicius navigavit damnatus quam qui 
damnaverat. — « Vade, inquit; patrem te habere mihi non lie uit, habebo patro- 



CONTROVERSES, MI 1 (16). 13 

son père, même quand il a été condamné par lui au dernier 
supplice. Croyez-vous qu'il ait apprisla vertu chez les pirates, 
ou qu'il ne l'ait pas oubliée, même chez eux? 

Arellius Fuscus. Il aurait pu tuer son père < sur son 
vaisseau >. Quels témoins avait-il à craindre? — Chassé par 
mon père, oùirai-je? Sur mer? Impossible, j'ai à redouter 
la colère des pirates. — Quand on me livra mon frère et 
qu'on m'ordonna de le punir, je crus, je vous en donne ma 
parole, qu'on voulait seulement éprouver si j'étais capable de 
commettre un parricide. 

Porcius Latron. C'en était fait de toi, mon père, sans ce 
parricide. 

Triarius. C'est sur une épave qu'il naviguait. — Il a fait 
plus que de ne pas tuer son père : il l'a renvoyé sur un vais- 
seau sans avaries. — Voici qu'on le dit aussi pirate : c'est la 
deuxième fois qu'il entend diriger une fausse accusation contre 
lui. 

Cestius Pius. C'était, ou plutôt cela avait été une barque, 
mais pourrie, les planches disjointes, funeste présage pour 
une navigation. <I1 me dit> : « Couds-moi dans le sac : du 
moins, si je sens les flots, je ne les verrai pas. » — Les voiles, 
quoique déchirées, se gonflaient aux vents, et cette barque, 
une épave, aurait dépassé des flottes bien gréées : on voyait 
bien qu'elle portait un homme destiné à sauver son père. 
'■ — marâtre, cruelle et obstinée! Quand tout a cédé, sa rage 
éclate encore. Cependant les mers sont maintenant tranquil- 
les, les brigands pitoyables, les colères désarmées. — Nous 

imm ; revertere . » Magnum piotalis argumentum filio carus pater etiam pos 
supplicium. Otrum vobis videtur innoantiam apud piratas didicisse, an ne 
apud piratas quidem perdidisse? 

Arelli Fusci patris. Potuit patrem occidere : ecquem testera timebat? — 
Abdicatus a pâtre quo me conferam? In maria? Non possum : iratos habeo pira- 
tas. — Cum traditus est mihi i'rater imperatumquc ut sumerem supplicium, si 
qua est fides, tentari me putavi, an possem parricidium facerc. 

8. Porci Latronis. Perieras, pater, nisi in parricidum incidisses. 

Triari. In nauiïagio navigabat. — Parum est quod non occidit patrem ; 
immo etiam intégra nave dimisit. — Etiam pirata dicitur : iterum falso crimine 
maie audit. 

Cesti Pii. Erat nauigium, immo fuerat, sed putre, resolutis compagibus, 
infelix omen navigationis.« Insue me culleo : certe sentiam maria, non et videbo.» 
— Scissa quo que vêla fecerant sinus et armât as classes nau fraya praecesserat 
ratis : scires navigare qui servaturus esset patrem. — O crudelis et pertinax 
novercal Post omniadevicta nihilominus saevit» Maria jam quiescunt, prae- 



14 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

passions devant le tombeau de notre mère, craignant, lui la 
mort, moi le crime : je regardai, juges, si la fortune ne nous 
présenterait pas l'occasion de la charger du crime. Il y avait 
là, couchée <sur lagrève>, une barque très vieille, usée par la 
mer, pouvant à peine porter un homme. — Je me présente 
devant vous avec l'intention de remporter une belle victoire, 
en vous prouvant que je suis bien parricide. 11 me dit : « Tu 
n'as pas tué ton frère. » Marâtre, écoute cette parole qui va 
te combler de joie : j'avoue que je suis parricide; j'ai tué 
mon frère; suis-je à l'abri d'une condamnation, mon père, 
si je le prouve? Je l'ai embarqué sur un esquif sans agrès; 
n'est-ce pas le tuer? A vrai dire, une marâtre trouve <tou- 
jours> que son beau-fils n'est jamais assez tué. — La nature 
nous a ouvert bien des chemins vers la mort et bien des 
routes descendent vers les enfers; voilà le plus grand 
malheur des hommes : pour eux il n'y a qu'une façon de 
naître, il y en a beaucoup de mourir : corde, épée, précipice, 
poison, naufrage, mille autres morts tendent des pièges à 
notre pauvre existence. Cette barque aussi, c'est une mort, 
mais plus lente. — Ceux qui sont là debout, dans cette 
foule, disent : « Gomment épargner cet homme qui a tué 
son frère et le prouve?» — Dans ta maison, <marâtre>, 
tu t'arranges pour trouver un couple de parricides^ l'un par 
son crime, l'autre par son rôle. — <Mon père m'objecte> : « Tu 
as embarqué ton frère sur une barque. » Mais quelle barque? 
Vous savez que rien n'est plus dangereux que les vaisseaux 
même les mieux équipés : on n'est séparé de la mort que par 



donesjam miserentur, irati jam parcunt. — Ibamus praeter sepulehrum matris, 
ille mortem timens, ego scelus : spectavi, judices, an fortuna nobis objiceret 
scelus. Jacebat navigium pervetus et attritum salo, vix unius capax animae. — 
9. Veni ad vos victoriam pulehram petiturus, ut probem me parricidam. « Non 
occidisti, inquit, fratrem. » Noverca, audi tibi jucundissimam vocem : fateor me 
parricidam, occidi fratrem ; tutus sum, pater, si hoc probavero ? Imposui in 
exarmatam navem : non est hoc occidere ? Nôvercae quidem numquam satis 
privignus occiditur. — Multas rerum natura mortis vias aperuit et multis iti- 
neribus fata decurrunt, et haec est condicio miserrima humani generis, quod 
nascimur uno modo, multis morimur : laqueus, gladius, praeceps locus, vene- 
num, nauiragium, mille aliae mortes insidiantur huic miserrimae animae. Et hoc 
occidere vocatur, sed diutius. — Si quis nunc stat in turba, hoc dicit : huic 
quisquam parcat, qui fratrem suum occidit et occidisse se probat? — 10. Gom- 
ponis in domo par, ut alter scelere sit parricida, al ter ministerio. — Impositus 
est in navem frater : qualem navem ? Scitis nihil esse periculosius quam etiam 
instructa navigia ; parva materia sejungit fata. Quid vero, si non rudentibus 



CONTROVERSES, VII 1 (16). 15 

un peu de bois. Que dire, lorsque la vie n'est pas protégée 
par des cordages, n'est pas défendue par des voiles, par un 
gouvernail? La barque est sans agrès; ses deux flancs sont 
percés; on embarque le malheureux sur cette épave; sur cet 
esquif, qui, abandonné à lui-même, sombrerait, on ajoute 
encore une nouvelle charge. Mais voici que ce navire reçoit 
ses agrès de la divinité; tout à coup il se couvrit de voiles; 
tout à coup le navire commença à se redresser et à s'élever 
sur les flots. — C'est un grand secours dans le péril que l'in- 
nocence. La mer roule des flots furieux. Les tempêtes brisent 
leurs vagues écumantes contre les flancs de la barque ; de tous 
côtés les dangers menacent le navire; mais l'innocence n'a 
rien à craindre. mers plus justes que les jugements! tem- 
pêtes plus clémentes qu'un père ! Cette vie qu'il a condamnée, 
vous l'avez sauvée. Et la divinité ne s'est pas bornée aie con- 
duire au port en sûreté, à lui faire trouver un abri à bord de 
la flotte des pirates; elle a voulu que son père eût l'idée de 
naviguer et qu'il fût pris, juges, pour qu'il se repentît de sa 
sentence. « Ma belle-mère, lui dit son fils, a pu me faire con- 
damner pour parricide; même en me faisant condamner, elle 
n'a pu me rendre parricide. Reconnais mon innocence au 
milieu de la mer, puisque tu n'as pas voulu la reconnaître 
chez nous. » Il accompagna ces paroles d'embrassements, de 
baisers : est-ce ainsi qu'un parricide a jamais congédié son 
père? 

Junius G-allion. Je ne reconnais rien du premier procès : 
mon frère a été traduit devant un tribunal domestique, moi 
devant un tribunal d'État; on a reproché à lui d'avoir com- 

eommittitur illa anima, non velis, non gubernaculo defenditur ? Exarmata navis 
est, utroque patens latere ; imponitur miser in naufragium ; navigio per se pes- 
sum ituro pondus insuper additur. Ecce navis divinitus armatur : subito visa 
sunt vêla, subito navis coepit erigere se et attollere. — Magnum praesidium in 
periculis innocentia. Saevum mare volvitur, procellae spumante impetu latera 
navigii urgent, pulsatur undique navis periculis : innocentia tamen tuta est, 
11. maria j ustiora judiciïs ! mitiores procellae pâtre! Quam ejecit is, 
vos servavistis animam! Nec hoc tantum divinitus gestum est, quodpervenit tutus 
in portum, excipitur classe praedonum; habeat pater mentem navigandi : capia- 
tur, judices, ut illum paeniteat sententiae suae. « Damnare me noverca parricidii 
potuit; parricidam facere ne damnando quidem potuit. Gognosce innocentiam 
meam in mari, quam domi noluisti. » Complexu, osculis prosecutus est : sic 
patrem parricida dimisit ? 

12. Juni Gallionis. Multa non agnosco : frater domi damnatus est, ego in 
publico ; illi objectum est quod parricidium fecerit, mihi quod non feeerim; ille 



16 SENEQUE LE RHETEUR 

mis un parricide, à moi de n'en avoir pas commis; lui niait, 
et moi, pour me défendre, je dois adopter un système tout 
nouveau < et dire > : « Oui, j'ai tuè mon frère; » <car>, dans 
cette maison où l'on condamne les parricides, c'est ainsi que 
l'on est innocent. Je vois que vous avez peine à écouter ce nou- 
veau systèm e de défense ; aussi j 'aime mieux prouver mon inno- 
cence à vous qu'à mon père. Je n'ai pas tué mon frère, je n'ai 
pas pu le tuer; craintes, douleurs, larmes, tout nous était 
commun; nous avons eu même père, même mère, même 
belle-mère; j'ai naturellement le cœur trop sensible, l'âme 
trop faible. La nature n'a pas donné le même caractère à tous 
les hommes : les uns sont plus cruels, les autres plus clé- 
ments; chez les pirates mêmes ne se trouve-t-il pas des 
hommes incapables de verser le sang? — Vous croyez que j'ai 
été choisi de préférence pour qu'il ne fût pas livré à la 
mort, comme cela eût été à craindre d'un autre? Si notre 
mère avait été encore en vie, c'est à elle, je pense, qu'il 
l'aurait livré : j'étais le plus proche parent; c'est à moi qu'il 
l'a remis. — Que vous en semble? A-t'il voulu faire tuer son 
fils par la main de son frère, ou éloigner un beau-fils <de sa 
marâtre>? — Je rougis de me défendre ainsi; je crains 
que, lorsque j'aurai commencé le récit de ma conduite, vous 
ne me disiez : « Ne prétendais-tu pas que tu étais incapable 
de tuer un homme? » 

Musa. C'est moi qu'on a choisi pour me confier le châti- 
ment de mon frère. Dans quelle intention tu l'as fait, mon 
père, c'est un point sur lequel tout le monde discute : pour 
moi, si à ce moment tu désirais me voir user d'indulgence, je 



Hegabat, mihi novo patrocinio utendum est : « fratrem occidi ; » in ea domo, in 
qua parricidia damnantur, haec innocentia est. Video vos invitos audire hoc 
genus defensionis : malo itaque me vobis innocenterai probare quam patri. Fra- 
trem non occidi, non potui fratrem occidere ; idem timuimus, idem doluimus, 
idem flevimus, eumdem patrem habuimus, eamdem matrem, eamdem novercam ; 
mitioris natura pectoris sum, mollioris animi. 13. Non idem omnibus mortalibus 
natura tribuit ingenium : alius durior est, alius clementior ; apud piratas quoque 
invenitur quinonpossit occidere. — Putatis me electum, ne alius occideret? Si 
mater nostra viveret, puto, illi tradidisset : quod proximum fuit, mihi tradidit. — 
Utrum vobis videtur per manus fratris punire filium voluisse, an ablegare privi- 
gnum? — Pudet me patrocini mei; timeo, ne, cum coepero narrare quid fece- 
rim, dicatis : certe negabas posse te hominem occidere. 

14. Musae. Traditus est frater puniendus mihi potissimum. Quo istud pro- 
posito, pater, feceris, apud plerosque disputationem habet : ego, si quid mitius 



CONTROVERSES, VII 1 (16). 17 

ne l'ai pas compris; j'ai embarqué sur cet esquif mon frère, 
qui protestait et demandait à être cousu dans le sac. — Tu 
me reproches trop de faiblesse; il y a des caractères plus doux 
qu'il ne convient, d'autres plus sévères qu'il n'est nécessaire ; 
certains, à égale distance de l'un et de l'autre excès, tenant un 
juste milieu, sont absolument maîtres d'eux-mêmes. Il y a des 
hommes qui peuvent accuser, condamner et tuer ; d'autres 
sont si doux qu'ils sont incapables même de porter un témoi- 
gnage qui pourrait faire tomber une tête. Pour moi, je ne 
puis tuer un homme : on trouve ce défaut même chez les 
pirates. — Les uns ne peuvent vivre sans fonctions dans 
l'Etat ; pour d'autres, vivre à l'écart, au coin de leur foyer, 
loin de toute haine, voilà la vraie tranquillité; on n'arrive 
pas à persuader à quelques-uns de s'engager dans les liens du 
mariage, à certains de s'en passer ; d'aucuns craignent les 
camps, pour d'autres les cicatrices sont un sujet de joie. Dans 
cette diversité de caractères, voyez quelle petite faute je vous 
prie d'excuser : ce n'est pas pour mon ambition ou ma paresse 
que je demande l'indulgence; j'ai le cœur pitoyable, je suis 
incapable de tuer un homme. Tu dois, mon père, être heu- 
reux de me voir ce caractère : jamais, avec une telle nature, 
un fils ne commettra de parricide. Ce défaut, à ce qu'il me 
semble, je le tiens de toi. Ne croyez-vous pas à la bonté de 
celui qui a confié à un frère le châtiment de celui qu'il avait 
condamné? — Un centurion de Lucullus ne put tuer Mithri- 
date ; sa main et son esprit à la fois furent paralysés; et 
Mithridate pourtant, ô bon Jupiter, quel parricide avéré! 

illo tempore voluisti fieri, non intelle û; imposai in navem recusantem et insui 
culleo postulantem. — Objicis mihi molliorem animum : alius mitior est plus 
quam débet, alius saevior quam necesse est, mediis alius affectibus inter utrum- 
que posilus lotus in sua poteslate est. Quidam et accusare et damnare possunt et 
occidere, quidam tam mites sunt ut non possint in caput ne testimonium quidem 
dicere. Non possum hominem occidere : hoc vitium et apud piratas invenitur. — 
Alii vivere sine rei publicae administratione non possunt, aliis in privato lare et 
extra omnem invidiam secessisse praecipua tranquillitas est, aliis non potest per- 
suaderi ut matrimoni > obligentur, aliis ut careant; sunt qui castra liment, sunt 
qui cicatricibus suis gaudent. 15. In tanta morum varietate, videte quantulum 
sit quod excusem : non ambitioni, non inertiae veniam peto; miserieors sum, non 
possum occidere hominem. Gratulare, pater, naturae meae : numquam ejusmodi 
filius parr cidium t'aciet. Hoc vitium a te traxisse videor. An non putatis mise- 
ricordem qui que m damnamt p».niendu"i fratri dédit? — Centurio Luculli 
Mithridaten non potu.it orcidirn (dexlra, simul acmens elanguit); pro bone Jupi- 
ter! Mithridaten quam non dn.bium parriciloml 



18 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

Pompeius Silon. Réjouis-toi, mon père; aucun de tes 
deux fils n'a commis un parricide. — Quand il a quitté le 
port, il était déjà naufragé. Raconte, mon père, comment tu 
as quitté celui qui a quitté ainsi < la terre >. — Veux-tu 
savoir, mon père, qui est plus coupable, l'accusateur ou l'ac- 
cusé? Embarque ma belle-mère sur un autre esquif ; qu'elle 
adresse aux dieux des vœux, des prières; si ce n'est pas un 
innocent qu'elle a accusé, si ce n'est pas un beau-fils irrépro- 
chable qu'elle a chargé, elle rencontrera de ces pirates, qui 
savent renvoyer leurs prisonniers de cette façon. 

Thèse opposée. Musa. Mon fils, mon assassin, règne sur 
la mer. 

Sépullius Bassus. Nie maintenant qu'il ait été parricide, 
puisque tu sais qu'il est pirate. 

Gavius Sabinus. Indigne forfait! Un parricide, condamné, 
a pu, après son châtiment, dire à son père : « Meurs ». 

Division. — Latron distingua les questions suivantes : Pou- 
vait-il faire ce qu'ordonnait son père ? Non, répond-il, il n'est 
pas permis de tuer son frère; en outre celui-là n'avait pas 
été légalement condamné, car il ne l'avait pas été devant 
un tribunal d'État. « Pardonne-moi si je suis trop scrupu- 
leux, quand je vois un homme condamné si facilement : je 
crains qu'on ne m'accuse de parricide. C'est facile. Si c'est 
devant le tribunal domestique que je dois plaider ma cause, 
je puis, même coupable, espérer d'être acquitté : au forum* 
que répondre ? « J'ai tué mon frère?» On m'appelle déjà 
parricide, pour n'avoir pas défendu l'accusé. » S'il pouvait le 



Pompei Silonis. Gaude, pater : ne u ter ex filiis tuis parricidiurn fecit. 
— Ditnisi a portu naufragum. — Narra, pater, quomodo te dimiserit sic dimis- 
sus. — Vis, pater, scire, accusator nocentior sit an reus? Conjice in alteram 
navem novercam; illa faciat vota, precetur : si neminem innocentem accusavit, 
si privigmim immerentem non oppressit, in eos piratas incidet, qui sic sciant 
captos dimittere. 

Altéra pars. 16. Musae. Parricida meus in mari régnât. 

Sepulli Bassi. Nega nunc parricidam fuisse quem scis esse piratant. 

Gavi Sabini. Facinus indignum ! Damnatus parricida post poenam potuit 
dicere patri suo : « Morere. » 

Divisio. Latro in has quaestiones divisit : an licuerit ilii quod jubeba 
pater facere. Non licet, inquit, fratrem necare ; nec jure ille damnatus erat : non 
enim judicio publico ceciderat. « Ignosce si diligentior sum, cum videam hominem 
tam facile damnari : timeo ne quis me parricidi postulet. Facile est. Si dicenda 
erit domi causa, etiam nocens absolutionem sperare potero : in foro quid les- 
pondebo? « Occidi fratrem? » Parricidam me quidam jam vocant, quod non adfu 



CONTROVERSES, VII 1 (16). 19 

faire, devait-il le faire ? « Il est coupable, mais c'est mon 
frère. Les droits de la nature sont sacrés, même chez les 
pirates. Qu'aurais-tu pensé de moi, si j'avais exécuté tes 
ordres ? < Au contraire > j'espère que, dans l'avenir, tu ajou- 
teras difficilement foi à une accusation de parricide dirigée 
contre moi. » Même s'il devait obéir à son père, ne faut-il 
pas l'excuser de n'en avoir pas eu le courage ? « Je vais faire 
un aveu qui, peut-être, froissera vos oreilles; j'ai voulu 
obéir à mon père; j'ai voulu tuer mon frère; je n'ai pas pu. 
Brusquement des ténèbres ont voilé mes yeux, mon esprit a 
été paralysé, ma respiration s'est arrêtée et je me suis éva- 
noui. Je ne puis tuer mon frère. Mets à ma place un pirate; 
il ne pourra pas. Il est des hommes qui ne peuvent tuer un 
scélérat; certains sentent leur main faiblir, même contre des 
ennemis. De même le service que t'a rendu mon frère n'est 
pas si grand que tu le crois ; il n'a pas voulu ne pas te tuer, 
il n'a pas pu. » Il termina en se demandant si, tout en 
n'ayant pas tué son frère, comme il a cependant infligé un 
châtiment au condamné, il mérite d'être chassé. Le père 
dit en effet : « Si tu ne pouvais pas, tu n'avais qu'à refuser 
et à me faire informer que tu ne pouvais pas. » A cet en- 
droit. Latron eut une inspiration très admirée : « Il m'ob- 
jecte : « Tu n'avais qu'à me dire que tu ne pouvais pas. » Tu 
ne le savais donc pas? Tu m'as donc cru capable de le tuer? 
Pourquoi donc parlais-tu comme si tu n'avais prononcé que 
contre un de tes enfants une condamnation pour parricide ? » 
Ensuite : a-t'il puni son frère? Ici, description du supplice, 
qu'il présenta comme plus horrible même que le sac, et il 

reo. » 17. Si licuit, an debuerit. « Nocens est iste, sed mihi frater est. Naturae 
jura sacra sunt etiam apud piratas. Quid de me tu judicaturus es, si fecero ? 
Puto, difficulter postea in me parricidium credes. » Etiamsi debuit parère patri, 
an ignoscendum sit illi, si non potuit ? « Fatebor, inquit, quod fortasse offensu- 
rum est aures : patri parère volui, volui fratrem occidere, non potui. Obortae 
sunt subito tenebrae, deriguit animus, sublapsum est intercepto spiritu corpus. 
Non possum fratrem occidere. Pone hoc loco piratam : non poterit. Quidam 
occidere hominem nefandum non possunt ; quorumdam adversus hostes déficit 
manus. Fratris quoque beneficium non est tam magnum, pater, quam putas : 
non ille te noluit occidere, sed non potuit. » Novissimas illas partes fecit : quam- 
vis non occiderit, si tamen puniit damnatum, an abdicari non debeat. Dicit enim 
pater : sinon poteras, negasses et misisses ad me, non posse te. 18. Hoc loco 
dixit Latro rem valde laudatam : « Dixisses, inquit, te non posse. » Ita tu nes- 
ciebds c l Putasti me posse occidere? Quid ergo sic loquebaris, tamquam unum 
parricidi condemnasses ? Deinde, an punierit fratrem. Hic descriptio supplicii, 



20 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

ajouta que le châtiment du jeune homme n'était pas encore 
terminé, puisque celui-ci était retenu parmi des barbares, 
tels qu'il était contraint de renoncer à revoir sa patrie, ses 
concitoyens, son fojer, mais, chez ces pirates mêmes, il n'est 
pas contraint à un parricide. Tel fut le plan suivi par ceux qui 
jugèrent bon de ne pas plaider la cause du condamné, mais 
seulement celle qui leur était proposée ; un autre fut adopté 
par ceux qui jugèrent bon de défendre aussi le condamné, 
entre autres par Varius Géminus qui déclarait la cause du 
jeune homme excellente, s'il n'avait pas voulu tuer son frère, 
quoique coupable, meilleure encore, s'il n'avait pas voulu 
le tuer, parce que non coupable, hypothèse qu'autorise la ma- 
tière. Voici donc les questions que distingua Géminus s, avec 
ceux qui partagèrent son opinion : doit-il être chassé, même 
s'il n'a pas tué son frère coupable ? A cet endroit il dit : « Je 
n'en avais ni le droit, ni le devoir, ni la force. » Et si c'est 
un innocent qu'il a épargné ? A ce propos, Géminus eut un 
joli mot, lorsqu'il eut commencé à défendre son frère sur tous 
les points, comme s'il était accusé : « On me dira peut-être : 
« Tu le défends bien tard. » Je n'ai pu le faire plus tôt; au- 
jourd'hui pour la première fois la question a été portée au 
forum. » Enfin : même si son frère était coupable, la punition 
n'était-elle pas suffisante ? 

[Couleurs] . [Pour le fils]. Pour la couleur, les plus grands 
orateurs et déclamateurs discutèrent longuement s'il fallait 
attaquer ou non la belle-mère. Passiénus, Albucius, et, 
outre les orateurs, une grande partie des jeunes rhéteurs 
furent d'avis de ne rien dire : il y en eut aussi qui s'attaquèrent 

quod dixit gravius etiam culleo fuisse, et adjecit hodie quoque illum poenas dare 
inter barbaros inclusum, per quos necesse est illi patria, populo, lare carere ; 
sed ne per illos quidem necesse est parricidiura facere. Hac divisione usi sunt 
qnibus placuit damnati causam non defendere et tantum suam agere ; alia usi 
sunt quibus placuit et illius causam defendere, inter quos et GeminusVarius 
fuit, qui aiebat adulescentem optimam causam habere, si non occidit fratrem 
etiam nocentem, meliorem tamen, si non occidit innocentem ; patitur autem 
materia. 19. Fecit ergo has quaestiones Géminus et quibus idem placuit : an 
abdicari non debeat, etiamsi nocentem fratrem non occidit. Hic dixit : non licuit, 
non d*bui, non potoi. An, si innocentem non occiderit. Bellam rem hoc loco 
Géminus dixit, cum coepisset per oranes numéros fratrem tamquam reum defen- 
dere : dicet, inquit, aliquis : « Tam sero défendis ? » Non potui citius : hodie 
primum res in forum delata est. Novissime : an etiam nocentem satis punierit. 

20. De colore inter maximos et oratores et declamatores disputatum est, 
utrumne aliquid deberet dici in novercam an nihil. Passiénus et Albucius 



CONTROVERSES, VII 1 (16). 21 

à la belle-mère ; il y en eut également qui, sans parler ouver- 
tement, voulurent procéder par sous-entendus et figures. Pas- 
siénus n'approuvait pas ce dernier système, disant qu'il serait 
plus honnête et mieux reçu de faire peser sur la belle-mère 
une accusation qu'un soupçon. Certains restèrent maîtres 
d'eux au début seulement; ensuite ils furent emportés par 
leur élan : il est plus excusable de choisir une mauvaise cou- 
leur que d'y tomber. 

Latron introduisit dans la narration cette couleur juste, 
dont il se servit pendant tout le plaidoyer : « Je n'ai pas pu 
tuer. » Et après avoir peint avec beaucoup de souffle le jeune 
homme qui chancelait et s'évanouissait à la pensée de tuer 
son frère, il ajouta : « Marâtre, cherche une autre accusation 
contre ton beau-fils : il est incapable d'un parricide. » 

Cestius employa une autre couleur : « Nous passions, dit- 
il, devant le tombeau de notre mère. Mon frère se mit à invo- 
quer ses mânes; cela me toucha. » Et il passa rapidement sur 
la couleur avec cette pensée puérile : « Que faire ? Mon père 
m'ordonnait de tuer, ma mère me le défendait. » Il se servit 
d'une seconde couleur : < J'ai pensé en moi-même : on ne 
m'a pas commandé de le tuer de ma main, ou avec une corde, 
ou en le jetant dans la mer; je suis libre de choisir le sup- 
plice. » 

Arellius Fuscus employa la couleur suivante : « Je crus 
que mon père voulait m'éprouver; le même supplice, pen- 
sai-je, lui servira à punir l'un de ses enfants et à éprouver 
l'autre. » 



et praeter oratores magna novorwn rhetorum manus in hanc partent transie- 
runt; fuerunt et qui in novercam invefierentur; fuerunt et alii, qui non qui- 
dem palam dicerent, sed per suspiciones et figuras, quam rem non probabat 
Passienus et aiebat minus verecundum esse aut tolerabile infamare novercam 
quam accusare. Quidam principia tantum habuerunt in sua potestate, deinde 
,ablati suntimpetu: excusatius est autem in malum colorem incidere quam 
transire. 

Latro illum introduxit colorem rectum in narratione, quo per totam actio- 
nem usus est : non potui occidere. Et cum descripsisset ingenti spiritu tituban- 
tem et inter cogitationem fratris oceidendi concidentem, dixit: noverca, aliud 
quaere in privignum tuum crimen ; hic parricidium non potest facere. 

21. Cestius colore alio usus est. Transiebamus, inquit, secundum matois 
sepulchrum. Invocare coepit mânes ejus : motus sum. Et puerili sensu colorem 
transcucurrit : quid facerem, inquit? Occidere pater jubebat, mater vetabat* 
Altero colore dixit : haec mecum cogitavi : non est imperatum ut manu occide- 
rem, non ut laqueo, non ut mari ; eligere supplici genus liberum est. 



22 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Albucius donna plus de place à l'argumentation et 
repoussa presque toutes les couleurs. Dans la narration, il 
employa une couleur qui lui fit dire : « Accorde-moi cet 
unique bienfait : permets que je ne meure pas comme les 
parricides. » 

Argentarius dit, comme si le frère < condamné > n'eût 
pas été l'inventeur de ce stratagème : « Je me suis demandé 
ce que je ferais : enfin j'ai trouvé le moyen de punir le par- 
ricide sans en commettre un moi-même. » 

Passiénus employa la couleur que voici : « Je n'ai pas cru 
que mon père voulût, en aucun cas, voir tuer son fils. Toutes 
ses mesures me semblaient annoncer l'indulgence : il l'avait 
jugé à la maison, parmi les siens. C'est à son frère, me dis-je, 
qu'il l'a livré : eh bien ! s'il n'avait pas voulu le sauver, est-ce 
à lui qu'il l'aurait livré ? » 

Asinius Pollion attaqua la belle-mère; aussi employa-t'il 
la couleur suivante : « Je me suis demandé ce que je pouvais, 
ce que je devais faire. Je me dis : si un forfait aussi odieux a 
été commis, ce n'est pas à moi de le châtier; la punition de 
ce crime regarde les triumvirs, les comices, le bourreau. Pour 
un si grand crime, le châtiment ne peut venir que de l'état, 
comme le jugement. » 

Marcellus dit : « Ainsi, parce qu'il a commis un parricide, 
je dois en commettre un aussi! » Et il ajouta ce mot, que 
j'ai cité plus haut : « Mon frère, lui dis-je, ce sera.... > 

Varius Géminus dit, lui aussi : « Je n'ai pas voulu le tuer. 
J'ai pensé : la marâtre a su partager habilement sa haine 



FUSCUS Arellius hoc colore usus est : tentari me putavi a pâtre; uno 
inquam, supplicio alterum filium punire, alterum experiri vult. 

Albucius in argumentis plura posuit et omnes fere colores detrectavit. In 
narratione hoc colore usus est et dixit : hoc unum mihi praesta beneficium : 
sine me non tamquâm parricidam mori. 

22. Argentarius, tamquam non frater esset hujus consili inventor, dixit ; 
cogitavi quid facerem ; tandem inveni quomodo parricidium viDdicarem sine 
parricidio. 

Passiénus hoc colore usus est : non putavi patrem velle utique occidi 
filium. Videbatur mihi omnia misericordiae praeparasse : quod domi cognoverat, 
quod inter suos. Fratri, inquam, tradidit : âge, si parcere noluisset, huic tradi- 
disset? 

Pollio Asinius dixit in novercam; itaque illo colore usus est : cogitavi 
■mecum quid liceret, quid oporteret, Si tantum, inquam, nefas commissum est, 
nullae meae partes sunt : ad expiandum scelus triumviris opus est, comitio, ""car- 
nifice. f anti sceleris non magis privatum potest esse supplicium quam judicium. 



CONTROVERSES, VII 1 (16). 23 

entre ses deux beaux-fils; elle les a attaqués de façon diffé- 
rente : à l'un elle reproche un parricide, à l'autre elle en 
. ordonne un. » Et dans la narration il défendit l'accusé au 
moyen de la figure suivante : « Je demandai à mon frère : 
« Devant quel préteur as-tu été accusé? » « Devant aucun, » 
me répondit-il. « Quel a été ton accusateur? » « Personne. » 
« Quel est, ou plutôt quels sont les témoins qui t'ont accusé? 
Car, même pour un crime moins grave, on ne s'en remet pas 
à un seul témoin? » « Personne, » me dit-il. a Qui a prononcé 
la sentence? »« Personne. Pourquoi continuer? reprit-il. Si 
j'avais été coupable, ce n'est pas entre tes mains qu'il m'au- 
rait remis. » 

Sépullius Bassus employa la couleur suivante : « Je 
n'avais pas ce qu'il faut pour châtier un parricide, le sac, les 
serpents : j'ai lancé cependant le parricide dans la mer [ou: 
sur les mers] . » 

Hispanus employa une couleur un peu dure : « J'ai choisi, 
dit-il, ce supplice comme plus cruel. Quoi! pensai-je, il sera 
cousu dans un sac, et, aussitôt, ne sentira plus le supplice? 
Non, qu'il reste longtemps dans les angoisses du danger, et, 
tourment que n'ont pas à souffrir même les parricides enfer- 
més dans un sac, que lui-même assiste à son supplice; qu'il 
n'ait rien à espérer et tout à craindre. Il doit avoir une mort 
plus cruelle que les autres parricides : c'est son père qui l'a 
condamné. » Et il employa cette couleur durant toute la 
déclamation, ne cessant de répéter qu'il avait choisi ce sup- 
plice comme plus cruel. Cette couleur ne plaisait pas aux 
juges avisés. « Quelle espérance peut-il avoir d'être acquitté, 

MarcellllS dixit : ita si iste parricidium fecit, ideo et ego faciam ? Et illam, 
quam supra sententiam rettuli : habes, inquam, frater. 

23. Varius Geminns et ipse dixit : nolui occidere. Egregie, inquam, 
noverca inter privignos divisit odium ; aliter alium aggressa est : al teri parrici- 
dium objicit, alteri mandat. Et hac illum figura défendit in narratione : inter- 
rogavi fratrem : apud quem praetorem eausam dixisti ? « Apud nullum, », inquit. 
Quis accusator fuit? « Nemo. » Quis testis ? Immo qui testes ? Uni enim etiam de 
minore scelere non creditur. « Nemo, » inquit. Quis de te pronuntiavit ? « Nemo. 
Quid porro? inquit; ego si reus fuissem, ad te non misisset? » 

Sépullius Bassus hoc colore usus est : non habui parricidi instrumenta, 
non culleum, non serpentes : parricidam tamen in maria projeci. 

24. Hispanus duro colore usus est : hoc, inquit, snpplicium tamquam 
gravius elegi. Quid ? Iste, inquam, insuetur et statim omnem sensum supplici 
effugiet? Immo sollicitus pendeat et, quod ne insuti quidem parricidae patiuntur, 
ipse poenam suam spectet; nihil speret, timeat omnia. Pejus débet quam ceteri 



24 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

disaient-ils, si, n'ayant pas obéi à son père, il ne s'est pas 
proposé d'épargner son frère? » 

Hatérius employa la couleur suivante : « Je me suis long- 
temps demandé : est-il parricide, celui dont aucun témoin 
n'atteste le crime, qu'aucune dénonciation ne confond? Oui, 
mais est-il innocent, celui que condamne un père? Et j'ima- 
ginai un supplice en rapport avec la situation : une barque 
sans agrès, mais non pas cependant hors de service, capable 
de punir mon frère ou de l'absoudre. » 

Triarius sembla, lui aussi, dans son plaidoyer, avoir voulu 
laisser aux dieux le soin de prononcer sur son frère et dit : 
« Enfin, ayant levé les mains au ciel, je m'écrie : « Puissances, 
que je ne connais pas, qui commandez à la terre, qui régnez 
sur les gouffres de la mer, qui, du haut des eieux. contemplez 
les choses humaines, je vous invoque : je confie le condamné 
aux flots; dieux, portez votre jugement, après mon père. » 
Ce trait , paraît-il, est traduit du grec, mais, en grec, il est 
de plus mauvais goût. « Poséidon, maître des gouffres inson- 
dables, toi à qui le sort a remis le royaume des mers, on te 
livre un parricide : après mon père, sois son juge. » 

Parlant pour le père, à propos de la liberté que lui rendit 
le chef des pirates, Cestius s'exprima ainsi : « Il pensa que 
ce serait pour moi un châtiment plus cruel que la mort, » et 
il dit, dans sa narration : « Je lui demandai de me tuer; il 
n'y consentit pas. » 

Varius Géminus dit : « S'il m'a remis en liberté, ce n'est 

parricidae mori : a pâtre damnatus est. Et hoc colore per totam declamationem 
usus est, ut diceret hoc se tamquam gravius elegisse supplicii genus. Displice- 
bat color hic prudentibus : quant enim spem habet absolutionis, si nec paruit 
nec pepercit ? 

Haterius hoc colore usus est : diu mecum disputavi. Parricida est, quem 
non testis protrahit, non index coarguit ? Quid ergo ? Innocens est quem con- 
demnat pater? Invenioque poenam simillimam rei : exarmatam, non tamen ex 
toto perditam ratem, quae vel punire fratrem posset vel absolvere. 

25. Triarius et ipse quasi caelestem sententiam de fratre ferri voluisset egit 
et dixit : tandem ad caelum manibus levatis : « Quidquid est, inquam, quod terris 
imperat, quod régnât profundo, quidquid est quod ex sublimi res spectat huma- 
nas, invoco : damnatus alto committitur ; di, judicate post patrem ! » Haec sen- 
tentia dicebatur ex Graeco translata, sed Graeca corruptior est : nô<jzi8ov t 
àfjiETç^xwy &ÉffiïOTa fïuOwv, tîjv IvaXiov x'XYipwcrâjxsve ^affi^eiav, àvâyeTai 7caTpoxxôvoç» 
jxetS. icaxÉpa 8iiitx.aov. 

A parte patris, quod ab archipirata dimissus est, sic Cestius : poenam r 
inquit, putavit mihi hanc esse morte graviorem. Et sic posuit in narratione : roga- 
bam ut occiderer ; non impetravi. 



CONTROVERSES, VJI i (16). 25 

pas qu'il tînt à me voir hors de danger; c'était un moyen de 
défense; car, ne m'ayant pas tué cette fois-là, il avait l'air de 
n'avoir pas eu non plus ce dessein auparavant. » 

Latron dit : « Y a-t-il un homme plus malheureux que 
moi? Je dois la vie à un parricide. » 

Dioclés de Caryste, parlant pour le jeune homme, expri- 
ma, dans l'exorde, une pensée délicate; il disait qu'il ne 
voyait pas à son père de motif pour le chasser : il n'avait pas 
eu l'occasion de se livrer à la débauche; on ne lui reprochait 
pas de parricide; il était même sous le coup d'une accusation 
tout opposée. « Peut-être, dit-il, mon père se plaint-il que, 
lorsqu'il a été pris, je ne l'aie pas racheté. »I1 ajouta : « Il n'y 
avait pas besoin de rançon; c'était son enfant. » Et comme il 
développait, dans la dernière partie, cette idée qu'un père 
doit supporter même les défauts de ses enfants, surtout lors- 
qu'il n'a qu'un fils, il ajouta : « Tu as vérifié par toi-même, 
mon père, que même un fils pervers une fois peut être ver- 
tueux. » 

On loua Artémon pour sa description de la tempête ; il 
l'amena d'une manière habile : « Écoute le départ de cet 
homme, dont la navigation fut heureuse. » Et, parlant de la 
barque même, il trouva un beau début : « Une barque aban- 
donnée, dont la carrière était achevée. » Il termina sa des- 
cription par ce trait : « C'est un naufragé qui sortait du port. » 
Dans sa narration, il arriva au père par une transition élé- 
gante : «Raconte maintenant, mon père, comment tu as quitté 
celui qui a quitté ainsi la terre. » 

26. Varius Geminus ait : in hoc me dimisit, non quia me volebat sal- 
Tum esse, sed ad patronicium suurn, ut, quia non nunc occiderat, videretur 
nec ante voluisse. 

Latro dixit : quis porro me uno miserior est, qui vitam parricidae debeo? 

Diocles Carystius elegantem sensum in prooemio posuit pro adulescente, 
cum diceret causas se abdicationis non invenire, luxuriae se occasionem non 
habuisse, parricidium sibi non objici, etiam contrario se nomine laborare : for- 
tasse, inquit, queritur, quod captum non redemerim. Adjecit : oùv. l^'v Xûipcov * 
7caïç vjv. Et cum tractaret in ultima parte debere patrem etiam vitia liberorum 
ferre, Utique in unico, adjecit : rce-rceiçacrai, 7càTEp, oxt xa\ itovYiçbç Ivîote ulôq Itrrtv 
£uj£pï)erTOç. 

Artemo in descriptione tempestalis laudatus est, et belle accessit ad eam : 
-c^v tou eÙTïlovîo-avxoç àvayiopiv axoucrov, et cum de ipso navigio diceret, pulchre 
coepit : encàcpoç epvijxov àvôcrxou tû^tjç, et ultimam descriptionis sententiam propo- 
suit : vauccyoç cVrcb lt[*£vwv àvvftÔYj, et ad patrem in narratione eleganter transiit : 

^LVÎY Y l <Tai v ^ v » TtâTep, 7iù>ç cr' àTcéXuerev outu? àiro'XuÔEtç. 

T. II. 2 



26 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

G-lycon dit : « La condamnation portée au tribunal domes- 
tique par un seul juge ne suffit pas : sur ton épave, vogue 
vers un autre jugement; celui qui n'a rien à se reprocher 
trouve les destins propices. » 

J'ai coutume de vous dire que Cestius, en sa qualité de 
Grec, souffrait d'une disette de mots latins^ mais avait des 
idées en abondance : aussi, toutes les fois qu'il osa se risquer 
dans une description un peu longue, il resta court, surtout 
lorsqu'il se proposait d'imiter un écrivain de génie, ainsi qu'il 
arriva dans cette controverse. En effet, dans la narration, en 
peignant la scène où on lui avait confié son frère, il se con- 
tenta de ce développement unique et faible : « La nuit 
était profonde, juges, et tout ce qui chante était muet sous 
les étoiles. » Julius Montanus, le compagnon de Tibère, poète 
de talent, disait que Cestius avait voulu imiter cette descrip- 
tion de Virgile : « C'était la nuit, et, sur toutes les terres, les 
animaux fatigués, les oiseaux, le bétail étaient plongés dans un 
sommeil profond. » Virgile, lui, avait été heureux dans son 
imitation, car il avait reproduit, en les embellissant, ces très 
beaux vers de Varron : « Les chiens avaient cessé d'aboyer et 
les villes se taisaient ; tout était plongé dans le calme repos 
de la nuit. » Ovide avait coutume de dire de ces vers qu'il y 
avait un moyen de les rendre beaucoup meilleurs : c'était de 
couper la deuxième partie du second vers et de s'arrêter 



GlyCOIl dixit : l&ia. xçitou evo'ç oùx ocçxEt' xa-cà&îxV lut xtv' au 8ixv\v Iv vauct-f 1 '*? 
%\tV supîffxet to [j.yi&èv àS'iKeTv TÛpjv. 

27 Soleo dicere vobis Cestium Latinorum verborum inopia ut hominem 
Graecum laborasse, sensibus abundasse ; itaque, quotiens latius aliquid deseri- 
bere ausus est, to tiens substitit, utique cum se ad imitationem magni alicujus 
ingeni derexerat, sicut in hac controversia fecit. Nam in narratione, cum fratrem 
traditum sibi deseriberet, placuit sibi in hac explicatione una et infelici: nox erat 
concubia, et omnia, judices, canentia sub sideribus muta erant. Montanus Julius, 
qui cornes fuit Tiberii, egregius poeta, aiebat illum imitari voluisse Vergili des- 
criptionem : 

Nox erat et terras animalia fessa per omnes 

alituum pecudumque genus sopor altus habebat [Aen. 8, 26 sq.] ; 
at Vergilio imitationem bene cessisse, qui illos optimos versus Varronis exprès- 
sisset in melius : 

Desierant latrare canes urbesque silebant ; 

omnia noctis erant placida composta quiète. 
: Solebat Ovidius de bis versibus dicere, potuisse fieri longe meliores, si secundi 
Tersus ultima pars abscideretur et sic desineret : « Omnia noctis erant. » Varro 



CONTROVERSES, VII 1 (16). 21 

après omnia noctis erant. Vairon rendit à merveille la 
pensée qu'il se proposait d'exprimer; Ovide, dans ce vers, 
voulut retrouver celle qu'il avait dans l'esprit; car ce vers 
signifiera tout autre chose, selon qu'il est tronqué ou entier. 

quem voluit sensum optime explicuit, Ovidius in illius versu suum sensum in- 
yenit ; aliud enim intercisus versus significaturus est, aliud totus significat. 



28 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 



II (17). 
POPILLÏUS ASSASSIN DE GIGÉRON. 

Il pourra y avoir procès pour conduite blâmable. 

Popillius, accusé de parricide, avait été défendu par Cicé- 
ron et acquitté. Quand Gicéron fut proscrit, Popillius, envoyé 
par Antoine contre lui, le tua et rapporta sa tête à Antoine. 
On l'accuse pour sa conduite. 

[Contre Popillius]. Sépullius Bassus. Si Gicéron avait 
accusé Popillius [au lieu de le défendre], il vivrait encore. 
— Popillius a tué Gicéron; vous ne doutez plus, je l'espère, 
qu'il n'ait tué son père. — « Pour qu'il meure d'un seul coup, 
je te donnerai tant : » me sera-t-il permis de faire cette con- 
vention pour Gicéron ? 

Gavius Sabinus. Tout ce qui dépendait de nous, nous 
l'avons fait : le moment est venu où Popillius regrette Gicé- 
son. — € Popillius, lui dit <Antoine>, tu es capable de tuer 
Cicéron, car tu es capable de tuer même ton père. » 

Porcius Latron. Certainement, puisqu'il était destiné à 
tuer Gicéron, il devait commencer par son père. — « An- 



II (17). 

POPILLIUS CICERONIS INTERFECTOR. 

De moribus sit actio. 

Popillium parricidii reum Cicero défendit ; absolutus est. Proscriptum 
Ciceronem ab Antonio missus occidit Popillius et caput ejus ad Antoniura 
rettulit. Accusatur de moribus. 

1. Bassi Sepulli. Si accusasset Cicero Popillium, viveret. — Occidit Cice- 
ronem Popillius : puto,jam creditis occisum ab isto patrem. — « Ut uno ictu 
pereat, tantum dabô (cf. Cic. de Suppliais 45, 118) : » pro Cicérone sic liceat 
pacisci ? 

Gavi Sabini. Quod unum potuimus, effecimus ut veniret tempus, quo Popil- 
lius Ciceronem desideraret. — « Popilli, potes, inquit, Ciceronem occidere; potes 
vel patrem. » 

Porci Latronis. Prorsus occisurus Ciceronem debebat inci^re a pâtre. — 



CONTROVERSES, VII 2 (17). 29 

toine, dit-il, m'a donné cet ordre. » Ne rougis-tu pas, Popil- 
iius ? Ton général t'a cru capable d'un parricide. — Il lui a 
tranché la tête, il lui a coupé les mains, si bien que le 
moindre de ses crimes est d'avoir tué Cicéron. — Indignité ! 
Si heureuse pour nous que soit l'issue de ce procès, nous abou- 
tirons uniquement à faire rougir celui qui a tué Cicéron. 

— Grands dieux ! L'assassinat de Cicéron, je dois le nommer 
une « conduite blâmable ». 

Albucius Silus. Il frappe ce grand homme à la gorge et 
lui tranche la tête au ras de l'épaule. Va maintenant pré- 
tendre que tu n'es pas un parricide. — Tu as pourtant été 
favorisé du bonheur une fois, en tuant ton père avant Cicé- 
ron. — Cicéron a touché les juges pour un parricide, plus 
facilement que son client pour lui-même. — Défenseurs, cet 
exemple vous touche : Popillius déteste surtout les hommes 
auxquels il doit le plus. — Où que vous soyez, juges, qui 
avez siégé lors de son premier procès, ne vous repentez-vous 
pas de l'avoir acquitté ? 

Argentarius. Il est impie, il est ingrat, et, j'ose le dire, 
il est parricide : celui qui l'avait défendu s'en est bien aperçu. 

— Tourne tes yeux vers le forum : c'est là que tu t'es assis 
au-dessous de Cicéron [qui te défendait] ; tourne tes yeux vers 
les rostres [où l'on avait cloué la tête et les mains de Cicéron] : 
c'est là que tu t'es tenu debout au-dessus de Cicéron. — Quel 
a été le pouvoir de ton éloquence, Cicéron! C'est pour con- 
duite blâmable que Popillius est accusé. — Il a coupé la tête 
de son défenseur : voilà, longtemps après, les marques de 
respect de ce client acquitté. — Pitié maintenant, je t'en prie 

« Antonius, inquit, me jussit. » Non pud<>t te, Popilli? Imperator te tuus cre^ 
didit posse pari-iridium facere. — A bscidit caput, amputavit manum, effecit ut 
minimum in illo esset crimen, quod Ciceronem occidit. — Facinus indignum ! 
Felicissime licet cedat actio, id solum proficiemus, ut qui Ciceronem occidit tan- 
tum erubescat. — Pro di boni ! Occisum Ciceronem malos mores voco. 

2. Albuci Sili. Caedit cervices tanti viri et umero tenus recisum amputât 
caput. I nunc et nega te parricidam ! — Hoc unum tamen féliciter fecisti, quod 
ante occidUti patrem quam Ciceronem. — Facilius pro parricida Cicerojudic-'S 
movit quam pro se client em . — Ad vos hoc, patroni, exemplum pertinet : nullos 
magis od>t Popillius quam qu>bu< plurimum débet. — Ubicumque estis, judices, 
qui in istum reum sederatis, ecquid paenitet absolvisse ? 

Argentari. Impius est, ingratus est, audeo dicere : parricida est; sensit qui 
defenderat. — Respice forum : hic sub Cicérone sedisti; respice rostra : hic supra 
Ciceronem stelisti. — Quantum eloquentia tua, Cicero, potuit ! Popillius de mori- 
bus reus est. — Abscidit cervices ioquentis : haec est absoluti clientis post Ion- 



30 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

Popillius : Antoine ne t'a ordonné que le meurtre de Cicéron. 
— Il a commis deux parricides : l'un, vous en avez entendu 
parler, l'autre, vous l'avez vu. 

Cestius Pius. Si je dis : « Sa jeunesse a été honteuse, son 
enfance a été infâme, » il me répondra : « Gicéron les a déjà 
défendues. » — N'as-tu pas honte, Popillius ? Celui qui t'avait 
accusé vit encore [et ton défenseur est mort]. — « Quoi de 
plus commun pour les vivants que l'air, pour les morts que 
la terre, pour ceux qui sont le jouet des flots que la mer, 
pour les naufragés que le rivage ? » Parricide, tu n'aurais 
même pas eu tout cela. 

Fulvius Sparsus. Antoine n'aurait jamais cru que Popil- 
lius commettrait ce crime, s'il ne s'était souvenu qu'il avait 
commis aussi un parricide. — Indignité ! C'est moi qui dé- 
fends Cicéron, quand il a défendu Popillius ! 

Menton. Seul Popillius a eu le courage de tuer Cicéron^ 
comme Cicéron seul a eu le courage de défendre Popillius. 

— Ce parricide, que niait Cicéron vivant, sa mort l'a prouvé. 

— Etrange destinée de Cicéron ! Antoine, qu'il avait accusé, 
l'a proscrit, Popillius, qu'il avait défendu, l'a tué. — Si tu 
avais été condamné, le bourreau t'aurait alors cousu dans un 
sac. — Je vois ce qu'il peut répondre : Antoine ne croira pas 
que Popillius a tué Gicéron, à moins qu'il ne lui en apporte 
une preuve. 

Triarius. Sois pour Cicéron comme les parents de Cati- 
lina, les amis de Verres et les clients de Clodius : ne 

gumtempussalutatio. — Parce jam, quaeso, Popilli : nihil tibi nisi occidendum 
Ciceronem mandavit Antônius. — Duo fecit parricidia, quorum alterum audistis, 
alterum vidistis. 

3. Oesti Pii. Si dixero : « Adulescentia turpis est, infamis pueritia, » respon- 
debit : « Jam ista Cicero défendit. » — Non pudet te, Popilli ? Accusator tuus 
vivit. — « Quid tam commune quam spiritus vivis, terra mortuis, mare fluctuan- 
tibus, litus ejectis? [Cic. pro Sex. Rose. 26, 72] » Parricida his etiam tu 
caruisses. 

Fulvi Sparsi. Non credidisset Popillium facturum Antônius, nisi in men- 
tem illi venisset illum et parricidium fecisse. — Facinus indignum ! Ame défen- 
deur Cicero, cum Popillium Cicero défendent. 

Mentonis. Non magis quisquam alius occidere Ciceronem potuit praeter 
Popillium quam quisquam Popillium praeter Ciceronem defendere. — Parricidam, 
cum vivus negarit Cicero, occisus ostendit. — Fortunam Ciceronis ! Antônius. 
illum proscripsit, quiaccusatus est, Popillius occidit, qui defensus est. — Sidam- 
natus esses, carnifex te culleo tum insuisset. — Video quid respondeat : non cre- 
det Antônius occisum Ciceronem a Popillio, nisi ei signum attulerit. 

4. Triari. Praesta Giceroni quod propinqui Catilinae, quod amici Verris> 



CONTROVERSES, VII 2 (17). 31 

touche pas à un proscrit. — Il ose même porter ses mains 
sur un mort; il mutile celui qu'il a tué : Popillius, c'est là ton 
troisième parricide. 

Pompeius Silon. Gomment lever davantage tes scrupules? 
Ne sois pas pour Cicéron, plus cruel qu'Antoine. 

Cornélius Hispanus. Dis : « Antoine, je suis capable de 
ce crime; j'ai tué mon père aussi. » — Les amis de Cicéron 
étaient tranquilles, du moment qu'on envoyait contre lui 
Popillius. 

Arellius Fuscus. Tu as pu tuer Cicéron? Et lui qui 
nous avait si bien persuadé que tu étais incapable d'un 
parricide ! Tu as tué, toi, Cicéron, quand il te disait : « As-tu 
à redouter quelque dénonciation de tes compagnons ! Ci- 
céron doit-il craindre un seul de ceux qui accompagnent 
Popillius? » 

Q. Hatérius. Celui qui, autrefois, est revenu < à Rome > 
porté sur les épaules de toute l'Italie, voilà comme, aujour- 
d'hui, l'y ramène un Popillius! — Quand la tête de Cicéron 
eut été placée en évidence sur les rostres, la crainte avait 
beau enchaîner les âmes, le peuple ne put retenir ses gémis- 
sements. 

Julius Bassus. Il dit : « Cicéron était proscrit. » Et ton 
père, lui, l'était-il ? 

Blandus. Les dieux mânes du vieux Popillius, et l'âme 
de ce père qui n'est pas encore vengé, voilà ce qui te pour- 
suit, Cicéron, pour te forcer à reconnaître un parricide que 
tu as nié. 

quod clientes Clodi praestiterunt : proscriptum transi. — Ne a mortuo quidem 
mamis abstinet : lacérât occisum. Popilli, hoc parricidium tertium tuum est! 

Pompei Silonis. Numquid magis exonerare te possum ? Praesta Ciceroni 
quod Antonius. 

Comeli HiSpani. Die : Antoni, ego istud scelus facere possum : et patrem 
occidi. — Securi erant amici Ciceronis, postquam ad illum Popillius missus est. 

Arelli Fusci patris. Potuisti Ciceronem occidere ? At quam nobis bene 
persuaserat Gicero parricidium te facere non posse ! Occidisti tu Ciceronem 
loquentem : numquid, inquit, est aliquis ex tuis verendus index ? An nemo Cice- 
roni timendus est, qui cum Popillio venit ? 

5. Q. Hateri. Qui modo Italiae umeris relatus est, nunc sic a Popillio refer- 
tur ? — Proposito in rostris capite Ciceronis, quamvis omnia metu tenerentur, 
gemitus tamen populi liber fuit. 

Juli Bassi. « Proscriptus, inquit, erat Cicero. » Pater certe tuus proscriptus 
non fuit. 

Blandi. Di mânes Pouilli senis et inultae patris, Cicero, te persequuntur 
animae, ut quem negasti parricidam sentias. 



32 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Capiton. J'ai traduit devant vous le criminel le plus cou- 
pable que porte la terre, ingrat, impie, assassin, deux fois 
parricide, un homme qui n'a de l'homme que le nom; cepen- 
dant je ne crains rien de sa colère : à ses défenseurs de s'en 
préoccuper. Popillius ne tue jamais que ses bienfaiteurs. Je 
ne désespère même pas d'obtenir une condamnation, car il 
n'a plus Cicéronpour le défendre. < Cependant > je crains de 
ne pas être à la hauteur de la cause : c'est une tâche plus 
lourde de venir se plaindre que Gicéron a été tué par Popil- 
lius, que de montrer, comme Cicéron autrefois, que Popillius 
n'avait pas tué son père. — Un homme a pu tuer Gicéron 
après l'avoir entendu ? Le marais de Minturnes n'engloutit pas 
Marius exilé ; le Cimbre, même dans le captif, vit son général; 
un préteur se détourna de sa route pour ne pas apercevoir 
l'exilé; celui qui avait vu Marius assis sur les degrés du temple 
se le représenta sur sa chaise curule. — Pourquoi accuser Po- 
pillius? Il a traité son défenseur comme son père. — Cn. 
Pompée, après avoir soumis les terres et la mer, ne craignit 
pas de se déclarer le client d'Hortensius : pourtant Hortensius 
avait défendu les biens de Pompée, non sa vie. — Romulus, en 
fondant ces murs, Romulus, notre père placé dans le ciel parmi 
les dieux, a moins contribué à la grandeur de Rome que Cicé- 
ron en la sauvant. Métellus éteignit l'incendie du temple de 
Vesta, Cicéron l'incendie de Rome. Scipion [le premier Afri- 
cain] peut se glorifier d'avoir triomphé d'Annibal, Fabricius 
de Pyrrhus, le deuxième Scipion [l'Asiatique] d'Antiochus, 
Paul-Emile de Persée, Crassus de Spartacus, Pompée de Ser- 
torius et de Mithridate : aucun ennemi ne s'est jamais plus 

Capitonis. Deduxi ad vos reum omnium, quos terra sustinet, nocentissimum, 
ingratum, impium, percussorem, bis parricidam, hominem tantum ; nec tamen 
timeo; patroni viderint: nemo a Popillio nisi post beneficium occiditur. Ne dam-' 
nationem quidem istius despero ; non enim a Cicérone defenditur. Timeo ne cau- 
sae non satis faciam: major causa est occisum a Popillio Ciceronem queri quam 
fui aliquando probare non occisum patrem. — 6. Ciceronem quisquam 
potuit occidere qui audiit ? Mintw*nensis palus exulem Marium non hausit ; 
Cimbur etiam in capto vidit imperantem ; praetor iter a conspectu exulis flexit >" 
qui in crepidine viderat Marium in sella figuravit. — Non possumus de Popillio 
queri : eodem loco patronum habuit quo patrem. — Cn. Pompeius terrarum 
marisque domitor Hortenn se clientem libenter professus est ; et Hortensius 
àona Pompei, non Pompeium defenderat. — Romulus, horum moenium condi- 
tor et sacratus caelo parens, non tantam urbem fecit, quantam Cicero servavit. 
7. Métellus Vestae etstinxit incendium, Cicero Romae. Glorietur devicto Anni- 
bale Scipio, Pyrrho Fabricius, Antiocho alter Scipio, Perse Paulus, Spartaco 



CONTROVERSES, VII 2 (17). 33 

approché de Rome que Catilina. — Il apporte cette tête en 
la tenant par les cheveux et le sang qui en coulait souille le 
lieu même où elle avait parlé pour Popillius. 

Butéon. Quel n'est pas le pouvoir de l'éloquence ! Elle a 
prouvé que cet homme n'avait pas tué son père, alors qu'il 
était capable de tuer Cicéron. 

Marullus. Si j'étais l'ennemi des avocats, je souhaiterais 
l'acquittement de l'accusé. — J'ai jugé honteux que Cicéron 
ne trouvât pas de défenseur dans une ville où un Popillius 
même a pu en trouver un. 

[Division]. — Peu d'historiens nous ont donné Popillius 
comme l'assassin de Cicéron; encore, d'après eux, avait-il été 
défendu par Cicéron, non contre une accusation de parricide, 
mais dans une cause privée : ce sont les déclamateurs qui 
jugèrent bon qu'il eût été accusé de parricide. Or, ils l'accu- 
sent comme s'il ne pouvait être défendu, et on pouvait si 
bien l'acquitter qu'il a même pu ne pas être accusé du tout. 
Latron n'aimait pas la façon dont certains orateurs s'y pre- 
naient pour l'accuser: « je te reproche, <disaient-ils>, d'avoir 
tué un homme, un citoyen, un sénateur, un consulaire, Cicé- 
ron, ton défenseur. » En effet, ce procédé, au lieu d'augmenter 
l'indignation, la fatigue. Il faut en venir tout de suite au point 
que l'auditeur est impatient de voir toucher ; car, pour lerete, 
la cause de Popillius est si bonne que, si on retranche l'accu- 
sation d'avoir tué son défenseur, il ne court aucun risque : il 
s'excusera sur les contraintes qu'imposaient les guerres civiles. 



Crassus, Sertorio et Mithridate Pompeius : nemo hostis Catilina propius accessit 
— Fertur apprensum coma caput et defluente sanguine hune ipsum inquina^ 
locum, in quo pro Popillio dixerat. 

Buteonis. Quanta est vis eloquenliae ! Probavit ab eo non occisum patrem, a 
quo occidi poterat etiam Cicero. 

Marulli. Si inimicus essem patronis, optarem ut reus absolveretur. — Turpe ju- 
dicavi in ea civitate Ciceronem non defendi, in qua defendi potuit etiam Popillius. 

8, Popillium pauci ex historicis tradiderunt interfectorem Ciceronis et hi 
quoque non parricidi reum a Cicérone defensum, sed inprivato judicio : declama- 
toribus placuit parridici reum fuisse. Sic autem eum accusant, tamquam defendi 
non possit, cum adeo possit absolvi, ut ne accusari quidem potuerit. Latroni 
non placebat illum sic accusari quomodo quidam accusaverunt : objicio tibi, quod 
occidisti hominem, quod civem, quod senatorem, quod consularem, quod Cicero- 
nem, quod patronum tuum. Hac enim ratione non aggravari indignationem, sed 
fatigari. Statim illo veniendum est, ad quod properat auditor ; nam in reliquis adeo 
bonam causam habet Popillius, ut detracto eo, quod patronum occidit, nihil 
negoti habiturus sit ; patrocinium ejus est civilis belli nécessitas. Itaque nolo per 



34 SÉNEQUE LE RHETEUR 

Aussi ne veux-je pas qu'on fasse passer l'accusé par des 
degrés, qui lui permettent de s'évader sans danger tant qu'il 
voudra. En effet la guerre lui donnait le droit de tuer un 
homme, un citoyen, un sénateur, un consulaire; son crime 
même est d'avoir tué non pas Cicéron, mais son défenseur. Or 
il est tout naturel que ce crime, qui n'aurait jamais dû être 
commis contre un défenseur, quel qu'il fût, paraisse plus 
indigne, quand ce défenseur est Cicéron. » Latron l'accusa 
pour sa conduite, d'abord parce qu'il avait vécu de telle façon 
qu'il avait été poursuivi pour parricide, ensuite parce qu'il 
avait tué son défenseur. Il posa les questions suivantes : peut-on 
l'accuser pourun crime dont il a été absous ? « Si quelqu'un, 
dit Popillius, voulait actuellement m' attaquer pour parricide, 
il ne le pourrait pas. Comment donc me punir pour un crime 
qu'on ne peut pas me reprocher? » A-t-on le droit d'attaquer 
<devant les tribunaux> pour des actions faites durant les 
guerres civiles ? En développant ce point, Varius Géminus 
dit joliment : « Mettre en accusation cette époque, c'est 
parler de la conduite non d'un homme, mais de l'Etat. » Si 
l'on peut attaquer des actions faites durant les guerres 
civiles, doit-on attaquer celle-là? Il subdivisa cette question 
ainsi qu'il suit : même s'il a été forcé d'agir ainsi, faut-il 
l'excuser ? Il est des actes, en effet, auxquels nulle con- 
trainte ne doit nous forcer. A cet endroit Latron s'écria 
au milieu des acclamations. « Ainsi toi, Popillius, sur l'ordre 
d'Antoine, tu irais jusqu'à tuer ton père.» Ensuite : a-t-il 
été forcé d'agir ainsi ? « Tu aurais pu trouver une excuse, 

illos reum gradus ducere, per quos potest totiens tutus evadere. Licuit enim in 
bello et hominem et civem et senatorem et eonsularem occidere ; ne in hoc qui- 
dem crimen est, quod Ciceronem, sed quod patronum. Naturale est autem, ut, 
quod in nullo patrono fieri oportuit, indignius sit factum in Cicérone patrono. 9. 
Latro accusavit illum de moribus : primum quod sic vixisset ut causam parricidi 
diceret ; deinde quod patronum suum occidisset. Et fecit has quaestiones : an non 
possit eo nomine accusari, quo absolutus est. « Si quis, inquit, volet hodie parri- 
cidi me postulare, non poterit.Quomodo quod crimen objici non potest, puniri 
potest ? » An in bello civili acta objici non possint. Honeste dixit, cum hune 
locum tractaret, Varius Geminus : si itla, inqv.it, tempora in crimen 
vocas, dicis non de hominis, sed de rei publicae moribus. Si potest quod 
civili bello actum est objici, an hoc objici debeat. Hanc quaestionem in illa divi- 
sit : an, etiamsi necesse ei fuit facere, non sit tamen ignoscendum. Ad quaedam 
enim nulla nos débet nécessitas compellere. Hoc loco Latro dixit summis clamori- 
bus : ita tu, Popilli, si Antonius jussisset, et patrem tuum occideres ? Deinde, 
an non fuerit illi necesse. Potuisti excusare te, potuisti praemittere aliquem ad 



CONTROVERSES, VII 2 (17). 35 

tu aurais pu envoyer un messager à Gicéron pour l'avertir et 
lui permettre de fuir; dans tous les cas tu n'étais pas forcé 
de couper au cadavre la main et la tête. » 

[Couleurs]. — Pour Popillius, Latron employa une couleur 
simple : il avait agi, contraint par la nécessité; c'est à cet 
endroit qu'il plaça ce trait : « Tu t'étonnes que Popillius ait 
été contraint de tuer Cicéron, à une époque où Gicéron a été 
contraint de mourir » 

Albucius dit que, pour le châtiment de Cicéron, Antoine 
avait choisi un homme très lié avec Cicéron, comme pour 
lui faire toucher du doigt sa destinée. «Etre tué de la 
main de Popillius, dit-il, lui sera plus pénible que la mort. » 
Marcellus Aeserninus employa la même couleur, mais 
autrement. « Antoine, dit-il, se demandait : « Quel supplice 
imaginer contre Cicéron? Ordonnerai-je de le tuer? Depuis 
longtemps déjà il a fortifié son âme contre la crainte de la 
mort : il sait que la mort n'est pas prématurée,, quand on est 
-consulaire, ni malheureuse, quand on est philosophe; il me 
faut quelque chose de nouveau, qu'il n'attende pas, qu'il ne 
redoute pas; s'il ne s'indigne pas de tendre la gorge à un 
ennemi, il s'indignera de la tendre à un client. Qu'on appelle 
Popillius, pour apprendre à Cicéron à quoi lui sert d'avoir 
défendu des accusés. » 

Pompeius Silon se servit de la couleur suivante : « J'étais 
indigné de la proscription et le disais parfois assez librement. 
« Je ne m'en étonne pas, observa Antoine; tu es un client 
de Gicéron : raison de plus pour que tu ailles mettre à mort 

Ciceronem, ut sciret et fugeret ; necesse certe non fuit manum caputque praeci- 
dere mortuo. 

10. Colorem pro Popillio Latro simplicem habuit : necessitate coactum 
fecisse ; et hoc loco illam sententiam dixit : miraris, si eo tempore necesse fuit 
Popillio occidere, quo Ciceroni mari ? 

- Albucius dixit in poenam Ciceronis ab Antonio electum amicissimum Cice- 
roni, quasi exprobraturus per hoc illi fortunam esset. Molestius, inquit, feret se a 
Popillio occidi quatn occidi. 

Marcellus Aeserninus eumdem colorem aliter induxit. Cogitabat, inquit, 
secum Antonius : quod Ciceroni excogitabo supplicium ? Occidi jussero ? Olim 
iam adversus hune metum emunivit animum : scit mortem nec immaturam esse 
consulari nec miseram sapienti ; fiât aliquid novi, quod non exspectat, quod non 
timet ; non indignatur cervicem hosti porrigere, indignabitur clienti. Popillium 
aliquis vocet, ut sciât quantum illi defensi rei profuerint. 

11. Silo Pompeius hoc colore usus est: offendebar, inquit, proscriptione et 
.quaedam liberius loquebar. « Non miror : Ciceronis cliens es ; tanto magis occide 



36 SENEQUE LE RHETEUR 

ton cher Gicéron. » Et il imagina ce traita qui tranche sur sa 
faiblesse habituelle : « Nous avons été punis tous les deux,. 
mais par des moyens opposés : la proscription, pour Gicéron y 
a été d'être tué, pour moi de le tuer. » 

Voici la narration de Marullus, notre maître : « J'ai reçu 
un ordre du général, du vainqueur, de l'homme qui proscri- 
vait. J'aurais pu, moi, lui opposer un refus, quand la répu- 
blique ne pouvait le faire ? » 

Blandus adopta la couleur que voici : « J'ai voulu, dit 
Popillius, trouver une échappatoire; je répondis : « Gicéron 
m'a défendu ; » il répliqua : « Je le sais ; mais moi il m'a 
accusé. Va lui montrer que son accusation contre Antoine lui 
fait plus de tort que son plaidoyer pour Popillius ne lui fait 
de bien. » 

Sutéon se servit de cette couleur-ci : « Qu'on appelle le 
Gicéronien, son client, son ami; j'ai imaginé de faire mourir 
Gicéron de sa main. » 

Cestius imagina celle-ci : « Le service dans le camp d'An- 
toine était fort pénible pour moi, précisément parce que 
j'étais client de Gicéron ; on me confiait les expéditions les 
plus difficiles. Cette fois encore on m'a mandé comme pour 
me punir. « Va, m'a dit Antoine, va tuer Gicéron, et, ajouta- 
t-il, je ne te croirai pas, si tu ne m'apportes pas sa tête; » et 
il admira beaucoup plus sa puissance en voyant que Popillius 
ne pouvait lui refuser de tuer Cicéron. » 

Arellius Fuscus prit la couleur que voici : « Il s'était 
attaché au parti d'Antoine, pour être utile à Cicéron, s'il le 



Giceronem tuum. » Et dixitnon suae infirmitatis sententiam : uterque, inquit, sed 
diverso génère punitus est : Ciceronis proscriptio fuit occidi, mea occidere. 

MarullUS, praeceptor noster, sic narravit : jussit, inquit, imperator, jussit 
victor, jussit qui proscribebat : ego illi negare quicquam possem, cui nihil pote- 
rat negare res publica ? 

Blandus hoc colore : volui, inquit, me excusare ; dixi: « Cicero me défendit; ». 
respondit : « Scio; me accusavit. I ergo, ut sciât plus sibi Antoni accusationem 
nocuisse quam Popilli defensionem profuisse. » 

12. Buteo hoc colore : « Vocetur, inquit, ille Ciceroniamus, ille cliens, ille 
amicus; excogitavi quomodo Cicero sua periret manu. » 

Cestius hoc colore : durissima, inquit, mihi militia in Antoni castris fuit ob 
hoc ipsum, quod Ciceronis eram cliens; diffîcillimae mihi expeditiones mandaban- 
tur. Tune quoque vocatus sum quasi ad poenam : « I, inquit, occide Ciceronem; 
nec credam, inquit, nisi attuleris caput; » magisque admiratus estpotentiam suam. 
quod Ciceronem Popillio non licebat non occidere. 

FUSCUS Arellius hoc colore usus est : Antoni se partem secutum, ut, sr 



CONTROVERSES, VII 2 (17). 37 

pouvait; une fois la liste publiée, il se jeta aux genoux d'An- 
toine et l'implora en faveur de Cicéron; irrité, Antoine lui 
dit : « Raison de plus pour que tu ailles tuer cet homme que 
tu voudrais ne pas voir mourir. » Cette couleur déplaisait à 
Passiénus, parce qu'elle introduit un nouveau témoin : car, si 
telle a été la conduite de Popillius, il n'a pas à s'en défendre, 
mais plutôt à s'en glorifier. 

Romanius Hispon employa une couleur violente et dure; 
car il donna un avocat à Popillius et dit qu'il défendrait de 
façon différente Popillius et Antoine : il dirait pour Popillius : 
« Je voulais ne pas le tuer, j'y ai été forcé; » pour Antoine : 
« Il fallait que Cicéron fût tué. » Et il développa cette idée 
que la république n'avait pu être pacifiée qu'en en faisant 
disparaître cet homme qui en troublait le repos. De tous les 
déclamateurs, il fut seul à attaquer Cicéron. « Quoi, dit-il, 
lorsqu'il déclarait ennemis publics Antoine et tous les soldats 
d'Antoine, ne comprenait-il pas que, lui aussi, il proscrivait 
Popillius? » Cette couleur, au premier abord, est un peu dif- 
ficile à admettre, mais il la mania remarquablement. 

Varius Géminus dit : « Lorsqu' Antoine me donna l'ordre, 
je l'acceptai, pour qu'on n'envoyât pas un client de P. Clo- 
dius, qui, avant de tuer Cicéron, l'accablerait d'outrages et le 
déchirerait vivant. » 

Argentarius dit : « Antoine me fit demander; je vins : 
depuis la proscription il était devenu plus terrible même pour 
ses amis. Je reçus l'ordre de tuer Cicéron : que pouvais-je 



quid posset, Ciceroni prodesset; facta proscriptions ad genua se Antoni proci- 
disse, deprecatum esse pro Cicérone; offensum Antonium dixisse : « Eo magis 
occide quem mori non vis. » Hic color displicebat Passieno, quia ad testem ducit ; 
nam, si hoc fecit Popillius, non tanturn quod defendat non habct, sed habet quod 
glorietur. 

, 13. Hispo Romanius vehementi colore usus est et duro; patrooum enim 
dédit Popillio et dixit aliter se causam acturum Popilli, aliter Antoni ; pro Popil- 
lio dicturum : occidere nolui, coaclus sum ; pro Antonio dicturum : occidi Cicero- 
nera oportuit. Et dixit locum, aliter non potuisse pacari rem publicam, quam si 
ille turbator otii e re publica sublatus esset. Solus ex declamatoribus in Ciceronem 
invectus est. Quid ? Ille, inquit, cum Antonium hostem judicaret et omnes Antoni 
milites, non intellegebat se et Popillium proscripsisse ? Hic color prima specie 
asperior est, sed ab ab illo egregie tractatus est. 

Varius Ge minus dixit : cum imperasset mibi Antonius, passus sum, ne 
aliquis P. Clodi cliens mitteretur, \ui contumeliis affîceret, antequam occideret, 
qui vivum laniaret. 

14. Argentarius dixit : vocatus veni; post proscriptionem Antonius ter- 



38 SENEQUE LE RHETEUR 

faire? Ne pas obéir? Je n'avais pour cela qu'un moyen : me 
tuer, et Gicéron même ne pouvait pas l'exiger ! » 

En parlant pour l'accusateur, tous les orateurs voulurent 
dire quelque chose de nouveau, à propos du moment où 
Popillius arrive près de Cieéron. Latron dit : « Il avait 
condamné sa porte : personne n'entrait chez le proscrit. Po- 
pillius, lui, aussitôt arrivé, fut reçu. » 

Cestius dit : « Dès qu'on l'annonça à Gicéron, il répondit : 
« Je suis toujours de loisir pour Popillius. » 

Cornélius Hispanus supposa même que Cieéron lui fit 
des reproches : « Popillius, si tard? » 

Albucius dit : « Qu'y a-t-il, Popillius? Ma retraite n'est-elle 
pas sûre? Faut-il en changer?» 

Maladroitement Sabidius Paulus représenta Gicéron en 
train de lire justement le discours qu'il avait prononcé pour 
Popillius. 

Et Murrédius ne voulut pas que cette controverse s'achevât 
sans une preuve de sa sottise. Il décrivit en effet Popillius 
portant la tête et la main de Gicéron et il ajouta ce trait 
à la Publilius Syrus : « Popillius, de quelle façon différente, 
quand tu étais accusé, tu touchais la tête de Cieéron et lui 
tenais la main ! » 



ribilior erat factus etiam suis . Jussus sura Ciceronem oecidere : quid face- 
rem ? Non parère uno modo poteram, si me occidissem : hoc nec Cicero exigere 
poterat. 

A parte accusatoris illo loco, quo Popillius venit, nemo non aliquid voluit 
novi dicere. Latro ait : praecluserat fores ; nemo ad proscriptum recipiebatur ; 
Popillius, ut venit, admissus est. 

Cestius dixit : ut renuntiatum est Ciceroni, ait : Popillio semper vaco. 

Hispanus Cornélius fecifc etiam querentem Ciceronem ; Popilli, 
tam sero ? 

Albucius ait : quid est, Popilli ? Ecquid tuto lateo ? Numquid mutandus 
est locus ? 

Inepte Sabidius Paulus, qui induxit Ciceronem cum maxime pro Popillio 
orationem legentem. 

Et Murrédius non est passus hanc controversiam transire sine aliqua 
stuporis sui nota. Descripsit enim ferentem caput et manum Giceronis Popillium 
et Publilianum dédit : Popilli, quanto aliter reus Ciceronis tangebas caput et 
tenebas manum ejus ! 



CONTROVERSES, VII 3 (18). 39 

III (48). 

LE FILS TROIS FOIS CHASSÉ BROYANT DU POISON. 

Un fils, trois fois chassé par son père et trois fois acquitté, 
fut surpris par son père, dans un endroit retiré de la mai- 
son, broyant une drogue : le père lui demanda ce que c'était; 
il répondit que c'était du poison, qu'il voulait mourir et le 
versa par terre. Il est accusé de parricide. 

[Pour le filsJ. Cestius Pius. Dis-moi ma faute. Tu ne la 
connais pas ? Pourtant mes secrètes pensées mêmes ne 
t'échappent pas. — Qu'il me laisse libre : vous verrez 
pour qui j'ai préparé le poison. — Dis-moi mes fautes anté- 
rieures, à moins par hasard que tu ne te contentes de repro- 
cher ce parricide à l'accusé, sans avoir rien à reprocher à 
l'auteur du parricide. 

Argentarius. J'ai voulu mourir parce que j'étais accusé. 
« Quoi donc, me dit mon père, aucun accusé ne vivra?» Si, il 
vivra, celui qui verra assis à ses côtés, < pour l'assister >, son 
père en vêtements de deuil. — Je reviendrai au poison, 
puisque la Fortune injuste ne m'a jamais permis de me 
débarrasser du premier coup d'un péril. 



III (18). 

TER ABDICATUS VENENUM TERENS. 

Ter abdicatus, ter absolutus comprensus est a pâtre in sécréta 
parte domus medicamentum terens; interrogatus quid esset, dixit 
venenum et velle se mori, et effudit. Accusatur parricidi. 

1. Cesti Pii. Die qwd commiserim. Nescis . Certe nec sécréta te f allant. — 
Dimittat me : intellegetis cui paraverim. — Die quid ante commiserim : nisi forte 
eontentus es reo objicere parricidium, parricidae nihil. 

Argentari. Volui mori, quia reus fui. Quid ergo ? Nemo reus v'rvet . Vivet 
cui sordidatus assederit pater. — Revertar ad venenum, quoniam iniqua Fortuna 
nullo me periculo defungi semel passa est. 



40 SENEQUE LE RHETEUR 

Albucius Silus. « Pourquoi donc ne meurs-tu pas? » me 
dit-il. Je ne trouve plus de plaisir à mourir, du moment que 
ma mort en cause à un autre. — Quand il est intervenu, je 
me suis laissé aller à penser : « Quoi ! Il s'est donc trouvé 
quelqu'un d'aussi malheureux que moi ? Quelqu'un me hait 
donc plus que moi-même ? » J'ai commencé à avoir pitié 
de moi. 

Varius Géminus. 11 me dit : « Trois fois tu as été chassé. » 
Tu semblés là, mon père, me reprocher de vivre trop long- 
temps. — Ne vous étonnez pas que je sois ici, que je me 
défende : pour les innocents se défendre est aussi agréable 
que mourir pour les malheureux. 

Cornélius Hispanus. Je sais que certains accusés mettent 
en avant : « C'est la première fois que j'ai à me défendre en 
justice. » Je ne puis en dire autant : c'est la quatrième 
fois que je suis accusé et je ne doute pas que vous n'en soyez 
venus à me détester, puisque je me déteste moi-même. 

Porcius Latron. J'ai eu trois fois à me défendre ; pour 
mettre fin à mes malheurs je me suis procuré du poison ; je 
le tiens dans ma main : si ce n'est pas assez pour toi, je 
vivrai. 

Thèse opposée. Albucius Silus. Je prends à témoin les 
dieux immortels que, en chassant trois fois mon fils, j'ai 
voulu éviter de trouver du poison chez moi. — Accusé de 
parricide, il vit, et, chassé, il a voulu mourir ! — A quelle 
extrémité est réduite la fortune de ma famille 1 Le père doit 
mourir ou son fils. — Quelle raison as-tu de mourir? On 



Albuci Sili. Quare ergo non moreris? Non juvat me mori, si quem alium 
juvat. — Ut intervertit, in itlas cogitationes abii : ergo quisquam tant infetix 
fuit ? Ergo quisquam me magis odit quam ego ? Misereri mei coepi. 

2. Vari Gemini. « Ter, inquit, abdicatus es. » Videris mihi, pater, objicere 
quod tamdiu vivam. — Quod venio, quod pro me loquor, nolite mirari : tam 
jucundum est innocentibus defendi quam miseris mori. 

Comeli Hispani. Scio quosdam périclitantes illa jactare : nunc primum 
causam dico. Haec ego dicere non possum ; ter reus fui nec dubito quin vobis in 
odium venerim, cum ipse me oderim. 

Porci Latronis. Ter causant dixi : arce^sivi ad haec supplicia mea vene- 
num ; teneo; hoc si tibi salis non est, vivam. 

Altéra pars. 3 . Albuci Sili. Testor deos immortales hoc me tribus jam 
abdicationibus cavisse, ne in domo mea venenum deprenderem. — Parricidi 
reus vivit, qui abdicatus mori voluit. — In quam angusto domus meae fortuna 
posita est ! Aut patri pereundum est aut filio. — Quid habes quare mori velis ? 
Vivunt orbi, vivunt naufragi, vivunt etiam quibus contigerunt liberi ter abdkatL 



CONTROVERSES, VII 3 (18). 41 

voit en vie des orphelins, des naufragés et même des hommes 
qui ont dû trois fois chasser leurs enfants. — Il dit qu'il 
veut mourir et il demande la vie. — Je l'ai convaincu d'être 
un parricide, bien préparé atout, comme. on le voit, même 
à se tuer. 

Cornélius Hispanus. Ne vous étonnez pas si je ne vous 
montre pas la violence qui conviendrait à mon ressentiment : 
trois jugements vous ont prouvé que les pères ne sont pas 
de bons accusateurs. 

Vibius Ruf us. Puisque le crime que tu avoues est si épou- 
vantable, que penser de celui que tu n'avoues pas ? — Tu as 
cherché du poison, tu as acheté du poison, tu as apporté du 
poison dans une maison où, comme ennemi, tu n'avais que 
ton père. — Tu aurais eu raison de haïr la vie, si, dès lors, 
je t'avais reproché ton parricide. — Veux-tu connaître ta 
faute ? Indique-nous qui t'a vendu < le poison > ; on lui dira : 
« Tu vendais du poison ? Tu en vendais à un fils trois fois 
chassé par son père ? Evidemment tu ne savais pas à qui il le 
destinait. » — Ainsi moi, par ce jugement, je retarde la mort 
démon fils? — Si vous m'enfermez avec lui, je mourrai, 
pour soulever contre vous cette haine qu'il a voulu exciter 
contre moi. 

Varius Géminus. Vous voulez savoir pour qui mon fils 
avait préparé le poison? Il ne l'a pas bu. 

Pompeius Silon. « C'est pour moi, dit-il, que je l'ai pré- 
paré. » C'est encore le préparer pour ton père. — Acquitté, 
il veut mourir; accusé, il reste en vie. 

Musa. « Le poison ne servit de rien à Mithridate. » Quel 

— Cura se mori velle dicat, vitam rogat. — Teneo parricidam, quod apparet, 
etiam in suant mortem paratissimum. 

Comeli Hispani. Nolite mirari, si débitas vires dolori meo non exhi- 
buero : tribus judiciis experti estis patres accusare non posse. 

4. Vibi Rufi. Cum tantum sit quod fateris, quantum est quod negas ? — 
Tu venenum quaesisti, tu venenum emisti, tu venenum intulisti in eam domum, 
in qua habebas inimicum patrem. — Recte vitam odisses, si jam tum tibi par- 
ricidium objecissem. — Vis scire quid peccaveris . Indica quU tibi vendiderit ; 
dicetur Mi : tu ulii venenum vendebas ? Tu ter abdicato vendebas ? Sine dubio 
nesciebas c»i daturus esset. — Ita hoc ego judicio fili mortem moror? — Si me 
cum isto includitis, moriar, ut hanc vobis faciam invidiam, quam iste facerc 
voluit. 

Vari Gemini. Quaeritis, films meus venenum cui paraveiit? Non bibit. 

Pompei Silonis. « Mihi, inquit, paravi. » Et hoc est patri parare. — 
Absolutus mori vult, reus vivit. 



42 SÊNÈQUE LE RHÉTEUR 

autre qu'un parricide devait en posséder? « Démosthène^ 
dit-il, avait du poison et le but .» Moi, ton père, je suis donc 
à tes jeux ce que Philippe était pour Démosthène? 

Porcins Latr on. Lorsque je le chassais, à tous les 
reproches que je lui faisais, il me répondait : « M'as-tu pris 
sur le fait?» — Vous n'avez pas lieu d'hésiter beaucoup sur son 
compte : il nie le parricide, mais avoue le poison. — Il dit : « Je 
veux mourir. » Quand on a encore son père^ c'est une autre 
forme de parricide. — Hélas ! J'ai craint autant qu'il bût le 
poison ou me le donnât. 

Arellius Fuscus; « C'est pour moi; dit-il^que j'ai préparé 
le poison* » Allez douter maintenant qu'il soit capable de 
tuer quelqu'un. 

Junius O thon le père. C'est un parricide que d'aimer 
mieux mourir que de vivre près de son père. — Où voulez- 
vous trouver une meilleure preuve qu'il n'était pas disposé à 
mourir? Aujourd'hui encore il ne l'est pas. — « J'ai voulu 
mourir, » dit-il. Pourquoi ? Parce que tu as gagné trois fois 
ton procès? — Si vous m'en croyez, moi, il a voulu com- 
mettre un parricide ; si vous l'en croyez, lui, il a voulu m'en 
faire commettre un. — Quel est cet accusé dont la seule 
défense est qu'il était indigne de la vie ? — Je dis qu'il détes- 
tait assez son père pour avoir voulu le tuer; lui-même avoue 
qu'il se détestait assez pour avoir voulu se tuer. 

[Division] . — Je ne crois pas que vous réclamiez une division, 



Musae. « Habuit malum medicamentum Mithridates. » Quis enim alius 
debebat habere quam parricida? « Habuit, inquit, Demosthenes venenum et 
bibit. » Idem ego tibi pater, quod Demostheni Philippus ? 

5. Porci Latronis* Gum abdicarem, si quid objeceram, aiebat : numquid 
deprendisti ? — Non jam habebitis quod multum de eo diibitetis : quod 
negat parricidium, quod confitetur venenvm est. — « Mori, inquit, volo, » 
Vivo pâtre et hoc parricidium est. — Miser aeque timui ne biberet venenum 
quam ne daret. 

Arelli Fusci patris. « Mihi, inquit, paravi venenum ; » ne quis dubitet, 
an alium possit occidere. 

Juni Othonis patris- Reus est "parricidi qui mavult mori quam cura 
pâtre vivere. — Quomodo vultis magis probem vobis illum mori noluisse? Non 
vult mori. — « Mori, inquit, volui. » Quare? Quia ter vicisti ? — Si mihi cre- 
ditis, parricidium facere voiuit ; si isti, a me parricidium fieri voluit. — Qualis 
est reus cujus hoc unum patrocinium est, indignum se vita fuisse . — Dico tam 
invisum Mi patrem fuisse ut occidere voluerit : ipse fatetur taminvisum sibi 
fuisse ut occidere voluerit. 

6. Non puto vos exigere divisionem, cum conjecturalis sit controversia. Habel 



CONTROVERSES, VII 3 (18). 43 

puisque le point de départ de la controverse est une présomp- 
tion. Cependant <ici> la présomption est d'un genre particulier 
et elle est double : il ne s'agit pas, comme d'habitude, de deux 
coupables, dont nous confondons l'un, ou de deux griefs, 
dont nous prouvons l'un, qui sert à prouver l'autre, comme 
lorsque nous disons, par exemple, qu'une femme est adultère, 
afin de donner par là l'opinion qu'elle est aussi empoison- 
neuse : c'est sur un seul personnage que porte la double 
présomption, puisque nous cherchons si le poison a été pré- 
paré pour tuer lui-même ou son père? 

[Couleurs]. — Si l'on juge bon d'employer pour le jeune 
homme la couleur dont s'est servi Latron, qui ne changea 
rien à ses paroles, mais dit : « J'ai voulu mourir parce que 
j'étais las d'être toujours chassé, toujours malheureux, car je 
ne quittais les vêtements de deuil <des accusés> que pour les 
reprendre, aussitôt quittés, avec des tourments plus cruels, et 
que, pour moi seul, l'acquittement était non pas la fin, mais 
le commencement des dangers, » dans ce cas, sans parler de 
l'hypothèse introduite, on voit poindre, dès le début, cette 
première question si commune et si rebattue dans les contro- 
Terses de ce genre : est-il permis d'avoir du poison pour 
se tuer? 

Albucius, pour défendre l'acte du jeune homme, dit que 
ce n'était pas du poison. « Je pensais, dit-il, être un objet de 
haine pour mon père; j'ai voulu éprouver ses sentiments, voir 
comment il supporterait l'idée de ma mort; voilà pourquoi 
j'ai tenu la coupe ouvertement et de manière à faire inter- 
venir mon père. » 

tamen dissimilem ceteris conjecturam et duplicem .; non quomodo solet aut inter 
duos reos, cum alterum coarguimus, aut inter duo crimina, cum alterum pro- 
bamus, ut id alterius fiât probatio, tamquam cum dicimas adulteram fuisse, 
ut credatur propter hoc etiam venefica : in uno homine conjectura duplex est. 
Quaerimus enirn utrum venenum in suam mortem an in pattes paravent. 

7. Si hoc colore dici placet pro adulescente, quo dixit Latro, ut nihil muta- 
ret de voce ejus sed dicerec : « Mori votui taedio abdicationum et infelicitatis 
assiduae, cum in hoc tantum sordes ponerem, ut cum majore tormento positas 
resumerem et absolutio mihi uni non finis esset periculi, sed initium, » incipit 
praeter conjecturam et illa prima vulgaris in ejusmodi controverses et pertrita 
quaestio incurrere, an venenum habere in mortem suam liceat. 

Albucius illo colore pro adulescente dixit, non fuisse venenum. Cum puta- 
rem, inquit, odio me esse patri meo, volui experiri affectum ejus, quomodo 
mentionem mortis meae ferret ; itaque palam et ita, ut interveniret pater, 
tenui. 



44 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

Arellius Fuscus employa la même couleur, mais autre- 
ment; il dit, non pas : « éprouver mon père, » mais : « émou- 
voir mon père en ma faveur. » 

Murrédius, conformément à sa sottise constante, dit que 
c'était un médicament préparé pour le faire dormir, parce 
que ses soucis continuels le privaient ordinairement de som- 
meil. Dans ses <deux> discours pour le père et pour le fils, il 
plaça un trait à la Publilius : ce Ce sont les trois fois où il a été 
chassé qu'il a délayées dans le poison ; » et en second lieu : 
a C'est ma mort qu'il a versée à terre . » Je me souviens que 
Moschus, parlant de ce genre de traits, dont l'esprit de tous 
les petits jeunes gens commençait à être infecté, en rendait 
Publilius responsable, comme si c'était lui qui avait introduit 
toutes ces sottises. Gassius Sévérus, qui aimait beaucoup Syrus, 
disait que la faute en était non pas à lui, mais à ceux qui 
imitaient en lui ce qu'ils auraient dû laisser de côté et n'imi- 
taient pas ce qui était mieux exprimé par lui que par 
n'importe quel comique ou tragique latin ou grec ; il citait, par 
exemple, ce vers, le meilleur qu'on pût trouver, disait-il : 
« L'avare ne jouit pas plus de ce qu'il a que de ce qu'il n'a 
pas; » ou cet autre sur le même sujet : « Au débauché 
manquent bien des choses, à l'avare tout; » ou cet autre qui 
pouvait s'appliquer aussi à cet homme trois fois chassé : « 
vie, que tu es longue pour le malheureux, courte pour 
l'homme heureux! » Et il citait un très grand nombre de 
vers fort éloquents de Publilius. Ensuite, il rendait respon- 

Fuscus Arellius eodem colore usus est, sed aliter ; non dixit : experiri 
patrera volui, sed : ut miser abilem me patri facerem. 

8. Murrédius pro cetero suo stupore dixit medicamentum se parasse ad 
somnum, quia assiduae sollicitudines vigiliarum sibi consuetudinem fecerint. A 
parte patris idem et filii Publilianam sententiam dédit : abdicationes, inquit, 
suas veneno diluit;et iterum : mortem, inquit, meam effudit. Memini Moschum, 
cum loqueretur de hoc génère sententiarum, quo infecta jam erant adulescentu- 
lorum omnium ingénia, queri de Publilio, quasi ille totam hanc insaniam 
introduxisset. ( assius Severus, summus Publili amator, aiebat non illius hoc 
vitium esse, sed eorum, qui illum ex parte qua transire deberent imitarentur, non 
imitarentur quae apud eum melius essent dicta quam apud quemquam comicum 
tragicumque aut Romanum aut Graectim; ut illum versum., quo aiebat unum 
versum inveniri non posse meliorem : 

Tarn dest avaro quod habet quam quod non habet [628 éd. Meyer] ; 
et illum de eadem re dictum : 

Desunt luxuriae multa, avaritiae omnia [cf. 236 éd. Meyer] ; 
et illum versum, qui huic quoque ter abdicato posset convenire : 

vita misero longa, felici brevis [438 éd. Meyer] ! 



CONTROVERSES, VII 3 (18). 45 

sable du défaut qui consiste à prendre un mot dans deux sens 
différents Pomponius, l'auteur d'Atellanes, de qui, par imita- 
tion, le procédé passa à Labérius, puis à Cicéron, qui en fît 
une qualité. Car, pour laisser de côté les exemples innom- 
brables de ce type que l'on trouve dans les discours et dans 
la conversation de Cicéron, pour ne pas rapporter les mots 
de Labérius, puisque ses mimes, dans ce qu'ils peuvent avoir 

de tolérable, le sont parla, ce que Cicéron Le divin Jules 

fît paraître Labérius comme mime dans ses jeux, puis le ren- 
dit à l'ordre équestre : il lui dit d'aller s'asseoir sur les bancs 
des chevaliers ; ceux-ci se serrèrent tous si étroitement qu'il 
n'y eut pas de place pour le nouvel arrivant. Cicéron avait la 
mauvaise réputation de n'être un ami sûr ni pour Pompée, ni 
pour César, mais simplement un flatteur de tous les deux. 
A cette époque, César avait fait entrer au Sénat beaucoup de 
nouveaux membres, à la fois pour compléter cet ordre épuisé 
par les guerres civiles et pour récompenser ceux de ses par- 
tisans qui l'avaient bien» servi. Cicéron railla les deux choses : 
il dit, en effet, à Labérius qui passait : «Je te ferais bien place, 
si je n'étais assis à l'étroit. » Labérius riposta à Cicéron : 
« Pourtant d'habitude tu es assis sur deux chaises. » Les deux 
mots sont très spirituels, mais les deux hommes, dans ce genre, 
ont dépassé la mesure. Après eux, un plus grand nombre 
adopta ce goût, par imitation. 

Mais, pour en revenir à la controverse, Cassius Sévérus 
disait qu'il se contentait de la couleur: « J'ai voulu mourir; » 



Et plurimos deinceps versus refcrebat Publili disertissimos. 9- Deinde auctorem 
hujus vitii, quod ex captione unius verbi plura significantis nascitur, aiebat 
Pomponium Atellanarum scriptorem fuisse, a quo primum ad Laberium tran- 
sisse hoc studium imitando, deinde ad Giceronem, qui illud ad virtutem transtu- 
lissent. Nam ut transeam innumerabilia, quae Cicero in orationibus aut in ser- 
mone dixit ex ea nota, ut non referam a Laberio dicta, cum mimi ejus, quidquid 

modo tolerabile habent, taie habeant, id quod Cicero in Laberium divus 

Julius ludis suis rnimwn produxit, deinde equestri ilbim. ordini reddidit ; 
jussit ire sessum in equestria; omnes ita se coartaverunt, ut venientem non 
rcciperent. Cicero maie audiebat tamquam neo Pomoeio certus amicus ncc 
Caesari,sed utriusque adulator. Multos tune in senatum legerat Caesar, élut 
repleret exhaustum bello civili ordinem, et ut eis, qui bene de partibus merue- 
rant 7 gratiam referret. Cicero in utramque rem jocatus est : misit enim ad 
Laberium transeuntem : recepissem te, nisi auguste sederem. Labérius ad 
Ciceronem remisit : atqui soles duabus sellis sedere. Uterque elegantissime, sed 
neuter in hoc génère servavit modum. Ab his hujus studii diffusa est in plures 
mitatio. 

T. II. 3. 



46 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

et, tout en la soutenant, il trouva plusieurs traits : « Quand je 
me voyais chassé pour la troisième fois, je me disais : « Ce 
n'est pas la peine < de lutter >; cette vie malheureuse, que 
mon père poursuit et attaque avec tant d'acharnement, qu'il 
la prenne une bonne fois. » Mais, par contre, je me disais : 
« Conserve la vie : une fois acquitté tu feras ce que bon te 
semblera. » « Pourquoi donc ne meurs-tu pas maintenant ? » 
dira quelqu'un. D'abord les malheureux n'ont pas toujours 
les mêmes désirs; quelquefois on prend plaisir à lutter contre 
son mauvais destin et à le lasser. Eusuite veux-tu, < mon 
père >, la vraie raison pour laquelle, en ce moment, je 
n'aimerais pas à mourir? C'est que je crois que, toi, tu le 
désires. » 

Junius Othon lança un trait que l'on trouvait maladroit : 
« Il n'y a pas pour moi grande différence, car il a voulu tuer 
ou moi, ou mon fils. » 



10. Sed ut ad controversiam redeam, Cassius Severus aiebat placere sibi 
illum colorem : mori voiui ; et quasdam dixit inter disputandum sententias : 
tertio, inquit, cum abdicarer, aiebam : nihil tanti est ; infelicem hanc animam, 
quam totiens exagitat pater et infestât, semel recipiat. Sed illud rursus dicebam 
mihi : serva ista animam ; faciès quod voles absolutus. Quare ergo nunc non 
moreris, dicet aliquis ? Primum non semper idem miseris libet; nonnumquam 
juvat cum fortuna sua concurrere et illam fatigare. Deinde vis verum, quare non 
moriar intérim ? Quia puto te velle. 

Oth.0 Junius ineptam sententiam videbatur dixisse : non multum interest 
mea; aut enim me aut filium meura voluit occidere. 



CONTROVERSES, Vil 4 (19). 47 



IV (49). 

LA MÈRE AVEUGLE QUI VEUT GARDER SON FILS 
PRÈS D'ELLE. 

Les enfants doivent nourrir leurs parents 
sous peine de prison. 

Un homme qui avait une femme et un fils partit pour un 
voyage à l'étranger. Pris par des pirates, il écrivit à sa femme 
et à son fils pour les prier de le racheter. La femme perdit 
les jeux à force de pleurer. Le fils veut partir pour racheter 
son père; elle lui demande delà nourrir; comme il ne consent 
pas à rester, elle veut le faire mettre en prison. 

[Pour la mère]. Cestius Pius. Il ne faut pas que vous jugiez 
les sentiments de cette femme par la rigueur de la loi dont 
elle menace son fils ; elle fait tout pour lui éviter les chaînes 
[dont le chargeraient les pirates]. — Le mari, en s'embar- 
quant, laissa son fils à sa femme < comme soutien >; et elle 
n'était pas encore aveugle. 

Albucius Silus. Il a conduit son fils vers toi ; aussi, 
garde-le bien. — J'ose le dire : ce fils et cette mère, les 
pirates mêmes ne les sépareraient pas. — Si elle voulait voir 



IV (19). 

MATER CAECA FILIUM RETINENS. 

Liberi parentes alant aut vinciantur. 

Quidam, cum haberet uxorem et ex ea filium, peregre profectus 
est. A piratis captus scripsit de redemptione epistulas uxori et filio. 
Uxor flendo oculos perdidit. Filium euntem ad redemptionem patris 
alimenta poscit; non remanentem alligari vult. 

1. CestiPii. Non est quod mulieris affectum lege aesiimetis, qua minatur ; 
omnia facit, ne filius alligetur. — Navigaturus reliquit uxori filium; nec 
adhuc caeca erat. 

AlbUCi Sili. Deduxit ad te filium ; itaque tene, complectere. — Audeo 
dicere : hoc par ne piratae quidem dividerent. — Si vellet filium alligari, pâte- 



48 SENEQUE LE RHETEUR 

son fils chargé de chaînes, elle le laisserait aller où il brûle 
de se rendre. — Ainsi, jeune homme, tu ne rendras même 
pas à ta mère les aliments qu'elle t'a fournis pendant dix 
mois? — Si tu ne veux pas nourrir ta mère, attends du moins 
pour l'enterrer. 

Triarius. A voir la loi qu'elle invoque, elle le menace de 
la prison; à voir le procès qu'elle intente, elle la redoute pour 
lui. 

Marcellus Aeserninus. Si tu persévères dans ton dessein, 
traîne-moi aussi chez fes pirates : j'obtiendrai d'eux des ali- 
ments ; ils nourrissent bien mon mari. 

Fulvius Sparsus. Ta mère, si elle ne reçoit pas d'aliments, 
va mourir; ton père en recevra, même si on ne le rachète pas. 

Julius Bassus. Ton père a encore ses yeux et du pain. 

Thèse opposée. Cestius Pius. Je veux imiter ma mère : 
c'est elle qui m'a enseigné à aimer ma famille. — Elle 
enchaîne deux personnes en en mettant une en prison. — Si 
je veux montrer pour mon père la même affection que ma 
mère, je lui dois aussi mes yeux. 

Arellius Fuscus. Celui qui t'abandonne, c'est près de 
son père que tu le trouveras. 

Varius Gé minus. Quel est mon sort ! Si je perds mon 
procès, tu me promets des chaînes, ma mère; si je le gagne, 
je devrai me rendre chez les pirates. — Je pourrais faire tous 
les sacrifices pour mon père ; sa femme a toujours montré 
pour lui plus d'affection que son fils. — Combien pensent 



retur ire quo properat. — Ergo tu, adulescens, matri tuae ne decem men- 
sum quidem alimenta reddes ? — Si pascere non vis matrem, exspecta saltem 
ut efferas. 

Triari- Legem attulit qua catenas minatur, causam qua timet. 

Marcelli Aesernilli. Si persévéras, me quoque ad piratas trahe : impe- 
trabo ab illis alimenta; et virum meum pascunt. 

Fulvi Sparsi. Mater, si non pascitur, peritura est; pater, etiamsi non 
redimitur, tamen pascitur. 

Juli Bassi. Patri tuo supersunt et oculi et alimenta. 

Altéra pars. 2. Cesti Pii. Matrem meam imitari volo : amare me meos 
docuit. — Unius vinculis duos alligat. — Si matris exemplo pius esse voluero, 
etiam oculos patri debeo. 

Àrelli Fusci patris. Desertorem tuum apud patrem invenies. 

Vari Gemini. Qualis fortuna est cui victo, mater, catenas denuntias, vie- 
tori ad piratas eundum est ! — Omnia licet patri praestem, meliorem tamen 
habuit uxorem. — Quam multi me putant, quia nolo ad patrem redimendum 
re, nunc cum matre colludere ! 



CONTROVERSES, VII 4 (19). 49 

que, ne voulant pas partir pour racheter mon père, je suis 
en ce moment d'accord avec ma mère ! 

Fulvms Sparsus. Pour ma mère je ne crains rien, si je 
la laisse entre vos mains : pour mon père que n'ai-je pas à 
craindre, si je le laisse aux mains des pirates ! 

Butéon. Du moins je m'arracherai les yeux, pour n'avoir 
pas fait moins pour mon père que ma mère pour son mari. 

[Division]. — Latron traita cette controverse comme si elle 
portait tout entière sur une obligation morale ; il n'y intro- 
duisit aucune question de droit, mais compara les souffrances 
do père et de la mère et énonça, comme proposition géné- 
rale à discuter : le fils doit-il partir pour racheter son père 
captif ou rester pour nourrir sa mère aveugle ? et sa division 
fut la suivante : « Ce que demande le père est inutile à la 
mère ; ce que demande la mère est utile au père aussi [qui, 
de cette façon, ne perd pas sa femme]. » Enfin il développa 
que le père même ne voudrait pas voir partir son fils; dans 
tous les cas, s'il connaissait l'état delà mère, il ne le permet- 
trait pas. Butéon avait posé en premier lieu une question 
insensée : la loi sur les aliments dûs aux parents ne con- 
cerne-t'elle pas seulement les pères? « C'est à eux que tous 
les autres privilèges ont été conférés par les lois et la peine 
môme infligée à ceux qui ne fournissent pas d'aliments 
indique qu'il s'agit là de pouvoirs légaux que n'ont pas les 
femmes. » L'idée est trop sotte pour qu'il y ait besoin de la 
réfuter; aussi je passe et me borne à rappeler le mot d'Asi- 
nius Pollion, que, dans une cause respectable, il ne fallait 
jamais risquer de question extravagante. Romanius Hispon 

Fulvi Sparsi Malri nihil titneo, si eam apud vos relinquo : patri quid 
non timeo, si euni apud piratas relinquo ? 

Butecmis. Oculos certe eruam mihi, ne plus marito praestiterit uxor. 

3. Latro hanc controversiam quasi tota offici esset declamavit; nullas 
quaestiones juris inseruit, sed comparavit inter se incommoda patris et matris 
et tamquam thesim dixit : utrum ad redimendum potius captum patrem ire 
filius deberet, an ad alendam caecam matrem subsistere ; et sic eam divisit, ni 
diceret : hoc, quod pater desiderat, inutile est matri; hoc quod mater deside- 
rat,- utile est et patri. JNovissime tractavit ne patrem quidem velle; utique, si 
sciât matrem in hac esse fortuna, non passurum. Buteo fatuam quaestioneni 
moverat primam : an lex, quae de alendis parentibus lata esset, ad patres tan- 
tum pertineret. illis omnia privilégia data et ipsampoenamnonalentium signum 
esse non muliebris potestatis. Res est ineptior quam ut coarguenda sit; itaque 
transeo; iilud unum, quod dicebat Pollio Asinius, referam : numquam deberc 
tentari in causa verecunda improbam quaestionem. 4. Hispo Romanius 



50 SÉNEQUE LE RHÉTEUR 

souleva la question suivante : la loi sur les aliments dûs aux 
parents concerne-t-elle les mères, tant que le père est 
vivant? « Le fils encore soumis à la puissance paternelle 
ajoute-t'il, ne pourra, < dit la loi >, être dans la dépendance 
que de son père ; il est exempt de toute autre dépendance. Sup- 
pose en effet que tu demandes des aliments à un fils que le 
père envoie à l'étranger, auquel il ordonne de voyager sur 
mer : le père passe d'abord, la mère ne vient qu'ensuite. » 
Albucius vit là une question non de droit, mais d'équité; 
cependant il y ajouta une question de droit : quand il y a 
conflit entre les devoirs dûs respectivement au père et à la 
mère, les devoirs dûs au père passent les premiers. Pompeius 
Silon posa la question suivante : quand deux personnes 
possèdent une propriété en commun, tous les produits n'ap- 
partiennent-ils pas à celle qui est présente? « Suppose, dit-il, 
que, comme esclave, tu aies deux maîtres; tu obéiras à 
celui qui est là. Suppose qu'un bien appartienne à deux 
personnes : les revenus seront perçus par celle qui est là. » 
Il continua par cette question , un peu difficile à admettre : 
le père a-t-il encore des droits sur son fils ? « Il ne possède 
pas les droits de citoyen romain, dit-il, celui qui ne possède 
pas ceux d'un homme, libre ; de même celui qui ne possède 
pas ceux de citoyen, ne possède pas non plus ceux de 
père; ton père n'a sur toi aucun pouvoir légal; c'est ta mère 
qui est en possession de tous les avantages spécifiés dans 
la loi ; l'autorité sur toi, elle ne la partage pas avec ton 
père, elle l'a tout entière. » Varius Géminus divisa ainsi 
qu'il suit : un fils peut-il toujours être contraint de nourrir 

illam movit quaestionem : an lex de alendis parentibus non pertineret ad matres 
vivis patribus. Filius, inquit, famuiae nuili poterit servire nisi patri; omni alia 
servitute liber est. Puta enim te alimenta petere ab eo, qtiem pater mittat 
peregre, quem navigare jubeat : primae partes sunt patris, secundae matris. 
Albucius non juris illam fecit quaestionem, sed aequitatis, ita tamen ut et 
juris adjungeret : quotiens patris pugnaret et matris, prius esse patris offîcium. 
Silo Pompeius illam fecit quaestionem : an, quotiens duobus communio 
essetj potestas ejus tota fîeret, qui praesens esset. Puta, inquit, servum te esse 
communem : huic domino servies, qui praesens est. Puta fundum esse commu- 
nem : is fructus percipiet, qui praesens est. Illam quaestionem huic duram sub- 
jecit : an nunc pater nullum jus in filium habeat. Quomodo, inquit, jura ci vis 
non habet, qui liberi hominis non habet, ita qui civis non habet, nec patris 
habet; ille nullam in te potestatem habet, mater in totius legis possessione est; 
jam non commune illi jus in te, sed proprium est. 5. Varius Geminus sic 
divisit : an non semper filius cogi possit ut matrem alat; deinde : an nunc 



CONTROVERSES, VII 4 (19). 5Î 

sa mère ? Peut-il y être contraint dans la circonstance ? 
« Non, dit-il, le fils n'y est pas toujours contraint. Je laisse 
de côté ceux qui sont incapables de le faire, étant malades 
ou infirmes ; mais un homme va partir pour repousser l'en- 
nemi ; seul son talent militaire peut sauver l'état; sa mère le 
retiendra-t-elle ? Suppose un ambassadeur chargé des plus 
graves intérêts de l'état, d'un traité à conclure : sa mère lui 
mettra-t-elle la main au collet ? 2> Et il compara point par 
point les devoirs que pouvaient exiger < en la circonstance > 
le père et la mère. « Lui est à l'étranger, toi dans ta patrie; 
il est prisonnier, toi libre ; il est au milieu des pirates, toi de 
tes concitoyens ; il est chargé de chaînes, toi sans liens. 
Mais, objectes-tu, tu es aveugle. Lui est d'autant plus malheu- 
reux qu'il a conservé la vue. Que voit-il en effet? Des signes 
de sa captivité, le massacre, les blessures et les croix de ceux 
que l'on ne rachète pas. Mais ce voyage est dangereux. Com- 
bien d'enfants ne connaissent pas le danger, quand il s'agit 
de leur père ! » Le Grec Apollonius se montra plein de 
force dans la péroraison : « Où y a-t-il du danger, dit mon 
fils ? Partout, même à rester chez soi à pleurer. » 

Latron dit que, pour la mère, il fallait un plaidoyer insi- 
nuant etmodéré. Ce qu'elle demande, en effet, ce n'est pas une 
punition, mais une marque de compassion, et elle est en procès 
avec ce jeune homme, dont elle exige un acte de piété filiale, 
qui en empêche un autre. Aussi disait-il également qu'il 
fallait, dans tous les sujets de ce genre, s'abstenir de mots 
trop forts : le ton même devait être adouci à l'égal des senti- 
ments que nous voulons éveiller. Dans la péroraison il faut 

cogendus non sit. Non semper, inquit, films cogitur. Transeo illos, qui non 
possunt, aegros et inutiles ; aliquis ad propellendum hostem proficiscitur, in 
cujus unius militia posita est salus publica : hune retinebit mater? Puta lega- 
tum de surama rei publicae, puta de foedere : huic manus mater injiciet? Et per 
partes comparando utrumque officium : Me, inquit, pereyre est, tu domi; Me 
captus, tu Libéra; iUe inter piratas, tu inter cives ; Me alliqatus, tu soluta es, 
At tu caeca es : Me hoc infelicior, quod videt ; quid enim videt ? Notas capti- 
vitatis suae et caedes et vu.ln.era et crûtes eorum, qui non redimuntur. At peri- 
culosum est. Quam multi nihil pro patribus periculosum putarunt! In epilogis 
vehemens fuit Apollonius Graecus: quid, inquit, periculosum est? Nihil non, 
et domi manere et flere. 

6. Latro dixit pro maire summisse et leniter agendum. Non enim, inquit, 
vindictam, sed misericordiam quaerit et cum eo adulescente consistit, in quo 
ita exigit pietatem, ut impediat. Aiebat itaque verbis quoque horridioribus 
abstinendum, quotiens talis materia incidisset ; ipsam orationem ad habitum 



52 SÉNEQUE LE RHETEUR 

même exprès briser notre voix, baisser la tête et faire en 
sorte qu'il n'y ait pas discordance entre l'orateur et son dis- 
cours; à cette partie convient aussi un rythme plus caressant. 
Galvus qui, longtemps, soutint avec Cieéron, pour le pre- 
mier rang parmi les orateurs romains, une lutte très inégale, 
plaidait avec tant de force et d'emportement que, un jour, 
au milieu d'un de ses discours, Vatinius, qu'il accusait, se leva 
et dit : « Je vous le demande, juges : est-ce une raison, parce 
que cet homme est éloquent, pour que je sois condamné ? » 
Dans la suite, voyant, au forum, Asinius Pollion entouré et 
frappé par les clients de Caton, qu'il défendait, il se fit 
hisser sur une borne (car il était tout petit de taille et, pour cette 
raison, Catulle, dans ses hendécasyllabes, l'appelle même « un 
nabot éloquent ») et jura que, si Caton faisait la moindre 
injure à Asinius Pollion qui l'accusait, il affirmerait, lui, par 
serment, que Caton n'était pas guidé] dans son procès par le 
seul esprit de justice; jamais, dans la suite, Pollion ne reçut, 
en actions ou en paroles, aucune offense de Caton ou de 
ceux qui l'assistaient. En outre Calvus avait l'habitude de 
sortir de son banc et, emporté par son élan, de courir jusque 
dans les bancs de ses adversaires. Ses poëmes aussi, quoique 
badins, sont tout pleins de grandes choses. Il dit de Pompée : 
« D'un seul doigt il se gratte la tête. Que croiriez-vous qu'il 
demande ? Un homme [allusion aux mœurs qu'on prêtait à 
Pompée]. » De même, dans ses plaidoyers, le ton, à l'exemple 

«jus, quem movere volumus, affectus molliendam. In epilogis nos de industria 
Tocem quoque infringere et vultum dejicere et dare operam, ne dissimilis ora- 
lioni sit orator; compositionem quoque illis mitiorem convenire. Calvus, qui diu 
cum Cicérone iniquissimam litem de principatu elnquintiae habuit, usque eo 
violentus actor et concitatus fuit, ut in média ejus actione surgeret Vatinius 
reus et exclamaret : rogo vos, judices : num, si iste disertvs est, ideo me 
damnari oportet ? 7. Idem postea, cum vi leret a clientibus Gatonis, rei sui, 
Pollionem Asinium circumventum in foro caedi, imponi se supra cippum jùssit 
(erat enim parvulus statura, propter quod etiam Catullus in hendeeasyilabis [53, 5] 
vocat illum « salaputium disertum ») et juravit, si quam injuriam Cato Pol- 
lioni Asinio accusatori suo fecisset, se in eum juraturum calumniam; nec um- 
quam postea Pollio a Catone advocatisque ejus aut re aut verbo violatus est. 
Solebat praeterea excedere subsellia sua et impetu latus usque in adversariorum 
partent transcurrere. Et carmina quoque ejus, quamvis jocosa sint, plena sunt 
ingentis animi. Dicit de Pompeio : 

Digito caput uno 
scalpit. Quid credas hune sibi velle? Virum [Fgm. 18 Luc. Miïller]. 

8. Composilio quoque ejus in actionibus ad exemplum Demosthenis Aïget : 



CONTROVERSES, VII 4 (19). 53 

de Démosthène, est plein de force : rien de paisible, rien de 
calme ; tout est violentet agité. Cependant, dans sa péroraison 
pour Messius, alors accusé pour la troisième fois, il sut 
prendre un ton, non seulement calme, mais suppliant, lors- 
qu'il dit : « Croyez-moi, ce n'est pas un sentiment honteux 
que la pitié, » et toutes les parties de cette péroraison sont 
d'un ton non seulement doux, mais caressant. Dans la con- 
troverse qui nous occupe, un trait à la Publilius fut lancé par 
un certain rhéteur Festus, de petite taille, dont Euctémon, 
homme d'un esprit très fin, dit en grec: «Avant de te voir, je ne 
savais pas qu'il y eût des rhéteurs hauts comme une botte [m. 
à m. d'un demi-denier]. » Voici le trait de Festus: « Mon père 
est prisonnier, » vous répond-il. Si les prisonniers touchent ton 
cœur, ta mère aussi est prisonnière. » Et, comme si nous n'avions 
pas compris, il aj outa : « Ne savez-vous pas qu'on dit des aveugles 
qu'ils ont « les yeux prisonniers ? » Il dit aussi : « Laisse de 
côté cette lettre funeste. Tu dois la détester, car c'est elle 
qui a rendu ta mère aveugle. » Et ce trait si fade, qui se 
trouva dans plusieurs bouches : « Il faut pleurer davantage 
sur elle, justement parcequ'elle ne peut plus pleurer. » Et 
encore : « Des larmes, ta mère n'en a plus; des raisons d'en 
verser, elle en a toujours, » comme si habituellement les 
aveugles ne pleuraient pas. Je me souviens qu'un certain 
Crispus, un rhéteur d'autrefois, dans la controverse du 
brave éprouvé qui veut garder près de lui son troisième 
fils, le premier ayant perdu les yeux en tuant le tyran, le 
second les mains à la guerre, s'écria : « Levez-vous mainte- 
nant, cadavres vivants et implorez les juges pour votre père. 

nihil in illa placidum, nihil lene est, omnia excitata et fluctuantia. Hic tamen in 
epilogo, quem pro Messio tune tertio causam dicente habuit, non tantum leniter 
componit sed summisse, cum dicit : « Crédite mihi, non est turpe misereri, » et 
omnia in illo epilogo fere non tantum emollitae compositionis sunt sed infraetae. 
ïn hac controversia Publilianam sententiam dédit Festus quidam rhetor, statu- 
rae pusillae, in quem Euctemon, homo venustissimi ingeni, Graece dixit : ante- 
quam te viderem, nesciebam rhetoras victoriatos esse. Fuit autem Festi sen- 
tentia : « Captus est, inquit, pater. » Si te capti movent, et haec capta est. Et 
quasi non intellexissemus, ait : nescitis dici « captos luminibus ? » 9. Et illud 
dixit : mitte istam epistulam luctuosam. Odisse illam debes : haec est, quae ma- 
trem tuam excaecavit. Et illam insulsissimam, in quam multi inciderunt : prop- 
ter hoc ipsum, inquit, magis flebilis est, quod non potest flere. Et iterum : 
lacrimae, inquit, matri désuni, causae supersunt ; tamquam caeci flere non 
soleant. Memini Crispum quemdam, antiquum rhetorem, in illa controversia viri 
fortis, qui tertium filium retinet, cum alter fîlius in tyrannicidio perdidissel 



54 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Mais pourquoi railler ainsi mes enfants? L'un ne voit pas 
ceux qu'il doit implorer, l'autre n'a pas le moyen de les im- 
plorer. » Beaucoup d'orateurs se laissent séduire, par l'har- 
monie d'un trait qui sonne bien ; aussi je me souviens 
que Porcius Latron voulut faire sentir à ses élèves ce 
manque de goût dans l'oreille, surtout que Triarius, en arran- 
geant harmonieusement les mots, charmait beaucoup d'éco- 
liers et les engageait tous dans une mauvaise voie : aussi, dans 
une controverse, où il se laissait aller à un développement élevé 
et plein de chaleur, il termina ainsi : « Parmi les sépulchres, 
il y a des souvenirs. » Et comme les écoliers poussaient des 
cris enthousiastes, il les critiqua; comme il convenait et arriva 
ainsi à les rendre plus lents à louer même ce qui était bien 
dit, parcequ'ils craignaient un piège. 

Glycon dit : « Vite, mère, retiens ton enfant. Malheureuse, 
si tu gagnes ta cause, tu ne le verras même pas. » Elle dit : « Si 
tu ne veux pas me nourrir* reste du moins pour m'enterrer. » 

Hybréas dit dans cette controverse : « Mon enfant, même 
si tu me fuis, je te retiendrai en m'attachant à toi. » Un 
certain nombre de personnes trouvaient ce trait de mauvais 
goût ; cependant Romanius l'imita. 

oculos, alter in acie manus : exsurgite nunc, viva cadavera, rogate pro pâtre. 
Sed quid ego meos derideo ? Alter quos roget non videt, alter quibus ; roget non 
habet. 10. Multis compositio belle sonantis sententiae imposuit ; itaque memini 
Latronem Poreium, ut exprobraret hanc audiendi scholasticis neglegentiam, 
maxime quia Triarius compositione verborum belle cadentium multos scholasti- 
cos delectabat, omnes decipiebat, in quadam controversia, cum magna phrasj 
flueret et concitata, sic locum conclusisse : inter sepulchra monumenta sunt; et 
cum scholastici maximo clamore laudarent, invectus est in eos, ut debuit, et hoc 
effecit, ut in reliquum etiam quae bene dicta erant tardius laudarent, dum insi- 
dias verentur. 

GlyCOn dixit : TCapâÔEi, jA^-ceç», •^■v:Cka.$o\j tî'-/vou * TaXaÎ7twç£, ov$î fidniiq, a v 
"xçaTvjo-flç. Et jaé, ç^aty, où Tps'çsiç, £tc{|A£.ivov, Iva Ôâ^TflÇ. 

HybreaS in hac controversia dixit: -eéxvov, xav ikz «eû-v^ç, xa-coûv^o jxa« at 
t-â'.zîTnoja-a. Hoc quibusdam corruptum videbatur ; Romanius taraen imitatus 
est. 



CONTROVERSES, VII 5 (20). 



V (20). 

L'ENFANT DE CINQ ANS TÉMOIN CONTRE 
L'INTENDANT. 

Un homme, après la mort de sa femme, dont il avait un 
fils, se remaria : il eut un second fils. Il avait chez lui un 
intendant à la jolie figure. Comme des querelles éclataient 
fréquemment entre la belle-mère et le beau-fils, le père 
ordonna à celui-ci de quitter la maison : il loua la maison 
contiguë. On parlait de relations coupables entre l'intendant 
et la femme de son maître. Un jour on trouva le père tué 
dans la chambre à coucher, la femme blessée, le mur sépa- 
rant les deux maisons percé ; les plus proches parents trou- 
vèrent bon de demander au < second > fils, âgé de cinq ans, 
qui avait passé la nuit dans la même chambre, dans quelle 
personne il reconnaissait l'assassin ; il désigna du doigt l'in- 
tendant. Le fils < aîné > accuse l'intendant du meurtre, et 
l'intendant l'accuse de parricide. 

[Pour le fils]. Arellius Fuscus. Dès que j'ai entendu, 
un cri, j'ai pensé, je vous le jure : « Voilà mon père qui sur- 
prend les complices. » — Qui pourrait admettre < femme > 
que tu viennes, de toi-même, déposer au forum, même si tu 



V (20). 

QUINQUENNIS TESTIS IN PROCURATOREM. 

Mortua quidam uxore, ex qua fîlium habebat, duxit aliam : sus- 
lulit ex ea filiurn. Habebat procuratorem in domo speciosum. Cum 
fréquenter essent jurgia novercae et privigno, jussit eum semigrare : 
ille trans parietem habitationem conduxit. Rumor erat de adulte- 
rio procuratoris et matris familiae. Quodam tempore paterfamiliae 
in cubiculo occisus inventus est, uxor vulnerata, communis paries 
perfossus; placuit propinquis quaeri a filio quinquenni, qui una 
dormierat, quem percussorem cognosceret ; ille procuratorem digito 
denotavit. Accusât filius procuratorem caedis, ille filium parricidi. 

1. Arelli Fusci pat ris. Ut audivi clamorem, si qua est fides, deprensos 
a pâtre adulteros putavi. — Quis ferret te voluntariam testem in forum ve- 



56 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

venais déposer en faveur de ton fils ? — Pauvre enfant, quoique 
moi-même en danger, je crains encore plus pour toi : tu mar- 
ches trop sur les traces de ton frère ; aussi, maintenant, tu 
n'es plus d'accord avec ta mère. — Tant que ma mère a vécu, 
mon père, comme intendant, s'est contenté de moi. — Iln'est 
pas facile de commettre un parricide. — Veux-tu connaître 
toute la force de la nature? Un petit enfant même parle en 
faveur de son frère. 

Triarius. Adultère, pendant la vie de mon père, complice 
dans sa mort, témoin après sa mort. — Si l'on se contente 
d'un témoignage, je produirai l'enfant; si l'on ne s'en con- 
tente pas, je produirai le peuple tout entier. — Elle reproche 
à son beau-fils un parricide, à son fils un mensonge. — L'in- 
tendant entre comme à son ordinaire. — Dis, enfant, qui a 
tué ton père ; dis-le sans peur; tu désignes la même personne 
que le peuple. — La nuit convient au crime; c'est bien 
l'heure de l'adultère. — Mon père fut si bon pour moi, que, 
tout en désirant avoir une femme, il ne voulut pas que 
j'eusse une belle-mère. — Qu'aurais-je eu besoin de lumière ? 
L'obscurité seule plaît à ceux qui vont commettre un crime. 

— « Quelle faute antérieure ai-je commise? ;> < dit l'inten- 
dant. > Ce n'est pas la même chose; souviens-toi, en effet, 
que l'on t'accuse d'homicide; on peut, pour son coup d'essai, 
commettre un homicide, un parricide, jamais. — Tu as 
apporté de la lumière pour bien voir à la frapper légèrement. 

— Nous voyons le poignard plongé tout entier dans le cœur 
de mon père : c'est ma belle-mère que j'aurais, moi, frappée 



nientem, etiamsi ventres dictura pro filio ? — Miserrime puer, quamvis ipse 
péricliter, plus tamen pro te timeo : nimium fraternis insistis vestigiis ; itaque 
jam tibi cum matre noo convenit. — Quamdiu mater vixit, pater me fuit procu- 
ratore contentus. '■ — Non facile fît parricidium. — Vis scire quantum natura 
possit ? Etiam infans pro fratre loquitur. 

Triari. Vivo pâtre adultéra, moriente conscia, mortuo testis. — Aliquis uno 
teste contentus est : dabo puvrum ; aliquis non est uno teste contentus : dabo 
populum. — Objicit privigno parricidium, filio mendacium. — Intrat procura- 
tor qua solebat. — 2- Die, puer, quis patrem tuum occiderit, die audaciter; eum- 
demnominas, quem populns. — Nox placet sceltri : prorsus adulteri tempus. 

— Habui patrem tam bonum, ut, cum uxorem habere vellet, tamen me nover- 
cam habere noluerit. — Quo mini lumen ? Tantum admissuro nefas optanda 
nox est. — « Quid, inquit, ante peccayi?» Dissimile est : mémento enim de 
homicidio quaeri ; potest tirocinium esse homicidium, parricidium non potest. 

— Lumen attulisti, ut discerneres illic, quam leviter vulnerare deberes. — Vide- 
mus adactum in patris praecordia gladium : sic ego novercam vulnerassem. — 



CONTROVERSES, Vil 5 (20). 57 

ainsi. — Mon frère, je te demande si tu as tu l'intendant 
cette dernière nuit; je ne m'informe pas des autres. 

Vibius Gallus. Moi ! Ne rien dire d'un adultère que 
dénonce un peuple? Ne rien dire d'un crime que dénonce 
même un enfant?— Je vous en prends à témoin, juges: mon 
père était en parfaite santé, quand j'ai dû quitter la maison. 

— égarement terrible et à contre-sens de notre siècle ! Il 
s'est trouvé un homme pour avoir le courage de tuer son 
père et non sa belle-mère ! Même si l'on n'avait pas le cou- 
rage de tuer son père, on aurait celui de tuer sa belle-mère. 

Sépullius Bassus. Pendant que je perce la paroi, on 
m'entendra. A qui crois-tu le sommeil le plus léger ? Aux 
enfants, aux vieillards ou aux personnes d'âge intermédiaire? 
Aux enfants? Je serai entendu par mon frère. Aux vieillards? 
Par mon père. Aux personnes d'âge intermédiaire? Par ma 
belle-mère. — Je pourrais chercher de quelle honteuse origine 
il est issu, s'il en avait une ; mais la bassesse de sa condition 
échappe à notre enquête. Je ne m'étonne pas que tu ne 
saches pas comme il est difficile de tuer son père, puisque tu 
ne connais pas le tien. 

Albucius Silus. Je te le demande, femme : penses-tu qu'il 
faille en croire ton fils ? — Qu'il me soit permis d'élever l'en- 
fant : il ne s'accordera ni avec sa mère, ni avec son tuteur. — 
Ils sont trois dans la chambre à coucher : tu assassines mon 
père; l'enfant, tu le négliges; ta maîtresse, tu ne la crains pas. 

— Esclaves, affranchis, tous étaient sous les yeux de l'enfant; 
moi-même je me tenais au premier rang; l'assassin se dissi- 



Frater, quaero an videris procuratorem novissima nocte ; nihil de prioribus 
quaero. 

3. Vibi Galli. Ego taceam de adulterio, quod persequitur etiam populus ? 
Ego taceam de homicidio, quod persequitur etiam puer ? — Testor vos, judices, 
salvum patrem reliqui. — O magnam in contrarium saeculi nostri perw.rsita- 
tem! Inventas est qui patrem posset occidere, novercam non posset. Etiamsi 
quis occidere patrem non potest, novercam potest. 

Sepulli Bassi- Dum perfodio parietem, aliquis sentiet. Cujus vis levissi- 
mum esse sommum? Pueri an senis an mediae aetatis ? Pueri ? Frater sentiet. 
Senis? Pater. Mediae aetatis? Noverca. — Quaererem quam sordida domo 
natus esset, si ullam habuisset : nunc inquisitionem nostram humilitate effugit. 
Non miror si nescis quam difficile sit patrem occidere, cum incertum habeas 
patrem. 

4. AlTbuci Sili. Quaero a te, mulier, an filio tuo credendum putes ? — Liceat 
mihi nutrire puerum : nec cum matre illi nec cum tutore conveniet. — - Très in 
cubiculo sunt : patrem occidis, puerum contemnis, adulteram non times. — Sin- 



58 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

mulait derrière sa complice. — Quelles sont mes fautes anté- 
rieures? De qui ai-je séduit la femme? Si je l'avais fait, 
je serais capable de tuer un homme, mais non mon père. — 
J'ai de bons témoins à t'opposer. — Je crains pour cet enfant 
qui dépend d ? un autre < que de moi >. — Regarde le corps 
de mon père, quelle blessure horrible! Comme le poignard 
a été enfoncé profondément! C'est ainsi que, moi, j'aurais 
frappé ma belle-mère. 

Cestius Pius. Pour prouver ton adultère, < femme >, je 
fournirai non pas un témoin et un témoin corrompu, j'en four- 
nirai beaucoup, même des enfants. — J'ai frappé mon père 
d'un coup aussi terrible que celui dont j'aurais dû frapper ma 
belle-mère, etje'n'aimême pas frappé ma belle^mère comme 
mon père. 

Julius Bassus. Toi, une lumière t'était nécessaire pour ne 
pas tuer celle qui t'excitait à tuer; moi, elle m'aurait été inu- 
tile, car, si j'en avais eu, cet instrument du parricide m'aurait 
montré mon parricide. — Si la nature pouvait le permettre, 
< ce qui n'est pas! >, il m'aurait fallu, en le tuant, oublier 
que c'était mon père. — > Nous agissons avec plus d'assurance 
quand nous ne voyons pas ce que nous faisons et l'atrocité de 
l'acte a beau être aussi grande, notre frayeur est moins 
grande. — Si j'ai tué mon père, j'aurais dû laver toute la souil- 
lure de son lit; qui donc épargnerai-je, après avoir tué mon 
père? — Je ne puis me glorifier d'avoir vengé mon père : 
mon frère m'a prévenu. 

Blandus. Comme il serait difficile à un fils de blesser 

guli se servi liber tique offerebant puero ; ego stabam an te omnes ; percussor late- 
bat post adulteram. — Quid ante peccavi ? Gujus uxorem corrupi ? Quod si fecis- 
sem, hominem occidere possem, patrem non possem. — Bonos habeo prae te 
testes. — Timeo huic in aliéna potestate. — Aspice corpus patris : quam gravis 
plaga, quam al te adactus est gladius h Sic ego novercam percussissem. 

Cesti Pii. Adulteram te esse non unum testem dabo, non corruptum ; dabo 
multos, dabo etiam pueros. — Patrem tam graviter percussi, quam debui nover- 
cam, novercam ne sic quidem, quemadmodum patrem ? 

5. Juli Bassi. Tibi fuit necessarium lumen, ne eam occideres, propter quam 
occidebas ; mini supervacuum erat, ne instrumento parricidi detegerem parrici- 
dium. — Si rerum natura pateretur, obliviscendum erat mihi patris, dum occide- 
rem. — ■ Majore licentia quae non videmus agimus, et, quamvis non minor sit 
atrocitas facinoris, formido minor est. — Si palrem occidi, totus mihi lectus pur- 
gandus est ; cui parcam, parricida, non habeo. — Non possum gloriari ultione 
patris ; frater illam meus occupavit. 

Blandi. Quam difficile est fîlio patrem vulnerare et quam facile privigno 
novercam occidere ! 



CONTROVERSES, Vil 5 (20). 59 

son père ! Gomme il serait facile à un beau-fils de tuer sa 
belle-mère ! 

Varius Géminus. Il me dit : « Tu as tué ton père. » 
Croyez-moi, juges, les mains < du fils qui tue son père > ne 
font rien légèrement ! [Or ma belle-mère a été blessée légè- 
rement.] — Pourquoi ne t'aurais-je pas tuée? Est-ce la volonté 
qui m'en aurait manqué ou le pouvoir? — Pourtant elle a 
reçu une blessure; mais combien légère! Quel soin on a pris 
de te ménager ! — Fais-nous ta déposition et montre-nous 
ta blessure, non comme blessure, mais comme preuve à 
conviction.— Montre-nous ta blessure : cet assassin, comme 
il craignait de te tuer ! 

Porcius Latron. Pourquoi apporter de la lumière ? «Pau- 
rai plus de courage pour le parricide, si je ne vois pas mon 
père. — Un homme pourrait tuer son père plutôt que sa 
belle-mère et ne pas tuer sa belle-mère, même après son 
père ? 

Triarius. Non! personne ne conserve ses mains pures jus- 
qu'au parricide et ne débute par un crime qu'on se décide si 
difficilement à commettre. 

Division. — Dans les controverses qui, comme celles-ci, com- 
portent à la fois accusation et défense, tout le monde ne sui- 
vit pas le même ordre. Il y en eut pour placer la défense 
avant l'accusation, par exemple Latron. Arellius Fuscus 
dit : « Le coupable doit disparaître dans la péroraison. » Il 
eut tout à fait raison de placer la défense immédiatement 
avant la péroraison, car Ton écoute plus favorablement la 
défense que l'accusation. La partie qui doit venir la dernière 

6. Vari Gemini. « Patrem, inquit, occidisti. » Testor vos, judices, nihil 
leviter hae manus faciunt. — Utrum nolui te occidere, an non habui potestatem ? 
— Atqui vulnerata est : leviter vulnerata es ; quam diligenter servata es ! — Tu 
testimonium die et ostende istud non viilnus, sed argumentum. — Ostende vul- 
nus : percussor Me quam timuit ne occideret ! 

Porci Latronis. Quare lumen affero ? Fortius parricidium faciam, si non 
videro patrem. — Occidere aliquis patrem ante quam novercam potest, novercam 
ne post patrem quidem potest ? 

Triari. Quis parricidio puras manus servat et inde incipit, quo pervenire 
difficile est ? 

Divisio. 7. Has controversias, quae et accusationem habent et defensionem 
non eodem ordine omnes declamaverunt. Quidam fuerunt, qui ante defenderent 
quam accusarent, ex quibus Latro fuit. FUSCUS Arellius : débet, inquit, 
reus in epilogo desinere. Optime autem epilogum defensioni contexit; et hommes 
magis defendenti quam accusanti favent. Ultima sit pars quae judicem faventem 



60 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

est celle qui peut laisser le juge sous une impression favo- 
rable. Certains fondirent l'accusation et la défense, en ins- 
tituant une comparaison entre les deux accusés et en faisant 
porter l'accusation sur l'un, dès qu'ils l'avaient écartée de 
l'autre ; ainsi procéda Cestius. Ce système ne réussit pas tou- 
jours: particulièrement celui dont la cause est la moins forte 
ne trouve aucune utilité à mettre les deux thèses à côté l'une 
de l'autre; on peut mieux dissimuler les points faibles, quand 
il n'y a pas de termes de comparaison. Dans cette contro- 
verse, il y a non pas deux, mais trois coupables; car la belle- 
mère est jointe à l'intendant < dans l'accusation >. Aussi 
Arellius Fuscus disait-il que, dans tous les cas, en parlant 
pour le fils, il fallait d'abord accuser, parce que Ton a une 
seule accusation à repousser et deux à porter : adultère et 
meurtre. 

[Couleurs]. — Les points délicats de part et d'autre récla- 
ment non pas des couleurs, mais de l'argumentation; aussi, 
pour ne pas dépasser la mesure, les laisserai-je de côté. A 
propos de la blessure de la belle-mère, on trouva des mots 
spirituels, on en trouva de ridicules, on en trouva même plus 
de ridicules. Je rapporterai d'abord les mots spirituels. 
Fuscus dit : « La peau est égratignée par une écorchure, 
que l'on croirait faite non par un beau-fils, mais par un 
amant. » 

Passiénus dit : « Tu as été si légèrement blessée par cette 
main, qui n'a hésité ni devant un mur ni devant un père ! » 

Varius Géminus dit : « Donne le fer à l'enfant qui dépose 
en ma faveur; il frappera plus fort. » 

possit dimittere. Quidam permis cuerunt accusationem ac defensionem, ut compa- 
rationem duorum reorum mirent et crimen, simul reppulissent, statim trans- 
ferrent; ex quibus fuit Cestius. Hoc non semper expedit; utique ei, qui imbe- 
cilliorem partem habet, non est utile comminus congredi ; facilius latent quae non 
comparantur. 8. In hac controversia non sunt duo, sed très rei; noverca enim 
procuratori conjungitur; itaque a fili parte utique aiebat Fuscus Arellius prius 
accusandum, quia unum deberet crimen defendere, duo objicere, et adulteri et 
caedis. 

Si qua sunt ex utraque parte difficilia, non colorem, sed argumentationem desi- 
derant ; itaque, ne modum excedam, praeteribo. Circa vulnus novercae quidam 
bellas res dixerunt, quidam ineptas, immo multi ineptas. Prius illa, quae belle 
dicta sunt, referam. 9. FULSCUS ait : destricta levi vulnere est cutis; non credas 
factum manu privigni, credas amatoris. 

Passiénus ait : sic leviter te vulneravit dextera illa, eux nec paries obstitit 
nec pater? 



CONTROVERSES, VII 5 (20). 61 

Cestius dit, en décrivant le peu de gravité de la blessure : 
« Tu m'aurais fait du mal [au point de vue du procès], si tu 
avais été capable d'en faire à ta maîtresse. » 

Bruttédius Brutus employa un mot usuel d'une manière 
forte : « Il a tué son rival; il a blessé sa maîtresse. » 

Romanius Hispanus dit, d'une manière analogue : 
« Montre, belle-mère, montre ce pinçon de ton amant. » 

Sépullius Bassus dit : « Il a tué le mari, il a pincé sa 
complice. » 

Parmi ceux qui dirent des choses ridicules, « bien loin 
devant les autres, » figure votre cher Musa, qui, après avoir 
décrit la blessure de la belle-mère, ajouta : « Au contraire, 
par Hercule, mon père a été percé comme le mur. » 

Murrédius : « Il croit sa cause gagnée, parce qu'il a pra- 
tiqué une saignée à sa maîtresse. » 

Licinius Népos dit: « Ce n'est pas une blessure, mais une 
morsure d'amant qui folâtre. :> 

Sénianus lança un trait, marqué au coin de cette sottise : 
« Ma belle-mère, il ne l'a pas blessée, mais seulement arrosée 
du sang de son mari, quoiqu'on la représente comme 
blessée. » 

Vinicius, homme d'un esprit très juste, incapable de dire 
et de supporter des sottises, avait coutume de railler le trait 
suivant de Sénianus et d'en rapporter un analogue, pro- 
noncé dans un discours par Votiénus Montanus. Sénianus 
avait dit, dans cette même controverse : « Aucun témoin n'est 



Varius Ge minus dixit : da ferrum testi meo ; fortius feriet. 

Cestius dixit, cum descripsisset quam levé vulnus esset : nocueras, inquit r 
mihi, si amicae tuae nocere potuisses. 

BrutUS Bruttédius eotidiano verbo significanter usus est: rivalem, inquit, 
occidit, amicam sauciavit. 

Hispo Romanius ejusdem generis rem dixit : ostende, noverca, ostende 
istud, quod amator tuus vellicavit. 

BaSSUS Sépullius dixit : maritum occidit, adultérant strinxit. 

10. Ex illis, qui res ineptas dixerant, « primus ibi ante omnes [A en. 2, 40], » 
Musa vester, qui, cum vulnus novercae descripsisset, adjecit : at, hercules,, 
pater meus tamquam paries perfossus est. 

Murrédius : patrocinium putat esse causae suae, quod sanguinem misit. 
NepOS Licinius ait : non est istud vulnus, sed ludentis adulteri morsus. 
Sénianus ex illa stultorum nota sententiam protulit : non vulneravit, inquit r 
novercam, sed viri sui sanguine aspersit, cum illa vulnerata ponatur. 

11. Vinicius, exactissimi vir ingeni, gui nec dicere res ineptas nec ferre 
poterat, solebat hanc sententiam Seniani deridere et similem illi referre in oratione 



62 SENEQUE LE RHETEUR 

plus sûr qu'un enfant, surtout qu'un enfant de cinq ans : car 
il a déjà l'âge de comprendre et pas encore celui d'in- 
venter. » Cette précision, dit-il, est ridicule : « Aucun témoin 
n'est plus sûr qu'un enfant, surtout qu'un enfant de cinq 
ans. » Ainsi il n'en sera pas de même si le témoin est un 
enfant de quatre ans ou de six ans. Il ajoutait très finement : 
« On pourrait croire que c'est quelque chose de profond : tout 
est d'un homme circonspect, la précision, la restriction ; rien 
n'est plus drôle qu'une sottise étudiée. » Le trait de Votiénus 
Montanus était, dit-il, analogue à celui-là et il s'en moquait : 
« Le chien est un animal qui ne dort pas et qui est toujours 
éveillé, surtout le chien de garde prêt à mordre. » Mais il 
n'était pas juste pour Montanus, qu'il avait accusé devant 
César, à la sollicitation de la colonie de Narbonne. Montanus 
était si profondément orateur d'école que, le jour même où 
il avait été accusé par Vinicius, il disait: « J'ai trouvé très 
bien le plaidoyer de Vinicius, » et il en citait des traits. 
Surdinus lui dit spirituellement : « Crois-tu donc qu'il a sim- 
plement développé la thèse opposée < à la tienne > [comme 
on faisait à l'Ecole] ? » 

Une grave maladie a fondu sur nos hommes d'école : lors- 
qu'ils ont appris des exemples, ils veulent les introduire 
dans le sujet donné. On doit le faire quelquefois, lorsque le 
sujet le permet, mais il est tout à fait ridicule de forcer la 
matière et d'aller chercher bien loin ses exemples, comme le 
fit Musa dans cette controverse : parlant pour le fils et déve- 



dictam Montani Votieni. Senianus in hac eadem controversia dixerat: nihil puero 
est teste cerlius, utique quinquenni : nam et ad eos pervertit annos, ut intelle- 
gal, et nondum ad eos, quibus fingat. Haec finitiOj inquit, ridicula est : « nihil 
«st puero teste certius, utique quinquenni! » Puta nec si quadrimus puer testis est 
nec si sex annorum. Illud venustissime adjiciebat : putes, inquit, aliquid agi : 
omnia in hac sententia circumspecti hominis sunt, finitio, exceptio; nihil est 
autem amabilius quam diligens stultitia. 12. Montani Votieni sententiam huic 
aiebat esse similem et deridebat hanc : insomne et experrectum est animal canis, 
utique catenarius paratus. Erat autem non aequus ipse Montano. Accusaverat 
illum apud Gaesarem, a colonia Narbonensi rogatus. At Montanus adeo toto animo 
scholasticus erat,ut eodem die, quo accusatus est a Vinicio, diceret : « delectavit 
me Vinici aetio ; » et sententias ejus referebat. Eleganter illi dixit Surdinus : rogo; 
numquid putas illum alteram partem déclamasse ? 

Gravis scholasticos morbus invasit : exempla cum didicerunt, volunt illa ad 
aliquod controversiae themaredigere. 13. Hoc quomodo aliquando faciendum est, 
cum res patitur, ita ineptissimum est luctari cum materia et longe arcessere, sic 
quomodo fecit in hac controversia Mus a, qui, cum diceret pro filio locum de 



CONTROVERSES, VII 5 (20). 6$ 

loppant le lieu commun de l'affection des enfants pour 
leurs pères, il en vint au fils de Crésus et dit : « Muet jus- 
qu'alors,, devant le danger que courait son père, il rompit les 
entraves mises par la nature à sa voix, qui, pendant plus 
de cinq ans, s'était tue. » Gomme on suppose < dans la con* 
tro verse > que l'enfant a cinq ans, il s'imagina que, partout où 
il parlerait de « l'âge de cinq ans, », ce serait un trait; d'ail- 
leurs ce procédé avait réussi à Latron, qui, après s'être moqué 
de la petite blessure [de la belle-mère], dit : « Regardez 
cette cicatrice à peine apparente; je vous le demande : ne 
la croirait-on pas faite par un tout petit enfant, qui n'aurait 
même pas cinq ans?» 

Vibius Gallus, en retraçant la scène du meurtre, eut un 
trait bien mauvais : « Il tua le mari, dit-il, blessa la belle- 
mère, épargna l'enfant : dès ce moment il le croyait sien. > 

Cestius, en effet, estimait qu'il fallait absolument parler 
de l'enfant avec réserve ; voilà pourquoi il dit, en louant 
son témoignage : « Es-tu le fils de l'intendant ? » 

Hermagoras exprima la même idée d'une façon plus con- 
venable : « Est-ce contre ton frère ou non ? » 

On louait le trait de Blandus, quand il décrivit la scène 
où l'enfant avait désigné l'intendant : « Un doigt qui en 
disait long. » 

Euctémon dit : «Marâtre, j'ai un bon témoin. petit 
enfant vertueux! petit enfant digne d'avoir la même mère 
que moi, comme tu a as eu le même père ! » 

Murrédius lança un trait sans esprit, dans le genre des 

indulgentia liberorum in patres, venit ad filium Croesi et ait : mutus in periculo 
patris naturalia vocis impedimenta perrupit, qui plus quam quinquennio tacuerat. 
Quia quinquennis puer ponitur, putavit, ubicumque nominatum esset quinquen- 
nium, sententiam fieri, quia Latroni bene cesserat, qui, cum elusisset \ulnus exi- 
guum, dixit: aspicite istam vix apparentera cicatricem ; rogo vos: non putetis 
puerulum fecisse et ne puerulum quidem quinquennem ? 

14. Gallus Vibius improbam dixit sententiam, cum caedem describeret : 
occidit, inquit, maritum, novercam laesit, puero pepercit ; jam hune putabat 
suum. 

Valde enim puero Cestius aiebat parcendum ; itaque dixit, cum laudaret ejus 

testimonium : procuratore natus es ? 

Hermagoras hune sensum decentius posuit : *«t& tov &.8i\<?hv yj '^ - r 
Blandi sententialaudabatur, cum descripsisset apuerodemonstratumprocura- 

torem : digitum multa significantem ! 

15. EUCtemOIl dixit : p^rçutà, jrçr t (7TbveXa6ov p.âçTUça. T ft itatâîov sÙc^eç! *& -ai- 



64 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

mimes, après avoir dit que la belle-mère discutait le témoi- 
gnage de son fils : « Selon son habitude, pour défendre son 
amant, elle n'épargne pas son sang [<r sang » est pris à la fois 
au sens propre et figuré] . 

Nicocratés le Lacédémonien, déclamateur aride et sec, 
dit : « Il a ménagé son témoin, il a fait fi du mien. » 

Hermagoras, après avoir dépeint le misérable sort de 
cet enfant, qu'on rendrait à la belle-mère qui le détestait, 
et à l'intendant, dit que celui-ci criait déjà : « Il n'est pas 
à nous [ou : de nous]. » 



MurredillS mimico génère fatuam sententiam dixit, cum dixisset novercam 
disputare contra fîlii sui testimonium : faeit, inquit, quod solet : pro amatore san- 
guini suo non parcit. 

Nicocratés Lacon aridus et exsuccus declamator dixit : -roff fiiv iSiou (i.âçnruçQ<; 
lœsto-a-co, xoù 8'ky.oîj xareççôviria-sv. 

Hermagoras, cum miserabilem dixisset pueri condicionem esse, qui ÎDfestae 
novercae et procuratori redderetur, dixit jam procuratorem clamare : où* ïn-zvt 

■ïjjjLé'çeçoç. 



CONTROVERSES, VII 6 (21). 65 



VI (21). 

LE PÈRE < ACCUSÉ DE > FOLIE, POUR AVOIR MARIÉ 
SA FILLE A UN DE SES ESCLAVES. 

Un tyran permit aux esclaves de tuer leurs maîtres et de 
prendre leurs maîtresses de force. Les principaux citoyens 
s'enfuirent; l'un d'eux, qui avait un fils et une fille, partit à 
l'étranger. Pendant que tous les esclaves faisaient violence à 
leur maîtresse, l'esclave de celui-là respecta la jeune fille. 
Quand le tyran eut été tué, les principaux citoyens revinrent; 
ils mirent leurs esclaves en croix; mais l'esclave <fidèle> fut 
affranchi par son maître et reçut la main de sa maîtresse. Le 
fils accuse son père de folie. 

[Contre le père.] Argentarius. Ce serait au moins pour 
nous une consolation, de savoir ce mariage fait par le tyran, 
non par mon père . — Accorde-lui un honneur : choisis-le comme 
esclave dotal, charge-le de veiller sur les biens de sa maî- 
tresse. — Croyez-vous qu'il a l'esprit sain, cet homme qui aime 
mieux imiter le tyran qu'un esclave? — Notre père, qui était 
né de parents honorables... Car il n'aurait pas obtenu notre 



VI (21). 

DEMENS QUI SERVO FIL1AM JUNXIT. 

Tyrannus permisit servis, dominis interemptis , dominas suas rapere. 
Profugerunt principes civitatis ; inter eos, qui filium et fîliam habebat 
profectus est peregre. Cum omnes servi dominas suas vitiassent, ser- 
vus ejus virginem servavit. Occiso tyranno reversi sunt principes ; in 
crucem servos sustulerunt; ille manu misit et iîliam collocavit. Accu- 
satur a filio dementiae. 

1. Argentari. Haberemus solacium, si has nuptias tyrannus focisset, non 
pater. — Habe hune illi honorem : fac dotalem, sine dominam custodiat. — 
Samirn putatis esse qui rnaluit tyrannum imitari quam servum ? — Pater nos- 

t. il. 4. 



66 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

mère en mariage, s'il avait été seulement de naissance libre. 

Cestius Pius. Ma sœur, je te souhaite d'être toujours 
stérile. — Quand je disais : « Affranchissons l'esclave, » mon 
père répondait : « Attendons le mariage de ta sœur. » — 
Alors, ma sœur, pour avoir des enfants d'un père honorable^ 
il te faudra tromper ton mari ? — Il s'est rendu semblable 
au tyran, il a rendu sa fille semblable aux femmes violées, 
son affranchi aux esclaves mis en croix. — Cet esclave a 
reçu plus de libertés de son maître que du tyran. — Celui 
qui fait ce mariage est un fou ou un tyran. — Qui croirait 
qu'une fille aurait dû souhaiter que la tyrannie ne finît pas, 
que son père ne revînt pas? — Si je demande à mon père 
quel est le crime le plus grave commis par le tyran, il me 
répondra, pour peu qu'il conserve de raison : « C'est d'avoir 
marié des esclaves à leur maîtresse. » 

Fulvius Sparsus. On lui choisit pour mari un homme 
qu'un père d'esprit sain lui aurait donné comme esclave dotal. 
— Son gendre, par son mariage même, a mérité la croix. — 
le beau gendre, dont le plus grand titre de gloire est de 
n'être pas sur la croix ! — A lui aussi, l'esclave, on lui a fait 
une très grave injure : on ne lui a pas permis de garder sa 
maîtresse vierge. 

Blandus. On a fait injure à l'esclave même, en lui enle- 
vant la gloire de sa retenue. — C'est son mariage qui Fa 
rendu libre. — mariage plus honteux qu'un adultère! 

Julius Bassus. Si vous me voyez triste quand ma patrie 



ter, honestis parentibus natus... Qui enim aliter condieionem matris nostrae 
habere potuisset, si tantum ingenuus fuisset ? 

2. Cesti Pii. Soror, opto tibi perpetuam sterilitatem . — Cum dicerem : 
« manu mittamus servum, » aiebat : « exspectemus sororis nuptias. » — Ergo tibi, 
soror, ut honestos habeas liberos, adulterandum est? — Fecit se similem tyranno, 
filiamraptis, libertuni ctuciariis. — Plus servo dominus permisit quam tyra- 
nus. — Qui facit has nuptias aut insanus est aut tyrannus. — Quis hoc potest 
credere, optandum filiae fuisse ne finiretur tyrannis, ne rediret pater ? — Si inter- 
rogavero patrem quod gravi? simum in tyrannidé fuerit scelus, si sanus est, respon- 
debit : quod dominae servis collocatae sunt. 

3. Fulvi Sparsi. Eligitur maritus quem sanus pater dotalem dedisset. — 
Gêner tuus ipsis nuptiis crucem mefùit. — Egreyium generum, in quo nihil 
est gloriosius quam qu^d inter cruciarios non est! — Gravissima ipsi quoque 
servo facta est injuria : dominant suam illi non licuit servare virginem. 

Blandi. Fecit etiam servo injuriam, cui detraxit abstinentiae gloriam. — 
Nuptiis suis manu missus est. — matrimonium omni adulterio turpius ! 

4. Juli Bassi. Liberata re publica quod me tristem vidistis, nolite mirari : 



CONTROVERSES, VII 6 (21). 67 

est redevenue libre, ne vous en étonnez pas : notre famille a 
encore un tyran. — Sa virginité, qu'elle avait conservée sous 
le tyran, son père la lui fait perdre. — Dis, gibier de potence: 
pour qui as-tu conservé la virginité de ma sœur? Si tu es 
franc, réponds : « Pour moi. » — Il allègue qu'il ne l'a pas 
violée, quand il en avait le droit. Alors il mérite ce mariage 
parce qu'il n'a pas mérité la croix? — L'esclave passera-t-il de 
sa cellule dans la chambre de sa maîtresse, ou bien est-ce la 
maîtresse qui, de sa. chambre, passera dans cette cellule 
d'esclave ? 

Cornélius Hispanus. Celles qui ont été violées ont eu 
plus de chance que cette vierge : du moins elles ont eu le 
bonheur de contracter <depuis> d'autres mariages. — Pour- 
quoi t' avoir récompensé, assassin du tyran? Il y a encore une 
femme mariée en vertu de l'édit du tyran. — Celui qui avait 
fui l'édit du tyran l'a ramené avec lui. — La folie de mon père 
l'a amené à ne pouvoir accuser le tyran [puisqu'il fait comme 
lui]. — Quoi donc, dit-il? Il aurait conservé pour un autre la 
virginité de ma fille ? — Maintenant ma sœur a pour mari 
un homme qui, même sous le tyran, n'aurait pu être que 
son séducteur. — Cet esclave, qui était destiné à veiller 
sur sa dot, lui a été laissé comme gardien. — On a pro- 
mulgué un édit tel que, pour ne pas en supporter les consé- 
quences, nous avons fui. Durant toute la durée de la servi- 
tude publique, on n'a rien vu de plus indigne <que cet édit>, 
rien de plus odieux aux divinités et aux hommes. Aussi est- 
ce après cet édit que le tyran a été tué. <Cependant> cette 



nobis ctiamnunc vivit tyrannus. — Virginitatem, quant sub tyranno servaverat, 
perdidit sub pâtre. — Die, furcifer : cui sororem raeam virginem servasti ? Die, 
si placet : « mihi ». — Non vitiavit, inquit, cum liceret illi. Itane iste nuptiis 
dignus est, quia indignus est cruce? — Vel servus ex cella sua in jdominae 
niigrabit cubiculum, vel domina ex eubiculo suo migrabit in cellam ? 

5. Corneli Hispani. Melioris condicionis sunt viliatae quam virgo : Mis 
tamen mutare nuptias contigit. — Quare, tyrannicida, praemiura accepisti ? 
Etiamnunc aliqua ex edicto tyranni nupta est. — Qui edictum tyranni fugerat rediit 
cum edicto. — Dementia hoc patris factum est, ut tyrannum accusare non posset. 
— Quid ? Ille, inquit, filiam meam virginem alteri servavit ? — Nunc maritus est 
qui sub tyranno quoque nihil amplius potuit quam raptor esse. — Is, qui dotalis 
destinâtes erat, custos relictus est. — Propositum est edictum, quod ne ferremus 
fugimus. Nihil per totum publicae servitutis spatium indignius visum est, nihil dis 
hominibusque minus ferendum. Itaque tyrannus post hoc occisus est. Desponsa 
est puella, omnia ex edicto tyranni facta sunt. 

6. Albuci Sili. Egregius gener, cujus haec una gloria est, quod comparatus 



68 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

jeune fille a été fiancée et tout s'exécute suivant l'édit du 
tyran. 

Albucius Silus. Le beau gendre, dont toute la gloire est 
que, comparé aux esclaves mis en croix, il est plus honnête ! — 
L'esclave a mieux protégé sa maîtresse que le père sa fille. 

— Un père, qui aime sa fille, lui a donné le mari qu'un 
tyran, dans un accès de colère, a donné à celles des autres. 

— Tes ennemis te souhaitent des petits-fils. — Quand mon 
père avait sa raison, il a fui, pour ne pas voir un tel mariage. 

— Est-ce, à votre avis, une faible preuve de folie, cet acte 
qui, <autrefois,> a provoqué la mort du tyran, l'exil volon- 
taire des pères, la mise en croix des esclaves ? — Gomment, 
après avoir fui comme tu l'as fait, maries-tu ta fille comme 
tu le fais ? Tu as agi plus honorablement en t'exilant, qu'en 
prenant <ainsi> le nom de beau-père. — Si tu veux trouver 
les parents de ton gendre, c'est sur la croix qu'il faut les 
chercher. 

Arellius Fuscus, L'esclave est devenu le gendre, sa maî- 
tresse sa femme, son maître son beau-père. Qui ne croirait 
ce mariage ordonné par le tyran ? — J'accuse mon père des 
crimes du tyran, le tyran des crimes de mon père. Gomment 
me plaindre du tyran? Mon père agit comme lui. Comment 
ne pas me plaindre de mon père? Il agit comme le tyran. — 
Ma pauvre sœur, sous le tyran tu regrettais ton père, sous 
ton père tu regrettes le tyran. — Tu as contraint ta fille à 
un mariage que le tyran avait seulement autorisé. — C'est 
maintenant, mon père, si tu as ta raison, que nous devons 
nous exiler. En effet, qu'y a-t-il de plus triste que de sup- 
porter sous un régime de liberté ce que les autres ont peine 

•cruciariis frugalior est. — Melius servus custodiit dominam quam pater filiam. — 
Propitius -pater ita filiam suam collocavit, quemadmodum îrat.us tyrannus 
aliénas. — Inimici tibi nepotes precantur. — Cum sanus pater fuit, ne has vide- 
ret nuptias, fugit. — Parum putatis magnum argumentum dementiae, quod egit 
tyrannum in mortem, patres in exsilium, servos in crucem ? — Quomodo, qui sic 
fugis, sic collocas ? Honestius exul es quam socer. — Si voles invenire generi tui 
propinquos, ad crucem eundum est. 

7. Arelli Fusci patris. Ex serve- gêner, ex domina uxor, ex domino 
Socer factus est. Quis has nuptias non tyranni putet ? — Patrem tyranni crimi- 
nibus accuso, tyrannum patris. Quid de tyranno querar ? Patri similis est. Quid 
de pâtre non querar ? Tyranno similis est. — Miserrima soror, sub tyranno 
patrem desiderabas, sub pâtre tyrannum desideras. — Id in filia tua coegisti, 
quod tyrannus tantum permiserat. — Nunc nobis, pater, si sanus es, exulandum 
►est. Quid enim miserius accidere potest quam is status in libertate, quem ceteri 



CONTROVERSES, VII 6 (21). 69 

à supporter sous un régime d'esclavage ? — Nous avons fui 
pour ne pas être esclaves. — Il a changé notre félicité en 
malheur ; car il eût bien mieux valu supporter les outrages 
avec tout le monde que d'être seuls rejetés dans la servitude, 
lorsque tout le monde est libre. — De l'esclave il a fait un 
homme libre, de sa fille une esclave. A l'esclave il a donné 
sa fille, mais enlevé tout son mérite. — Je ne sais ce qu'il 
veut dire en louant l'esclave, car alors,, il aurait dû louer 
aussi le tyran. — Notre esclave n'est pas un sot : il a fait 
passer sa tête et son dos avant la jouissance du moment. — 
S'il dit qu'il a hésité devant un si grand forfait, je le louerai, 
et lui souhaiterai mêmes sentiments aujourd'hui. — Toutes 
les autres ont trouvé des partis honorables; celle-ci a main- 
tenant le mari que les autres ont eu sous le tyran. — Ma 
sœur est la rivale d'un souillon de servante, et, pour le 
mariage de l'esclave avec sa maîtresse, on a chassé de sa 
cellule sa compagne d'esclavage. — Le tyran n'a jamais 
commis de crime plus odieux que celui qu'il t'a plu d'imiter. 

— Ma pauvre sœur ! Pourquoi n'as-tu pas subi cet outrage 
sous le tyran? Ce serait fini maintenant. — Voilà ce que 
tu appelles sa récompense! Parce qu'il n'a pas violé sa 
maîtresse, il la violera tant qu'il voudra? — Lui, appa- 
remment, t'a fait une injure, en retardant le moment d'en- 
trer dans ta famille. S'il n'avait pas eu de scrupules, peut- 
être aurions-nous déjà des petits-fils dont il serait le père. 

— Prenons pour gendre, si c'est possible, quelqu'un de notre 
rang ou d'un rang supérieur; sinon, un homme dont nous 
n'ayons pas à rougir, qui appartienne à une famille connue, 

vix ferunt in servitute ? — Fugimus, ne serviremus. ■ — Felicitatem nostram in 
calamitatem convertit; aliquanto enim fuit satius cum ceteris contumeliam ferre 
quam liberatis omnibus solos in tyrannidem rejici. — Servo libertatem dédit, 
fîliae servitutem ; servo filiam dédit, innocentiam abstulit. — Nescio quid sibi 
relit quod servi meritum laudat ; tyrannum enim laudare debebat. — Servus 
noster non est stultus : tergus et caput suum deliciis praesentibus praetulit. — 
Si dixerit se extimuisse tantum nefas, laudabo et hane illi etiamnunc optabo 
mentem. — 8. Ceterae honestos invenerunt sibi viros; haec talem habet, quales 
illae in tyrannide habuerunt. — Soror mea ancillulae pelex est, et, ut domina 
nuberet, conserva de cellula est éjecta. — Nullum in tyranno majus scelus fuit, 
quam quod tibi libuit imitari. — te, soror, miseram, quod ista non sub 
tyranno passa es ! Jam enim pati desisses. — Hoc tu putas praemium esse : 
quia dominam non violavit, violabit quantum volet ? — Iste vero videlicet inju- 
riam tibi fecit, quia affinitatem tuam moratus est. Si non cessasset, jam for- 
tasse ex illo nepotes haberemus. — Habeamus generum, si possumus, parem vel 



70 SENEQUE LE RHETEUR 

qui ait son culte et son sanctuaire, où il puisse introduire 
sa femmej un gendre qui s'ajoute à notre famille, sans que 
nous ayons â effacer son nom sur nos registres. 

Porcius Latron. Nous qui avions tout supporté, nous avons 

fui devant cet ordre. Il appelle son esclave ^ et, sous pré^ 

texte qu'il n'a pas mérité la croix, lui ordonne de la mériter. 
— Ainsi, gibier de potence, tu as eu l'audace d'embrasser ta 
maîtresse ? Tu as cru que le tyran serait toujours vivant ou 
ton maître toujours absent? — On va trouver bienheureuses 
celles dont l'édit du tyran a provoqué le viol. — Ainsi, sans 
aucun doute, il nous a rendu service, pareequ'il a évité à sa 
maîtresse le dernier outrage, et à lui-même la croix? — Lorsque 
de funestes flambeaux d'hymen escortaient la nouvelle mariée 
vers cet époux qui aurait dû faire partie de sa dot, j'ai frémi 
d'horreur, je vous en donne ma parole, comme si l'édit eût 
été remis en vigueur. — - Je me demandais quel mari je choi- 
sirais pour ma sœur. Je vous l'avouerai ingénument : je 
méprisais les partis qui s'étaient présentés avant notre 
départ; je me disais : « A ce moment-là, il y avait d'autres 
vierges. » — Il dit qu'il l'a respectée, le tyran vivant encore. 
Quel serait notre bonheur, s'il en était encore de même ! 

Triarius. Eh quoi ! n'est-ce pas une récompense que 
d'être seul à pouvoir regarder les croix des autres ? — Je 
tiens pour assuré que^ si le tyran avait eu une filé, il n'aurait 
pas promulgué son édit. — Mon père ordonne des préparatifs 
de fête [le jour du mariage], il fait découvrir les images des 



superiorem ; si minus, non erubescendum, cui cognatus sit aliquis nobilis, cui 
sacra aliqua et penetralia, in quae deducatur uxor, quem adjungamus addoimmv 
non quem ex censu deleamus. 

9.. Porci Latronis. Qui omnia tuleramus, hoc fugimus. — Vocat servum 
et, quia crucem non meruerat, mereri jubet. — Itane, furcifer, tu potuisti 
dominam complecti? Putasti aut semper tyrannum victurum aut semper afuturum 
patrem ? — Felicissimae videbuntur quibus contigerat raptus lyrannicus. — Ita 
sine dubio beneficium dédit, quod custodiit dominam a stupro, se a eruce ? — 
Cum infelici face ad dotalem suum nova nupla deduceretur, si qua fîdes est, 
exhorrui, quasi repositum esset edictum. — Cogitabam quem sorori virum elige- 
rem. Simplicités fatebor : fastidiebam jam eas condiciones, quae ante profectio- 
nem fuerant; aiebam : illo tempore et aliae virgines erant. — « Non vitiavit* 

inquit, sub tyrannide. » nos felices, si ne nunc quidem ! 

10. Triari. Age, hoc non est praemium, unum spectare omnium cruces ? — 

Certum habeo : si habuisset tyrannus filiam, non scripsisset edictum, — 

lndicit festum diem, aperiri jubet majorum imagines, cum maxime tegendae 

sunt. 



CONTROVERSES, YII 6 (21). 71 

ancêtres, alors qu'elles auraient dû précisément être voilées. 
Varius Géminus. La même heure a fait de l'esclave un 
affranchi et son gendre. — Tu as fait ce que n'ordonne pas 
un tyran, sauf dans un accès de colère, et ce que n'a pas 
fait un esclave, même après en avoir reçu Tordre. — Tu as un 
gendre, mais quel gendre? Pour le louer suivant ses mérites, 
certes c'est un esclave honnête. — <Ma sœur,> tu vas donner 
des frères à tes esclaves. — Si j'arrive aux faits, il faut 
reconnaître que, sous la tyrannie, on doit subir des maux 
cruels; mais les plus funestes dont j'aie à vous parler ont 
fondu sur nous après la mort du tyran. — Je ne doutais pas 
que ma sœur ne dût épouser celui qui avait tué le tyran. — 
Si elle avait subi cet outrage sous le tyran, nous dirions, 
pour nous consoler : « Tu n'es pas la seule.» — Je ne crois pas 
que le tyran soit mort, puisque je vois, maintenant encore, 
un mariage digne du tyran. 

Marullus. Maintenant je vais savoir si tu méritais de 
recevoir la liberté, du moment où, libre, tu n'as pas mérité 
la croix [ce que ce jugement va dire]. — Ce que je te re- 
proche a valu la mort à ceux qui l'ont fait à l'époque du tyran. 

P. Vinicius. Maintenant, dans notre maison, il y a une 
union dont je rougirais, même si elle avait été précédée d'un 
viol. — Ne sentez-vous pas, juges, tout le malheur de ceux 
qui ont eu à choisir entre deux des plus grands malheurs : 
un tyran et un viol ? — Le seul titre de ton gendre, c'est 
que, autrefois, il s'est jugé lui-même indigne de ta fille 
[puisqu'il l'a respectée], 

Vari Gemini. Eadem hora et libertum fecit et generum. — Hoc fecisti, 
quod tyrannus non cogit, nisi cum irascitur, servus ne tune quidem facit, cum 
cogitur. — Generum habes ; qualem ? Ut illi laudationem suam reddam, nempe 
frugi servum. — Servis tuis paritura es fratres. — Quantum ad expositionem 
rerum pertinet, sunt quidem acerba tyrannidis mala ; tamen tristiora exponam 
quae post tyrannidem gesta sunt. — Non dubitabam quin esset tyrannicidae 
nuptura. — Si sub tyranno vitiata esset, solacium haberemus hoc : non tibi uni 
accidit. — Nondum occisum tyrannum puto; etiamnunc tyrannicas nuptias 
video. 

11. Marulli. Nunc sciam an merito libertatem acceperis, si liber non 
merueris crucem. — Hoc, quod objicio, qui tyranni temporibus fecit, occisus 
est. 

P. Vinici. Nunc in domo nostra matrimonium est, cujus me puderet, etiamsi 
raptus esset. — Quam miseros putatis, judices, esse quibus duo, quae miserrima 
sunt, optanda fuerunt, tyrannus et raptor ! — Una genero tuo commendatio est, 
quod se aiiquando ipse ista puella putavit indignum. 



72 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

Vallius Syriaçus. Nous en sommes réduits, juges, à cette 
alternative de consoler ma sœur de n'avoir pas été violée ou 
d'être mariée. — Et cependant qu'a-t'il demandé, cet esclave 
qui est resté si honnête, tant que son maître le lui a 
permis? 

Sépullius Bassus. Ce mariage, nous l'avons célébré dans 
la maison soigneusement close. — ' C'est vers une union avec 
un esclave que l'on a escorté la fille du maître : ainsi il n'a 
pas touché la main de ma sœur, avant qu'elle ne s'en servît 
pour lui donner la liberté? 

Asinius Pollion. Dans les chants fescennins de la noce, 
on se moquait de la croix qui pouvait recevoir notre gendre. 
— Quelle douleur, je m'en souviens, le jour où l'état com- 
mença d'être esclave! Quelle douleur, je m'en souviens, le 
jour où la fuite nous conduisit en exil! Parmi ces jours, je 
range celui où s'est marié ma sœur. — Pauvre sœur, tu as 
peut-être comme beaux-fils tes petits esclaves, nés dans la 
maison. — Mon père, je veux me marier : dis-moi quelle 
servante tu me fiances. 

Thèse opposée. Albucius Silus. Il a sauvé sa maîtresse. 
Si on l'avait dénoncé au tyran, il aurait été mis en croix, 
mais seul. 

Division. — Latron posa successivement les questions sui- 
vantes : en admettant que le père ne dût pas faire conclure 
ce mariage à sa fille, peut-il, en raison de cet acte, être con- 
damné pour folie? « Il m'est permis, dit-il, de marier ma 
fille à qui je veux : à ton compte, si je signifie à mon gendre 

Valli Syriaci. In ea condicione, judices, sumus, ut consolari debeamus 
sororem, quod aut rapta non sit aut nupserit. — Et tamen quid ille meruit, 
quamdiu per dominum licuit, innocentissimus servus ? 

12. Sepulli Bassi. Nuptias clausa domo fecimus. — In contubernium 
deducta servi domina est: ita iste dexteram sororis meae, nisi dum manu mit- 
ti<nr, non contigit ? 

PolliÔIlis Asini. Inter nuptiales fescenninos in crucem generi nostri joca- 
bantur. — Miserrimum me diem egisse memini, quo servire coepit res publica ; 
miserrimum me diem egisse memini, quo in exilium fugimus : inter hos dies et 
sororis nuptias numéro. — Miserrima soror, fortasse vernularum tuo- 
rum noverca es. — Pater, volo ducere uxorem : die quam mihi ex ancillis des- 
pondeas. 

Contra. Albuci Sili. Servavit dominam. Si quis tyranno indicasset, solus 
in cruce pependisset. 

Divisio. 13. Latro in has quaestiones divisit : an, etiamsi non debuit fîliam 
sic collocare, damnari tamen ob hoc non possit dementiae. Licel, inquit, mihi 



CONTROVERSES, VII 6 (21). 73 

d'avoir à divorcer, je serai encore accusé. J'ai mal marié ma 
fille : il y en a bien d'autres. Que penses-tu de ceux qui donnent 
leurs filles à des gens avares? Mais je ne l'ai pas mal mariée 
et ce n'est pas ce mariage qui me fera condamner. Tu dois 
accuser ton père, s'il a perdu la raison, mais ne pas le 
diriger, s'il la possède. Si j'ai agi sans motif, nous le verrons; 
il suffit que j'aie agi en pleine raison. » Ensuite : aurait-il dû 
faire conclure ce mariage à sa fille ? Il subdivisa ce point de 
la façon suivante : même si l'esclave lui a rendu un grand 
service, devait-il lui témoigner une telle reconnaissance? 
Puis : l'esclave lui a-t-il rendu un grand service ? Il examina 
successivement l'acte et les intentions de l'esclave. « L'acte, 
quel est-il? Il n'a pas violé sa maîtresse. Suppose des services 
plus grands encore : il n'a pas tué sa maîtresse, il n'a 
pas séduit la femme de son maître, ni donné du poison à 
celui-ci. Ce n'est pas rendre un service que de ne pas com- 
mettre un crime. En outre le tyran a permis aux esclaves de 
prendre leurs maîtresses; il ne les y a pas forcés. Ensuite res- 
pecte ce service, que tu portes si haut : l'esclave a fait 
outrage à sa maîtresse, s'il ne l'a pas soustraite au viol, mais 
réservée pour un viol ultérieur; à cette époque, c'eût été au 
moins pour elle une consolation que d'en voir beaucoup d'au- 
tres le subir. Enfin les autres l'ont subi sous un régime de 
tyrannie, elle sous un régime de liberté; les autres en l'ab- 
sence de leurs parents, elle près d'eux; pour les autres cela 
s'appelait un viol, pour elle un mariage; pour les autres on 
pouvait entrevoir la fin de l'outrage, pour elle, il n'y en a pas; 
enfin ceux qui ont violé les autres femmes ont été mis en croix, 



filiam meam cui velim collocare : isto modo et repudium si remisero genero 
âccusabor. Maie collocavi filiam : et multi alii. Quid tibi videntur hi, qui addi- 
cunt filias suas avaris ? Sed nec maie collocavi eam nec ob hoc damnabor. Tu 
patrem debes, dementem accusare, non sanum regere. Ego istud an sine ratione 
fecerim, videbimus : satis est, si sana mente feci. Deinde : an sic filiam collo- 
care debuerit. Hoc in haec divisit : an, etiamsi bene meruit servus, non tamen 
sic illi referenda i'uerit gratia. Deinde : an bene meruerit ; de facto servi piïmum 
disputavit, deinde de animo. Factum quale est? Dominant non stupravit. Auge 
bénéficia : nec dominum occidit nec adulter domino venenum dédit : non est 
beneficium scelere abstinere. Et tyrannus permisit dominas rapere, non coegit. 
Deinde hoc beneficium ejus, quod laudas, serva : alioquin injuriam fecit, si non 
subducta est injuriae, sed reservata; tune tamen solacium fuisset cum multis 
pati. Denique, quod aliae in tyrannide passae sunt, haec in libertate; ceterae 
absentibus suis, haec praesentibus ; in alii s stuprum vocabatur, in hac 
matrimonium ; in aliis finis exspectabatur injuriae, in hac nullus ; denique 



74 SÉNÈQDE LE RHÉTEUR 

elle a affranchi celui qui l'a violée. » Ensuite il passa aux 
sentiments qui avaient fait agir l'esclave. 

[Couleurs.] — Latron, parlant pour le fils, expliqua par la 
couleur suivante que l'esclave n'eût pas violé sa maîtresse : 
« Il avait craint le supplice; il savait que,sitôt l'État délivré <du 
tyran >, tous ceux qui auraient violé leurs maîtresses seraient 
punis; et il voyait que les derniers moments de la tyrannie 
approchaient, puisqu'elle se laissait emporter à ces accès 
de rage, que, seul, le désespoir provoque. Aussi, dit-il, en 
voyant mettre en croix les autres esclaves, criait-t'il : « Je 
l'avais bien prévu.» A la fin du discours, Latron ajouta : « Je 
pourrais aussi, <mon père>, t'accuser au nom de ton esclave, 
que tu as rendu criminel, parce qu'il avait été honnête. » 

Albucius employa la couleur suivante : « L'enfant n'avait 
pas encore atteint la puberté et ne pouvait encore recevoir 
l'outrage; si nous ne l'avons pas emmenée, c'est que, préci- 
sément, grâce à son âge, elle ne pouvait souffrir des ordres 
du tyran. » 

Cestius dit : « Je ne prétends rien retirer au mérite de 
l'esclave ; il a montré de bons sentiments; il a espéré, s'il 
préservait la virginité de sa maîtresse, pouvoir être affranchi 
le jour de son mariage. » 

Varius Géminus dit : « Peut-être avait-il une amîe 
et cette jeune fille ne lui a-t-elle pas plu; il y a des hommes 
qui n'aiment pas les vierges. Il savait peut-être qu'elle le 
repousserait; et, ce qui parfois rend honnêtes même des 

illarum stupratores suffîxi sunt, hujus manu missus est. Deinde de animo 
servi. 

14. Latro colorem a fili parte, quare non vitiasset servus. hune feeït : 
timuisse illum supplicium; scisse futurum ut, liberata re publica, omne $ 
poenas, qui contaminassent dominas suas,darent: et adventare jam tempus 
ultimum tyrannidi videbatur, cum ad summam perducta esset rabiem, quae 
numquam nisi ex desperatione fit. Itaque cum videret, inquit sufûgi crtici 
s ervos, clamabat : hoc ego futurum sciebam. In ultima oratione Latro 
dixit : servi quoque nomine tecum queri possum, quem, quia frugi fuerat, ne- 
quam fecisti. 

Albucius hoc colore usus est : immatura etiam puella nec adhuc injuriae 
idonea erat, et ideo illam non abdimmus, quia aetatis beneficio tyrannidem 
sentire non poterat. 

15. Cestius dix.it : ego plane non sum detracturus servo suam laudem: habuit 
bonam mentem ; speràvit posse fieri, ut, si virginem servasset, nuptiis dominae 
manu mitteretur. 

Varius Geminus ait : fortasse amicam habebat, hac delectatus non est ; 
nam quidam virginum concubitum refugiunt Fortasse scivit illam non esse pas- 



CONTROVERSES, VII 6 (21). 75 

esclaves scélérats, il a craint la mauvaise fortune. » Et il 
ajouta ce trait, qui fut bientôt célèbre : « Est-ce que réelle- 
ment ce pendard oserait partager la couche de sa maîtresse, 
si son maître ne le lui avait pas permis? » Il dit encore : 
« C'est donc pour cela, mon père, que tu revenais d'exil ? 
Alors, pourquoi y aller ? » 

Buté on voulut que le père semblât réellement d'esprit 
faible et il dit dans sa narration : « Avec quel air triste 
mon père revint chez lui après l'édit du tyran ! Gomme il 
pleura dans le sein de sa fille! Je crois que, à cette époque, 
sa raison fut ébranlée. » 

Varius Géminus s'exprima ainsi sur la retenue de l'es- 
clave : « Il n'a pas osé souiller sa maîtresse et la traîner 
dans sa cellule, à moins que l'on n'aime mieux présenter les 
faits de la façon suivante : dès lors il commençait à espérer 
qu'il pourrait épouser ma sœur. » 

Quand on parlait pour le père, Latron disait qu'il fallait se 
préoccuper de moyens de défense plus que de couleurs. 
Varius Géminus défendit la décision même du père. De 
grands hommes ont pris des affranchies pour femme. M. Gaton 
épousa la fille d'un de ses fermiers. « Mais, objecte-t'on, elle 
était de naissance libre. » Oui, mais c'était Gaton ; il y a plus 
de distance entre toi et Caton qu'entre un affranchi et un 
fermier. Que d'avantages offrirait un mari docile et obéis- 
sant! « La femme n'aura pas à craindre d'actes ou de paroles 
outrageantes, pas de rivale, pas de divorce. J'aurai toujours 
ma fille chez moi et je désire la voir d'autant plus vivement 



suram, et, illud quod nequam quoque servos interdum frugi facit, malam fortu- 
nam timuit. Et hanc sententiam, quae valde circumlata est, adjecit : an enim 
furcifer auderet cum domina concumbere, nisi illi pater permisisset ? Et illud 
dixit : ad hoc, pater, ab exilio rediebas ? In exilium ergo quid fugimus ? 

16. Buteo voluit videri re vera mente lapsum patrem et in narratione hoc 
dixit : quam maestus venit domum ab edicto tyranni ! Quantum in sinu filiae 
flevit! Puto illo tempore mentem esse concussam. 

Varius Géminus de abstinentia servi sic : conlaminare dominam suam et 
trahere in cellam non est ausus. Nisi forte hoc modo mavis narrem : jam tune 
sperare sororis nuptias coeperat. 

17. A parte patris magis defensione opus esse dicebat Latro quam colore. 
Varius Géminus factum ipsum defemiit : magnos viros fecisse, ut liber- 
tinas uxores ducerent. M. Catn, inquit, coloni sui filiam duxit uxorem. « Sed 
ingenuam. » Respondeo : sed Cato ; plus interest inter te et Catonem quam inter 
libertum et colonum. Quam multa commoda haberet subjectus et obsequens 
maritus : non petulantiam tinebit, non verborurn contumeliam, non yelicem, 



76 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

que j'ai été longtemps loin d'elle. » Puis il loua l'acte même 
de l'affranchi. 

Albucius ajouta de la philosophie : il dit que, de nature, 
personne n'était libre, personne esclave ; c'est le Hasard qui, 
dans la suite, avait donné ces noms-là à chacun de nous. 
« Enfin, ajouta-t-il, tu sais que récemment nous étions 
esclaves. » Il rappela le roi Servius. 

Pompeius Silon employa la couleur suivante : « Son 
patrimoine avait été épuisé par les rigueurs injustes du ty- 
ran ; il n'aurait pas eu de dot à donner. » 

Argentarius voulut faire croire qu'il avait agi sur le dé- 
sir de sa fille. « Elle me sembla, dit-il, avoir du penchant 
pour lui ; d'ailleurs elle le lui devait bien. » 

Gavius Sabinus employa une couleur où le père, 
autant qu'il pouvait, rabaissait sa dignité et proclamait l'hu- 
milité de son rang. « Justement, dit-il, il fut d'autant plus 
facile à ma fille d'éviter le déshonneur que personne n'avait 
les yeux tournés vers notre maison. Et je ne savais que faire, 
à qui la marier. Il me fallait chercher comme gendre un af- 
franchi. Dès lors, pourquoi un autre que lui ? Je le connais, 
je sais son affection pour nous; si je meurs, je sais que ma 
fille sera en sûreté près de lui. » Et il ajouta ce trait qui fut 
fort applaudi : « Je n'ai pas méprisé, comme gendre, l'homme 
qui a méprisé les ordres du tyran. » 

Accaûs Postumius employa la couleur suivante. « Rien, 



non repudium. Filiam raeam domi semper habebo, quam eo magis desidero, 
quod diu ab illa afui. Deinde factum liberti laudavit. 

18. Albucius et philosophatus est : dixit neminem natura liberum esse, 
neminem servum; haec postea nomina siiigulis imposuisse Fortunam. Deni- 
que y inquit, scis et nos n^p^r servos fuisse. Rnttulit Servium regem. 

Silo Pompeius hoc colore usus dixit : exhaustum tyrannidis injuriis patri- 
monium ; non habuisse se dotem, quam daret 

Argentarius voluit videri puella volente se fecisse. Visa est, inquit, indul- 
gere illi; certe debuit. 

19. GaviuS Sabinus hoc colore usus est, ut, in quantum posset, digni- 
tatem suam destrueret et humilitatem confiteretur. Et ideo, inquit, facilius potuit 
non vitiari, quia nemo in domum nostram oculos derigebat. Defuerat, inquit, 

.quid facerem, cui collocarem : quaerendus mihi erat gêner aliquis libertinus. 
Quid ergo? Alieno potius liberto ? Hune jam novi ; scio cujus in nos affectus sit; 
si moriar, scio me meam filiam apud hune tuto relicturum. Et hanc sententiam 
adjecit, quae valde excepta est : eum non contempsi generum qui tjrannuum 
contempserat. 

20. Accaus Postumius hoc colore usus est: nihil est, inquit, invidia 



CONTROVERSES, VII 6 (21). 77 

dit-il, n'est plus dangereux que d'exciter l'envie : les sages 
recommandent de l'éviter comme la vipère malfaisante ; j'ai 
voulu l'éviter. < Or > nous étions très fort en butte à l'envie : 
« cet esclave, < disait-on, > semble nous reprocher le destin 
de nos enfants. » Les femmes haïssaient ma fille ; les pères 
me haïssaient, comme si, exempt du malheur commun, je 
leur reprochais le leur : j'ai pris la seule façon possible de 
rendre ma fille semblable aux autres, mon sort analogue à 
celui de tout le monde; ainsi j'ai tué la jalousie : ma fille 
n'est pas plus respectable que les vôtres ; c'est mon esclave 
qui a été plus honnête que les vôtres. » 

Romanius Hispon avait dit : « Moi j'appellerais mari ce 
ravisseur en retard ? » Le mot qu'il avait employé pour « en 
retard » ne plaisait pas à tout le monde, parce que les anciens 
ne s'en étaient pas servis. 

Gavius Sabinus, pour échapper à toute critique, employa, 
au lieu de ce mot, une périphrase, lorsqu'il dit que la ven- 
geance publique n'avait pas encore atteint tous les esclaves. 
« Aujourd'hui encore, dans notre maison, il reste un séduc- 
teur. » 

Furius Saturninus, qui fit condamner Volésus, fut plus 
célèbre pour ses plaidoiries que pour ses déclamations ; ce- 
pendant il déclamait toujours assez honorablement pour mon- 
trer qu'il était, non pas moins apte à ce genre, mais moins 
familiarisé avec lui. Dans cette controverse, déclamant de- 
vant le fils de L. Lamia, il trouva ce trait : « Le père a été 

periculosius ; hanc sapientes viri velut pestiferam viperam vitandam esse praeci- 
piunt : hanc vitavi. Ingens invidia erat : « Hic nunc nobis objicit fortunam 
liberorum nostrorum. » Oderant fdiam meam feminae, me patres, quasi publici 
mali segregem, exprobratorem ; quo uno modo honeste potui, feci filiam 
meam céleris similem, fortunam meam publicae parem ; sic de tracta omnis 
invidia est : filiam non habeo honestiorem quam vos, servum frugaliorem habuî 
quam vos. 

21. HispO Romanius dixerat : maritum autem ego istum yocem raptorem 
serotinum ? Verbum hoc quasi apud antiquos non usurpatum quibusdam dis- 
plicebat. 

Ejusdem verbi significatione, ut extra reprehensionem esset, usus est Gavius 
Sabinus, cum diceret nondum esse eonsummalam adversus servos publicam 
vindictam : etiamnunc in domo nostra residuus raptor est. 

22. Saturninus Furius, qui Volesum condemnavit, majus nomen in foro 
quam in declamationibus habuit ; solebat tamen tam honeste declamare, ut scires 
illum huic materiae non minus idoneum esse, sed minus familiarem. Is in hac 
controversia, cum L. Lamiae filio declamaret, dixit sententiam ; o pi* itaxî}? 

- £s{gwv féyovtv tupàwou, o $1 £oùXoç lauxcu. 



78 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

moins bon que le tyran, l'esclave moins bon qu'il ne l'a 
été. » 

De nombreux déclamateurs essayèrent de tirer un trait 
des registres d'achat. Albucius dit : « Montre-moi tes comp- 
tes. Quoi donc ? Le beau-père a acquis son gendre par un 
achat. » 

Triarius dit : « < Cet esclave > n'est pas fugitif, ni vaga- 
bond. » Alors, si notre garant est malhonnête, notre gendre 
pourra bien fuir ? » 

Blaudus dit : « Relisons les registres de garantie : « On 
ne lui a reproché ni vol, ni délit. » Voilà l'éloge de notre 
gendre I » 

Gallion dit : « On ne lui reproche ni vol ni délit. > 

Sparsus dit : « Montre le registre. Que nous apprend-il 
sur ton gendre ? Le premier maître a assuré qu'il était fidèle. 
Je vous félicite, vous qui naîtrez de lui : votre père ne 
s'enfuira pas. » 

Varius Géminus dit : « Il n'est pas vagabond. » J'ajoute 
qu'il est fidèle et qu'on ne lui a reproché ni délit, ni vols. 
<Mon père, > ai-je passé sous silence un des titres de no- 
blesse de ton gendre ? » 

Pollion disait qu'il riait de voir que tous les déclamateurs 
avaient décidé qu'il était sûrement un esclave acheté [et non 
pas né dans la maison]. 

Vous vous étonnez, je pense, que, dans cette controverse, 
tous les déclamateurs soient restés dans le bon sens : aussi 
n'y sont-ils pas restés. Mamilius Népos, exhortant l'affran- 
chi à répudier sa sœur, lui dit ; « Rends-nous la pareille ; à 

Ex tabellis emptionis multi sententiam trahere tentaverunt. Albucius dixit : 
profer mihi tabellas. Quid hoc est ? Generura socer mancipio accepit. 

23. Triarius dixit : « fugitivum, erronem non esse : » ita, si malum aucto- 
rem habemus, gêner noster fugitivus est ? 

Blaudus dixit : relegamus auctoritatis tabellas : «furtis noxaque solutum. » 
Haec generi nostri laudatio est. 

GalliO dixit : furtis noxaque solutus est. 

Sparsus dixit : ostendè tabellas. Quid nobis cum isto genero ? Prior dominus 
promisit fugitivum non esse. Gratulor vobis, posteri : patrem fugitivum non 
habebitis. 

VariUS Geminus dixit : « erronem non esse ; » adjicio fugitivum non esse, 
adjicio noxa turtisque solutum. Numquid de generi tui nobilitate detraxi? 

24. Pollio aiebat ridere se, quod declamatores decrevissent hune utique emp- 
ticium esse. 

Mirari vos puto, quod in hac controversia omnes declamatores mentis sanae 



CONTROVERSES, VII 6 (21). 79 

ton tour, affranchis ma sœur. » [Jeu de mots : « affranchir » 
se dit manu mittere, qui peut signifier aussi « débarrasser » 
(mittere) « du pouvoir du mari » (manu).'] 

Licinius Népos ne resta pas en arrière ; il dit en effet : 
« Venez sur ces bancs, esclaves affranchis, mes nouveaux pa- 
rents que j'ai achetés. » Et ayant pris à son nom cette pen- 
sée fine et universellement applaudie: « Ma sœur, je te sou- 
haite d'être stérile, » il ajouta : « Ne t'étonne pas que je re- 
doute tes futurs enfants; c'est de tels mariages, j'en suis sûr, 
que naissent les tyrans. » 

fuerint : non fuerunt. Nepos MamilillS^ cum hortaretur libertum ad repu- 
dium sororis, dixit : refer nobis gratiam : et tu sororem meam manu mitte. 

Nepos Licinius illi non cessit; dixit enim : in illa subsellia transite servi, 
transite liberti, empta cognatio. Et cum illum sensum elegantem et ab omnibus 
jactatum surripuisset : « Soror, opto tibi sterilitatem, » adjecit ; nec est quod 
mireris me timere partum tuum : certum habeo sic nasci tyrannos. 



80 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 



VII (22.) 
PRENEZ GARDE A LA TRAHISON. 

Il pourra y avoir procès pour trahison* 

Un père et son fils briguèrent le commandement en chef ; 
le fils fut préféré au père. Il entama la guerre avec l'ennemi ; 
il fut pris. On envoya dix ambassadeurs pour racheter le gé- 
néral en chef. Chemin faisant, ils rencontrèrent le père, por- 
tant une somme d'or : il leur dit que son fils avait été mis en 
croix et qu'il était arrivé trop tard avec la somme destinée à 
sa rançon. Une fois près du général crucifié, celui-ci leur dit : 
« Prenez garde à la trahison. » On accuse le père de trahi- 
son. 

[Contre le père]. Albucius Silus. Qu'avez-vous besoin 
d'autre chose? Pour le général, le supplice; pour le traître, l'ar- 
gent. — Nous l'avons vu plus triste d'apprendre la nomina- 
tion de son fils que sa captivité. — Explique-nous comment 
tu es revenu sans courir de dangers, toi, vieux, seul et chargé 



VII (22). 

GAVETE PRODITIONËM. 

Proditionis sit actio. 

Pater et filius imperium petierunt; praelalus est patri fîlius. 
Bellum commisit cum hoste ; captus est. Missi simt decem legati ad 
redimendum imperatorem. Euntibus illis occurrit pater cum auro; 
dixit filium suum crucifixum esse et sero se aurum ad redemptio- 
nem tulisse. Illi pervenerunt ad crucifixum imperatorem ; quibus 
ille dixit : « Cavete proditionem. » Accusatur pater proditionis. 

1. Albuci Sili. Quid desideratis ultra? Imper ator supplicium tulit, pro- 
ditor pretium. — Tristiorem istum vidimus, cum filius imperator renuntiatut 
est, quam cum captus. — Redde rationem, quemadmodum redieris tutus. 



CONTROVERSES, Vil 1 (22). 81 

d'or, quand les généraux mêmes sont faits prisonniers. — La 
proclamation de ce jeune homme comme général en chef fut 
accueillie avec joie par tout le monde, sauf par son père. 

Cestius Pius. Il a reçu plus d'or qu'il n'en pouvait dissi- 
muler. Ne vous en étonnez pas : il avait vendu à la fois notre 
général et son fils. — « Prenez garde à la trahison. » 
Nous y avons déjà pris garde, au moment des comices — Les 
ennemis t'auraient pris ton or, si ce n'était pas d'eux que 
tu l'avais reçu. — Quand on discutait sur son rachat, tous les 
citoyens vinrent à la curie, sauf son compétiteur [son père]. 
— « Prenez garde à la trahison. » C'est la dénonciation brève 
d'un mourant, la dénonciation réservée d'un fils. 

Blandus. Comment se fait-il qu'ils t'aient laissé partir ? 
Dans tous les cas tu étais le père du général et tu avais voulu 
être général. — Si nous n'avions pas porté de décret, il au- 
rait dû attendre notre décision; si nous en avions porté un, 
sa mission. 

Arellius Fuscus. D'où vient que ce père est si chargé ? 
Rapporte-t-il les ossements de son fils? — Apparemment il 
attend votre jugement, cet accusé, comme s'il ne savait pas 
ce que vous pensez de lui. — Toi, tu as été plus d'une fois chez 
les ennemis, mais nous, nous n'avons envoyé des ambassa- 
deurs qu'une fois. — Notre général n'ose pas te désigner par 
ton nom, parce que tu es son père. 

Junius Gallion. Ce jeune homme était un modèle de 
vertu et de modestie, qui se serait retiré devant son père, s'il 
l'avait pu sans compromettre le salut de l'état. — Pour la se- 



senex, solus cum auro, cum etiam imperato?>es capiantur. — Imperator adules- 
cens renuntiatus est omnibus laetis praeter patrera. 

2. Cesti Pii- Plus accepit auri quant quod posset abscondi. Nolite mi- 
rari : et imperatorem et filium vendiderat. — « Cavete proditionem : »> jam 
comitiis cavîmus — Abstulissent tibi aurum hostes, nisi dédissent. — Cum 
de redemptione ageretur, omnes in curia fuerunt praeter competitorem. — <• Cavete 
proditionem, : » in'iicium fuit morientis brève, fili verecundùm. 

Blandi. Quomodo te dimiserunt? Si nihil aliud, et ducem genuisti et dux esse 
voluisti. — Si non decreveramus, eonsilium nostrum exspectari debuit; si decre- 
veramus, officium. 

Arelli Fusci patris. Unde tam graves paterni sinus ? Numquid ossa fili 
reportantur ? — Exspectat videlicet judicia véstra reus, tamquam nesciat quid de 
illo sentiatis. — Non tu semel apud hostem fuisti, sed nos semel legatos misimus. 
— Imperator non audet nominare te tamquam patrem. 

3. Juni Gallionis. Fuit adulescens optimus, verecundissimus, qui patri suo 
cessisset, si salva civitate potuisset. — Iterum nobis inter patrem et filium jùdi- 

T. II. 5. 



82 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

conde fois nous avons à nous prononcer entre le père et le 
fils. — 11 a présenté sa candidature contre celle de son père : 
si nous avions su comprendre son silence, c'était dès lors une 
manière réservée de le dénoncer. — Tu avais du crédit chez 
les ennemis ; tout le monde pouvait voir que tu étais irrité 
contre la république. — Nos députés apportaient de l'or; toi, 
tu en rapportais. — Tu leur avais dit qu'ils arriveraient trop 
tard ; ils ne sont pas arrivés trop tard ; ils ont encore trouvé 
notre général vivant. — Le général accuse cet homme ; nous 
signons après lui. — Ce fut le testament de notre général. 
— Il me dit : « Trouve dans ma vie passée la moindre accu- 
sation à diriger contre moi . » Je ne puis : tu as eu un 
compétiteur réservé ; il ne parlait guère. <Mais> quelle accu- 
sation plus grave diriger contre toi que celle-ci? Ton fils n'a 
pas voulu te voir confier le salut de l'état. — Ne viens pas 
nous dire: «Quel émissaire ai-je envoyé chez les ennnemis ? » 
Comme si tu ne pouvais pas y aller toi-même I — Pourquoi 
revenir si vite ? Tu nous a parlé plus longtemps contre ton 
fils, qu'aux ennemis pour ton fils. — <Quoi !> Tu n'es pas 
resté là immobile, tu ne t'es pas attaché à lui, comme fixé, 
toi aussi, à la croix? Pourquoi te retirer si vite? Il vit 
encore, il parle encore. Avant de l'abandonner, demande-lui 
s'il n'a rien à te confier. — Ses paroles ont dénoncé la trahi- 
son, son silence le traître. — Je sens bien à quel péril je 
m'expose en attaquant cet homme. Comment me punira-t-il 
de l'avoir accusé ? En me faisant mettre en croix. — Tou- 
tes les preuves l'accablent : je produirai des gens qui l'ont 



candum est. — Candidatus processit confra patrem : si silentium ejus intelle- 
gere scissemus, jam tune nobis verecunde indicaverat. — Habebas apud hostes 
auctoritatem : apparebat te rei publicae irasci. — Legati nostri aurum ferebant, 
pater auferebat. — Dixeras illos serp venturos ; non pervenerunt sero : impera- 
torem nostrum convenerimt. — Imperator istum accusât, nos subscribimus. — 
Hoc fuit imperatoris nostri testamentum. — 4. « Objice, inquit, aliqua ante actae 
vitae crimina. » Non possum : verecundum competitorem habuisti ; multum 
tacebat. Quod possum tibi majus crimen objicere ? Filius tibi tuus credi rem 
publicam noluit. — Non est quod dicas : quem misi ad hostes ? Tamquam ipse 
ire non possis ! — Cur tam cito reverteris ? Diutius nos contra iilium rogasti 
quam pro filio hostem. — Non immobilis stetisti, non illic quasi et ipse affixus 
haesisti? Quid t<im cito recedis? Etiamnunc vivit, etiamnunc loquiiur. Reces- 
surus interroga si quid velit mandare. — Voce proditionem coarguit, silentio 
proditorem. — 5. Intellego quanto istum periculo offendam : quemadmodum 
«nim iste accusationem vindicabit ? Cruce. — Omnibus argumentis premitur : 



CONTROVERSES, VII 7 (22). 83 

vu, des gens qui l'ont entendu, je produirai l'or, je produirai 
un témoin, et l'on ne peut douter de son honorabilité : c'est 
le général en chef. Que l'accusé dise de lui tout ce qu'il vou- 
dra : « C'est mon adversaire, » ou : « C'est mon fils, » c'est 
toujours lui qui a été désigné. — Avait-il une telle quantité 
d'or qu'elle frappât ceux mêmes qui ne le questionnaient 
pas à ce sujet, ou éveillait-il tant de soupçons, que, dans tous 
les esprits, ce fût un éclair que cette parole : « Prenez garde 
à la trahison? » — le modèle des jeunes gens, le modèle 
des généraux, qui, même sur la croix, n'a pas cessé de pen- 
ser au salut de l'état! — Ton fils ne t'a pas jugé digne de 
cette confidence : « Prends garde â la trahison. » 

Varius Géminus. N'attendez pas tous les détails d'un ac- 
cusateur qui va mourir et qui est discret : devinez le cou- 
pable ; vous connaissez les crimes. — Tu demandes qu'on cite 
les fautes de ta vie passée ? Je ne les connais pas : ton fils 
n'a jamais rien voulu te reprocher. — Tu as été si vite las 
d'implorer ? — Malheureux î Que fera-t-il ? Le général ne 
peut cacher la trahison, le fils ne peut désigner le traître. 

Porcius Latron. Y a-t-il rien désormais qui soit à l'abri 
de tes trahisons, puisqu'elles ont été déjà s'attaquer au général 
même? — Je crains que nous ne commencions à nous tenir 
sur nos gardes aussi tard que notre général, qui ne s'est 
pas aperçu de la trahison avant qu'elle fût accomplie ; et 
jamais le péril ne fut si pressant : l'état est sans général, 
le traître sans gardiens. — Pour quelle raison les ennemis 
t'auraient-ils donc épargné ? Tu es le père de notre général, 

dabo qui viderint, dabo qui audierint, dabo aurum, dabo testem, et, ne quid de 
dignitate dubitari possit, imperatorem. De hoc utcumque volet dieat : « inimicus 
est, » vel : « filius est, » hune indicavit. — Utrum tantum auri erat, ut appareret 
etiam non quaerentibus, an tam suspectus erat, ut quemvis illa vox admoneret : 
« Proditionem cavete ?» — Optinausadulescens, opiimus imperator, i/ui reipubli- 
cae curam agerene in cruce quidem desiit! — Dignum te non putavit filius, cui 
diceret : « Cave proditionem. » 

6. Vari Gemini. Nolite omnia exspectare ab accusatore et occumbente et 
verecundo : reum intellegite ; crimina audistis. — Quaeris ante actae vitae cri- 
mina ? Non habeo : nihil tibi umquam filius objicere voluit. — Tam cito lassatae 
preees tuae sunt ? — Quid faciet miser ? Nec imperator potest tacere proditio- 
nem nec filius loqui proditorem. 

7. Porci Latronis. Quid ab ista prodilione securum est, quae pervenit 
jam usque ad ducem ? — Vereor ne tam sero caveamus quam imperator nos- 
t er, qui non ante intellexit proditionem, quam proditus est ; nec umquam prae- 

; s entius periculum fuit : res publica sine imperatore est, proditor sine custode . 



% SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

tu portes de l'or et tu n'es pas ambassadeur. — Si je te dis : 
« Attends qu'on envoie des ambassadeurs ; c'est l'état qui 
se chargera de te rendre ton fils, » tu me répondras : « L'af- 
fection d'un père ne souffre pas de reiardëments ; je suis 
emporté par le désir de revoir mon fils; même si je ne le 
rachète pas vivant, je le rachèterai mort; jamais un ennemi 
n'a été assez cruel pour ne pas se laisser toucher par les 
larmes d'un père. » A supposer que je t'excuse d'être parti 
si précipitamment, je te reprocherai d'être revenu si préci- 
pitamment. — Raconte-moi ce qu'il t'a dit, ou bien n'a-t-il 
rien voulu dire à son père ? — « Prenez garde à la trahison, » 
cela voulait dire : « Faites attention que personne ne sorte 
dés lignes la nuit à l'insu des sentinelles, que personne 
n'aille trouver les ennemis sans que le gouvernement en 
soit informé, que personne ne revienne du camp ennemi, 
tout chargé d'or. » — Rien ne manque à la dénonciation. 
Vous voulez connaître la trahison ? Votre général vous ren- 
seignera. Le traître? Vos ambassadeurs. 

Thèse opposée. Arellius Fuscus. Quel est bien le prix qui 
peut payer la douleur d'un père voyant son fils sur la croix, 
pendant que le fils contemple son père du haut de la croix ? 
Pour ce prix, j'aurais consenti à livrer le général, à commettre 
un parricide ? — Tout le monde me félicitait de mon échec 
plutôt que d'un succès que mon fils devait trop à la brigue. 
Aujourd'hui je le regrette [car l'on a, de cette façon, excité 
la haine contre moi]. — Il a vendu son fils et sa patrie, et, 
<pour ce double crime>, il a reçu si peu d'or qu'un seul 
homme, un vieillard, suffisait à le porter ? 



— Qùid est quare tibi hostes pëpercerint? Et imperatoris nostri pater «s et 
aurum habes et legatus non es. — Si tibi dicam : « ExspeCta dum legati mittan- 
iur; filius tibi publiée remittetur, » dices: « Pàternus affectas non sustinet mo- 
ram ; rapit me desiderium fili ; etiawsi redimere vivum non potéro, saltem 
mortuum redimam; numquam tara dur us hoslis fuit, ut paternis lacrimis non 
flecterètur. » 8. Ut ignoscam tibi, quod tàm eito isti, objiciam, quod tam cito 
redisti. — Die qùid dixerit tibi. An nihil cum pâtre voluit loqûi ? — « Cavetô 
prôditionem, » hoc dixit : videte ne quis nocte însciis custodibùs exeàt, ne qui» 
ignorante re publica ad hostem perveniat % ne quis ex hostium castris gravis 
auro revertatur. — Nihil deest indicio : si quid de proditiône quaeritis, impe- 
ratorvobis dicet ; si quid de proditore, legati. 

Pxàs alteha. 9. Arelli Fusci. Quantum est pretium, quo vendo ut filium 
Jïater spectem in cruce, filius patrém de cruce? Tanti et imperatorem et par- 
rïcidiùm vendidi ? — Gratùlabantur omnes repulso magis quam desïgnàto nimis 



CONTROVERSES, VII 7 (22). 85 

[Division].— A propos de cette controverse, quoiqu'elle soit 
conjecturale et qu'on y doive suivre une route pour ainsi dire 
fixe et battue, il y eut certaines divergences entre ceux qui la 
traitèrent. Latron resserrait toujours son discours et laissait 
de côté tout ce qu'il pouvait passer sans inconvénient. Aussi 
restreignait-il le nombre des questions et n'allait-il pas cher- 
cher des lieux communs : ceux mêmes auxquels ii s'attaquait, 
il les traitait brièvement, mais fortement. Dans tous les cas, 
c'était un de ses préceptes que le déclamateur, comme le prê- 
teur, devait déblayer la cause. C'est ainsi qu'il procéda dans 
cette controverse : il s'occupa de montrer non pas qu'il 
n'y avait pas eu de trahison, mais qu'il n'en était pas l'auteur. 
« D'abord c'est se rendre suspect au juge, dit-il, que d'étendre 
sa défense à d'autres qu'à soi-même; en outre je neveux pas 
discuter les paroles de mon fils et accuser de mensonge un 
général et mon fils, surtout que l'on reproche à un père de 
détester son fils. » Albucius divisa la déclamation en deux 
parties : d'abord il nia la trahison; ensuite il dit que, en 
l'admettant, il n'y était pour rien. 

[Couleurs] . — Contre le père,voici la couleur introduite par 
Pompeius Silon : « S'il a agi ainsi, c'est en haine de l'état, 
qui l'a écarté, et de son fils aussi, qu'il détestait, parce qu'il 
avait été son concurrent et son concurrent heureux. » 

Varius Géminus dit que, dès le premier moment, il avait 
brigué le commandement en chef uniquement pour trahir : 



ambitiose. Nunc paenitet. — Et fîlium et patriam vendidit : tam exiguum auri 
accepit, ut unus senex portare posset ? 

10. In hac controversia, etiamsi conjecturalis est et habet quasi certum tri- 
tumque iter, fuit tamen aliqua inter déclamantes dissensio. Latro semper con- 
trahebat et quidquid poterat tuto relinquere praeteriebat. Itaque et quaestionurn 
numerum minuebat et locos numquam attrahebat ; illos quoque, quos occupa- 
verat, non diu dicebat, sed valenter. Hoc erat utique praeceptum ejus, quaedam 
declamatorem tamquam praetorem facere debere minuendae litis causa. Quod in 
hac controversia fecit ; non enim curavit dicere nullam factam esse proditio- 
nem % sed se proditorem non esse. Eu suspectas, inquit, judici est qui plus 
quam se défendit, et nolo, inquit, cura fi H voce pugnare, ut imperatorem et 
fîlium mentitum dicam, praesertim cura odium adversus fîlium objiciatur patri. 
Albucius in duas partes declamationem divisit : primum negavit ullam esse 
proditionem, deinde : ut esset, ad se non pertinere. 

11. Colorem contra patrem Silo Pompeius hune introduxit : odio illum 
reï publicae, a qua repulsus erat, iecisse et odio ipsius fili, quem oderat, et 
quia competierat et quia vicerat. 

Varius Ge minus dixit statim petisse patrem hoc proposito imperiûm, ut 



86 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

c'était un homme avare et avide de gain, et, comme on con- 
naissait son caractère, il avait été vaincu par un compétiteur 
qui ne devait l'emporter que sur un concurrent infâme. « Avant 
les comices, dit-il, il était prêt à donner de l'argent pour faire 
échouer son fils [m. à m. pour le perdre], après les comices il 
était prêt à en recevoir pour le perdre . » — Dès que le général a 
été pris, nous nous disions : « Cela n'a pas pu se faire sans 
trahison. » — Nous nous sommes excusés auprès du général, 
nous lui avons expliqué que nous avions persisté à venir le 
racheter, quoique son père nous en eût détournés. C'est à ce 
moment qu'il nous a dit : « Prenez garde à la trahison. » 

Blandus dit que, tout irrité de l'affront de son échec, il 
avait voulu faire mourir son fils, pour être nommé à sa 
place. 

Romanius Hispon. Il a vendu sa vengeance à l'ennemi. 
— Il est arrivé si facilement, la nuit, à sortir de notre camp, 
à entrer dans celui des ennemis et à en revenir, que, évidem- 
ment ce n'était pas la première fois qu'il le faisait. 

Argentarius dit : « Transmets au Sénat les dernières 
instructions de ton fils. Certainement il t'a raconté bien des 
choses, puisqu'il a fait certaines recommandations aux ambas- 
sadeurs aussi. Peut-être a-t-il dévoilé à son père le nom du 
traître; indique-le nous. « Il ne m'a rien dit. » La question 
est vidée. Vous cherchez la personne dont il a voulu parler? 
Voyez celle à qui il n'a voulu parler de rien. » 

Pour le père, au sujet des comices, voici quelle fut la cou- 
leur de Latron : « J'ai craint de voir quelqu'un l'emporter 



proderet, hominem avarum et lucro inhiantem, et, quia noti mores ejus erant, 
victum ab eo competitore, a quo vinci fas non erat nisi hominem turpissi- 
mum. Ante comitia, inquit, paratus fuerat pecuniam (lare, ut filium perderet ; 
post comitia paratus erat pecuniam accipere, ut filium perderet. — Ut captus est 
dux, aiebamus, inquit : « Non potest hoc sine proditione fieri. » — Excusavimus 
nos imperatori : diximus persévérasse ad redemptionem, quamquam deterruisset 
pater. Hoc loco ille respondit : « Cavete proditionem. » 

12. Blandus dixit aegre ferentem pudorem repulsae voluisse occidi filium, 
ut in ejus locum substitueretur ipse. 

Hispo Romanius : ultionem, inquit, suam hosti vendidit. — Tam facile, 
inquit, exiit nocte, pervenit ad hostes, rediit, ut scires illum non tune primum 
fecisse. 

Argentarius dixit : perfer ad senatum mandata fili tui. Necesse est tibi 
multa dixerit ; legatis quoque aliqua mandavit ; fortasse proditoris nomen patri 
dixit ; indica nobis. « Nihil dixit, inquit, mihi. » Suolata omnis quaestio est. 
Quaeritis quem dixerit ? Videte cui nihil dixerit. 



CONTROVERSES, Vil 7 (22). 87 

sur mon fils; aussi me suis-je présenté <contre lui> afin 
d'écarter, par l'autorité de mon nom, les concurrents à venir; 
ensuite, de moi-même, je me suis retiré devant mon fils. » 

Albucius employa la couleur suivante : « Les uns., dit-il, 
prétendaient qu'il fallait nommer un général jeune, comme 
Scipion, les autres un vieux, comme Fabius Maximus ; le 
jeune homme combattrait avec plus d'ardeur, le vieillard ne 
livrerait rien au hasard; j'ai permis au peuple de choisir. » 

Cestius se servit de la couleur que voici : « Je connais- 
sais les défauts de mon fils; je savais que c'était un jeune 
homme ardent et brave, mais irréfléchi et téméraire. Aussi 
ai-je posé ma candidature dans l'intérêt de l'état et dans le 
sien, parce que je ne jugeais pas mon fils capable de soute- 
nir le poids d'une si grande responsabilité. » 

Arellius Fuscus dit que, s'il avait voulu être le concurrent 
de son fils, c'était pour affaiblir le courage des ennemis, 
en leur montrant que, dans une seule maison, l'état pouvait 
trouver deux généraux. 

Romanius Hispon estima qu'il fallait présenter la chose 
sans détours : de telles couleurs sont déplacées, du moment 
qu'on les suppose compétiteurs. Aussi, comme couleur, 
déplora-t-il le résultat des comices : « Les tout jeunes gens 
s'étaient tous mis d'accord, comme s'il agissait d'une lutte 
entre la jeunesse et la vieillesse; aussi avait-il été facile de 
vaincre un vieillard qui n'avait fait aucune démarche. A 
moi, dit-il, vous n'avez rien à reprocher; je vous ai crié : 
« Un général de cet âge ne vous sera pas utile. » Après les 



13. Pro pâtre de comitiis hic color Latroilis fuit : ne quis filium meum 
vinceret, timui ; itaque professus sum, ut auctoritate mea deterrerem futuros 
competitores ; deinde ipse filio meo cessi. 

Albucius hoc colore usus est : aiebant, inquit, alii adulescentem imperato- 
rem fieri debere, qualis Scipio fuisset, alii senem, qualis Maximus fuit ; adules- 
centem acrius pugnaturum, senem nihil temere facturum : utriusque populo 
copiam feci. 

Cestius hoc colore usus est : noveram vitia fili mei ; sciebam esse acrem 
adulescentem, fortem, sed inconsideratum, temerarium. Itaque petii et rei publi- 
cae causa et fili mei, quem idoneum ad tantum sustinendum onus non putabam. 

14. FUSCUS Arellius dixit in hoc se competisse, ut hostium animi fran- 
gerentur, cum audissent posse rem publicam vel in una domo duos duces eligere. 

Hispo RomaniUS simpliciter putavit agendum : inepti, inquit, hi colores 
sunt, cum ponantur competitores. Hoc itaque egit colore, ut quereretur de exitu 
comitiorum : adulescentulos omnes conspirasse, quasi de aetatis comparatione 
ageretur; facile itaque victum senem non ambientem. De me, inquit, queri non 



88 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

comices il resta aussi orgueilleux, ne consultant jamais son 
père, ne lui racontant rien ; voilà pourquoi il a été pris. » 
Et, après avoir exposé avec quelle inexpérience son fils avait 
rangé l'armée, et comment, dans des lieux qu'il n'avait pas 
fait reconnaître, une embuscade avait triomphé de sa témé- 
rité, il ajouta : « Voilà la raison pour laquelle je vous criais : 
« Prenez un vieillard comme général. » 

Junius Othon le père dit que, s'il avait été le concurrent 
de son fils, c'est qu'il y avait été poussé par des présages et 
des songes qui lui annonçaient le malheur. Car Othon faisait 
partie des songeurs : toutes les fois qu'il ne trouvait pas d'autre 
couleur, il racontait un songe. 

Pour excuser le père d'être parti à l'insu du Sénat, Latron 
employa la couleur suivante : « Il n'avait pas attendu le dé- 
cret, mais, affolé et frappé de stupeur, il avait tout de suite 
couru droit devant lui. » 

Albucius employa la couleur que voici : « Pour un géné- 
ral, on prend toujours une décision rapide. Il aurait été trop 
long d'attendre; bref, je me suis hâté, sans <d'ailleurs> arri- 
ver à temps. » 

Varius Géminus dit qu'il avait mieux aimé partir seul : 
« les ennemis pouvaient n'être pas touchés par le rang des 
ambassadeurs, mais se laissaient souvent fléchir par les lar- 
mes d'un père. » 

Pompeius Silon dit : « J'ai cru qu'il valait mieux qu'il 
fût racheté de mon argent, à moi; il se pouvait qu'on de- 
mandât un prix moins élevé, s'il n'était pas racheté en sa 
qualité de général. » 



potestis ; clamavi : « Non est vobis utilis hujus aetatis imperator. » Mansit, inquit, 
illi et post comitia eadem contumacia : nihil referebat ad patrem, nihil commu- 
nicabat ; itaque captus est. Et cum descripsisset quam imperite disposuisset 
aciëm, quemadmodum inexploratis locorum insidiis oppressa ejus temeritas 
esset, adjecit : hoc erat, quod vobis clamabam : « Ducem senem eligite. » 

15. Otho Junius pater praesagiis quibusdamet insomniis hanc fortunam 
praenuntiantibus agitalum se competisse dixit. Erat autem ex somniatoribus 
Otho : ubicumque illum defecerat color, somnium narrabat. 

De eo, quod inscio semtu egressus est, Latro sic coloravit : decTèium non 
exspectasse, sed ameniem et aitonitum proiinus procurrisse. 

Albucius hoc colore usus est : semper de duce cito constitui. Longum erat 
exspeetare ; ad summam, festinaoi nec occw*ri. 

16. Varius Geminus dixit maluisse solum ire; hostes enim auctoritate 
legatôrum non moveri, at lacrimis patrum saepe flecti. 



CONTORVERSES, VU 7 (22). 89 

Argentarius dit : « Il n'y avait rien de moins adroit que 
d'envoyer des ambassadeurs pour le racheter; jamais les 
ennemis n'auraient rendu un homme, qu'ils auraient vu si 
regretté par l'état. J'ai donc couru en avant pour les implo- 
rer et leur dire : « L'armée ne s'occupe pas de lui, l'état 
l'abandonne. » 

Blandus dit : « Quand je me demandais ce que je ferais, 
si je me contenterais de mes larmes de père ou si je donne- 
rais à mes prières l'appui d'un cortège officiel, je me souvins 
enfin que^ pour racheter son fils, le roi de Troie [Priam] 
était parti tout seul, mais avec une somme d'or. » 

Sêpullius Bassus dit qu'il n'avait pas attendu l'avis du 
Sénat, parce qu'il avait pensé qu'il y aurait des gens pour re- 
fuser de le laisser racheter, ce qui était arrivé plus d'une fois 
chez les Romains; aussi avait-il voulu le racheter, avant 
qu'il eût été possible de prendre une décision interdisant de 
le faire. 

Cestius dit : << Je n'ai pas recherché les sentiers et les 
routes détournées : moi, le traître, j'ai pris le même chemin 
que les ambassadeurs. » 

A propos des mots prononcés par le fils, Albucius employa 
la couleur suivante : « Il avait honte, dit-il, d'avoir été fait 
prisonnier; il cherchait quelque excuse à sa mauvaise fortune; 
il voulut faire croire que ce malheur lui était arrivé, non par 
sa faute, mais par suite d'une trahison : voilà pourquoi il n'a 
pas pu citer de nom. » 

Arellius Fuscus dit que son esprit, tout ébranlé par les 



Silo Pompeius ait : putavi utilius esse privata illum pecunia redimi; mi- 
noris enim posse aestimari, quam si tamquam imperator redimeretur. 

Argentarius ait : nihil tam iniquum erat quam legatos ad redemptionem 
mitti; numquam enim reddidissent quem sic desiderari publiée judicassent. 
Itaque praecueurri rogaturus et hoc dicturus ; exercitus contemnit illum, res 
publica relinquit. 

17. Blandus ait : cogitanti mihi quid facerem, contentus essem paternis 
lacrimis an comitatu publico preces meas adjuvarem, tandem venit in mentem 
Trojanum regem ad redemptionem fili sine legatis isse et cum auro. 

Sêpullius Bassus ait non exspectasse se curiam, quia putaverit futuros 
qui redimendum negarent, quod factum apud Romanos saepius erat ; itaque ante 
se voluisse redimere, quam posset aliquid de non redimendo constitui. 

Cestius dixit : non quaesivi secretos tramites et occultum iter : proditor 
eadem via veni, qua legati. 

18. De voce fili colorem Albucius hune fecit : pudebat illum, inquit, quod 
captus erat ; quaerebat aliquod fortunae suae patrocinium ; voluit videri non 



90 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

supplices, avait, dans le délire, laissé échapper ces mots sans 
preuves et sans nom à l'appui. 

Varius Géminus fit tout entrer dans son discours : 
« C'est peut-être, dit-il, pour cette raison, peut-être pour 
l'autre. Moi aussi je vous donne le même conseil : « Prenez 
garde à la trahison. » Pour vous en garder, choisissez des 
vieillards comme généraux. » 

Cestius disait que dans cette controverse comme dans 
toutes les autres, il fallait éviter, toutes les fois qu'il y avait 
une parole citée <dans la matière >, de se jeter sur elle 
comme si c'était <naturellement> un trait. Ainsi, chez Cestius, 
l'un de ses auditeurs commença de la façon suivante : « Pour 
débuter, juges, par les paroles de notre général, prenez garde 
à la trahison; » il termina en disant : « Nos derniers mots 
seront les dernières paroles de votre général : « Prenez garde 
à la trahison. » Ce genre de traits, Cestius l'appelait un écho, 
et, quand un de ses élèves, en parlant, <employait ce pro- 
cédé>, il s'écriait aussitôt : « Le bel écho ! » De même dans 
la Suasoire où Alexandre délibère s'il naviguera sur l'Océan, 
quoiqu'il eût entendu ces mots: « Jusques à quand, ô 
invaincu? », un élève commença sa déclamation et la 
termina par ces mots ; quand il se tut, Cestius lui dit : 
<r C'est par toi que je finirai, par toi que je débuterai. » Et à 
un autre qui, après avoir énuméré toutes les victoires qu'a- 
vait remportées Alexandre, toutes les nations qu'il avait 
vaincues, disait enfin : « Jusques à quand, ô invaincu ? » Ces- 
tius cria : « Et toi, jusques à quand [abuseras-tu de notre 
patience] ? » 

culpa sua, sed proditione hoc sibi accidisse ; itaque nomen adjicere non potuit. 

Fus CU S Arellius dixit alienatum jam suppliciis animum et errantem has 
voces effudisse sine argumentis, sine reo. 

Varius Ge minus omnia complexus est : potest, inquit, propter hoc, 
potest propter illud ; ego vobis idem suadeo : cavete proditionem. Hoc si cavere 
vultis, imperatores senes facite. 

19. Illud et in hac controversia et in omni vitandum aiebat Cestius quotiens 
aliqua vox poneretur, ne ad illam quasi ad sententiam decurreremus. Sicut in 
hac apud Cestium quidam auditor ejus hoc modo coepit : « Ut verbis ducis ves- 
tri, judices, incipiam, cavete proditionem ; » sic finivit declamationem, ut dice- 
ret : « Finio quibus vitam finivit imperator : cavete proditionem. » Hoc senten- 
tiae genus Cestius écho vocabat et dicenti discipulo statim exclamabat : ïjjuçtV 
*ilùl Ut in illa suasoria, in qua délibérât Alexander, an Oceanumnaviget, 
cum exawita vox esset : « Quousque invicte ? » ab hac ipsa voce quidam coepit 
declamare et in hac desiit ; ait illi Cestius desinenti : ev <rot ptèv Xv^w, «réo £' 



CONTROVERSES, Vil 7 (22). 91 

Othon le père, parlant pour le père, employa la couleur 
suivante : il dit que le général avait fini par se lasser de voir 
les ambassadeurs le regarder ainsi, cloué sur sa croix : aussi, 
pour les éloigner de ce spectacle et soulager son amour- 
propre, leur dit-il ces mots qui, une fois parvenus à leur 
oreille, devaient hâter leur départ. Voilà pourquoi il avait 
dit non pas : « Qu'on prenne garde à la trahison, » mais : 
« Prenez garde, » comme si les ambassadeurs étaient person- 
nellement exposés à une trahison. 



açSoncu [11. 9, 97]. Et alteri, cum descriptis Aîexandri victoriis> gentibus 
perdomitis, novissime poneret : « Quousque invicte ? » exclamavit Cestius : 
« Tu aurem quousque ? » 

20. Otho pater hoc colore usus est pro pâtre : dixit intérim molestum 
fuisse imperatori, quod illum suffi* um legati intuebantur ; itaque, ut ab hoc 
illos spectaculo arceret et exoneraret vereeundiam suam, id dixisse, quo audita 
festinarent. Itaque dixisse illum non : « Caveant proditionem, » sed : « Cavete, » 
quasi ipsis legatis esset periculum, ne proderentur. 



SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 



VIII (23). 

LE CHOIX QUE <LA JEUNE FILLE > VEUT MODIFIER 
UNE FOIS LE SÉDUCTEUR RECONNU COUPABLE. 

La femme séduite pourra choisir que son séducteur 
soit exécuté ou qu'il l'épouse sans dot. 

Une jeune fille séduite, s'étant présentée au tribunal, 
choisit le mariage. Celui qu'on disait être le séducteur le 
nia. Ayant perdu son procès, il veut épouser la jeune fille ; 
elle demande qu'il lui soit permis d'exercer de nouveau son 
choix. 

[Pour le jeune homme]. Albucius Silus. Outre que, dans 
toutes les circonstances critiques, il est dangereux de parler 
trop librement, la jeune fille a mérité que nous nous tai- 
sions : elle nous a témoigné de la pitié, avant même que 
nous la lui ayons demandée. Parler trop librement serait 
inhumain, si nous l'emportons contre < cette jeune fille qui a 
été> mon juge. — On ne doit pas avoir plus d'une fois le 
droit de choisir. On a bien raison de restreindre à une courte 
durée toute puissance trop grande. Celui qui a le pouvoir de 
condamner doit ne l'avoir qu'une fois : celui qui a le pouvoir 



VIII (23). 
MUTANDÀ OPTIO RAPTORE CONVJCTO. 

Rapta raptoris aut mortem aut indotatas nuptias optet. 

Rapta producta nuptias optavit. Qui dicebatur raptor negavit se 
rapuisse. Judicio victus vult ducere ; illa optionem repetit. 

1 . Albuci Sili, Praeterquam quod in omni discrimine periculosa libertas 
est, meruit puella ut taceremus : misericors in nos, etiam antequam rogaremus, 
fuit. Inhumana libertas est, si vincimus adversus judicem. — Non oportet tibi 
amplius quam semel licere ontare : omnis nimia potentia saluberrime in brevi* 
tatem constringetur. Qui potest condemnare, possit semel ; qui potest occiderô 



CONTROVERSES, VII 8 (23). 93 

de tuer doit ne l'avoir qu'une fois, ou, si l'on peut admettre 
que celui qui le possède l'exerce deux fois, c'est quand il se 
repent d'avoir choisi la mort. Représentez-vous ce terrible 
appareil du supplice, le bourreau, la hache : c'est déjà trop 
qu'on les ait une fois à sa disposition. — « Je pardonne, je 
mets l'épée au fourreau ; irritée, je redemande mon droit 
d'option. » Ah! ne vaut-il pas mieux mourir une bonne fois ? 
— Celui que tu vas tuer, ce n'est plus ton séducteur, mais 
ton mari. 

Porcius Latron. Il est donc plus dangereux de nier un 
viol que de l'avoir commis? — Le jeune homme en était 
arrivé à un tel trouble d'esprit qu'il ne se rappelait plus ce 
qu'il avait fait. Il ne refusait pas cependant d'épouser la 
jeune fille ; il souhaitait uniquement d'être innocent pour 
l'épouser. Aussi ne vous a-t-il demandé que de le laisser 
libre de sa décision, afin de l'épouser dans des conditions 
plus honorables <pour elle>. — Alors, à vos yeux, juges, on 
courrait moins de risques à commettre la faute qu'à en 
rougir ? — -11 mériterait plutôt un châtiment s'il avait 
commis une faute dans des conditions telles qu'il pût s'en 
souvenir. — Lève-toi, jeune homme, et, dépouillant tout 
respect humain, jette-toi aux pieds de la jeune fille : appro- 
chez-vous aussi, ses amis et ses proches, et vous, son père 
et sa mère. Eh quoi! jeune fille, ces larmes ne te touchent 
pas? « Non, répond-elle, qu'il vienne devant le magistrat. » Je 
ne le dissimule pas : je te crains, jeune fille, si tu ne consens 
à recevoir les prières que dans les cas où tu as le pouvoir de 
faire mourir. — Je suis plus lourdement puni aujourd'hui, où 

possit semel ; aut, si qna iteratio recipi potest, in paenitentiam mortis recipienda 
est. Proponite vobis illam supplici diram faciem, carnificern, securim : hoc 
semel licere nimium est. — « Exorata sum, condo gladium ; irata sum, repeto 
optionem. » At non semel mori satius est? — Occides jam non vitiatorem, sed 
virum. 

2. Porci Latronis, Periculosius est negare raptum quam commisisse? — 
In hanc perturbationem adulescens perductus erat, ut ignor'aret quid fecisset. 
Non refugiebat tamen puellae nuptias ; favebat tantum sibi, ut innocens duceret. 
Itaque nihil aliud petiit quam libertatem, ut honestius duceret. — Ita apud vos, 
judices, tutius est peccare quam erubescere? — Dignior poena erat, si id pec- 
casset, quod meminisse posset. — Exsurge, adulescens, et sine ullo respecta 
pudoris ad pedes te puellae demitte : accedite et vos, amici propinquique, et tu, 
mater ac pater. Quid est, puella? Ecquid te horum lacrimae movent? Non, 
inquit ; ad magistratum ille veniat. Non dissimulo : metuo te, puella, si nus- 
quam rogari vis, nisi ubi occidere potes. — Gravius punior nunc, cum me pec- 



94 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

je me repens de ma faute, qu'au jour où je l'ai commise. — 
L'outrage a été suivi du pardon, son acte de pitié d'un trans- 
port de colère. 

Cestius Pius. Il est venu vers vous pour conserver, grâce 
à vous, la faveur que lui a accordée cette jeune fille. Elle a 
choisi le mariage et elle ne connaissait pas encore toute la 
délicatesse du mari qu'elle prenait. — Tu as pardonné à ton 
séducteur ; tu feras mourir ton mari ? — Le juge disait : 
« Pourquoi nier avec tant d'énergie ? » C'est qu'il souhaite 
de l'épouser. — Il est donc moins grave de t' avoir violée que 
de l'avoir nié ? 

Q. Hatérius . Elle dit : « Je n'ai pas l'intention de choisir 
la mort, mais je veux qu'il me soit permis de. choisir même 
la mort. » Celle qui tient tant à ce droit est cruelle. 

Blandus. Il sera donc plus dangereux pour nous de nier 
l'outrage que de l'avoir commis? 

Junius Gallion. Une nuit... Comment dire ? Maintenant 
je rougis de ne plus nier. La nuit, le vin, une folie passagère... 
Pourquoi cette colère, jeune fille? Maintenant je n'ose plus 
nier. — Ma cause n'a pas été écoutée attentivement : ne crai- 
gnant rien, vous m'avez trop facilement abandonné à cette 
jeune fille. — Il faut avouer notre faute : nous avons retardé 
le mariage. — Qu'elle ait été ou non violée, elle m'a semblé 
digne d'être épousée, cette jeune fille, qui n'avait pas le cou- 
rage de tuer. — C'est ton intérêt que je prenais : je ne voulais 
pas que l'on pût dire que tu avais épousé ton séducteur. — 
Il n'aurait tenu qu'à toi d'avoir un mari plus honorable [qu i 



casse pudet, quant cum peccavi. — Quae post injuriara ignoscit, post miser i- 
cordiam irascitur. 

3. Cesti Pii. Venit ad vos vestro beneûcio retenturus puellae beneficium . 
Optavit nnptias ; neque adhuc sciebat quant verecundum maritum esset habi- 
tura. — Vitiatorem dimiss'i; virum occides? — Aiebat judex : quid habes, 
quod tam pertinaciter neges ? Nuptias optât. — Minus est ergo quod vitiamt 
quam quod negavit ? 

Q. Hateri. « Non sum, inquit, optatura mortem, sed volo mihi licere et 
mortem optare. » Quam potestas ista delectat, crudelis est. 
BlandL Ergo nos injwiam periwlosius negavimus quam fecimus ? 

4. Juni G-allionis. Quadam nocte... Quid dicam ?Jam non negare puiet, 
noxy vinum, error... Quid irascerù,puella? Jam negare non aud^o. —Non dili- 
genter causa mea audita est : dum nihil timetis, facilius me puellae credidistis . 
— Confitendum est vitium nostrum : nos nuptiis moram fecimus. — Sive adhuc 
non esset vitiata, sive esset, visa digna matrimonio quae hominem non posset 
occidere. — Tibi consulebam, ne dicereris vitiatori nupta. — Si per te licuisset, 



CONTROVERSES, VII 8 (23). 95 

n'eût pas été condamné pour viol]. — Tu as nié ? homme 
sans pudeur î Ainsi, devant l'estrade du magistrat, en pré- 
sence du peuple, tu n'as pas crié : « Oui, j'ai séduit cette 
vierge. » — Tu ne pourras jamais trouver un mari aussi 
obéissant : il ne dira plus jamais non. 

Varius Géminus. Je vous exposerai l'enchaînement des 
événements, tel que je l'ai appris de cet homme, qui ne sait 
plus ce qu'il a fait. 

Vibius Gallus. Où êtes-vous, vous qui me disiez : « Cela 
n'a pas d'importance ; avoue ?» — Il avoue, puisque tu 
as trouvé plus honorable d'avoir pour mari ton séducteur. 
— Il dit : « Si un enfant naît de toi avant dix mois, qu'il 
soit mon héritier. » Est-ce là nier ? — Lève-toi, jeune homme, 
et dis : « Je l'ai séduite, je l'ai violée ; » commence à savoir 
ce que tu ignorais ; tu t'étonnes qu'elle ne te croie pas ? Elle 
a de gros sujets de crainte [si tu dis vrai, qu'elle soit com- 
plètement déboutée de sa demande, et que tu n'aies pas à 
l'épouser]. 

Thèse opposée. P. Asprénas. Je ne sais dans quel 
procès mon adversaire a été plus déloyal. Dans le premier, 
il voulait ne payer son viol d'aucune peine absolument ; 
maintenant il veut la choisir lui-même entre les deux expia- 
tions que fixe la loi ; il avoue en effet qu'il aurait mieux 
aimé s'en tirer sans punition que de se marier, mais qu'il 
aime mieux se marier que de mourir. La première fois il 
s'est efforcé de détruire l'effet de la loi sur les viols, aujour- 
d'hui il veut retourner cette loi en sa faveur: amis, juges, il 



honestiorem maritum habuisses. — Tu negasti ? hominem impudentem ! Ita 
tu non ante magistratus tribunal, in conspectu populi, in medio foro clamitasti : 
«Ego virginem rapui?» — Neminem habere tain obsequentem maritum potes : 
hic jam nihil negabit. 

5. Vari Gemini, Exponam vobis rerum ordinem sic, tamquam ab eo didi- 
cerim, qui qujd fecerit nés cit. 

Vibi G-aili. Ubi estis, qui dicebatis : «Nihil interest tua; confitere?» — 
Confitetur, quia honestius putasti raptori nubere. — « Sit, inquit, mihi hères, si 
quis intra decem menses natus fuerit. » Numquid negat ? — Surge, adulescens, 
die : « rapui, vitiavi ; » incipe scire quod nescis : miraris si tibi non crédit ? 
Multum est, de quo timet. 

Pars altbha. 6. P. Asprenatis. Nescio utro judicio adversarius fuerit im- 
probior. Priare id egit, ne quam omnino poenam stupri penderet ; hoc id agit, 
ut ipse opte* , ex duobus a lege constituas suppliciis utrum velit pendere; fate- 
tur enim se ilmpune habere maluisse quam ducere uxorem, uxorem ducere malle 
quam mori. Antea legem vitiationis evertere conatus est, nunc transferre vult : 



9Q, SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

implore tout le monde plutôt que sa victime. Plût aux dieux 
qu'il ne fût pas affranchi de toute crainte, connaissant la clé- 
mence de celle qui va être son juge! — Il criait qu'il était 
innocent, que, s'il avait une faute à se reprocher, il ne refu- 
serait pas de mourir. Le peuple avait pris parti pour le séduc- 
teur et rien ne rendait plus suspecte la cause de la jeune fille 
violée que le choix si clément qu'elle avait fait. Si aujour- 
d'hui ton crime est patent, il y a une sorte de délicatesse, 
qui touche à l'innocence et qui consiste à ne pas se soustraire 
aux lois : mais maintenant tu as mérité la mort par ces déné- 
gations. Tu as ignoré que tu faisais mal ? Non, tu as voulu 
passer pour innocent. — Tu tiens <dans ta main la décision 
de> cette affaire ; retourne chez toi, jeune fille, puisque c'est 
toi qui dois toujours implorer les autres, toi que l'on aurait 
dû implorer. 

[Division]. — Latron distingua trois questions : le premier 
choix était-il légal ?« Non, dit-elle; car il n'était pas <encore> 
établi que tu fusses le séducteur. » Son avocat riposte : « Peu 
importe qu'il ait nié. C'est lui qui était le sécucteur, quoi- 
qu'il l'ait nié; par suite le premier choix est ïégal. » Si le 
premier choix était illégal, peut-on le recommencer? « Le 
choix, dit le jeune homme, n'est accordé qu'une fois à la 
jeune fille; il est immuable, dès qu'il est fait. Le juge ne peut 
revenir sur la sentence qu'il a portée touchant un accusé; le 
juge d'instruction ne changera pas son arrêt. Rien n'est aussi 
démocratique, aussi utile, que d'accorder une courte durée à 
un grand pouvoir. Si elle veut revenir sur son second choix 



advocatos rogat, judices rogat, omnes potius quam vitiatam. Utinam non hoc 
iUum liberaret metu, quod judicis suae clementiam novit ! — Clamabat se 
innocentem esse : si quid peccasset, mori non recusare. Aderat raptori populus 
nec quicquam magis suspectam faciebat vitiatae causam quam lenitas optionis. 
Si jam tibi de stupro tuo liquet, est quaedam proxima innocentiae terecundia, 
praebere se legibus ; tu vero nunc quidem meruisti mortem illa infitiatione . 
Ignorasti an peccasses ? Immo innocens esse voluisti. — Causam habos : rever- 
lere ad parentes, puella, quoniam quidem totiens jam rogas, quae rogari ipsa 
debueras . 

7. Latro très fecit quaestiones : an illa, interrogavit, optio justa fuerit. Non 
fuit, inquit, justa ; non enim constabat te raptorem esse. Nihil refert;, inquit, an 
negaverit. Erat enim raptor, etiamsi negabat, et ita justa fuit o>ptio. An, si 
injusta optio fuit, revocari possit. Optio, inquit, semel puellae datut ; immutabi- 
lis est, si semel emissa est. Judex quam tulit de reo tabellam revocare non 
potest ; quaesitor non mutabit pronuntiationem suam. Nihil tam civile est, 
tam utils est, quam brevem potestatem esse, quae magna est. Si volet et alte- 



CONTROVERSES, VII 8 (23). 97 

et ensuite sur son troisième, jamais on ne sera sûr de l'avenir, 
puisqu'elle peut toujours par un choix subséquent détruire 
son choix antérieur. » Troisième question : s'il y a des cir- 
constances où le choix peut être modifié, en est-il ainsi du 
cas présent? Ici défense du jeune homme, qui a nié être 
l'auteur du viol. Fuscus changea l'ordre des questions et 
en augmenta le nombre ; il posa, en effet, comme première 
question : la jeune fille séduite peut-elle exercer son choix 
plus d'une fois? « Oui, répondit-il ; la loi ne dit pas combien 
de fois elle choisira, mais entre quels partis elle choisira : 
« ou ceci, ou cela, » dit-elle; mais elle n'ajoute pas : « pas 
plus d'une fois. »Le jeune homme répond : « La loi t'ordonne 
de choisir entre deux partis : tu choisiras ou la mort ou le 
mariage; » si, aujourd'hui, tu choisis la mort, <ayant, aupa- 
ravant, choisi le mariageX tu feras ce que l'on n'a jamais 
fait : tu auras pris les deux partis. » La jeune fille riposte : 
« Même s'il n'est pas permis d'exercer son choix plus d'une 
fois, je ne l'ai pas encore exercé : le choix, en effet, n'est 
valable que s'il est fait légalement; or le premier n'a pas été 
fait légalement. S'il n'y avait pas eu de préteur, dirais-tu 
que j'ai exercé mon choix? S'il n'y avait pas eu de séduc- 
teur? Or il n'y a pas eu de séducteur; ce que tu appelles un 
choix n'en était donc pas un, mais des paroles quelconques. » 
Le dernier jugement a-t-il ratifié le premier choix ou 
non ? Le séducteur dit : e On débattait devant les juges la 
question de savoir si le choix exercé devait être valable ou 
non ; on a jugé qu'il devait être valable ; qu'il soit donc 
valable ! Non, répond la jeune fille, ce qu'on a cherché, c'est 

ram optionem suam revocare et deinde tertiam, numquam constabit quid futu- 
rum sit, cum illa quod optaverit possit sequenti semper optione rescinder e. Ter- 
tiam fecit quaestionem : an, si potest revocari aliquando optio, nunc debeat. Hic 
defensio adulescentis, qui negavit se vitiasse. 8. FUSCUS et ordinem mutavit 
quaestionum et numerum auxit ; fecit enim primam quaestionem : an rapta non 
possit amplius optare quam semel. Potest, inquit ; lex enim non adjicit quotiens 
optet, sed ex quibus : « Aut hoc, inquit, aut illud ; » non adjicit : « ne amplius 
quam semel. » Contra ait : lex te jubet alterutrum optare ; « aut mortem optabis 
aut nuptias ; » tu hodie si mortem optaris, faciès quod numquam factum est : 
utrumque optaveris. Etiamsi non licet, inquit, amplius quam semel, ego nondum 
optavi ; optio est enim quae légitime fît : illa non est facta légitime. Si praetor 
defuisset, numquid optionem vocares ? Si raptor defuisset ? Raptor defuit : non 
est ista optio ; sermo est. An proximo judicio confirmata sit optio. Raptor ait : 
agebatur apud judices utrum deberet rata esse optio an non ; judicata est rata 
esse debere : rata sit. Non, inquit puella ; quaesitum est enim an ego in raptorem 



cj 8 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

si, en justice, j'avais des droits contre un séducteur; on a 
jugé que j'en avais; je dois m'en servir. Je ne puis pas faire 
appliquer la loi avant d'avoir un séducteur. » La dernière 
question touche à l'équité : le choix doit- il être ratifié ? 
Passiénus divisait cette dernière partie de la façon suivante: 
si le jeune homme a nié le viol, poussé par de mauvaises 
intentions à l'égard de la jeune fille, <c'est-à-dire> afin de ne 
pas l'épouser, ne mérite-t-il pas d'être exposé une seconde fois 
aux risques de ce choix qu'il n'a pa admis? Ensuite : étahVils 
poussé par ces mauvaises intentions? A la dernière question 
ou, <si l'on veut>, à la dernière partie, où l'on cherche ce 
que l'on doit faire, Varius Géminus ajoutait ces deux points, 
qui, d'après lui, pouvaient être examinés pour eux-mêmes : 
si la jeune fille doit indubitablement choisir la mort du jeune 
homme, doit-on permettre un <nouveau> choix à une femme 
qui usera si cruellement de ses droits? Ensuite : choisira-t-elle 
la mort? « Pour quelle raison, dit-il, tiens-tu à exercer ton 
droit d'option, sinon parce que tu ne veux pas du mariage ? 
Tu en veux? Non seulement nous y consentons, mais nous le 
demandons. » 

[Couleurs]. — Parlant pour le jeune homme, Latron 
introduisit cette couleur qu'il était ivre et ignorait ce qu'il 
avait fait. Aujourd'hui encore il en croyait les autres sur son 
action plutôt qu'il ne la connaissait lui-même ; s'il avait 
refusé <de se déclarer coupable,> c'était, non pour ne pas 
épouser la jeune fille, mais pour l'épouser de son plein gré, 
et les juges ne s'étaient pas montrés hésitants, mais s'étaient 

jus haberem ; judicatura est habere me : uti debeo. Non possum ante legemhabere 
quam raptorem. Novissimam quaestionemfecit aequitatis : an rata debeat esse optio. 
9. Passiénus hanc ultimam| partem sic dividebat : an, si adulescens malo 
adversus puellam animo infîtiatus est raplum, ut nuptias effugeret, dignus sit 
qui iterum fortunam subeat optionis recusatae. Deinde : an malo animo fecerit . 
Varius Geminus ultimae quaestioni vel parti, in qua, quid debeat fieri, 
quaeritur, duo haec adjiciebat, quae per se posse quaeri putabat : an, si puella 
pro certo aduleseentis mortem optatura est, non debeat iltf permitti optio tara 
crudeliter usurae sua potestate ; deinde : an mortem optatura sit. Quid est, 
inquit, quare velis optare, nisi quod nuptias non vis ? An vis ? Hoc non tantum 
patimur sed rogamus. 

10. Colpr pro adulescente introductus est a Latrone talis, ut diceret se 
ebrium fuisse et ignorare quid fecerit : hodie quoque magis credere de facto suo 
quam scire ; récusasse autem non ne duceret uxorem, sed ut sua voluntate 
duceret ; et judices non audisse sollicite, sed faciles fuisse, quasi de nuptiis age- 
retur 



CONTROVERSES, VII 8 (23). 99 

laissé persuader facilement, comme si, pour eux, il s'agissait 
d'un mariage. 

Varius Géminus avoua le viol et dit que rien n'était plus 
contraire aux intérêts du jeune homme que de nier encore : 
« il s'aliénera non seulement la jeune fille séduite, mais le 
juge. » 

Cestius ne suivit pas Latron qui disait qu'il n'avait jamais 
rien su de cet acte et n'en savait rien encore, ni Varius 
Géminus qui avouait : il nia, mais moins nettement, qu'il 
l'eût séduite. « On ne pouvait, dit-il, démêler la vérité ; les 
juges ont pensé: s'il l'a séduite, il est inique que la jeune 
fille reste sans vengeance ; s'il ne l'a pas séduite, il n'est 
pas inique qu'il l'ait pour femme. » 

Pompeius Silon dit que ce jeune homme, de nature 
chaste et d'une pudeur farouche, n'avait pas osé avouer. 
Cette couleur ne plaisait pas à Latron : « On sera moins 
indulgent pour lui, disait-il, si l'on sait qu'il a violé la jeune 
fille et qu'il a menti sciemment ; » à quoi Silon répondait 
qu'on ne ferait jamais croire à personne qu'on ne sait pas 
si l'on a violé une jeune fille. 

Cornélius Hispanus : « Je n'ai pas voulu, dit-il, lui 
dérober un mari, mais lui en donner un plus honorable. Une 
jeune fille au cœur si compatissant mérite de ne pas avoir 
l'air d'avoir épousé son séducteur. » 

Romanius Hispon expliqua que les compagnons qui, 
dans la nuit fatale, l'avaient poussé, lui avaient dit, se pres- 
sant autour de lui : « Ce n'est pas celle que tu as séduite ; 



Varius GemillUS raptum confessus est et dixit nihil esse tara contrarium 
adulescenti quara etiaomunc negare : non tantum raptam, sed judicem offendet. 

Cestius nec Latronem secutus est dicentem nescisse se hodieque nescire, nec 
Yarium Geminum confitentem, sed rapuisse opertius negavit. Verum, inquit, 
inveniri non poterat; judices illam sententiam secuti sunt : si rapuit, indignum 
est puellam inultam esse , si non rapuit, non est indignum fieri illum ma- 
ritum. 

Silo Pompeius dixit adulescentem verecundum natura et rustici pudoris 
non sustinuisse confessionem. Non placebat Latroni hic color : minus, inquit, 
ignoscetur illi, si scit se rapuisse et sciens mentitus est. Contradicebat Silo non 
posse ulli fidem fieri aliquem nescire an rapuerit. 

11. Hispanus Cornélius : non subducere illi, inquit, maritum volui, 
sed honestiorem dare. Digna est, inquit, tam misericors puella, quae non videa- 
tur nupsisse raptori. 

Hispo Romanius ait illos sodales, qui illum nocte impulerant, circumste- 



100 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

c'était une autre. » Il craignit de faire injure à celle qu'il 
avait séduite. » 

Argentarius dit : « Je voudrais que tu eusses choisi la 
mort; car il n'aurait pas été jugé ici comme séducteur. Ce qui 
l'accable, ce n'est pas la cause même, mais ton premier choix; 
car chaque juge se dit : « Pourquoi cette obstination à pro- 
tester ? On croirait qu'il y va de sa tête : et lui-même dit 
qu'il refuse non pas de l'épouser, mais de l'épouser à titre 
de séducteur. Evidemment, s'il perd sa cause, il l'épousera. 
Inutile d'avoir la moindre préoccupation en jugeant cet 
homme qu'il faudra féliciter, s'il est condamné . » 

Silon employa la couleur suivante : « Le jeune homme, 
troublé par le grand tumulte qui s'éleva tout à coup, perdit 
un peu la tête : il nia, parce qu'il était bouleversé, et conti- 
nua, parcequ'il avait commencé. » 

tisse et dixisse : non est quam rapuisti ; alia fuit. Timuit, né illi, quam rapue*- 
rat, faceret injuriam. 

Argentarius dixit : vellem mortem optasses : non esset hic raptor 
judicatus. Non causa tua illum premit, sed optio, dum unusquisque judex dicit : 
« Quid habet quod tantopere recuset ? Putes de capite agi ; et ipse ait se non 
nolle ducere uxorem, sed titulum recusare. Nempe victus ducet uxorem. Non est 
sollicite de eo judicandum, cui damnato gratulandum est. » 

Silo hoc colore usus est : confusum adulescentem subito et tanto tumultu 
parura sibi constitisse ; et negasse, quia perturbatus erat, et persévérasse, quia 
negaverat. 



CONTROVERSES, VII EXCERPTA. 101 



EXGERPTA 
CONTROVERSIARUM 

LIBRI SEPTIMI. 

I. 

AB ARCHIPIRATA FILIO DIMISSUS. 

Duobus fîliis quidam superduxit novercam. AUerum domi parri- 
cidii damnavit ; tradidit fratri puniendum : ille eum exarmato 
navigio imposuit. Delatus adulescens ad piratas, archipirata 
factus peregrinantem patrem cepit et remisit. Reversus pater 
abdicat filium. 

Tanta tempestate confusus dispicere nil potui ; nec satis memineram taie 
ministerium mihi pater an noverea mandasset, ministerium an poenam esse 
voluisset, vindictam parricidii an parricidium. Insui fratrem culleo jubés ? Non 
possum. Non ignoscis an non credis ? Ego contendo ne te quidem posse. Nemo 
reperlus est naufragii cornes ; omnia instrumenta circumcisa sunt, adminiculum 
spei nullum. Patri sum excusandus an fratri ? Hoc pietatis tuae munus ad 
inferos perferam, licuisse mihi per fratrem aliter quarn parricidae mori. Vivit, 
inquit, frater ; non credo. Servavit, inquit, me ; fecisti ut crederem. In domo, in 
qua tam facile parricidium creditum est, ego fratrem occidere non potui, frater 
patrem. Descriptio tempestatis : emicabant densis undique nubibus fulmina et 
tempestates horridae absconderant diem ; intumuerat mare justis quoque navi- 
giis horrendum. Habes, inquam, frater, si innocens es, navigium, si nocens, 
culleum. Non potui facere parricidium, (quam facile erramus omnes !) et factura 
putavi. Frater, inquit, tu primus in domo parricidium faciès. Jacebat in litore 
navigium, quod etiam integrum in féliciter vexerat. Credam parricidam, si tibi 
proficiscenti navigium suum reddidit. Subito mihi cum animo pariter excidit 
ferrum, et nescio qua perturbatione tenebrae stupentibus offunduntur oculis. 
Intellexi quam difficile esset parricidium facere, etiam quod imperasset pater. 
Ita mihi, quae sola miseros in domo nostra respicit, Fortuna succiirrat ! Profec- 
tus pater tranquillo mari, auspicato itinere, intégra navi. Quid hoc est? Felicius 
navigavit damnatus quam qui damnaverat. Utrum vobis videtur innocentiam 
apud piratas didicisse, an ne apud piratas quidem perdidisse ? Perieras, pater, 
. nisi in parricidam incidisses. Scissa quoque vêla fecerant sinus et instructâs 

T. II. 6. 



102 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

classes naufraga praecesserat navis. Scires navigare qui servaturus esset patrem. 
Erat navigium, iramo fuerat. crudelis et pertinax noverca ! Nihilominus saevit. 
Maria jam quiescunt, praedones miserentur, irati parcunt. Veni ad vos, ut 
probem me parricidam. Multas rerum natura mortis vias aperuit et multis 
itiueribus fata decurrunt. maria justiora judiciis ! mitiores procellae pâtre ! 
Non putatis misericordem qui quem damnavit puniendum fratri dédit ? Centurio 
Luculli Mithridaten non potuit occidere, Mithridaten, dii boni, quam non dubium 
parricidam! Gaude, pater : neuter ex filiis tuis parricidium fecit. Narra, pater, 
quomodo te dimiserit sic dimissus. « Nocens est iste ; » sed mihi frater est. 
Naturae jura sacra sunt etiam apud piratas. Dixisses, inquit, te non posse. Ita tu 
nesciebas ? Non licuit, non debui, non potui. 

Pars altéra. Nega nunc parricidam fuisse quem scis esse piratam. Dimisit 
me in patrocinium suum, ut, quia non occiderat, videretur nec ante voluisse. 
Quis porro me uno miserior est ? Vitam parricidae debeo. 

Extra. Magna novorum rhetorum manus in hanc partem transiit, ut aliquid 
dici debuerit in novercam : fuerunt et illi, qui non quidem palam dicerent, sed 
per suspicionem et figuras ; quod Passienus non probabat, asserens minus vere- 
cundum esse aut tolerabile infamare novercam quam accusare. Quidam principia 
tantum habuerunt in sua potestate, post ablati sunt impetu : excusatius est 
autem in malum colorem incidere quam transire. Hispanus, duro colore usus, 
hoc se tamquam gravius elegisse dixit supplicii genus, qui color pruden- 
tibus displicebat ; quam enim spem habet absolutionis, si nec paruit nec 
pepercit ? 



IL 

POPILLIUS CICERONIS INTERFECTOR. 

De moribus sit actio. 

Popillium parricidii reum Cicero défendit ; absolutus est. 
Proscriptum Tullium ab Antonio missus occidit ; caput ad Anto- 
nium rettulit. Accusatur de moribus. 

Occidit Ciceronem Popillius : jamne creditis occisum ab isto patrem? Occi- 
surus Ciceronem debuit incipere a pâtre. Antonius, inquit, jussit. Non te pudgt, 
Popilli? Imperator tuus te credidit posse parricidium facere. Abscidit caput, 
amputavit manum. Minus in illo crimen est, quod Ciceronem occidit. Pro dii 
boni? Occisum Ciceronem malos mores voco. Hoc unum féliciter, quod ante 
occidisti patrem quam Ciceronem. Facilius pro parricida Cicero judicem movit 
quam pro se clientem. Ad vos hoc, patroni, spectat exemplum : nullos magis 
odit Popillius quam quibus plurimum débet. Abscidit cervices. Parce jam, 
Popilli : nihil tibi nisi occidendum mandavit Antonius. Pudeat te, Popilli : 
accusator tuus vivit. Non credidisset Popillium facturum Antonius, nisi parrici- 
ium fecisse meminisset. Dii mânes Popilli senis et inultae patris umbrae te, 
Cicero, persequuntur, ut quem negasti sentias parricidam. Non hausit Mintur- 
nensis palus exulem Marium ; Cimber etiam in capto vidit imperantem. Cn. 
Pompeius terrarum marisque domitor libenter se Hortensi clientem professus 
est ; et Hortensius bona Pompei, non Pompeium defenderat. Ita tu, Popilli, si 
Antonius jussisset, et patrem occidisses ? 
Pars altéra. Si illa tempora in crimen vocas, dicis non de hominis, sed de 



CONTROVERSES, VII EXCERPTA. 103 

rei publicae moribus. Miraris si eo tempore necesse fuit Popillio occidere, quo 
Ciceroni mori ? Ciceronis proscriptio fuit occidi, mea occidere. Jussit impe- 
rator, jussit victor : ego iili negare quicquam possem, cui nihil negare poterat 
res publica ? 

Extra. Popillium pauci ex historicis tradiderunt interfectorem Ciceronis 
et hi quoque non parricidii reum a Cicérone defensum, sed in privato 
judicio. 

m. 

TER ABDICATUS VENENUM TERENS. 

Ter abdicatus, ter absolutus comprehensus est in sécréta domus 
parte a pâtre medicamentum terens ; interrogatus quid esset, ait 
venenum : velle se mori ; et effudit. Accusatur parricidii. 

Die quid commiserim : certe née sécréta te fallunt. Ut iutervenit pater, in has 
cogitationes abii : quisquamne tam infelix fait? Quisquamne me magis odit 
quam ego ? Misereri mei coepi. Ter causam dixi ; accessit ad haec supplicia mea 
venenum ; vivam, si nec hoc tibi satis est. Habuit venenum Mithridates, habuit 
Demosthenes. 

Pars altéra. Cum se mori velle dicat, vitam rogat. Teneo parricidam etiam 
in suam mortem paratum. Quantum est quod negas, cum tantum sit quod fate- 
ris ? Venenum quaesisti, venenum emisti, venenum intulisti in eam domum, in 
qua habebas inimicum patrem. ïndica quis vendiderit ; dicetur illi : tu vendebas 
cuiquam venenum ? Tu abdicato ? Nesciebas cui daturus esset ? Quaeritis cui 
venenum paraverit ? Non bibit. Quod negat, parricidium est, quod confîtetur, 
veneficium. Mihi, inquit, paravi, ne quis dubitet an alium possit occidere. Tam 
invisum tibi fuisse patrem dico ut occidere volueris : tam invisum ipse confi- 
teris, ut mori volueris. 

Extra. Conjectura duplex a persona una : an sibi paraverit, an patri. Labe- 
rium divus Julius ludis suis mimura produxit, deinde equestri ordini reddidit. 
Quem cum jussisset ire sessum, omnes équités ita se coartaverunt, ut venientem 
non reciperent. Multos tune in senatum legerat Caesar, et ut repleret exhaustum 
bello civili ordinem et ut his, qui bene de partibus meruerant, gratiam referret. 
Cicero in utramque rem jocatus mandavit Laberio transeunti : « Recepissem te, 
nisi anguste sederem. » Laberius ad Ciceronem remisit : « Atqui soles duabus 
sellis sedere, » quia Cicero maie audiebat tamquam nec Pompeio certus amicus 
nec Caesari, sed utriusque adulator. 

IV. 

MATER CAECA FILIUM RETINENS. 

Liberi parentes aiant aut vinciantur. 

Quidam habens uxorem et filium profectus in piratas incidit. 
Scripsit utrique de redemptione. Uxor flendo caeca facta est. 
Filium euntem ad redemptionem alimenta poscit ; non remanen- 
tem alligari vult. 

Navigaturus uxori filium reliquit ; nec adhuc caeca erat. Non est quod 
mulieris affectum lege aestimetis, qua minatur ; omnia facit ne filius alli- 
getur. Quotiens duobus est communio, potestas ejus fit tota, qui praesens est. 



m SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Pars altéra. Unius vinculis duos alligat. Victo mater catenas dénuntiat, 
victôri ad piratas eundum est. Filius familiae nulli possum servire nisi patri. 
Petis ab eo alimenta, quem pater peregre mittat. Primae partes patris sunt, secun- 
dae matris. Ille peregre est, tu domi ; ille captus, tu libéra ; ille inter piratas, 
tu inter cives ; ille alligatus, tu soluta. At tu caeca es : infelicior ille, quod 
videt catenas suas et caedes et vulnera et cruces eorum, qui non redimuntur. At 
periculosum est. Quam multi nihil pro patribus periculosum putarunt ! Non, 
inquit, vindictam, sed misericordiam quaerit. Ita quisquam exigit pietatem, ut 
impediat ? 

Extra. Calvus, qui diu cum Cicérone iniquissimam litem de eloquentiae 
principatu habuit, usque eo concitatus actor fuit, ut in média oratione ejus 
exclamaret Vatinius reus : rogo vos, judices : num, si iste disertus est, ideo me 
damnari oportet ? 



QUINQUENNIS TESTIS IN PROCURATOREM. 

Mortua quidam uxore, ex qua filium habebat, duxit aliam : 
sustulit ex ea filium. Habebat speciosum procuratorem. Cum 
saepe jurgarent noverca et privignus, jussit eum semigrare : ille 
trans parietem habitationem conduxit. Rumor erat de adulterio 
matris et procuratoris. Quodam tempore pater in cubiculo suo 
occisus inventus est,uxor vulnerata, communis paries perfossus ; 
placuit propinquis quaeri a filio quinquenni, qui una dormierat, 
quem percussorem cognosceret ; ille procuratorem digito mons- 
travit. Accusât filius procuratorem caedis, ille eum parricïdii. 

Ut audivi clamorem, si qua fides est, deprehensos adulteros credidi. Aliquis 
uno teste contentus est : da puerum ; aliquis non est uno teste contentus : da 
populum. Gbjicit privigno parricidium, filio mendacium. Die, puer, quis occi- 
dent patrem, die audaciter ; eumdem nommas, quem populus. Nox placet scèleri, 
adulterii tempus. magna in contrarium perversitas saeculi ! Inventus est qui 
patrem posset occidere, non posset novercam. Ostende istud non vulnus, sed 
argumentum. Ostende vulnus : percussor ille quam timuit ne occidere t ! Tarn 
leviter te vulneravit illa dextera, cui nec paries obstitit nec pater ? Nihil est 
puero teste certius; nam et ad eos annos pervenit, ut intellegat, et non ad eos 
quibus fingat. 

Extra. Vinicius, exactissimi vir ingenii, nec dicere res inéptas nec ferre 
poterat. 

VI. 

DEMENS QUI SERVO FILIAM JUNXIT. 

Tyrannus permisit servis dominas suas rapere. Profugerunt 
-principes civitatis et simul .qui filium habebat et filiam. Cum 
omnes servi dominas vitiassent, servus ejus virginem servavit. 
Occiso tyranno reversi sunt principes ; in crucem servos sus- 
tulerunt : ille manu misso filiam junxit. Reus est a filio demen- 
tiae. 

'Haberemus solacium, si has nuptias tyrannus fecisset, non pater. Sanum 



CONTROVERSES, VII EXGERPTA. 105 

putatis esse qui imitari tyrannum maluit quam servum ? Fecit se similem 
tyranno, filiam raptis, libertum cruciariis. Plus permisit servo dominus quam 
tyrannus. Quisquis has nuptias facit, aut insanus est aut tyrannus. Egregius 
gêner, cui nihil est gloriosius quam quod inter cruciarios non est ! Virginitatem 
sub pâtre perdidit, quam servaverat sub tyranno. Itane est nuptiis dignus, quia 
indignus est cruce ? Melior condicio vitiatarum quam virginis est : illis mutare 
nuptias contigit. Propitius pater ita collocavit filiam suam, ut iratus tyrannus 
aliénas. Cum sanus esset pater, ne has videret nuptias, fugit. Miserrima soror, 
sub tyranno patrem desiderabas, sub pâtre tyrannum desideras. Non est illi 
praemium, unum spectare omnium cruees ? Dominam non stupravit. Auge béné- 
ficia : nec dominum occidit nec venenum dédit. Non est beneficium scelere 
abstinere. Quod aliae in tyrannide passae sunt, haec in libertate ; ceterae 
absentibus suis, haec praésentibus ; in aliis stuprum vocatur, in hac matrimo- 
nium. Timuit ille supplicium ; servit rem publicam liberandam, daturos poenas 
qui contaminassent ; et adventare tyrannidi tempus ultimum vidit Convenite 
servuli, convenite liberti, empta cognatio. 

Pars altéra. Si quis tyranno indicasset, solus hic in cruce pependisset. 
Licet cui volo filiam collocare. Marcus Cato coloni sui filiam duxit uxorem. 
Filia non mariti petulantiam timebit. non verborum contumeliam, non peli- 
cem, non repudium. Neminem natura liberum fecit, neminem servum ; impo- 
suit haec fortuna postea singulis nomina. Nuper et nos servi fuimus. Serv.us rex 
fuit. < 



VII. 
CAVETE PRODITIONEM. T, 

Pater et filius imperium petebant ; praelatus est filius. Corn- > 

misso bello captus est. Missi sunt decem legati ad redimendum 
imperatorem. Euntibus occurrit pater ; dixit sero se aurum ad 
redemptionem tulisse, filium crucifixum esse. Illi pervenerunt. ; 
quibus imperator ex cruce dixit : t Cavete proditionem. » Reus fit . • 
pater proditionis. 

Imperator supplicium tulit, proditor pretium. Tristiorem istum vidimus, cum 
filius imperator renuntiatus est, quam cum captus. Quemadmodum redisti tutus, 
senex, solus cum auro, cum etiam imperatores capiantur ? Plus accèpit. auri, 
quam quod posset abscondi. Nolite mirari : et imperatorem. et filium vendide- 
rat. : « Cavete proditorem : » jam comitiis cavimus. Abstulissent tibL aurum 
hostes, nisi dédissent. « Cavete proditorem » indicium fuit' morientis brève, filii 
verecundum. Cur dimissus es ? Si nihil aliud, et ducem genuisti et dux esse 
voluisti. Candidatus processit contra patrem : jam tune nobis verecunde indi- 
cavit. Filius tuus tibi credere rem publicam noluit. Legati nostri aurum fere- 
bant, pater auferebat. Non immobilis deriguisti, non illic quasi et ipse affixus 
haesisti ? Quid tam cito recedis ? Adhuc et vivit et loquitur. Voce proditionem 
indicavit, silentio proditorem. Optimus imperator curare rem publicam ne in 
cruce quidem desiit. Tibi non dixit : « Cave proditionem. » Nec imperator 
potuit tacere proditionem nec loqui filius proditorem. Exspecta dum mittantur 
legati. Dicis : affectus non sustinet moram. Ergo si redimere non potes vivum, 
saltem mortuum redime. Numquam tam durus hostis fuit, ut paierais lacrimis 
non flecteretur. « Cavete proditionem ; » id est : ne quis insciis custodibus exeat, 



106 SÉNEQUE LE RHETEUR 

ne quis ignorante re publica ad hostem perveniat, ne quis ex hostium castris 
gravis auro revertatur. Indicio nihil deest : de proditione vobis dicit imperator, 
de proditore legati. Sublata quaestio est. Quaeritis quem dixerit ? Videte cui 
nihil dixerit. 

Pars altéra. In comitiis fîlio meo cessi. Decretum non exspectavi, sed 
amens et attonitus protinus cucurri. Ad summam festinavi nec occurri. Seiebam 
hostes patrum lacrimis saepe flecti. 

Extra. Latro non curavit dicere nullam factam esse proditionem, sed se 
proditorem non esse. Suspeetus est, inquit, judici qui plus quam se défendit. 
Cestius posita suasoria : « Délibérât Alexander, an Oceanum navigét, cum 
exaudita vox esset : quousque, invicte ? » describenti discipulo late Alexandri 
victorias gentesque perdomitas addentique : « Quousque post ista ? » exclama- 
vit : tf Et tu quousque ? » 



VIII. 
MUTANDA OPTIO RAPTORE CONVICTO. 

Raptâ raptoris aut mortem aut indotatas nuptias optet. 

Rapta producta nuptias optavit. Juvenis raptorem se negavit. 
Gonvictus est ; illa mortem petit. Raptor contradicit. 

Optare tibi non amplius quam semel licuit. Proponite supplicii faciem, carni- 
ficem, sccurim : hoc semel licere nimium est. In hanc perturbationem deductus 
sum, ut ignorarem quid fecissem. Gravius punior, cum me peccasse pudet, 
quam cum peccavi. Optavit nuptias : nec adhuc sciebat quam verecundum mari- 
tum esset habiturâ. Raptorem dimisisti ; virum occides ? Minus est ergo quod 
vitiavit quam quod negavit ? Ërgo nos injuriam periculosius negavimus quant 
fecimus ? Quadâm nocte... Quid dicam ? Non negare jam non pudet, nox, 
vinùm, errôr».. Quid irasceris, puella ? Jam non negat. Judex tabellam revocare, 
quam tulit, non potest ; quaesitor non mutât pronuntiationem. Nihil tam 
civile, tam utile, quam brevem potestatem esse, quae magna est. Si mortem 
foptaveris hodie, faciès quod uumquam facturai est : utrumque optaveris. 
- Pars altéra. Id egit priore judicio, ne quam omnino poenam stupri pende- 
jet ; hoc id agit, ut ipse optet. Utinam non illum liberaret metu quod judicis sui 
clementiam novit ï Est quaedam proxima innocentiae verecundia, praebere se 
legibus. Lex non adjicit quotieûs optet, sed ex quibus : aut hoc, inquit, aut 
illud ; non adjicit : ne amplius quam semel. 



EXTRAITS DES CONTROVERSES 
DU LIVRE VIII. 



LA VEUVE QUI SE PEND, PUIS S'ACCUSE 
DE SACRILÈGE. 

Le magistrat pourra punir la femme qui s'accuse 
d'un crime. 

Une femme, après avoir perdu son mari et deux de ses 
enfants, se pendit. Son troisième fils coupa la corde. Comme 
un sacrilège avait été commis et qu'on en cherchait l'auteur, 
elle se dénonça au magistrat comme la coupable. Le magis- 
trat veut la punir, comme s'étant accusée du crime; le fils 
s'y oppose. 

[Contre le magistrat]. Je fais au forum, juges, ce que 
j'ai fait chez nous : j'empêche ma mère de mourir. — On 
lui disait : « Indique-nous les circonstances de ton acte? Où 
as-tu caché ce que tu as enlevé? » Elle restait coi, et, du 



EXCERPTA 

CONTROVERSIARUM LIBRI OCTAVI. 

I. 
ORBATA POST LAQUEUM SACRILEGA. 

Magistrat us de confessa sumat supplicium. 

Amisso quaedam viro et duobus liberis suspendit se. Incidit ei 
laqueum tertius filius. Illa, cum sacrilegio facto sacrilegus quaere- 
retur, dixit magistratui se fecisse sacrilegium. Vult magistratus 
tamquam de confessa supplicium sumere ; filius contradicit. 

1. Facio, judices, in foro, quod domi feci : màtrëm mori prohibeo. -— Qw&- 
modo, inquit, fecisti? Quo loco quae sustuleras condidisti? Haerebat necquiç- 



108 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

sacrilège ne connaissait que le châtiment. — Après avoir 
perdu deux enfants, elle se croyait sacrilège, parce qu'elle 
vivait encore. — Je ne suis pas venu pour la défendre, mais 
pour la sauver. D'autres implorent les juges pour les accu- 
sés, moi c'est l'accusée que j'implorerai. L'accusateur n'a de 
témoin que sur mon banc. — Les aveux n'existent qu'au cas 
où l'accusateur essaye de les provoquer, où la coupable ne veut 
pas en faire, où le bourreau les a arrachés. — On dit qu'une 
femme mourut pour avoir revu son fils contre toute espérance. 
Si une grande joie pousse une mère à mourir, à plus forte 
raison une grande douleur. —- Ma mère, tu as un grand 
motif de consolation : tu vois que les dieux aussi éprouvent 
des pertes. — Les dieux sont adorés plutôt par les malheu- 
reux que par les riches. — Non! Ce sacrilège n'a pas été 
commis par une femme, par une vieille femme, par une 
femme qui aperdu<presque tousMes siens, par une personne 
qu'on surveille, par une personne qui avoue. — On dit que, 
irritée contre les dieux, elle a pu commettre un sacrilège. 
Dans l'infortune, la raison s'affaiblit, le malheur se condamne 
lui-même, el (disgrâce peut-être la plus cruelle de la condi- 
tion humaine!), ceux que la fortune a rendus malheureux, 
elle les rend aussi superstitieux. — On adore les dieux avec 
plus de zèle quand ils sont irrités. — Qui donc a' commis le 
sacrilège? Gomment puis-je le savoir, moi qui gardais ma 
mère? — C'est la cause des lois que je défends, pour qu'elles 
n'ordonnent pas contre des malheureux les supplices dont 
elles menacent des sacrilèges. — Elle adora les dieux, en 
femme qui avait tant de raisons de les craindre. 



quam sacrilegi nisi poenam noverat. — Amissis duobus liberis sacrilega sibi 
videbatiar, quod vivebat. — Non adfuturus veni, sed servaturus : alii pro reis 
rogant, ego fogabo ream. Nullum habet accusator nisi in subselliis meis testem. 
— Non est confessio nisi cum accusator eruit, negat rea, tortor expressit. — 
Fertur quaedam viso contra spem fîlio exspirasse ; si ad mortem agit matres ma- 
gnum gaudium, quid magnus dolor? — 2. Mater, habes non médiocre sola- 
cium : vides aliquid et deos perdere. — Magis deos miseri quam beati colunt. — 
Non fecit sacrilegium mulier, non fecit anus, non fecit orbata, non fecit quae 
custoditur, non fecit quae confïtetur. — Irata, iriquit, dis sacrilegium potuit 
committere. Frangitur calamitosis aniraus et ipsa se infelicitas damnât et hoc 
condicio humana vel pessimum habet, quod Fortuna quos miseros fecit etiam 
superstitiosos facit. — «■ Diligentius dii coluntur irati. — Quis ergo fecit ? Unde 
scire possum qui matrem custodii ? — Ago causam legum, ne carnificem, quem 
ttCfilegis minantur, calamitosis adbibeant. — Deos ita coluit, ut quae pro tam 
fîmltis timeret. 



CONTROVERSES, VIII 1 EXGERPTA. 109 

Thèse opposée. L'aveu est la voix de la conscience. 
L'aveu, ce sont les paroles de celui qui se sent contraint de 
reconnaître ce qu'il a fait.— Tout le monde disait : c L'auteur 
du crime ne pourra longtemps rester ignoré; quel qu'il soit, 
le crime ne lui portera pas bonheur, ni à aucun des siens; 
môme si personne ne l'accuse, lui-même se dénoncera. » 
Elle s'est avancée tout agitée, comme poussée par les dieux 
mômes : « C'est moi la coupable, » dit-elle. Les hommes doi- 
vent maintenant punir cette femme que les dieux ont déjà 
commencé à châtier. — Elle a été réduite par la majesté des 
dieux immortels à vouloir, à devoir et à ne pas pouvoir 
mourir. « On a coupé la corde, » < objecte-t-on >. Tu croyais 
donc, sacrilège, pouvoir mourir en secret? — Elle a tout fait 
pour garder le silence, elle qui, pour ne rien avouer, a été 
jusqu'à vouloir mourir. — Que cherchez-vous? Le crime? Un 
sacrilège a été commis. Le coupable? Il avoue. C'est le motif 
de l'acte que vous cherchez? Avare,, avant de perdre ses en- 
fants, elle a été transportée de colère, après les avoir perdus. 



IL 

PHIDIAS RENDU <AUX ATHÉNIEN S> LES MAINS COUPÉES. 

Le sacrilège aura les mains coupées. 

Les Athéniens prêtèrent aux Eléens Phidias, pour leur faire 
un Jupiter Olympien, mais ils devaient, par traité, rendre 

Pars altéra. 3. Conf'essio conscientiae vox est ; confes-io eoacti et quae 
feeit agnoscentis verbum est. — Omnium vox erat : « Sacrilegus latere non pote- 
rit; quisquis est, non ipse bonum exitum faciet, non qui quam suorum; etsi 
nemo fuerit accusator, ipse narrabit. » Concita processif velut diis ipsis perse- 
quentibus : « feci, » inquit. — Supplicium de ea vel mine exigamus hommes, de 
qua dii olim exigere coeperunt. — Violatorum numinum majestate compulsa est 
ut mori et vellet et deberet et non posset. Incisus est ei laqueus. Ita putabas te, 
sacrilega, secreto mori posse ? — Omnia fecit ut taceret, quae, ne confiteretur, 
etiam mori voluit. — Si crimen quaeritis, factum est sacrilegium, si sacrilegum, 
fatelur. Facti quaeritis causam? Si priusquam amitterct liberos, avarafuit, post- 
quam amisit, irata. 

II. 

PHIDIAS REMISSUS AMISSI5 MANIBUS. 

Sacrilego manus praecidantur. 

Elii ab Atheniensibus Phidian acceperunt, ut his Jovem Olym- 
pium faeeret, pacto interposito, ut aut Phidian aut centum lalenta 



110 SENEQUE LE RHÉTEUR 

Phidias ou donner cent talents [550.000 francs environ]. Le 
Jupiter fini, les Eléens dirent que Phidias avait soustrait de 
l'or, lui coupèrent les mains comme sacrilège et le rendirent 
aux Athéniens ainsi mutilé. Les Athéniens demandent les 
cent talents. Procès. 

[Contre les Éléens]. Désormais nous ne pouvons plus 
prêter Phidias. La majesté du dieu ne peut être bien expri- 
mée que si, l'imagination ayant conçu l'œuvre, la main l'exé- 
cute. — Il a fait ce Jupiter pour être agréable à lui-même 
plutôt qu'à vous. — C'est vous les sacrilèges, vous qui avez 
coupé ces mains consacrées aux dieux. — Le premier sang 
qu'ait vu le Dieu est celui de l'artiste <qui l'a fait.> — Je prends 
à témoin Jupiter, qui, désormais, est le dieu de Phidias. — Il 
en est que l'art aide à supporter leurs malheurs ; toi, il a causé 
le tien. — Si nous avions conclu ce pacte pour Phidias, c'était 
à cause de ses mains. — Croyez-vous que nous reprendrons 
Phidias privé de cette partie, sans laquelle vous ne l'auriez 
pas pris? — Nous vous avons prêté un homme capable de 
créer des dieux; vous nous en rendez un qui ne peut même 
plus les adorer. — Ne rougissez-vous pas de devoir votre 
Jupiter à l'auteur d'un sacrilège? — L'homme reste, mais 
l'artiste est mort. — Vous nous rendez le châtiment de Phi- 
dias, mais non Phidias. — Ces mains, qui avaient coutume 
de créer des dieux, ne peuvent même plus implorer les hom- 
mes. — Il a fait un Jupiter si beau, que les Eléens voulaient 
que ce fût sa dernière œuvre. — Ce sont ses mains que nous 
vous avons prêtées; nous réclamons ses mains. — D'Elée sont 



redderent. Perfecto Jove, Elii Phidian aurum rapuisse dixerunt et 
maims tamquam sacrilego praeciderunt, truncatum Atheniensibus 
reddunt. Petunt Athenienses centum talenta. Contradicunt. 

1. Jam Phidian commodare non possumus. Tune demum i lia maj estas exprimi 
potest, cum animus opéra prospexit, manus duxit — Ante sibi quam vobis 
Jovem fecit. — Sacrilegi vos estis, qui praecidistis consecratas manus . — Pri- 
mum sanguinem deus sui vidit artificis. — Testor Jovem, proprium jam Phidiae 
deum. — Ars alios in miseria sustinet, te miserrimum fecit. — Paciscendum 
Phidian manus fecerant. — Sine eo Phidian nos recepturos putatis, sine quo vos 
accepturi non fuistis ? — Commodavimus qui facere posset deos, recepimus qui 
ne adorare quidem possit. — 2. Non pudet vos Jovem debere sacrilego? — 
Superest homo, sed artifex periit. — Poenam nobis Phidiae, non Phidian reddi- 
tis. — Manus, quae solebant deos facere, nunc ne hommes quidem rogare pos- 
sunt. — Talem fecit Jovem, ut hoc ejus opus Elii esse ultimum vellent. — Manus 



GONTROVEBSES, VIII 2 EXCERPTA, 111 

les témoins, les accusateurs, les juges : l'accusé seul est 
Athénien. — J'invoque les dieux, et ceux qu'a créés Phidias, 
et ceux qu'il aurait pu créer. — Nous ayons reçu Phidias : je 
suis prêt à en convenir, si, désormais, nous pouvons encore 
le prêter. 

Thèse opposée. Nous avions autrefois de l'or et de l'ivoire 
consacré aux dieux; nous avons cherché un artiste pour 
mettre en œuvre ces matériaux sacrés. — Nous avions bien 
l'intention de faire exécuter à Phidias des statues pour d'au- 
tres temples : mais il était moins nécessaire d'orner les dieux 
que de les venger. 

III. 

LE BEAU-PÈRE QU'ON SOUPÇONNE DE RELATIONS 
COUPABLES AVEC SA BRU. 

Un père avait deux enfants d'âge adulte : il maria l'un d'eux. 
Comme il était parti en voyage, on commença à soupçonner 
le beau-père de relations coupables avec sa bru. Le mari, de 
retour, prit une servante de sa femme et la mit à la ques- 
tion : elle mourut pendant les tortures. Le mari, n'ayant pu 
savoir ce qu'il cherchait, se pendit. Le père ordonne à son 
second fils d'épouser la femme; sur son refus, il le chasse. 

[Pour le fils]. 11 me dit: « Épouse la femme de ton frère. » 
Si cela pouvait se faire, mon frère aurait trouvé l'adultère 

commodavimus, manus reposcimus. — Elius est testis, Elius accusator, Elius 
judex, Alheniensis tantum reus. — Invoco deos et illos, quos fecit Phidias, et 
illos, quos facere potuit. — Recepimus Phidian : confiteor, si possumus commo- 
dare. 

Pars altéra. Habuimus aurum olim sacrum, habuimus ebur; sacrae mate- 
riae artificem quaesivimus. — Disposueramus quidem ut aliis quoque templis 
simulacra Phidias faceret, sed non erat tam necesse ornare deos quam vindi- 
care. 

III. 

INFAMIS IN NDRUM. 

Duorum juvenum pater uni uxorem dédit, quo peregre profecto 
infamari coepit socer in nurum. Maritus rêver sus abduxit ancillam 
uxoris et torsit. Illa in tormentis periit ; maritus incerto quid quae- 
sierit, se suspendit, lmperat alteri filio pater ut eamdem ducat ; no- 
lentem abdicat. 

1. Duc, inquit, fratris uxorem. Si hoc fîeri potest, adulterum frater invenit. — 



112 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

qu'il cherchait. — La raison qui me fait chasser est celle 
qui a fait mourir mon frère. — Il me dit: «Épouse la femme 
de ton frère. » J'ai cru qu'il voulait m'éprouver, je vous le 
jure. — Femme, si tu peux te marier avec un homme encore 
tout en larmes, tu justifies toutes les suppositions qu'on a 
faites sur toi. — Je suis forcé d'épouser cette femme qui m'a 
fait chasser, qui a fait parler d'elle dans la ville, qui a fait 
mourir son mari. — J'ai déjà porté mon choix sur une femme 
qui consente à voyager avec moi, s'il m'est nécessaire de 
voyager, et qui, si un malheur arrive à son mari, ne consente 
pas à se remarier. — Ceux qui apprennent que tu m'as chassé 
croient que les soupçons de mon frère se sont portés sur moi- 
Thèse opposée. Tu m'as reproché le dernier des forfaits, 
crime tel, que pour l'avoir seulement soupçonné, ton frère 
a mieux aimé mourir. — C'est sur ton conseil que ton frère 
a mis la servante à la torture, et, comme il n'a rien décou- 
vert, il a expié par la mort ses faux soupçons. 



IV. 
LE SUICIDÉ LAISSÉ SANS SÉPULTURE. 

Le corps de celui qui aura tué un homme sera 
abandonné sans sépulture. 

Un homme se tue. On demande que son corps soit aban- 
donné sans sépulture. Discussion. 

[Pour l'homme]. Il a été forcé, par des souffrances sans 

Haec est mihi causa abdicationis, quae fratri mortis fuit. — Duc, inquit, fratris 
uxorem. Tentari me, si qua est fides, credidi. — Mulier, si nubere lugenti potes, 
lacis ut de te omnia credantur. — Cogor eam ducere, quae mihi abdicationis est 
causa, populo rumoris, viro mortis. — Legi jam uxorem, quae, si peregrinatio 
inciderit, mecum peregrinari velit, quae, si viro aliquid acciderit, nubere alii nolit. 
— Qui me abdicari audiunt, putant fratrem de me aliquid suspicatum. 

Pars altéra. 2. Objecisti mihi ultimum nefas et quod qui tantum suspica- 
tus est noluit vivere. — Impulsu tuo fratcr torsit ancillam, et, quia nihil repperit, 
falsas suspiciones morte expiavit. 

IV. 

HOMICIDA INSEPULTUS. 

Homicida insepultus abjiciatur. 

Quidam se occidit; petitur ut insepultus abjiciatur. Contradicitur. 
1. Afferre sibi coactus est manus assiduis malis. Summam iufelicitatum suarum 



CONTROVERSES, VIII 4 EXCERPTA. 113 

trêve, à tourner ses mains contre lui-même. Il a repoussé 
loin de lui la dernière de ses calamités [la vie], parcequ'il 
pensait qu'un malheureux avait le droit de mourir. — Jeune 
homme si infortuné, quand je vois qu'on te refuse même la 
sépulture, je ne m'étonne plus que tu te sois tué : tu as des 
ennemis si acharnés qu'ils te poursuivent même après ta 
mort. — La fortune triomphe plus facilement d'un malheu- 
reux que d'un criminel. — Tu as eu recours aussi à ton 
épée, Gaton, et quelle haine elle s'est attirée, puisque c'est 
Caton qu'elle a servi à frapper! Gurtius, tu n'aurais pas eu 
de sépulture, si la mort même ne te l'avait donnée ! — Quoi 
de plus malheureux, quand on vit, que de vouloir mourir, 
quand on est mort, que de se voir refuser une sépulture ? — 
Comment s'étonner qu'il ait voulu mourir, puisque la fortune 
s'acharne sur lui, même quand il essaye de lui échapper? — 
A tous les hommes la nature donne une sépulture ; les nau- 
fragés la trouvent dans le flot même qui les a tués ; les corps 
des esclaves mis en croix tombent de la croix dans leur sépul- 
ture; pour ceux qui sont brûlés vifs, le supplice est un 
ensevelissement. — Déploie ta colère contre l'assassin, mais 
aie pitié de l'assassiné. — On me dit : « Il a tué un homme, 
puisqu'il s'est tué. » C'est déployer ta colère contre la per- 
sonne qui la fait naître. — La seule raison qui ait valu à Mu- 
cius Scévola son surnom, et qui, une fois pris, l'ait fait laisser 
en liberté, en présence du roi Porsenna, c'est le peu de cas 
qu'il faisait de sa vie. La seule raison qui ait fait donner 
l'illustre Codrus en exemple à tous les généraux, c'est que, 
ayant dépouillé ses insignes de commandement, il courut 

in hoc removit, quod existimabat licere misero mori. — Infelicissime adulescens, 
cum te prohiberi etiam sepultura video, mirari desino quod peristi : taies inimi- 
cos habes, ut te etiam mortuum persequantur. — Facilius miserum quam scele- 
ratum Fortuna vincit. — Sumpsisti hoc ferrum, Cato, et quam invidiosum, quod 
Catonem occideris ! Curti, perdideras sepulturam, nisi in morte repperisses. — 
Quid est in vita miserius quam mori velle? Quid in morte quam non posse sepe- 
liri? — Quis miretur eum mori voluisse, quem fugientem quoque Fortuna perse- 
quitur? — Omnibus natura sepulturam dédit : naufragos idem fluctus, qui expulit, 
sepelit; suffixorum corpora a crucibus in sepulturam suam defluunt; eos, qui 
vivi uruntur, poena funerat. — 2. Irascere interfectori, sed miserere interfecti. — 
Homicida, inquit, est, quia se occidit. Huic irasceris, pro quo irasceris? — Non 
aliud Scaevolae Mucio cognomen dédit et capto contra Porsennam regem liberta- 
tem reliquit quam vililas sui. Non aliud Codrum illum ceteris imperatoribus 
exemplum dédit, quam quod, positis imperatoris insignibus, ad mortem cucurrit, 
nec ullo major dux fuit, quam quod se ducem non esse mentitus est. — Non pos- 



414 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

s'exposer à la mort, et il ne fut jamais plus grand général 
qu'en se faisant passer faussement pour ne l'être pas. — Je 
demande qu'en mourant on soit assuré, non de la gloire, 
mais du repos. — Il n'y a pas plus de cruauté à tuer ceux qui 
voudraient vivre qu'à ne pas laisser mourir ceux qui le 
désirent. — Gurtius, en se précipitant dans le gouffre, trouva 
à la fois la mort et sa sépulture; on célèbre la gloire de 
Gaton ; assurez seulement l'impunité à cet homme infortuné, 
qui n'a pas usé de lâches résolutions pour conserver la vie. 
— On sonde même les blessures du malheureux pour charger 
l'accusation. — Demandez-vous s'il lui était permis de vivre, 
cet homme auquel on ne permet pas même de mourir. 

Thèse opposée. Quelle indignité, si l'on trouve des 
mains pour ensevelir cet homme, que ses propres mains ont 
tuée. — Il prend son épée; je vois ses yeux étincelants de 
rage... contre qui, je ne sais: tout ce que je sais, c'est qu'il 
médite un crime. — J'ignore la faute dont les remords l'ont 
poussé à mourir, lui dont un des crimes est aussi de ne pou- 
voir être condamné. Contre de tels hommes on a imaginé de 
leur faire craindre quelque chose après la mort, puisqu'ils ne 
craignent pas la mort. — Devant quel crime aurait-il reculé, 
cet homme qui a eu le courage de se tuer? 



tulo, ut gloriosum mori, sed ut tutùm sit. — Non magis crudeles sunt qui volen- 
tes vivere occidunt quam qui volentes mori non sinunt. — Curtius dejiciendo se 
in praecipitem locum fatum sepulturae miscuit ; celebratur Cato: huic miserrimo, 
quod aliquid non ignave de spiritu suo statuit, tantum irapune sit. — Etiam vul- 
îiera infelicis in crimen scrutantur. — Aestimate an vivere licuerit, cui ne mori 
quidem licuit. 

Pars altéra. 3. Facinus indignum, si inveniuntur manus, quae sepeliant 
eum, quem occiderunt suae! — Sumit gladium, video ardentes oculos... in quem 
nescio ; quod solutn scio, scelus cogitât. — Nescio cujus sibî criminis conscius 
confugit ad morlem, cujus inter scelera etiam hoc est, quod damnari non potest. 
— Contra hos inventum est, ut aliquid post mortem timerent, qui non timent 
mortem. — Nibil non ausurus fuit qui se potuit occidere. 



CONTROVERSES, VIII 5 EXCERPTA. 115 



V. 

LE FILS, BRAVE ÉPROUVÉ, QUI NE VEUT PAS. RETOURNER 
CHEZ SON PÈRE, BRAVE ÉPROUVu. 

Un homme chassa son fils : celui-ci ne réclama pas. Il fît 
une action d'éclat : comme récompense il demanda de retour- 
ner chez son père; son père n'y consentit pas. Dans la suite 
le père fit une action d'éclat; il demande que son fils revienne 
auprès de lui; le fils n'y consent pas. 

[Pour le père]. Je suis plus brave que toi : après le com- 
bat que tu as livré, il en a fallu d'autres; le mien a assuré la 
victoire. — Reviens, j'ai rendu la maison digne de toi. — Tes 
yeux sont semblables aux miens, tes mains aux miennes, ton 
obstination à la mienne. — Si je mérite une récompense, 
accordez-la moi; sinon, donnez-lui celle qu'il a demandée. — 
« Mais moi, dit-il, cette même loi ne m'a pas valu de récom- 
pense. » Voilà <justement> pourquoi je t'ai chassé : tu crois 
qu'il n'y a pas de différence entre ton père et toi. — Après 
des actions si semblables aux tiennes, si je n'avais été que 
ton compagnon d'armes, tu aurais dû me prendre comme 
père adoptif. — Remarque-le, jeune homme : celui qui avait 
autrefois refusé cette récompense la demande de lui-même. 
— « Je crains que tu ne me chasses une seconde fois. » 



v. 

FILIUS FORTIS NOLENS AD PATREM FORTEM REDIRE. 

Abdicavit quidam filium ; ille tacuit. Fortiter fecit ; petiit praemio 
ad patrem reditum; pater contradixit. Postea pater fortiter fecit; 
petit ad se filii reditum ; filius contradicit. 

1. Ego fortior sum : post tuam pugnam pugnavimus, post meam vicimus. — 
Revertere, dignam te domum feci. — Isti oculi mei sunt, istae manus meae sunt, 
ista contumacia mea est. — Si mereor praemium, mihi date, si non mereor, isti 
suum reddite. — « Ego, inquit, eadem lege praemium non accepi. » Hoc est 
unde abdicatus es, quod putas nihil inter te et patrem interesse. — Post tam simi- 
lia opéra, si tantum commilito esses, patrem me adoptare debueras. — Admoneo 



11 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Crois-tu que je vais m'exposer à te demander une seconde 
faveur? — J'ai combattu dans une guerre plus importante 
[que celle où tu t'es illustré], où les vieillards mêmes ont dû 
servir, où n'a pas suffi la valeur de ceux qui l'avaient déployée 
dans la première guerre. — Lui s'est borné à laisser faire 
son âge, moi j'ai dû vaincre le mien. Tu as affaibli nos enne- 
mis, je les ai défaits. — Quel aiguillon pour les jeunes gens 
que ce courage d'un vieillard ! — Donnez-nous à tous deux la 
récompense que nous avons demandée. — J'ai combattu dans 
ma vieillesse, j'ai combattu le sang appauvri, j'ai combattu 
après avoir déjà fourni un remplaçant. — Tous deux, quand 
on nous implore, nous faisons les dédaigneux, et nous 
implorons, quaad on nous laisse de côté. — Quels soupçons 
tu vas nécessairement faire concevoir, si tu tiens à ce que ton 
retour dans la maison paternelle soit ta récompense à toi ! 
— Il aurait été honteux pour un brave éprouvé de voir son 
père forcé de le recevoir. 

Thèse opposée. — Pourquoi tiens-tu à m'ôter ma liberté 
et à me rendre esclave ? Pourquoi exposer à cet affront un 
brave éprouvé ? Pourquoi faire tous tes efforts pour être 
< encore > en mesure de le chasser? — Il dit : « Tu es mon 
fils. » Pourquoi parler de la récompense, si je suis à toi ? 



te, juvenis : hoc praemium qui recusaverat petit. — « Timeo ne me iterum 
-abdices. » Commissurum me putas ut iterum rogem ? — Bello graviore pugnavi, 
quo necesse fuit etiam sënibus militare, quo fortes esse non potuerunt etiam qui 
priore bello fuerant. — 2. Me annos suos exercuit, ego vici meos ; tu fregisti 
bellum, ego sustuli. — Quanta adhortatio juvenum fui senex fortis ! — Utrique 
nostrum praemium reddite. — Militavi senex, militavi exsanguis, militavi qui 
jam vicarium dederam. — Uterque nostrum cum rogatur fastidit, cum relinqui- 
tur rogat. — Quid nos suspicari cogis, quod non vis in paternam domum venire 
nisi tuo praemio ? — Turpe erat virum fortem nisi a pâtre coaoto non recipi. 

Pars altéra- Quid me captivum ex libero cupis ? Quid ignominiae subjicis 
Tirum fortem? Quid .efficis ut possit abdicari?— « Meus, inquit, es filius. » Quid 
opus est praemio, si tuus su m ? 



CONTROVERSES, VIII 6 EXGERPTA. 117 



VI 

LE PAUVRE QUI FAIT NAUFRAGE ET DEVIENT 
LE BEAU-PÈRE DU RICHE. 

La femme séduite pourra demander que son séducteur 
soit exécuté ou qu'il l'épouse sans dot. 

Un riche demanda trois fois à un pauvre la main de sa 
fille; trois fois le pauvre refusa. Celui-ci, étant parti sur mer 
avec sa fille, fut jeté par un naufrage sur les terres du riche, 
qui demanda au pauvre la main de sa fille ; le pauvre ne 
répondit rien, mais se mit à pleurer. Le riche épousa la jeune 
fille. Lorsqu'ils furent de retour à la ville, le pauvre veut me- 
ner sa fille devant lés magistrats [pour exercer son choix] ; 
le riche s'y oppose. 

[Pour le père]. Je veux que la jeune fille soit conduite 
devant les magistrats. Que crains-tu? Dans tous les cas c'est 
ta femme. — Tu ne pourras pas te plaindre même de mou- 
rir, si tel est le désir de ma fille. — Jamais séducteur n'aura si 
longtemps attendu la mort. — Dès que j'ai reconnu le rivage, 
quoique naufragé, j'ai nagé vers la haute mer. — Que 
crains-tu, si tu as obtenu son pardon? — Quand il vint à moi 
pour la première fois et me dit : « Je veux épouser ta 



VI. 

PAUPER NAUFRAGUS DIVITIS SOCER. 

Vitiata vitiatoris aut mortem aut indotatas nuptias petat. 

Dives pauperem de imptiis filiae interpellavit tertio ; ter pauper 
negavit. Profectus cum filia naufragio expulsas est in divitis fun- 
dum ; appellavit illum dives dé imptiis filiae ; pauper tacuit et flevit. 
Dives nuptias fecit. Redierunt in urbem ; vult pauper educere 
puellam ad magistratus. Dives contradicit. 

1. Educatur ad magistratus puella. Quid times ? Certe uxor est tua. — QueFi 
nec de morte poteris, si hanc puella maluerit. — Nemo umquam raptor serras 
periit. — Ut litus agnovi, naufragus in altum natavi. — Quid times, si xorasti? 
— Accessit ad me primum : « Filiam tuam ducere volo, inquit, uxore . » Non 

T. II 7. 



148 SENEQUE LE RHETEUR 

fille, » je ne pleurai pas, car alors je pouvais dire non. — J'ai 
pleuré le mariage de ma fille autant que mon naufrage. — 
Victime d'un naufrage, je me plains surtout du rivage ! — 
Entre le naufrage et la noce, il ne s'est même pas écoulé une 
nuit. — Diffère le mariage jusqu'à ce que ton beau-père ait 
cessé de pleurer. — Il pense que je lui ai dès lors confié ma 
fille, quand lui-même n'a pas encore confiance dans l'affec- 
tion de sa femme. — Ici mes larmes coulent à chaque mot; 
c'est dans cet état que j'assistai au mariage de ma fille. — 
Si elle a été séduite, pourquoi lui refuser son droit d'option? 
Si elle est ta femme, pourquoi le craindre? — Je parle dès que 
je puis le faire. — J'avais déjà perdu de vue ma patrie depuis 
longtemps, mais je n'avais pas encore dépassé les propriétés 
du riche. Tout à coup les flots de la mer commencèrent 
à s'enfler et les vents à souffler dans tous les sens pour 
notre perte; la nuit s'étendit sur le ciel et les éclairs seuls 
nous rendaient la lumière ; nous sommes restés en danger, 
suspendus entre le ciel et la terre. Cependant, jusque-là, 
juges, notre navigation était bonne: dans ce naufrage, le 
plus terrible nous attend sur le rivage. Au sommet de la 
montagne, le riche, avait un observatoire d'une hauteur pro- 
digieuse; de là il estimait a valeur des épaves, tribut 
néfaste ! et comptait ce que lui vaudrait la colère des flots. 
Je m'entends demander la main de ma fille, quand la mer 
venait battre encore mes oreilles; j'ai fait ce que je devais : 
en sa puissance et naufragé, j'ai, par mes larmes, refusé ce 
déshonneur à mon ennemi. Quelle délicatesse dans ce 
riche, qui a le courage d'aimer au milieu d'un naufrage ! La 

flevi; lune enira licuit negare. — Nuptias fîliae tamquam naufragium meum 
flevi. — Naufragus plus de litore queror. — Inter naufragium et nuptias ne una 
quidera nox interfuit. — Differ nuptias, dum flere socer desinat. — Putat me 
jam filiam^ commisisse sibi, cum hic se needum committat uxori. — Lacrimis 
inter verba manantibus venio : talis et fîliae nuptiis fui. — Si rapta est, cur 
optionem récusas ? Si uxor est, cur times ? — Loquor, ubi primum licet. — 2. Pro- 
cul a conspectu reliqueram patriam, nondum tamen possessionem divitis prae- 
terieram. Subito fluctibus inborruit mare ac discordes in perniciem nostram 
flavere yentij demissa noxjjcaelo est et tantum fulminibus dies redditus; inter. 
caelum terramque dubii pependimus. Adhuc tamen bene, judices, navigamus ; 
naufragium majus restât in litore. Erat in summis montium jugis ardua divitis 
spécula : illic iste naufragiorum reliquias computabat, illic vectigal infelix e* 
quantum sibi iratum redderet mare. Interroger de nuptiis fîliae. cum adhuc 
pulsaret aures meas fluctus ; feoi quod debui : et captus et naufragus inimico 
stuprum • lacrimis negavi. Delicatus dives, qui amare etiam inter naufragia 



CONTROVERSES, VIII 6 EXCERPTA. 119 

solennité de ce mariage, tu la caches au fond d'une campa- 
gne éloignée ; là tu célèbres des noces, auxquelles assista 
seul le naufragé. — Les larmes marquent toujours un évé- 
nement qu'on ne désire pas; les larmes sont la preuve qu'on 
refuse et le visage sert à dire que l'âme ne veut pas. On ne 
pleure jamais pour ce qu'on désire. Les larmes, c'est l'explo- 
sion brusque d'une douleur cachée au fond du cœur et d'un 
silence que l'on n'a plus la force de garder. Ainsi l'homme 
qui, devant son patrimoine en cendres, en déplore la perte, 
celui-là déteste l'incendie; celui qui pleure son naufrage 
maudit la mer. Les pleurs, c'est la malédiction discrète des 
calamités humaines. — A toi maintenant de parler, ma 
fille ; je m'efface et je fais ce que j'ai déjà fait : je me tais. 
— Si tu es mariée, tu peux choisir; si tu as été séduite, tu 
peux ordonner. 

Thèse opposée. Ce naufragé a trouvé chez moi deux des 
choses les plus sacrées qui soient chez les hommes : l'hospi- 
talité et le mariage; l'une, je la lui ai donnée, l'autre, j'ai été 
jusqu'à le lui demander. — Ce mariage que m'offrait la for- 
tune bienveillante, je l'ai demandé souvent, parce que j'ai- 
mais la jeune fille; je ne l'ai pas différé, parce que je la 
désirais ardemment. Y a-t-il là trace de séduction, sauf que 
je l'ai épousée sans dot ? — Mon beau-père se trompe, en 
croyant que sa fille me sera plus chère, du jour où elle aura 
eu le pouvoir de me faire mourir. — Que me reste-t-il en 
effet < pour le fléchir > ? Mes prières que je lui ai si souvent 
adressées, ou ses larmes, que j'ai fait couler. — Mon ennemi 



potest! Matrimonii celebritatem remoti angulo ruris abscondis; ibi facis nuptias, 
quo nemo nisi naufragus venit. — 3. Lacrima semper indicium est inoptatae 
rei ; lacrimae pignora sunt nolentiura et repugnantis animi vultus index. Nemo 
umquam quod cupit deflet. Lacrimae coacti doloris intra praecordia et intole- 
rabilis silentii eruptio. Sic ille, qui super cinerem deflet patrimonium, odit 
in cendium ; sic qui naufragium deflet, maria detestatur. Fletus humanarum neces- 
sitatum verecunda exsecratio est. — Tuae nunc sunt partes, puella; discedo et, 
quod prius etiam feci, taceo. — Si nupta es, habes quod optes, si -vitiata, quod 
imperes. 

Pars altéra. 4. Naufragum duo sacratissima inter homines acceperunt, 
hospitium et affinitas ; alterum praestiti, alterum etiam rogavi. — Oblatas con- 
ciliante Fortuna nuptias, quod erat amantis, saepius rogavi, quod festinantis, 
non distuli. Quid bic raptoris est, nisi quod indotatam duxi ? — Errât socer, 
qui putat mihi cariorem futuram puellam, si me potuerit occidere. — Quid 
enim superest ? Preces meae, quas totiens adhibui, an istius lacrimae, quas 
movi? — Nibil mihi inimicus objicere praeter matrimonium potest. — Magnus 



420 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

ne peut rien me reprocher, hors mon mariage. — Quelle 
force a l'amour, quand il naît de la pitié ! — Si nous répan- 
dions des larmes, c'est que nous nous repentions de notre 
désaccord passé ; mon âme ne me fournissait pas de paroles, 
son âme ne lui en fournissait pas, tant elles étaient transpor- 
tées de joie. — Il n'y a pas d'innocence, même bien sûre d'elle- 
même, qui tienne à paraître en justice. — En interrogeant 
ta fille, tu me donnes l'avantagé contenu dans une des alter- 
natives de la loi; en ne l'interrogeant pas, l'avantage contenu 
dans le renoncement à la loi. — S'il avait voulu laisser la vie 
à son gendre, il lui aurait également laissé son innocence. — 
Vous demandez ce que signifiaient ces larmes? Elles ne vou- 
laient pas dire non ; il avait assez l'habitude de me dire non 
<pour le faire encore>, si ce mariage lui avait déplu. — Elle va 
choisir la mort; il ne se peut qu'elle veuille prendre, dans la 
loi, l'alternative déjà réalisée. 



est amor, qui ex misericordia venit. — Fundebamus lacrimas ex paenitentia 
discidii prioris, nec plura aut me proloqui aut istum respondere passae sunt 
mentes gaudiis occupatae. — Nulla integritas tantum sibi etiam explorata con- 
fiait ut causam velit dicere. — Si interrogaveris filiam, partem legis imputa- 
turus es; si non interrogaveris, legem. — Si genero vitam daturus esset,etiam inno- 
centiam reliquisset. — Quaerilis quid dum fleret i'eeerit? Non negavit; et solebat 
negare, si nollet. — Mortem optatura est ; non enim potest eas partes legis desi- 
derare, quas habet. 



CONTROVERSES, IX PRÉFACE. 121 



LIVRE IX. 

SÉNEQUE ANOVATUS, A SÉNÈQUE, A MÊLA, SES FILS. 

[Votiénus Mon tamis explique pourquoi il ne déclame pas : à ce 
propos il attaque les écoles des rhéteurs.] 

Je croyais m'être complètement acquitté de ma promesse ; 
cependant je regardais autour de moi si quelque chose 
m'avait échappé. C'est vous qui m'avez fait souvenir de 
Votiénus Montanus, et, je serais heureux que, de temps en 
temps, vous me fournissiez quelques noms qui excitent ma 
mémoire, car si, déjà vieille, elle est naturellement engourdie, 
pourtant, quand on la réveille et qu'on l'aiguillonne un peu, 
elle retrouve facilement son ancienne vigueur. Votiénus 
Montanus, loin de déclamer jamais par vanité, ne déclamait 
même pas pour s'exercer. Gomme je lui en demandais le 
motif, il me dit : «Veux-tu le prétexte ou la raison? Si c'est le 
prétexte^ c'est pour ne pas avoir l'air d'y chercher des succès; 
si c'est la raison, c'est pour ne pas contracter de mauvaises 
habitudes. Celui qui prépare une déclamation écrit, non 
pour vaincre, mais pour plaire. Il est donc en quête de toutes 
les séductions : le développement des preuves, qui est en- 



CONTROVERSIARUM LIBER NONUS. 

SENECA NOVATQ, SENECAE, UEUE FILIIS SALDTEM ; . 

1. Jam videbar promissum meum implesse; circumspiciebam tamen nun* 
quid me praeterisset. Ultro Votieni Montani mentionem intulistis ; et velim vos 
subinde aliqua nomina mihi offerre, quibus evoeetur memoria mea, quae quo- 
modo senilis per se marcet, ita admonita et aliquando lacessita facile se colliget. 
Montanus Votiénus adeo numquam ostentationis declamavil causa, ut ne exer- 
citationis quidem declamaverit. Rationem quaerenti mihi ait : Utram vis ? 
Honestam an veram ? Si honestam, ne gloriari videar, si veram, ne maie assues» 
cam. Qui declamationem parât, scribit non ut vincat, sed ut placeat. Omnia 



122 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

nuyeux et peu capable d'ornements, il le laisse de côté: il lui 
suffit de charmer l'auditoire par des traits et des dévelop- 
pements. C'est qu'il veut que le succès aille à lui , non à la 
cause. Ce travers suit les déclamateurs jusqu'au forum, où 
ils abandonnent le nécessaire pour courir après le brillant. 
En outre ils peuvent [dans les déclamations] supposer leurs 
adversaires aussi sots qu'ils le désirent ; ils leur répondent ce 
qu'ils veulent et comme ils veulent. De plus leurs erreurs 
n'entraînent aucun préjudice qui les en punisse ; leur sottise 
ne leur coûte rien. Aussi, au forum, ont-ils beaucoup de 
peine à secouer un engourdissement qui serait dangereux 
et qu'a développé leur sécurité. Ce n'est pas tout : <à l'école> 
ils sont soutenus par des applaudissements répétés, et leur 
mémoire s'est habituée à des repos déterminés. Mais sont- 
ils au tribunal ? Les applaudissements n'accueillent-ils plus 
chacun de leurs gestes ? Ils perdent pied ou chancellent. 
Ajoute que, < àl'école>, aucune interruption ne vient les dé- 
ranger : personne ne rit, personne ne les interpelle à dessein, 
tous les visages leur sont familiers. Au forum, quand il n'y 
aurait pas autre chose, le seul forum suffit à les troubler. 
L'anecdote que l'on raconte couramment est-elle véridique ? 
Tu peux le savoir mieux que moi. Un jour que Porcius 
Latron, modèle unique des qualités d'un déclamateur, plai- 
dait en Espagne pour son cousin Porcius Rusticus, il se trou- 
bla au point qu'il commença par un solécisme, et, comme il 
avait besoin de toit et de murs, il ne put se remettre avant 
d'avoir obtenu qu'on transportât l'audience du forum dans 



itaque lenocinia conquirit ; argumentationes, quia molestae sunt et minimum 
habent floris, relinquit; sententiis, explicationibus audientes delinire contentus 
est. Cupit enim se approbare, non causam. 2. Sequitur autem hoc usque in 
forum declamatores vitium, ut necessaria deserant, dum speciosa sectantur. 
Accedit etiam illud quod adversarios quamvis fatuos fingunt : respondent illis et 
quae volunt et cum volunt. Praeterea nihil est quod errorem aliquo damno 
«astiget ; stultitia eorum gratuita est. V ix itaque in foro futurus periculosus 
stupor discuti potest, qui crevit, dum tutus est. Quid, quod laudationibus cre- 
bris sustinentur et memoria illorum assuevit certis intervallis quiescere? Cum 
ventum est in forum et desiit illos ad omnem gestum plausus excipere, aut defi- 
«iuntur aut labant. 3. Adjice nunc quod animus illis nullius interventu excu- 
titur : nemo ridet, nemo ex industria obloquitur, famiiiares sunt omnium 
vultus. In foro, ut nihil aliud, ipsum illos forum turbat. Hoc, quod vulgo nar- 
ratur, an verum sit, tu melius potes scire : Latronem Porcium, declamatoriae 
virtutis unicum exemplum, cum pro reo in Hispania Rustico Porcio, propinquo 
suo, diceret, usque eo esse confusum, ut a soloecismo inciperet, nec ante 



CONTROVERSES, IX PREFACE. 123 

l'<enceinte fermée> de la basilique. Les esprits reçoivent 
dans les exercices d'école une éducation si molle qu'ils sont 
incapables de supporter les cris, le silence, les rires, et même 
la vue du ciel. Or l'exercice n'est profitable que s'il se rappro- 
che très étroitement de l'objet qu'on se propose; aussi, 
ordinairement, est-il plus difficile que la lutte réelle. Les 
gladiateurs, à l'école, se servent d'armes plus lourdes qu'au 
combat; devant le maître ils gardent leurs armes plus long- 
temps que devant leur adversaire. Les athlètes luttent contre 
deux ou trois adversaires à la fois, pour résister plus facile- 
ment à un seul. Les coureurs, dont on juge la vélocité sur 
un espace restreint, parcourent plusieurs fois en courant, 
dans leurs exercices, la carrière qu'ils ne parcourront qu'une 
fois le jour de la lutte. Dans l'étude, on rend à dessein 
le travail plus pénible, pour qu'il nous semble moins dur 
le jour de l'épreuve. C'est tout le contraire dans les écoles 
de déclamation : tout y est plus commode et plus facile. 
Au forum, on reçoit son rôle [de son client], à l'école on 
le choisit; on donne au juge là des flatteries, ici des ordres; 
là c'est au milieu du bourdonnement et des frémissements 
de la foule qu'il faut tendre son esprit et porter sa voix jus- 
qu'aux oreilles du juge, ici tous les visages sont suspendus au 
visage de l'orateur. Aussi, comme, au sortir d'un lieu plein 
d'ombre et d'obscurité, on est ébloui par l'éclat du grand 
jour, de même ceux qui passent des écoles au forum sont 
remplis de trouble par tout ce qu'ils voient, comme par un 
spectacle nouveau et extraordinaire, et ils ne prennent l'assu- 

potuisse confirmari tectum ac parietem desiderantem, quam impetravit ut judi- 
cium ex foro in basilicam transferretur. 4. Usque eo ingénia in scholasticis 
exercitationibus délicate nutriuntur, ut clamorem, silentium, risum, caelum 
denique pati nesciant. Non est autem utilis exercitatio, nisi quae operi simillima 
est, in quod exercet ; itaque durior solet esse vero certamine. Gladiatores gra- 
vioribus armis discunt quam pugnant; diutius illos magister arrcatos quam 
adversarius retinet. Athletae binos simui ac ternos fatigant, ut facilius singulis 
résistant. Cursores, cum intra exiguum spatium de velocitate eorum judicetur, 
id saepe in exercitationem decurrunt, quod semel decursuri sunt in certamine. 
Multiplicatur ex industria labor, quo condiscimus, ut levetur, quo decernimus. 
5. In scholasticis declamationibus contra evenit : omnia molliora et solutiora 
sunt. In foro partem accipiunt, in schola eligunt ; illic judici blandiuntur, hic 
imperant; illic inter fremitum consonantis turbae intendendus animus est, vox 
ad aures judicis perferenda, hic ex vultu dicentis pendent omnium vultus. Itaque 
velut ex umbroso et obscuro prodeuntes loco clarae lucis fulgor obcaecat, sic 
istos e scholis in forum transeuntes omnia tamquam nova et invisitata pertur- 



124 SENEQUE LE RHETEUR 

rance qui les fait orateurs qu'après avoir essuyé mille 
déconvenues, et après avoir endurci, par un travail réel, 
leur jeune esprit qu'avaient alangui les facilités de l'école, 
Lépidus, personnage éminent et qui ne s'était pas adonné 
aux déclamations.... » 



bant, nec ante in oratorem corroborantur, quam multis perdomiti contumeliis 
puerilem animum scholasticis deliciis languidum vero labore durarunt, Lepidus, 
vir egregius et qui declamatorio non studio... 



CONTROVERSES, IX 1 (24). 125 



I (24). 

GÏMON INGRAT EiNVERS G ALLIAS. 

Celui qui aura surpris sa femme en flagrant délit 

d'adultère ne sera pas poursuivi, s'il tue 

les deux complices. 

Il pourra y avoir procès pour ingratitude. 

Miltiade, condamné pour concussions, mourut en prison; 
Cimon, son fils, prit sa place, pour qu'on pût l'ensevelir. 
Callias, homme riche de basse extraction, le racheta à l'état 
et paya la somme due: il maria sa fille à Cimon, qui, Payant 
surprise en flagrant délit d'adultère, la tua, malgré les prières 
du père. Il est accusé d'ingratitude. 

[Pour Cimon]. Albucius Silus. Je ne suis pas troublé par 
le danger que je cours : toujours, dans nos malheurs, nous 
nous sommes préoccupés moins de l'événement que du motif 
qui nous avait fait agir. — Je ne doute pas que Callias n'eût 
racheté Miltiade, s'il avait eu déjà une fille nubile. 



I (24). 

CIMON INGRATUS CALLIAE. 

Adulterum cum adultéra qui deprenderit, dum utrumque 

corpus interficiat, sine fraude slt. 

Ingrati sit actio. 

Miltiades, peculatus damnatus, in carcere alligatus decessit; Cimon, 
fîlius ejus, ut eura sepeliret, vicariumse pro corpore patris dédit. Callias 
dives sordide natus redemit eum a re publica et pecuniam solvit; filiam 
eî suam collocavit, quam ille deprensam in adulterio deprecante pâtre 
occidit. Ingrati reus est. 

1. Albuci Sili. Non movet me periculum meum : semper nos in raalis 
nostris non fortunam, sed causam spectavimus. — Non dubito, quin Callias 
redempturus fuerit Miltiaden, si jam habuisset filiam nubilem. 



126 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Musa. Certaines choses, différentes suivant les caractères, 
nous sont insupportables : pour moi l'adultère est plus péni- 
ble que la prison. 

Arellius Fuscus. « Je ne puis, dit-il, faire un plus beau 
cadeau à ma fille que Gimon pour mari. Quand aurai-je 
le bonheur de me voir des petits-fils nés de lui? » — Le fer 
que la loi me donne pour venger mon honneur, je le jette- 
rai, moi? Tu as perdu ton argent, Gallias, si, en déliant mes 
mains, tu avais d'elles cette opinion. — Mon père, condamné 
pour concussions, n'a laissé à son fils que la gloire d'être 
le fils de Miltiade. 

Cestius Pius. Une âme généreuse ne peut supporter un 
outrage. — Tu as eu raison de désirer des petits-fils nés de 
Cimon. — En moi, tu n'as rien trouvé de plus louable que 
mon emprisonnement. — Je ne suis pas plus innocent que 
mon père; je ne suis même pas plus malheureux: la seule 
différence entre le sort du père et celui du fils, c'est que la 
prison a terminé les malheurs de l'un et commencé ceux de 
l'autre. — Je vous ferai voir comme j'ai été peu ingrat envers 
tous les miens. — La seule fortune qu'on ait trouvé à Mil- 
tiade, c'était son fils Gimon; lui-même n'eut rien à donner 
pour son père, que sa personne. — Je pouvais espérer me 
marier dans la maison de Cynégire, dans celle de Gallimaque, 
et je ne craignais pas que Gynégire estimât ses mains plus 
que les miennes [quoiqu'il les eût perdues à la bataille de 
Marathon]. — Racheter Gimon, c'est une heureuse fortune 
pour celui qui le rachète. 

Musae. Alius aliud pati non potest : mihi adulteriumcarcere graviusest. 

Arelli Fusci patris. Nihil, inquit, filiae plus possum dare quam Cimo- 
nem virum. Quando mihi ex eo contingent nepotes ! — ferrum a leqe mihi tradi- 
tion ad vindictam pudicitiae projiciam ? Ferdidisti pecuniam, G'dlia, si taies 
solvisti manus. — Damnatus peculatus nihil aliud heredi suo reliquit quam se 
patrem. 

2. Cesti Fii. Non potest generosus animus contumeliam pati. — Merito 
tu ex Cimone habere nepotes concupisti. — Quid magis in me probasti quam 
carcerem ? — Non sum innocentior quam pater, ne infelicior quidem ; hoc unum 
interest inter parentis et fili fortunam, quod illius calamitatium exiius fuit 
carcer, mearum initium. — Exponam vobis, quam in neminem meorum 
ingratus sim. — Unus Miltiadis census inoentus est Cimon (Mus; ne hic qui- 
dem qnicquam habuit, quod daret pro pâtre, praeter se. — Poteram in 
Cynaegiri domo sperare nuptias, poteram in Callimachi, nec verebar ne 
Cynaegirus suas pluris aestimaret manus. — Redemptus Gimon redemptoris 
félicitas est. 



CONTROVERSES, IX 1 (24). 127 

Votiénus Montanus. Tu m'amènes à dire : « Je n'ai pas 
reçu un bienfait de toi ou du moins je t'en ai rendu un. » Je 
te le rendrai plus sûrement, quand tu m'en demanderas un 
aussi honorable que celui dont tu m'as gratifié. — Moi, lais- 
ser échapper ce couple adultère? Mais aurais-je agi autre- 
ment, si j'avais eu encore les mains enchaînées? — La 
douleur me frappa de stupeur.— Non, non, Miltiade même, 
mon père, ne m'aurait pas fléchi. — Je ne dois rien à Callias, 
si je ne suis plus libre. — Callias est un homme excellent 
et pitoyable : que ne l'est-il seulement pour les gens de 
bien! — Lier maintenant les mains de Cimon serait une 
injure plus grande que n'a été le service rendu autrefois en 
les déliant. — Je n'ai pas souffert moins tranquillement de 
perdre ma femme que lui sa fille ; mais il aurait voulu me 
voir plus tranquillement souffrir sa débauche. — Ne veux- tu 
pas dissimuler tes richesses, lorsque tu as rencontré des hom- 
mes dont l'honneur vient de leur extrême pauvreté? Notre 
maison ne peut se vanter d'aucun titre de gloire plus que de 
sa pauvreté. — Donne de l'argent à Miltiade pour effacer sa 
condamnation: il sera coupable; donnes-en à Cimon pour 
racheter son père : il ne sera plus vertueux. 

Vibius Gallus. Pour moi, mon plus grand bonheur, c'est 
d'avoir été la rançon de Miltiade. Il était là, enchaîné, celui 
qui nous avait défendu contre la puissance des Perses, qui 
avait sauvé la liberté de notre ville; il était là, enchaîné, 
vivante accusation contre l'ingrate cité. — Moi, pardonner à 
la femme adultère? Moi, souffrir qu'elle soit adultère, moi 
qui me glorifie moins d'être né de Miltiade que d'avoir pris 

3, Votieni Montani. Facis jam, ut dicam : non accepi benefîcium aut 
reddidi. Certius reddam, cum tam honeste desideraris quant dedisti. — Ego 
adulteros dimittam? Quid aliud facerem, si adhuc alligatas haberem manus? 
-r- Egit me attonitum dolor. — Non mehercules me exorasset Miltiades pater. — 
Nihil Calliae debeo nisi liber sum. — Est vir egregius Callias, est misericors ; 
sed utinam tantum adversus bonos! — Major injuria est, si nunc manus 
Gimonis aliigantur, quam fuit benefîcium, quod tune solutae sunt. — Non iste 
iniquiore animo fîliam amisit quam ego uxorem, sed aequiore animo impudicam 
pati voluit. — Vis tu divitias tuas abscondere, cum in eos incideris, qui mendi- 
teitate censentur? Nihil habet domus nostra melius quod ostendat quam pauper- 

atem. — Da pecuniam Miltiadi, qua damnationem luat : nocens erit; da timooi 
qua patrem redimat : pius non erit. 

4. Vibi Galli. Nullo mihi felicior videor, quam quod Miltiadis pretium 
fui. Àlligatus jacebat Persicae potentiae vindex, libertatis publicae assertor, 
alligatus jacebat crimen ingratae civitatis. — Adulteram dimittam ? Patiar 



128 SENEQUE LE RHETEUR 

sa place? Tu as donc cru que c'était un châtiment que d'être 
enchaîné pour Miltiade? — Si je tue seulement son amant, 
il faudra m'exiler. Que faire ? Le tuer <seul> ? C'est exiger 
de moi plus que tu ne m'as donné : au lieu de la prison, 
c'est l'exil. Ne pas le tuer ? Tu réclames de moi plus que 
tu ne m'as donné : tu ne m*as rendu qu'un service; tu m'en 
demandes deux. — Chacun de vous a rendu à l'autre un 
grand service, et, en le rendant, en a reçu un en échange, 
Cimon en rachetant Miltiade, toi en rachetant Cimon. — 11 me 
semblait voir frémir <d'indignation> autour de moi toute 
la lignée de mes aïeux, qui me disaient : « Qu'as-tu fait de 
ces mains qui ont délié Miltiade? » Je n'ai plus pensé à mon 
affection pour ma femme, à mon beau-père Callias, à aucune 
chose, à aucun bienfait; selon mon habitude, je n'ai songé 
qu'à mon père. 

Menton. Songe que ce sont des adultères dont tu demandes 
la grâce; songe aux hommes dont tu as ordinairement pitié : 
ce serait une honte de voir la même main rendre la liberté 
à un couple adultère et à Cimon. — Je suis homme à ne 
jamais cesser d'être reconnaissant, même envers les morts, 
je le jure par mon désir d'avoir des enfants de mon vrai 
sang! Miltiade a bien vu quelle affection ils peuvent donner. 

Porcius Latron. Moi? Pardonner à ces adultères? Mon 
âme brûle de se venger. Mes mains, Miltiade <même> n'au- 
rait pu les retenir, quoiqu'il ait pu les enchaîner. -— Si c'est 
pour cela que tu m'as remis en liberté, rends-moi à mon 
cachot. — Cet homme, qui sauva la Grèce, la défendit contre 



adulteram' qui non tam glorior, quod filius sum Miltiadis, quam quod vicarius ? 
Quid? tu poenam putas pro Miltiade alligari? — Si adulterum solum ocei- 
dero, exulandum est. Quid faciam ? Occidam ? Plus quam praestitisti exigis : 
pro carcere exilium. Non occidam ? Plus quam praestitisti exigis : unum bene- 
ficium dedisti, duo petis. — U ter que magnum beneficium dedistis et statim, 
dum datis, recepistis : Cimon quod Miltiadem redemil, tu quod Cimonem. — 
Videbatur mihi omnis majorum meorum circa me turba fremere dicentium : ubi 
sunt illae manus, quae solvere Miltiadem ? Non mihi occurrit indulgentia uxoris, 
non Callias socer, non ullius aut rei aut benefici memoria ; feci quod soléo, 
nihil aliud respexi quam patrem. 

5. Meiltonis. Cogita adulteros esse pro quibus rogas; cogita qualium mise-, 
reri soleas : turpe est ab eodem dimitti et adulteros et Cimonem. — - Ego snm 1 
qui re ferre gratiam ne mortuis quidem desino : ita mihi veros habere liberos 
contingat ; quod quantum esset, Miltiades expertus est. 

6. Porci Latronis. Ego adulteros dimittam? Ardet cupiditate vindictae 
animus. Has manus continere non posset Miltiades, quas alligare potuit. — Si 



CONTROVERSES, IX 1 (24). 129 

les Perses et vainquit FOrient, cet homme, à qui la fortune 
venait de décerner sur les ennemis un triomphe si extraor- 
dinaire, fut condamné pour concussions, uniquement afin 
que son intégrité, qui, autrement, aurait pu rester dans 
l'ombre, éclatât par sa condamnation même. — On a 
condamné un innocent. Tous ceux qui, dans notre ville, sont 
sensibles à la pitié, ont maintenant une occasion de l'exer- 
cer : il faut racheter Miltiade. — J'ai racheté ton corps, 
Miltiade, moi qui ne devais même pas assister à tes funé-^ 
railles, puisque je m'étais livré uniquement pour qu'on pût 
les célébrer. — J'ai pitié de mon accusateur, non parce qu'il 
a perdu sa fille, mais parce qu'il a eu cette fille. Gallias était 
digne d'avoir des enfants semblables aux hommes qu'il a 
rachetés. — Si tu m'as racheté pour m'imposer l'obligation 
de souffrir ces scandales, je préfère la prison au mariage. — 
Il m'est plus honorable d'être emprisonné pour mon père 
que d'être mis en liberté pour un amant adultère. — Quand 
j'ai appris que l'on remboursait la somme due à l'état, je 
me suis étonné qu'il y eût quelqu'un dans notre ville pour 
aimer mieux racheter Cimon que Miltiade. — Pour moi, je 
n'aurais pas racheté même mon père, s'il n'avait pas été 
innocent. 

Blandus. Il peut me reprocher mon emprisonnement; il 
ne réussira pas à me rendre moins fier de ma prison que de 
mon mariage. — Quelle divergence entre les sentiments des 
hommes ! Toi, Gallias, tu es peut-être incapable de supporter 
la prison; moi je ne saurais souffrir une épouse adultère. — 



in hoc solutus sum, redde me carceri. — Ille Graeciae servator et v index Persa- 
rum orientisque domitor, cui modo tam insignem triumphum Fortuna de hoste 
detulerat, damnatus est peculatus, ob hoc videlicet ipsum, ut innocentia ejus, 
quae alioqui latere potuerat, ipsa damnatione ostenderetur. — Damnatus est 
innocens. Quisquis in civitate misericors est, nunc occasio misericordiae ei 
venit : Miltiades redimendus est. — Redemi corpus tuum, Miltiade, ne funeri 
quidem interfuturus, in quod me ipsum impenderam. — Misereor accusatoris 
mei, non quia perdidit fîliam, sed quia habuit. Dignus erat Callias ta es 
habere f quales redemit. — Quodsi me in hanc stuprorum patientiam redemisti, 
matrimonio carcerem praefero. — Honestius patri alligor quam adultero solvor. 
— Ut audivi esse qui pecuniaiu numeraret, miratus sum fuisse in civitate nostra 
quemquam, qui Cimonem redtmere quam Miltiaden maluxsset. — Ego ne patrem 
quidem meum, nisi innocens i'uisset, redemissem. 

7. Blandi Objiciat iicet vincula, numquam tamen effîciet ut non magis 
carcere glorier quam matrimonio. — Diversi sunt hominum affectas : tu for- 



130 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Les complices échapperont donc à Cimon, comme si ses 
mains étaient encore chargées de fers? 

Argentarius. Dès qu'il m'eut racheté, il commença à me 
proposer la main de sa fille. Je me dis : « Gallias veut voir 
tout de suite si je suis reconnaissant. » Je le suis, Gallias; 
laisse agir Cimon. 
*Latron. C'est pour une personne qu'il m'implore, mais il 
m'en arrache deux [puisque, pour être innocent aux yeux de 
la loi, Cimon doit tuer les deux complices]. 

Fulvius Sparsus. Dis maintenant : « Je t'ai arraché à ta 
prison; » je te répondrai, moi : « Je me suis mis volontaire- 
ment en prison. » Jamais il n'arrivera à me faire croire qu'il 
a mieux valu pour moi être racheté par Gallias qu'em- 
prisonné pour Miltiade. — Ta fille t'a enlevé ton gendre, 
Cimon. — On conduisit mon père dans une prison encore 
pleine des prisonniers qu'il avait faits. 

Junius Gallion. Il me dit : « Je t'ai gratifié d'un bienfait, 
en te donnant ma fille. » Vraiment, Miltiade, ton destin pré- 
sent est plus cruel que la prison : un Callias s'est jugé digne 
d'avoir les mêmes petits-fils que toi. — Je me croyais racheté; 
il m'achetait pour sa fille. — J'ai vu se dresser devant mes 
yeux les images de mes ancêtres; j'ai vu venir à moi, de sa 
demeure dernière et tout resplendissant de la majesté du 
général, Miltiade, qui pour la seconde fois, fit appel à mes 
mains. 

Julius Bassus. J'ai épousé la fille de Callias; je t'ai fait 
cette injure, mon père, ponr ne pas être ingrat. — Tu peux 



tasse, Callia, vincula non potes ferre ; ego adultérera uxorem. — Effugient ergo 
adulteri tamquam alligatas Cimonîs manus ? 

Argentari. Redemptum me protinus appellare coepit de filiae nuptiis. Sta- 
tim, inquam, Callias experitur an gratus sim. Habes jam, Callia : sine Cimo- 
nem. 

Porci Latronis. Pro una rogat, duos eripit. 

Fulvi Sparsi. Die nunc : « ego te carceri exemi, » dum ego respon- 
deam : « ego me carceri tradidi. » Numquam effici poterit ut melius actum 
putem, quod a Callia redemptus sum quant quod pro Miltiade alligatus. — 
Filia tua abstulit tibi generum Cimonem. — Ductus est pater meus in carcerem 
etiamnunc captivis suis plénum . 

8. Juni Gallionis. Benefîcium, inquit, tibi dedi, quod filiam tibi coilo- 
cavi. Nunc vere, Miltiade, graviorem fortunam carcere sustines : Callias tecum 
nepotes communicare dignatus est. — Ego me redemptum putabam ; filiae 
istius emptus sum. — Steterunt ante oculos meos majorum imagines emissusque 
sede sua Miltiades majestate imperatoria refulsit et iterum meas invocavit manus. 



CONTROVERSES, IX 1 (24). 131 

être content de toi et fier de tes richesses : il n'en est pas 
moins vrai que j'ai donné, pour la rançon de mon père, juste 
le même prix que tu as reçu en échange de ma rançon [ma 
personne] . 

Division. — Latron distingua les questions suivantes : Tous 
ceux qui ne se montrent pas reconnaissants, pouvant l'être, 
sont-ils coupables d'ingratitude? « Il y a, dit-il, bien des rai- 
sons qui imposent le devoir de ne pas être reconnaissant, 
même si on le peut. » Si l'on n'est pas forcément coupable 
d'ingratitude pour n'être pas reconnaissant, pouvant l'être, 
en est-il ainsi dans le cas présent? Il subdivisa ce point ainsi 
qu'il suit : peut-il être condamné pour un acte autorisé par 
une loi? Ensuite : aurait-il dû agir ainsi? Enfin : si, emporté 
par la passion et la colère, il n'a pas été maître de lui, ne 
doit-on pas l'excuser? Selon son habitude, il traita la der- 
nière idée non pas comme une question, mais comme un 
développement moral ou un lieu commun. Votiénus Mon- 
tanus ajouta la question suivante : Gimon s'est-il montré 
reconnaissant envers Callias? « Oui, dit-il : j'ai épousé ta 
fille, ta fille est devenue la bru de Miltiade. Ne t'ai-je pas 
accordé une faveur en te permettant d'avoir les mêmes petits- 
fils que Miltiade ? » G-allion souleva une question difficile à 
traiter, mais qu'il développa habilement, et qui, d'habitude, 
est la première dans les controverses qui portent sur une 
plainte pour ingratitude : y a-t'il eu bienfait reçu <par Cimon ?> 
« Non, répond Gimon, ce n'était pas un châtiment pour moi 
que d'être en prison : c'est ma volonté qui m'y avait fait en- 
trer. Crois-tu donc que j'aie eu plus de plaisir à dormir dans 

Juli Bassi. Calliae filiam uxorem duxi : hanc tibi, pater, injuriam feci, 
dum ingratus esse nolo. — Placeas tibi licet et istas jactes divitias : tantidem 
amen redem i patrem, quanti a te redemptus sum. 

Divisio. 9. Latro in has quaestiones divisit : an non quisquis gratiam non 
rettulit, cum possefc, ingrati teneatur. Multa, inquit, interveniunt, propter quae 
non debeam facere, etiamsi possum. Si non tenetur quisquis non rettulit gratiam, 
cum posset, an hic teneatur. Hoc in haec divisit : an posait ob id damnari, 
quod lege fecit ; deinde : an facere debuerit ; novissume : an, si affecta et 
indignalione ablatus non fuit in sua potestate, ignoscendum illi sit. Hoc non 
tamquam quaestionem, sed, utillimos erat, pro tractatione aut loco . 10. Mon- 
tanus Votiénus quaestionem hanc adjecil : an gratiam rettulerit Cimon 
Caliiae. Rettuli, inquit ; filiam tuam uxorem duxi, filia tua Miltiadis nurus facta 
est. Non putas beneficium communes cum Miltiade nepotes? Gallio illam quaes 
tionem duram movit, sed diligenter exsecutus est, quae solet esse in ingrati 
eontroversiis prima : an beneficium acceperit. Non erat, inquit, mihi poena in 



132 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

ma chambre à coucher? A cette époque il n'y avait pas à 
Athènes de lieu plus honorable que celui où avait habité 
Miltiade. » Ensuite, il ajouta cette deuxième question : 
tombe-t'on sous le coup de la loi <sur l'ingratitude)*, lors- 
qu'on a reçu un bienfait que l'on n'a pas sollicité? « Je 
ne t'ai rien demandé, dit Cimon; ce que tu as fait, c'est par 
vanité; tu as cru que cela servirait à ta gloire. Tu n'aurais 
donc pas reçu de faveur si tu avais eu le bonheur de mettre 
Miltiade en liberté ? » Pompeius Silon, parlant pour Cal- 
lias, dit qu'il avait rendu à Cimon deux services : il l'avait 
racheté, et, malgré sa pauvreté, lui avait donné sa fille en 
mariage. Celui qu'il mit en seconde ligne, il fut le seul à le 
compter comme un service ; car il est si douteux qu'il ait, 
par là, accordé une faveur à Cimon, qu'on se demande si ce 
n'est pas lui qui l'a reçue. Brutus Bruttédius posa, en outre, 
les questions suivantes : si c'est dans son intérêt que Callias 
a racheté Cimon, y a-t'il service rendu à Cimon? « Il y a ser- 
vice rendu, dit-il, lorsque l'action est faite uniquement dans 
l'intérêt de celui à qui elle s'adresse. Lorsqu'on espère en 
retirer ou se ménager par là quelque profit, il n'y a plus 
service rendu, mais calcul. » Il développa longuement cette 
idée par des preuves et des exemples. Ensuite : Callias 
a-t'il agi dans son intérêt? « Tu as voulu, dit-il, par cette 
action éclatante, faire oublier ce que l'on raconte de ton ori- 
gine; tu as demandé à cet acte l'immortalité. On ne devait 
pas plus ignorer le nom de l'homme qui aurait délivré Cimon, 
que les raisons pour lesquelles celui-ci avait été emprisonné. 
Tu as voulu avoir un gendre illustre et aimant. » Romanius 

carcere esse : mea voluntate illo perveneram. Ita putas me libentius in cubiculo 
meo jacuisse ? Nullus tune erat locus Athenis honestior quam qui Miltiaden 
habuerat. Deinde et illam subjunxit quaestionem : an teneatur is, qui beneficium 
accepit, quod non petiit. Non rogavi, inquit, te ; dedisti istud jactationi tuae : 
putasti ad gloriam tuam pertinere. Ita tu non accepisses beneficium, si tibi sol- 
vere Miltiaden contigisset ? 11. Silo Pompeius aparté Calliae duo bénéficia 
se dixit dédisse, quod redemisset et quod egenti filiam collocasset. Hoc, quod 
secundum posuit, nemo alius pro benefîcio imputavit, in quo adeo non est dubium 
an beneficium non dederit, ut dubium sit an receperit. Brutus Bruttédius 
illas praeterea quaestiones fecit : an, si sua causa fecit hoc Callias, ut redimerét, 
Cimoni sit beneficium. Beneficium enim est, inquit, quod tôt uni ejus causa 
praestatur, in quem confertur. (Jbi aliquis ex eo aut sperat quid aut prae- 
parat, non est beneficium, consilium est. Hoc diu exsecutus est et argumentis et 
exemplis. Deinde : an sua causa Callias fecerit. Voluisti, inquit, opinionem sor- 
dium illustri facto effugere ; petisti ex hoc aeternam memoriam. Non magis 



CONTROVERSES, IX 1 (2.4). 133 

Hispon posa une question un peu brutale : ne s'est-il pas 
acquitté de sa dette de reconnaissance en tuant la jeune 
femme? « Je t'ai délivré, dit-il, du plus terrible des déshon- 
neurs. Ce service, < il est vrai >, je te l'ai rendu malgré toi; 
mais il ne faut pas t'en étonner; toi aussi, ne m'as-tu pas 
racheté sans que je t'en priasse? » A cet endroit, il rappela 
Virginius et les pères qui tuèrent ou enfermèrent leurs filles 
violées. 

[Couleurs]. [Pour Cimon]. La couleur adoptée par 
Gallion, Latron et Montanus fut de ne diriger aucun 
outrage contre Callias, qui avait racheté Cimon, qui était son 
beau-père et qui était malheureux. 

Cestius injuria abondamment Callias, comme avare, usu- 
rier, prêteur à la petite semaine, entremetteur, afin de 
prouver que Cimon avait payé le bienfait, en consentant à 
avoir un tel beau-père. 

Latron dit : « Je laisserai aller ta fille? Alors, comment 
traiterai-je son complice ? C'est pour une personne qu'il 
m'implore, mais il m'en arrache deux. » 

Hybréas présenta ce trait d'une autre façon : « Et toi, 
adultère, comment te traiterai-je ? Callias est-il aussi ton 
père ?» Ce trait est absolument différent du premier, quoique 
le fond soit le même. 

C'en est un, non pas analogue, mais identique, qui fut dit, 
d'abord par Adaeus, rhéteur asiatique de quelque réputa- 
tion, ensuite par Arellius Fuscus : « Tu me trouves ingrat, 
Callias? Tu as donc oublié où j'étais quand tu m'as rendu ser- 



poterat ignotum esse, a quo Cimon solutus esset, quam pro quo alligatus. 
Voluisti habere generum nobilem, pium. Hispo Romanius duram quaestio- 
nem fecit : an rettulerit gratiam hoc ipso, quod occidit. Liberavi te, inquit, 
sumnio dedecore; invita tibi beneficium dedi. Non est, quod mireris ; nam et lu 
me non rogantem redemisti. Hoc loco Viryinios et illos patres, qui filias vitia- 
tas occiderunt, qui inr.luserunt. 

12. Color et Gallioni et Latroni et Montano placuit, ut nihil in 
Callian diceretur contumeliose, et redemptorem et socerum et infelicem. 

Cestius multa in Callian ut avarum et feneratorem et mensularium et leno- 
nem dixit, dum vult illud probare, reddidisse se beneficium, quod talem socerum 
habere sustinuisset. 

Latro dixit : filiam tuam dimittam ? Quid adultero faciam? Pro una rogas, 
duos eripis. 

Hanc Hybreàs aliter dixit sententiam : ao\ 8i, jAotjré, t£ tcol-^w ; Myj xa\ o-oS 
KaXlîaç luaTYjp lo-ctv ; Haec tota diversa sententia est a priore, etiamsi ex eadem 
est petita materia. 



134 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

vice ! » Ce trait fut ainsi modifié par Arellius Fuscus : « Tu 
n'iras pas dire, Callias, que je suis ingrat. Rappelle-toi d'où 
tu m'as tiré en me rachetant. » Je me souviens que, dans la 
suite, Arellius Fuscus, sous les yeux de qui on mettait le 
trait d'Adaeus, ne songea pas à nier qu'il l'eût traduit en 
latin; il disait qu'il l'avait fait, non pour s'en parer ou pour 
le voler, mais pour's'exercer. « Je m'applique, dit-il, à lutter 
contre les meilleurs traits et je tâche de ne pas les affaiblir, 
mais plutôt de les surpasser. Souvent les orateurs, les his- 
toriens, les poètes romains ont, non pas dépouillé les Grecs, 
mais rivalisé avec eux.» Alors il cita un trait de Thucydide [qui 
est en réalité de Démosthène, contre la lettre de Philippe 13] : 
« Le succès voile et couvre merveilleusement toutes les 
fautes de son ombre, » ensuite ce trait de Salluste : « Le 
succès est un voile merveilleux pour les vices. » Le principal 
mérite de Thucydide est la brièveté ; Salluste Fa dépassée et 
il a \aincu le Grec sur son propre terrain; car, dans le trait 
grec, si court soit-il, il y a des mots qu'on peut supprimer 
sans dommage pour le sens : qu'on enlève « voile » ou 
« couvre de son ombre », qu'on enlève « toutes », la phrase 
aura le même sens, non pas aussi harmonieusement, mais 
aussi pleinement. Au contraire, du trait de Salluste on ne 
peut rien retirer sans nuire au sens. Mais Tite-Live fut si 
injuste pour Salluste, qu'il lui reproche précisément d'avoir 
traduit ce trait et de l'avoir affaibli en le traduisant. Ce 

Illa non est similis, sed eadem, quam dixit prior Adaeus, rhetor ex Asianis 
non projecti noniinis, deinde Arellius Fuscus : à^àpiffTÔ; a-oi £o*w, KaXTâa ; Où-/. 
oTSaç, itoo t*ot tyjv yàçiv e<Waç ; 13. Hanc sic mutavit Arellius Fuscus : non 
dices me, Callia, ingratum : unde redemeris, cogita. Memini deinde Fuscum, cum 
haec Adaei sententia objiceretur, non infitiari transtulisse se eam in Latinum ; et 
aiebat non commendationis id se aut furti, sed exercitationis causa facere. Do, 
inquit, operam, ut cum optimis sententiis cerlem, nec illas corripere conor, sed 
vincere. Multa oratores, historici, poetae Romani a Graecis dicta non sur^ 
ripuerunt, sed provocavei'unt . Tune deinde rettulit aliquam Tkucydidis sen- 
tentiam : 8tiva\ yàç ou euTCçaçiai a-upcpû&ai xa\ o-uTxtâo'ai rà iaà<rrcov à^açr/i^ara, 
deinde Sallustianam : « res secundae mire sunt vitiis obtentui [Hist. I fgm. 40, 
24 éd. Kritz]. » Cum sit praecipua in Thucydide virtus br évitas, hac eum Sal- 
lustius vicit et in suis illum castris cedidit : nam, in sententia Graeca tam 
brevi, habes quae salvo sensu detrahas : deme vel o-uyxçû^cu vel <ru<yxtàffou, 
deme !xà<rrwv : constabit sensus, etiamsi non aeque comptus, aeque tamen 
integer. At ex Sallusti sententia nihil demi sine detrimento sensus potest. 
14. T. autem Livius tam iniquus Sallustio fuit, ut hanc ipsam sententiam 
ei tamquam translatam et tamquam corruptam dum transfertnr objiceret 
Sallustio. Nec hoc amore Thucydidis facit, ut illum praeferat, sed laudat 



CONTROVERSES, IX 1 (24). 135 

n'est pas son goût pour Thucydide qui le porte à le mettre 
au-dessus de Salluste, mais il loue celui qu'il ne redoute 
pas, et il pense qu'il pourra plus facilement l'emporter sur 
Salluste, si Thucydide l'emporte déjà sur lui. 

Parlant pour Callias, voici la couleur qu'employa Cestius : 
il prit les devants et reprocha à Cimon d'avoir laissé sa 
femme devenir adultère, de ne l'avoir pas surveillée, d'avoir 
attendu Farrivée du père, pour le rendre témoin de son 
malheur. « Même si tu lui avais pardonné, lui dit-il, tu serais 
à jamais un ingrat ; car, moi, je n'avais pas attendu tes 
prières <pour te racheter). » 

Romanius Hispon employa la couleur suivante : il dit 
qu'à ce jeune homme, enflé d'orgueil et d'arrogance par 
l'opinion qu'il avait de sa noblesse, étaient odieux les bien- 
faits qu'il avait reçus ; il lui pesait d'entendre appeler Callias 
son beau-père ; aussi avait-il fait tout ce qu'il fallait, non 
seulement pour ne pas empêcher les mœurs de la jeune 
femme de glisser sur la pente du vice, mais même pour l'y 
pousser, afin d'avoir un juste motif de la répudier. En ayant 
trouvé l'occasion, il n'avait pas répudié sa femme ; il l'avait 
tuée, en présence de son beau-père, qu'il avait attendu. Celui-ci 
pensait : « Il m'attend; il veut que nous soyons quittes. C'est 
ce qui serait arrivé, s'il s'était borné à montrer à un père sa 
fille surprise en flagrant délit. » 

Gargonius, dans cette controverse, adopta un genre 
d'emphase bien grossier, lorsqu'il dit : « C'est un adultère 
d'état qu'un commerce charnel sous les trophées de Miltiade. » 



quem non timet et facilius putat posse a se Sallustium vinci, si ante a Thucy- 
dide vincitur. 

Cestius colorem pro Callia hune habuit : ùbjecit ultro Cimoni, quod passus 
esset uxorem suam adultérant fieri, quod non enstodisset, quod exspectasset 
dura superoeniret pater, ut spectator calamitatis suae fieret. Jam, inquit, 
etiamsi diraiseris, ingratus es. Ego non exspectaveram dum rogarer. 

15. Hispo Romanius hune colorem secutus est : dixit adulescentem 
lumidum et nobilitatis suae cogitatione insolentem invisa habuisse bénéficia sua, 
moleste fèrentem socerum suum dici Callian ; itaque omnem operam dédisse, 
ut mores puellae in vitia non tantum labi pateretur sed ipse impeVeret, ut 
haberet justam dimittendi causam. Nanctum occasionem non dimisisse, sed 
interemisse, exspectasse tamen dum superveniret pater. Hoc secum cogitasse : 
exspectat me; vult mecum pares rationes facere. Fecisset, si ostendisset patri 
adulteram filiam. 

GargOïlius in hac controversia foedo génère cacozeliae usus dixit : istud 
publicum adulterium est, sub Miltiadis trophaeis concumbere. 



136 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Dorion, <parlant pour Cimon>, après avoir exposé que sa 
prison avait été sa gloire et que jamais il n'avait manqué de 
faire étalage de cette heureuse fortune, ajouta : « Lorsque 
Gallias entra, je lui montrai mes chaînes. » 

Hybréas dit: « Pardonne-moi... » 

Dorion, cum descripsisset gloriae sibi fuisse careerem, numquam non 
se illam fortunam ostentasse, dixit : Zxt elo-^lôev KoàTâocç, zà.q its'Saç àîcexàXu^a; 

Hybreas dixit : wcfvùwv ïy. ^ot. . . 



CONTROVERSES, IX 2 (25). 137 



II (25). 

FLAMININUS FAISANT EXÉCUTER UN CONDAMNÉ 
AU MILIEU D'UN FESTIN. 

On pourra intentar un procès pour lèse-majesté. 

Le Proconsul Flamininus, au cours d'un repas, sur la 
demande d'une courtisane qui disait n'avoir jamais vu déca- 
piter un homme, fit exécuter un condamné. On l'accuse de 
lèse-majesté. 

[Contre Flamininus] . Menton. Déjà même les condamnés 
à mort s'étaient endormis. — On déploie tout l'appareil des 
supplices, pour que la courtisane ne puisse pas dire qu'elle 
n'a pas tout tu. — Malheur à celui qui offense cette cour- 
tisane ! Malheur à la mère de famille, dont la beauté fait 
ombrage à cette courtisane ! Quoi qu'elle demande, le pré- 
teur ne dira jamais non. 

Musa. Est-ce le Flamininus, qui, partant pour sa province, 
prit congé de sa femme dès la porte <de Rome> ? 

Argent ariu s. Faut-il lui reprocher sa débauche, ses gri- 
maces de pitre, ses passe-temps? Et vous, sauf tuer, faites- 



II (25). 

FLAMININUS INTER CENAM REUM PUNIENS. 

Majestatis laesae sit actio. 

Flamininus proconsul inler cenam a meretrice rogatus, quae 
aiebat se numquam vidisse hominem decollari, unum ex danmatis 
occidit. Accusatur laesae majestatis. 

1. Mentoilis. Jam etiam perituri dormiebant. — Peragitur totus ordo sup- 
plici, ne quid se meretrix. negaret vidisse. — miserum, si quis meretricem 
offendit ! miseram matrem famiiiae, si cujus formae meretrix invidet ! Nihil 
petenti praetor negaturus est. 

Musae. Hic est Flamininus, qui exiturus in provinciam uxorem a porta 
dimisit 

Argentari. Objicio luxuriam, objicio histrioniam, objirio jocos? An vos 
in con»ioio nihil aliud nisi occiditis ? — Qui in carcere vixerunt in convivio 
perierunt. 

T. II. 8. 



138 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

vous autre chose dans vos festins ? — Geux qui ont vécu en 
prison sont morts dans un festin. 

Blandus. Qu'on le frappe au forum, que tout le monde 
voie le spectacle : que la courtisane en entende le récit. — Ce 
que ce préteur avait laissé à son souper était traîné au croc 
[que l'on attachait au cou des cadavres des condamnés à mort 
pour les traîner au Tibre]. — J'aurais dit que la majesté de 
Rome est blessée, si, au cours de tes promenades, le licteur 
n'avait pas écarté cette courtisane de ton passage. 

Vibius Rufus. Un accusateur était là, avec ses dossiers, 
disait-il, aux ordres de la courtisane, au cas où elle aurait 
exprimé quelque désir. — Est-ce donc pour arriver à ce résul- 
tat, que nous n'avons pas laissé ta femme t'accompagner? — 
Pour assurer la tranquillité de la province, faut-il donc 
souhaiter à cette courtisane des goûts raisonnables? — 
T'avons-nous donné un légat, t'avons-nous donné un questeur, 
pour que tu prennes tes repas avec une courtisane ? — Une 
courtisane a pris à table la place de ta femme, ou plutôt celle 
du préteur [jeu de mots : la place d'honneur se nommait 
« place du préteur »]. 

P. Asprénas. Peut-être est-ce un seul baiser qu'il a payé 
de ce meurtre ! — Les bourreaux mêmes, avant de manger, 
se lavent les mains [et toi tu n'hésites pas à souiller les 
tiennes de sang au cours d'un festin !] 

Porcius Latron. Le licteur qui l'a frappé n'était pas à 
jeun, lui non plus. — Je ne fais pas porter mon enquête sur 
toute ton année; une seule nuit me suffit. — « Bois, licteur, 
pour frapper plus fort. » Ne comprenez-vous pas main- 
tenant avec quelle justice a été condamné un homme qui est 

2. Blandi. Feriatur in foro; omnes videant, meretrix audiat. — Reliquiae 
praetoris unco trahebantur. — Majestatem laesam dixissem, si exeunti tibi lictor 
a conspectu meretricem non summovisset. 

Vibi Rufl. Parafais erat accusator cum commentariis, aiebat, si quid mere- 
trix desiderarat. — In hoc tecum uxorem non misimus ? — Ut salva provincia 
sit, optemus meretrici bonam mentem ? — Dedimus tibi legatum, dedimus quaes- 
torem, ut tu cum meretrice cenares ? — Meretrix uxoris loco accubuit, immo 
praetoris. 

3 P. Asprenatis. Uni fortasse osculo donavit homicidium. — Etiam 
carni fines cenaturi manus abluunt. 

Porci Latronis. Ne a sobrio quidem lictore percussus est. — Non inquiro 
in totum annum : vna nocte contentus sum. — « Bibe, lictor, ut fortius 
ferias. » Ecquid intellegitis quemadmodum damnatus sit qui sic occisus est ? 
Qui scio an, in cujus gratiam occisus est, in ejusdem etiam damnatus, si t ? — 



CONTROVERSES, IX 2 (25). 139 

exécuté dans ces conditions? Que sais-je même s'il n'a pas 
été condamné comme il a été exécuté, pour faire plaisir à 
cette personne ? — Tout le pouvoir que t'avait conféré le 
peuple romain, tu l'as conféré à une courtisane. — Si Flami- 
ninus niait, quels témoins aurais-je? En effet, parmi les con- 
vives de ce festin, à qui se fier? — Il est plus facile, 'même 
quand on a fait d'autres concessions à une courtisane, de lui 
refuser la mort d'un homme, que de lui refuser rien, quand 
on a été jusqu'à lui accorder cette mort. — Elle dit : « Je 
n'ai jamais vu tuer un homme. » Assurément on n'a pas cou- 
tume d'offrir de tels spectacles aux yeux des femmes, ou bien 
celle-là les aurait déjà vus souvent. 

Julius Bassus. Parmi les restes qu'a dédaignés l'ivresse 
qui suit un repas très somptueux et les mets dont les con- 
vives, grisés de vin, ont fait fi, on emporte une tête humaine 
qu'on vient de couper ; avec les ordures et les vomissements 
des dîneurs, avec les saletés répandues dans la salle du 
festin, on balaye du sang humain. — Je te félicite de ta 
bonne fortune, province; réjouis-toi que, cette courtisane 
désirant un tel spectacle, on ait trouvé la prison pleine de 
condamnés. — Si tu avais voulu faire battre un esclave, on 
l'aurait conduit hors de la salle à manger. 

Romanius Hispon. Qui supporterait de te voir réunir le 
tribunal dans ta salle à manger ? C'est un crime de condam- 
ner un homme au cours d'un festin, à plus forte raison de le 
tuer. — Le caprice de la courtisane a dû te faire prononcer 
sur le sort des condamnés, à moins que tu lui montres moins 
de complaisance pour faire condamner que décapiter. 

Quantum tibi populus Romanus dederat, tantum tu meretrici dedisti. — Si 
negaret, quos testes haberem? Quis enim in illo convivio fuit, cui esset creden- 
dum ? — Facilins est, ut, qui et alia meretrici dederit, homicidium neget, 
quam ut, qui hoc quoque dedeHt, quicquam negarit. — « Hominem, inquit, 
occidi numquam vidi. » Nimirum numquam istud mulierum oculis ostendi 
solet, aut ista jam saepe vidisset. 

4 JuliBassi. Inter temulentas reliquias sumptuosissimae cenae et fastidiosos 
ob ebrietatem cibos modo excisum humanum caput fertur ; inter purgamenta et 
jactus cenantium et sparsam in convivio scobem humanus sanguis everritur. — 
Gratulor sorti tuae, provincia, quod desiderante taie spectaculum meretrice plé- 
num carcerem damnatis habuisti. — Servum si verberari voluisses, extra convi- 
vhim abduxisses. 

Romani Hisponis. Quis ferret te, si in triclinio tuo judicium coegisses 2 
Sc.elus est in convivio damnare hominem : quid occidere ? — Ad arbitrium mere- 
jtricis de reis pronuntiasti, nisi forte facilius in honorem ejus décollas quam judicas. 



140 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Fulvius Sparsus. Je vais vous parler d'une table souillée 
de sang humain, de haches tirées de leurs étuis dans une 
salle à manger : ce sont là, qui le croirait? les désirs d'une 
courtisane et les actes d'un préteur. C'est d'un cadavre, de 
haches, de sang que je vais parler; parmi ces objets cruels, 
qui pense à un festin ? — Elle dit : « Je n'ai jamais vu tuer 
un homme. » Le préteur Flamininus t'avait donc mis à même 
de voir tout le reste ? 

Pompeius Silon. Il aurait été honteux pour un homme 
de la plus haute noblesse et chargé de tant d'honneurs 
qu'un acte de clémence lui fût inspiré par une courtisane : 
et elle lui inspire un acte de cruauté! — « Je n'ai jamais 
vu ; » ajoute, si tu le veux bien: « et ne pourrai jamais le 
voir sous un autre préteur. » 

Albucius Silus. Juges, si quelqu'un de vous désire que je 
lui dénombre toutes les cruautés du préteur, tous les hommes 
qu'il a fait tuer, sans parler de celui-là, tous les innocents 
qu'il a condamnés, tous ceux qu'il a mis en prison, je ne 
promets pas de lui donner satisfaction : un seul festin vous 
montrera les crimes de toute sa préture. Il prépare dans sa 
province un banquet et Ton dresse une table d'une magnifi- 
cence sans égale; des coupes d'argent font ressortir F éclat des 
coupes d'or. En un mot, juges, toute la province s'aperçut de 
ce qu'avait coûté ce festin splendide. Pour le festin du pré- 
teur, on fait sortir des cachots un prisonnier; le malheureux, 
stupéfait, se voit accueilli par les rires de la courtisane. 
Cependant on prépare les faisceaux [en enlevant l'étui des 

5. Fulvi Sparsi. Contactant sanguine humano mensam loquor, strictas 
in triclihià secures : quis crtdat ista aut eoncupisse meretvicem ant feci&se 
praetorem ? Cadaver, secures, sangumem loquor : quis inter haec de convivio 
cogitât. — « Hominem, inquit, occidi numquam vidi. » Alioqui Flaminino prae- 
tore omnia alia vidisti ? 

Silonis Pompei. Virum nobilissimum et tantis honoribus functurn turpiter 
meretrix clementem fecisset : crudelem fecit. — « Numquam vidi. » Adjice, si 
vis : « Bec alio praetore videre potero. » 

6. Albuci Sili. Si quis autem est, judices, qui desideret ut praetoris refe- 
ram crudelitatem, quot praeter hune jugulaverit, quot innoxios damnaverït; 
quot earcere incluserit, huicegome satis facturum esse non polliceor : uno convi- 
vio cum sua praetura reum evolvam. Instituuntur ab isto in provincia epulae et 
magnifico apparatu exstruitur convivium ; distinguuntur argenté ispoculis aurea. 
Quid multa, judices ? Convivii ejus apparatum sensit provincia. Extrahitur qui- 
dam e earcere in convivium praetoris, cui stupenti misero meretrix arridet. 
Injerim virgae promuni ur et vietîma crudelitatis ante mensam ac deos truci- 



CONTROVERSES, IX 2 (25). 141 

haches, cf. § 5] et la victime de cette cruauté est égorgée 
devant la table et devant les dieux. Malheureux! Tu t'es 
servi, comme d'un jeu, de l'appareil terrible de la puissance 
romaine. toi, qui, en cruauté, as surpassé tous les tyrans, 
qui seul, au milieu des repas, trouves plaisir aux gémissements 
des mourants, voilà donc le régal qui termine ton repas ! 

** Dans une même salle à manger, je vois un préteur 
qui aime <une courtisane> et une courtisane avide de meur- 
tres ; cette courtisane gouverne le préteur, et le préteur la 
province. On amène dans la salle du festin un homme 
chargé de chaînes, qui, rencontrant les yeux languissants du 
préteur, croit qu'il daigne lui faire grâce, le remercie, touche 
la table des deux mains et lui dit : « Que les dieux immor- 
tels te rendent ce bienfait ! » Parmi ceux qui étaient attablés 
dans cette salle à manger, l'un, baissant la tête, versait des 
larmes abondantes, un autre détournait les yeux de cette 
cruauté, un troisième riait, pour plaire à la courtisane. Alors 
le préteur, au milieu de ces visages à l'expression si différente, 
ordonne qu'on éloigne l'homme <de la table> et que le mal- 
heureux tende aux bourreaux une tête immobile : cependant 
on combat l'attente par le vin, et l'exécuteur même qui tua 
ce citoyen romain n'avait plus sa raison. Je ne défends pas 
de faire tomber sa tête sous la hache. Je veux qu'elle tombe 
sur l'ordre de la loi et non d'une courtisane. Souviens-toi que 
ton pouvoir suprême doit servir à te faire craindre et non à 
distraire des femmes de plaisir. A quoi bon, juges, vous 
parler maintenant de ses différents genres de passe-temps, 
de ses danses, et de ces concours déshonorants, où le pré- 

datur. Me miser um, imperi Romani terrore lusisti. 7. qui crudelitate omnes 
superasti tyrannos, soli tibi inter epulas voluptati est morientium gemitus ! — Hic 
ultimus apparatus cenae fuit. 

** n eodem triclinio video praetorem amatorem, scortum avidum caedis ; 
et meretrix praetori, praetor provinciae imperat. In convivio constituitur cate- 
natus, qui, cum languentes praetoris istius aspexit oculos, existiraans ipsum 
praetori s beneficio dimitti, gratias isti agens et utrisque manibus mensam 
tenens : « Di tibi, inquit, immortales parera gratiam référant. » Quicumque in 
eodem accubabant triclinio, alius ubertim demisso capite flebat, alius aver- 
tebat ab illa crudelitate oculos, alius ridebat, quo gratior esset meretrici. 
8. Hic iste inter varios convivarum vultus subraoveri jubet et miserum stare ad 
praebendas cervices immotum : intérim distinguitur mora poculis. Ne sobrii 
quidem carnificis manu civis Romanus occisus est. Non veto quominus securi 
percutiatur : illud rogo, legi potins quam scorto cadat. Mémento terrorem 
imperio quaeri, non oblectamenta mulierculis. Quid ego nunc referam, judices, 



U2 SENEQUE LE RHETEUR 

teur le disputait à la courtisane pour l'indécence des attitudes? 

Capiton. Levez-vous, Brutus, Horaces, Décius, toutes les 
gloires de notre pays ! Vos faisceaux, vos haches, bonté 
divine ! à quel indigne usage les a-t-on ravalés ! Ils servent 
d'amusement à des femmes publiques. — Quoi? Au nom des 
dieux immortels, si, un jour ordinaire, tu avais donné un 
festin au, forum en présence du peuple, tu n'aurais pas 
amoindri notre prestige ? Et quelle différence de transporter 
le festin au forum, ou le forum dans un festin ? Ensuite il 
exposa de quelle façon bien différente ont lieu les exécutions 
au forum. Le préteur monte à son tribunal sous les yeux de 
toute la province ; puis on attache les mains du coupable 
derrière son dos ; il est là, debout, au milieu des regards 
tous fixés tristement sur lui ; un héraut commande le silence; 
on prononce la formule fixée par la loi ; de l'autre côté 
sonne la trompette, Ai-je l'air de vous décrire la gaieté 
d'un festin? — Ah! comme la fin de ton procès a peu res- 
semblé au commencement ! Tu as été accusé par un cheva- 
lier romain, jugé par des chevaliers romains; un préteur a 
prononcé la condamnation, et tu as été tué par qui ? Par une 
courtisane. 

Butéon. Pour égayer le repas qu'il donnait à sa maîtresse, 
il a fait tuer un homme. — Juges, avez-vous jamais vu un 
préteur dînant devant les rostres [la tribune aux harangues, 
sur le Forum] avec une courtisane ? 

Votiénus Montanus. Voilà ses festins: qu'est donc sa 



ludorum gênera, saltationes et illud dedecoris certamen, praetorne se mollius 
moveret an meretrix? 

9. Capitonis. Exsurgite nunc, Bruti, Horatii, Decii et cetera imperi décora : 
vestri fasces, vestrae secures, in quantum, pro bone Juppiter, dedecus reccide- 
rùnt ! Istis obscenae puellae jocantvr. — Quid ? Si, per deos immortales, nullo 
sollemni die, populo inspectante, in foro convivium habuisses, non minuisses 
majestatem imperi nostri ? Atqui quid interest, convivium in forum an forum 
iii convivium attrahas ? 10. Deinde descripsit quanto aliter in foro decolletur. 
Ascendit praetor tribunal inspectante provincia; noxio post terga deligantur 
manus, stat intento ac tristi omnium vultu; fit a praecone silentium ; abdibentur 
deinde légitima verba; canitur ex altéra parte classicum. Numquid vobis videor 
describere convivalesjocos ? — Heu! quam dissimiles exitus initiis habes ! Aceu- 
savit te eques Romanus, judicaverunt équités Romani, praetor damnatum pro- 
nuntiavit, occidit meretrix. 

11. Buteonis. Ut iste cum arnica cenaret jucundius, homo occisus est. 
— Numquid, judices, umquam pro rostris vidistis praetorem cum. meretrice 
cenantem ? 



CONTROVERSES, IX 2 (25). 143 

colère ? — Ceux qui ont à prononcer une condamnation 
jurent qu'ils ne tiennent aucun compte des influences ou 
des prières; je te demande de prêter ce serment. — La 
majesté du peuple romain, répandue sur toutes les nations, 
dans toutes les provinces, est aux mains des courtisanes : celle 
qui donne des ordres à notre préteur, c'est une prostituée, 
dont tout' le monde a pu avoir les baisers, sauf ceux qui 
n'ont pas voulu souiller leurs lèvres. — Nomme-nous toi- 
même tes convives ; c'était, sans doute, des tribuns, des 
préfets, des chevaliers romains; car c'est avec de tels per- 
sonnages, à ma connaissance, que mange ordinairement le 
préteur. 

Cassius Sévérus. Même un esclave, même un captif ne 
peuvent être exécutés en tout lieu, de n'importe quelle 
manière, par n'importe qui ou à n'importe quel moment, et 
si le magistrat doit assister à leur supplice, c'est pour le 
surveiller, non pour se divertir. 

Triarius. Pour quel crime avait-il été condamné? Pour 
meurtre ? Pourtant il n'avait pas tué quelqu'un dans un 
festin. — Prends bien garde, courtisane, de ne pas demander 
une seconde fois la mort d'un homme. 

[Division]. — D'après Votiénus Montanus, voici les ques- 
tions à poser : toutes les fautes commises par un magistrat 
en charge doivent-elles, de ce fait même, être punies en vertu 
de la loi de majesté? En effet l'accusé qui ne peut se défen- 
dre par les faits a recours au droit et dit qu'il ne tombe pas 
sous le coup de la loi invoquée. « Non, toutes les fautes com- 

Votieni Montani. Qui sic convivatur, quomodo irascitur ? — Damnaturi 
jurant nihil se gratiae, nihil precibus dare ; postulo ut in hanc legem jures. — 
Majestas populi Romani, per omnes natipnes, per omnes diffusa provincias, in 
sinu meretricum jacet ; ea imperat praetori nostro, quae prostitit, cujus osculo 
nemo se abstinuit nisi qui pepercit suo. — Convivas tuos ipse narra : fuere, 
credo, tribuni, fuere praefecti, fuere équités Romani t cura his ego praetores 
cenare scio. 

12. Cassi Severi Ne de servo quidem aut captivo omni loco aut omni 
génère aut per quos libebit aut cum libebit supplicium sumi fas est adhibeturque 
ad ea magistratus ob custodiam, non ob laetitiam. 

Triari. Quo crimine damnatus erat ? Gaedis ? Non tamen in convivio occi- 
derat. — Animadverte diligenter, meretrix, ne iterum homicidium roges. 

13. Montanus Votienus has putabat quaes.tiones esse:: an, quidquid 
aliquis in magistratu peccavit, protinus vindicari possit majestatis lege. ReuS ; 
enim, qui tueri se facto non potest, ad jus confugit et dicit non hac se lege, 
teneri. Non quidquid peccavit aliquis in magistratu, majestatem laedit. Puta 



144 SENÈQUE LE RHÉTEUR 

mises par un magistrat en charge ne touchent pas à la 
majesté du peuple romain. Suppose qu'un magistrat en 
charge tue son père, empoisonne sa femme : pour l'accuser, 
on ne s'appuiera pas sur cette loi, je pense, mais sur 
d'autres, celles qui visent le parricide et l'empoisonne- 
ment. Pour bien se rendre compte qu'il importe de consi- 
dérer non l'auteur de l'acte, mais l'acte même, <il* suffit de 
penser> qu'un particulier peut être accusé de lèse-majesté, 
s'il s'est rendu coupable d'un acte qui touche à la majesté 
du peuple romain. Suppose qu'un proconsul ait une maî- 
tresse : sera-t-il, à cause de cela, condamné pour lèse- 
majesté ? Je vais plus loin : suppose qu'il séduise une 
matrone, pendant qu'il est proconsul ; il aura à se défendre 
contre une accusation d'adultère, non de majesté. Reprends, 
dit-il, les différentes accusations que tu adresses à Flami- 
ninus. S'il s'était borné à avoir une maîtresse, l'accuserais- 
tu ? S'il avait fait exécuter un condamné sans y être solli- 
cité, pourrait-on l'accuser ? Mais si tous les actes repréhen- 
sibles ne peuvent être punis par cette loi, n'en est-il pas 
autrement de ceux qui sont faits dans l'exercice des fonc- 
tions publiques ? Que le préteur se rende coupable d'adultère 
ou d'empoisonnement, son crime est celui d'un particulier ; 
quand il fait exécuter quelqu'un, c'est en vertu de ses fonc- 
tions ; or les crimes commis sous le couvert „de la majesté 
de l'état, doivent être punis par une action de lèse-majesté. 
Dis-moi en effet: si, alors qu'il doit procéder à l'exécution 
dans un costume fixé par la loi et suivant des rites solen- 
nels, il était, en plein jour, monté à son tribunal en cos- 

aliquem, dum magistratus est, patrem suum occidere, veneno uxorem siiam 
necare : puto, non hac lege causam dicet, sed aliis, parricidii et venefîcii. Vis 
scire non a quo fiât ad rem pertinere, sed quid fiât ? Privatus potest accusari 
majestatis laesae, si quid fecit, quo majestatem populi Bomani laederet. Puta, 
araicam habet proconsul : ideo majestatis damnabitur ? Quod amplius est dico : 
puta, matronam corrumpit, dum proconsul est : adulterii causam dicet, non 
majestatis. 14. Singula, inquit, aestima quae objicis. Si tantum amicam 
habuisset, numquid accusares ? Si animadvertisset in aliquem nullo rogante, 
numquid accusari posset ? Si non omne non recte factum hac lege vindicari 
potest, an id, quod sub auctoritate publica geritur. Nam cura adulterium com- 
mittit, cum veneficium, tamquam civis peccat; cum animadvertit, auctoritate 
publica utitur : in eo autem, quod sub praetexto publicae majestatis agitur, 
quidquid peccatur, majestatis actione vindicandum est. Die enim mihi, si, cum 
animadvertere debeat, legitimo cultu ac more sollemni usus, interdiu tribunal 
conscenderit convivali veste, si, cum classicum canere . debeat, symphoniam 



CONTROVERSES, IX 2 (25). 145 

tume de festin, si, au moment où la trompette doit sonner, 
il avait fait jouer un orchestre, n'aurait-il pas amoindri la 
majesté du peuple romain? Eh bien! ce qu'il a fait est plus 
indigne, » et il le montra par une comparaison. Ensuite, si 
l'on peut appliquer la loi de majesté à un crime commis par 
un proconsul, lorsqu'il se servait des droits et de l'appareil 
que lui conférait la majesté publique, peut-on l'appliquer à 
ce crime en particulier? « Non, répond Flamininus ; car, de 
mon fait, rien n'a été enlevé à la grandeur du peuple 
romain. On amoindrit la majesté du peuple romain, quand 
on engage l'état par ses actes : un ambassadeur produit de 
fausses instructions ; on les écoute comme si elles venaient 
du peuple romain ; un général a signé un traité déshono- 
rant ; c'est comme si le peuple romain l'avait signé, et, <de 
fait>, il est lié par ce traité déshonorant. Ici, au contraire, 
rien n'a été enlevé à la puissance ou à la gloire du peuple 
romain : c'est le proconsul qu'on rend responsable de ce 
qu'il a fait et non le peuple romain. » Oui, mais on juge les 
autres d'après toi. Non, car avant lui il y en a eu d'autres, 
d'après lesquels on peut les juger, et il y en aura d'autres 
après lui et personne ne met au compte d'une ville les vices 
d'un individu. Cependant l'acte lui-même est indigne. Mais il 
y en a beaucoup d'autres semblables : pourtant la majesté 
romaine n'en est pas affaiblie. Personne presque n'est sans 
défauts: l'un est colère, l'autre débauché; cependant ce n'est 
pas le vice de tel ou tel qui diminuera immédiatement la 
majesté<romaine>. » Ensuite il examina l'acte lui-même et dit 
qu'on reprochait à Flamininus d'avoir une courtisane avec lui, 



canere jusserit, non laedet majestatem ? Atqui quod fecit foedius est : compa- 
ravit. 15. Deinde, si potest vindicari majestatis lege id, quod proconsul majes- 
tatis publicae et jure et apparatu usus peccavit, an hoc possit. Non potest, 
înquit; nihil enim detractum est populi Romani magnitudini. Is laedit populi 
Romani majestatem, qui aliquid publico nomine facit : tamquam legatus fais a 
mandata offert, sic audiuntur, tamquam illa populus Romanus dederit; impe- 
rator indignum foedus percussit, videtur populus Romanus percussisse et conti- 
netur indigno foedere. Nunc nec virihus quicquam populi Romani detractum 
est nec opinioni ; proconsuli enim imputatur, si quid fecit, non populo Romano. 
At ex te ceteros aestimant. Non, nam et ante hune alii fuerunt, ex quibus 
aestimari possent et post hune erunt, et singulorum vitia nemo urbibus 
adscribit. 16. Attamen factum ipsum turpe est. Sed multa alia, nec ideo illis 
majestas laeditur. Nemo paene sine vitio est : ille iracundus est, ille libidinosus; 
non tamen, si quid in aliquo est mali, eo statim majestas laeditur. Deinde ad 



146 SENÈQUE LE RHÉTEUR 

et d'avoir fait exécuter quelqu'un chez lui, la nuit, dans un 
festin, à la requête de cette courtisane. Pompeius Silon 
ajouta les questions suivantes : en admettant qu'il ait eu le 
droit de faire ce qu'il a fait, ne peut-il être poursuivi en 
vertu de la loi de majesté? « Si, répondit-il, car cette loi 
s'occupe de ce qu'il faut faire, d'autres de ce qu'on peut 
faire. On a le droit d'aller dans une maison publique; si 
le préteur y va solennellement, précédé de ses licteurs, il 
affaiblira la majesté publique, tout en ayant fait un acte 
qu'il avait le droit de faire. On a le droit de revêtir le 
costume que l'on veut; cependant, si un préteur rend la 
justice en costume d'esclave ou de femme, il ternira la 
majesté <romaine>. » Ensuite, il posa cette question: avait-il 
le droit d'agir ainsi? « Non, dit-il, il n'avait pas le droit de 
tuer dans ce lieu, à cette heure ou pour ce motif. Certains 
actes, licites à certaines heures et dans certains lieux, ne le 
sont plus, si l'on change l'heure et le lieu. » 

[Couleurs]. [Pour Flamininus]. Pour la couleur, on se de- 
mande celle qu'il faut employer en faveur de Flaniminus. Il 
y a des controverses où l'on peut défendre le fait, mais non 
l'excuser : celle-ci est du nombre. Nous ne pouvons faire 
qu'un homme accusé pour ce motif ne soit pas blâmable ; 
nous espérons non pas que le juge l'approuvera, mais qu'il le 
renverra absous; aussi devons-nous, dans notre plaidoirie, ne 
présenter l'acte ni comme irréprochable, ni cependant comme 
criminel. Aussi Mont anus disait-il que, parlant pour Fla- 
mininus, il n'exposerait pas les faits, mais se bornerait à ré- 

facti ipsius aestimationem venit et dixit haec objici, quod meretricem habuit, 
quod aliquem in domo occidit, quod nocte, quod in convivio, quod rogante 
meretrice. 17. Silo Pompeius has adjecit quaestiones : an, si quod facere 
ei licuit fecit, non possit majestatis lege accusari. Potest, inquit ; haec enim lex 
quid oporteat quaerit, aliae quid liceat. Licet ire in lupanar ; si praecedentibus 
fascibus praetor deducetur in lupanar, majestatem laedet, etiamsi quod licet 
feçerit. Licet qua quis velit veste uti ; si praetor jus in veste servili vel muliebri 
dixerit, violabit majestatem. Deinde illam fecit quaestionem : an Loc facere ei 
licuerit. Non licuit, inquit, illo loco aut illo tempore aut ex illa causa occidere. 
Quaedam, quae licent, tempore et loco mutato non licent. 

18. De colore quaeritur, quo uti debeat is qui pro Flaminino dicit. Quaedam 
controversiae sunt, in quibus factura defendi potest, exciisàri non potest; ex 
quibus est et haec. Non possumus efficere ut reus prôpter hoc non sit reprehen-r 
dendus ; non speramus, ut illum judex probet', sed ut dimittat.; itaque sic 
agere debemus tamquam pro facto non emendàûo, non scelerato tamen* 
Itaque negabat se pro Flaminino narraturum MontanilS, sed iis, quae obji- 



CONTROVERSES, IX 2 (25). 147 

pondre à l'accusation. Il ajoutait que toute la couleur du 
plaidoyer se trouvait renfermée dans ce trait de Vibius Ru- 
fus : « J'ai bon espoir pour un accusé dont la débauche se 
borne aux courtisanes et la cruauté aux prisonniers. » Mon- 
tanus lui-même développa à merveille un lieu commun où il 
montra tout ce que le peuple romain avait toléré chez ses 
généraux : chez Manlius la colère, car on lui pardonna d'avoir 
tué son fils, quoiqu'il fût vainqueur, chez Sylla la cruauté, chez 
Lucullus le luxe, chez un grand nombre l'avidité. « Pour ce 
prêteur, dit-il, comme il est sans conteste désintéressé et 
actif, n'allez pas examiner comment, une certaine nuit, s'est 
passé son dîner. <Flamininus> est-il d'ailleurs plus inique que 
ses accusateurs? Ils lui reprochent qu'un condamné est mort 
pour une courtisane ; ils veulent faire mourir un proconsul 
pour un condamné. » 

Arellius Fuscus introduisit la couleur suivante : « Il était 
ivre et ne savait ce qu'il faisait. » 

Pompeius Silon employa la couleur que voici : « Je n'ai 
pas cru que le lieu et le moment de sa mort eussent quelque 
importance, puisqu'il devait subir la mort. » 

Triarius introduisit une couleur absurde : « On disait, 
pendant le festin, que l'on méprisait le prêteur pour sa clé- 
mence exagérée ; il y avait eu des proconsuls qui faisaient 
exécuter un condamné par jour ; lui pendant toute son année, 
n'avait fait mettre personne à mort. Un des convives dit : 
« Je n'ai jamais vu tuer un homme. » « Moi non plus», ajouta la 



ciuntur, responsurum. 19. Aiebat autem illam sententiam Rufl Vibii colorem 
actionis esse : bonum se animum habere pro reo, in quo libido omnis intra 
meretricem esset, crudelitas intra carcerem. Ipse Montanus illum locum pul- 
cherrime tractavit quam multa populus Romanus in suis imper atoribus tulerit : 
in Manlio impotentiam, cui non nocuit et filium et victorem occidere, in Sulla 
crudelitatem, in Lucullo luxuriant, in multis avaritiam. In hoc, inquit, prae- 
tore, cum illi oonstiterit abstinentia, diligentia, ne excutiatis quomodo una 
nocte cenaverit. Utrum tamen, inquit, iniquius est ? Objiciunt, quod damnatus 
perierit meretrici, postulant proconsulem perire damnato. 

20. FUSCUS Arellius hune introduxit : ebrium fuisse nec scisse, quid 
fecerit. 

Silo Pompeius hoc colore usus est; non putavi, inquit, in rem pertinere r 
ubi aut quando periret qui perire deberet. 

Triarius ineptum introduxit colorem : sermo erat, inquit, in convivio, con- 
temni nimiam praeloris lenitatem ; alios fuisse proconsules, qui cotidie animad- 
verterent, hujus anno nullum esse occisum. Dixit aliquis ex convivis : « Ego 
numquam vidi hominem occidi. » Dixit et mulier : « Et ego numquam. » Iratus 



148 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

femme. Irrité d'apprendre que sa clémence était un sujet de 
mépris, Flamininus dit : « Je leur ferai voir que je sais aussi 
être sévère. » On amène un criminel, qui ne méritait pas de 
voir le jour plus longtemps. On a tué qui ? Un condamné. 
Où ? Dans le palais du prêteur. A quel moment ? En est-il un 
seul où un coupable doive ne pas mourir ? » 

Vibius Gallus dit : « La courtisane m'adressa une prière. 
Par Hercule, j'avais peur qu'elle ne me demandât la mort 
d'un homme non condamné ou la vie d'un condamné. » 

[Contre Flamininus]. Dans le camp opposé, on parla 
souvent bien et souvent sans goût : dans tous les cas ceux qui, 
en faisant la description du supplice, voulurent transformer en 
traits les paroles fixées par la loi, tombèrent tous dans quelque 
défaut. Voici par exemple ce que dit Triarius : « Ecarte <la 
foule>. Entends-tu, licteur ? Ecarte la courtisane du passage 
du prêteur. » Ceci n'est pas mal. Il ajouta : « Frappe, » mais 
prends garde que tes coups ne dérangent nos coupes ; 
« dépouille-le. » Courtisane, reconnais-tu ce mot ? Dans tous 
les cas, la province le reconnaît. » 

Pompeius Silon, qu'on estimait pour son jugemeut, s'at- 
taqua, lui aussi, à cette description, mais, de tous, il la fit le 
moins mal ; il dit : « C'est la courtisane qui ordonne le sup- 
plice. « Exécute la loi [formule de l'exécution]. » Où exé- 
cute-t-on la loi dans cette salle ? » 

Hispauus dit : « Exécute la loi.» C'est à toi que s'adressent 
ces mots, Flamininus; vis sans courtisane, dîne sans bourreau.» 



quod clementia sua contemptui esset : « Curabo, inquit, seiant non déesse mihi 
severitatem. » Adducitur sceleratus, quem videre lucem ultra non oportet. Occi- 
sus est quis ? Damnatus ; ubi ? In praetorio ; quo tempore ? Est enim ullum 
quo nocens perire non debeat ? 

21. Gallus Vibius dixit : meretrix oravit. Timebam mehercules, ne exo- 
rasset ut aut indemnatus occideretur aut damnatus viveret. 

Ex altéra parte multa bene dicta sunt, multa corrupte : in descriptione 
supplici utique illi, qui voluerunt omnia légitima supplici verba in sententias 
trahere, in vitia inciderunt, tamquam dixit Triarius: « Summove. » Audis, 
ïictor? Summove a praetore meretricem. Hoc non maie. Adjecit : « Verbera, » 
sed vide, ne virgae tuae pocula nostra disturbent ; « despolia : » meretrix, agnoscis 
hoc verbum ? Certe provincia agnoscit. 

22. Silo Pompeius, homo qui judicio censebatur, et ipse ad hanc des- 
criptionem accessit, minimum tamen mali fecit ; ait : animadvertit meretrix ; 
« âge lege ; » quicquam enim legè hic agitur ? 

Hispanus dixit : « Age lege » tibi dicitur, Flàminine : vive sine meretrice, 
cena sine carnifice. 



CONTROVERSES, IX 2 (25). 149 

Argentarius, comme toujours, émietta en figures menues 
un développement qui exigeait beaucoup de force: « Exécute 
la loi. » Tu sais, dit-il, ce que cela signifie. « Exécute-la de 
jour et au forum. » Le licteur est stupéfait; comme la cour- 
tisane, il dit qu'il n'a jamais rien vu de semblable. » 

Votiénus Montanus dit : « Au moment de frapper, le lic- 
teur regarda le prêteur et le prêteur la courtisane. » 

Vibius Gallus dit : « Gomme le licteur avait bien frappé, 
on but à sa santé. » 

Un trait, que l'on cite partout comme de Latron, n'est pas 
de lui, je viens en témoigner et je défends Latron contre ce 
trait à effet, mais déplacé; je l'ai entendu moi-même pro- 
noncer par un certain Florus, auditeur de Latron, mais il 
ne l'a pas dit chez Latron. En effet, celui-ci n'avait pas cou- 
tume d'écouter les déclamations des autres ; il se bornait à 
déclamer lui-même, disant qu'il était, non pas un maître, 
mais un modèle; et, à ma connaissance, seuls Nicétés 
chez les Grecs et Latron chez les Romains ont joui de ce privi- 
lège que leurs élèves ne désiraient pas être entendus par 
eux, mais se contentaient de les entendre. Au commence- 
ment, par manière d'insulte, les plaisantins appelaient les 
élèves de Latron « auditeurs » ; ensuite ce mot entra dans 
l'usage, et, au lieu d' « élève », on se mit à dire couramment 
« auditeur. » De cette façon Latron faisait trafic non de sa pa- 
tience, mais de son éloquence. Pour revenir à Florus, il dit, 
à propos de Flamininus : « Dans un festin particulier, on vit 



Argentarius in quae solebat schemata minuta tractationem violentissimam 
iniregit : « Age lege. » Scis, inquit, quid dicat ? Interdiu âge, in fore âge. Stupet 
lictor; idem dicit quod meretrix tua: hoc numquam se vidisse. 

Montanus Votiénus dixit : percussurus lictor ad praetorem respexiti 
praetor ad meretricem. 

23. Vibius GallUS dixit : lictori, quia bene percusserat, propinatum 
est. 

Illud, quod tamquam Latronis circumfertur, non esse Latronis pro testimonio 
dico et Latronem a sententia inepte tumultuosa vindico ; ipse enim audivi Flo- 
rum quemdam, auditorem Latronis, dicentem non apud Latronem. Neque enim 
illi mos erat quemquam audire declamantem ; declamabat ipse tantum et aieba 
se non esse magistrum, sed exemplum ; nec ulli alii contigisse scio quam apud 
Graecos Niceti, apud Romanos Latroni, ut discipuli non audiri deside- 
rarent, sed contenti essent audire. lnitio contumeliae causa a deridentibus 
discipuli Latronis auditores vocabantur ; deinde in usu verbum esse coepit et 
promiscue poni pro discipulo auditor. Hoc erat non patientiam suam, sed elo- 
quentiam vendere. 24. Ut ad Florum revertar, ille dixit in Flaminino: refulsit 



150 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

reluire le tranchant de la hache publique ; avec tous les restes 
de l'ivrognerie, on balaye la tête d'un homme. » Jamais La- 
tron n'aurait voulu rapprocher ces mots* et, ayant à parler 
de « hache publique », jamais il n'aurait parlé de « festin 
particulier ; » son trait ne se serait pas évanoui en une fin 
de phrase si languissante, et jamais il n'aurait imaginé des 
figures de rhétorique aussi incroyables que de décrire cette 
exécution faite dans la salle à manger -même, parmi les lits, 
les coussins et les tables. 

Lato on, lui, après avoir, dans cette controverse, peint ce 
supplice atroce, ajouta. « Pourquoi ce frisson d'horreur, ju- 
ges? Ce sont les jeux d'une courtisane. » Il dit également 
ce trait, moins connu, mais aussi bon : « Un de nos alliés, 
le prêteur du peuple romain le châtie dans son domicile par- 
ticulier, la nuit, devant un tribunal improvisé, ivre peut-être, 
n'ayant même pas ses chaussures, à moins que, pour montrer 
à la courtisane le spectacle complet, il n'ait observé scrupu- 
leusement toutes les formes. » 

Vibius Rufus aimait à parler à la manière antique ; il 
eut du succès avec ce trait de genre assez vulgaire. « Le prê- 
teur, pour ordonner la mort d'un homme, demanda ses pan- 
toufles. » Un second trait de même marque n'eut pas le 
même succès : après avoir déploré qu'on eût violé les formes 
que demandait la majesté du peuple romain et exposé la cou- 
tume de nos ancêtres, qui voulaient que l'on convoquât toujours 
pendant la journée l'assemblée pour le supplice d'un con- 
damné, il lança ce trait : « au contraire, maintenant, le 



inter privata pôcula publicae securis aciës ; inter temulentas ebriorum reliquias 
humanum everritûr caput. Nùmquam Latro sic composuisset, ut, quia publicam 
securem dicturus eràt, diceret privata pocula, nec in tam mollem composi- 
tionem sententia ejus evanuisset; ; nec tam incredibiles umquam figuras con- 
cipiebat, ut in ipso trielinio inter lectos et toros et merisas percussum des- 
criberet. 

ïlle, cum in hac controversia descripsisset atrocitatem supplici, adjecit : quid 
exhorruistis, judices ? Meretricios lusus loqiïor. Et illam dixit minus notam sen- 
tentiam, sed non minus bonam : in socium nostrum praetor populi Romani ani- 
madTertit in privato, nocte, tumultuario tribunali, ebrius fortasse, ne calceatus 
quidem, nisi si, ut omnia spectaret meretrix, diligenter exegit. 

25. Rufus Vibius èrat, qui antiquo génère diceret ; belle cessit illi senten- 
tia sordidioris notae : praetor ad oçcidendum hôminem soleas poposeit. Altéra 
ejusdem generis, sed non ejusdem successus sententia ; cum deplorasset condi- 
tionem violatam màjestatis et consuetudinèm majorùm descripsisset, qua semper 
voluissent ad supplicium luCé advocari, sehtentiam dixit : at nunc a praetore 



CONTROVERSES, IX 2 (25). 151 

prêteur a fait exécuter la loi aux lanternes. » Cependant Asi- 
nius Pollion disait qu'il admettait ce trait. Tite-Live, parlant 
des orateurs qui recherchent les mots anciens et triviaux et 
prennent, dans le discours, l'obscurité pour la gravité, leur 
appliquait ce mot spirituel du rhéteur Miltiade : « C'est une 
folie raisonnable. » Cependant, s'ils sont moins. fous, il y a 
aussi moins à attendre d'eux ; chez ceux dont le style est am- 
poulé et qui souffrent d'exubérance verbale, il y a plus de 
folie, mais aussi plus de fonds : on est toujours plus près de 
la santé, quand on peut être guéri par quelque saignée ; il n'y 
a rien à faire pour celui qui est fou, et, en outre, sans forces. 
Mais, pour ne pas avoir l'air de justifier ce genre de folie, 
j'avoue que Murrédius, à propos de Flamininus, poussa 
l'enflure au dernier degré. « Dans ce festin funèbre, notre 
prêteur, qui se vautrait, gorgé de nourriture, sur le sein de 
la courtisane, fut réveillé par le bruit de la hache, » De même 
dans cette période à quatre membres : « Le forum était au 
service de la chambre à coucher, le prêteur d'une courtisane, 
la prison du festin, le jour de la nuit.» La dernière partie n'a 
aucun sens : elle a été ajoutée uniquement pour l'harmonie de 
la période. Quel sens trouver en effet dans : « Le jour était 
au service de la nuit? » J'ai rapporté ce trait, parce que, 
dans les périodes de trois membres et dans les traits du 
même genre, nous nous préoccupons plus de l'harmonie que 
du sens. C'est à dessein que je cite toutes les espèces de traits 
de mauvais goût, parce que rien ne nous apprend mieux 



lege actum est ad lucerham. Pollio tamen Asinius aiebat hanc se sententiam reci- 
pere. 26. Civius de oratoribus, qui verba antiqua et sordida connectant ur et 
orationis obscuritatem severitatem putant, aiebat Miltiaden rhetorem eleganter 
dixisse : ln\ -co^iov [aou'vovuou. Tamen in his, etiamsi minus est insaniae, mi- 
nus spei est ; illi, qui tument. Mi, qui abundantia laborant, plus habent furo- 
ris, sed plus et cor paris ; semper autem ad sanitatem proclivius est quod 
potest detractione curari; itli succurri non potest, qui simul et insanit et 
déficit. 

27. Sed ne hoc genus furoris protegere videar, in Flaminino tumidissime 
dixit Murrédius : praetorem nostrum in illa ferali cena saginatum meretricis 
sinu excitavit ictus securis. Et i'iud tetracolon : sewiebat forum cubiculo, prae- 
tor meretrici, carcer convivio, dies nocti. Novissima pars sine sensu dicta est, 
ut impleretur numerus ; quem enim sensum habet : « serviebat dies nocti?» 
Banc ideo sententiam réttuli, quia et in tricolis et in omnibus hujus generis 
sententiis curamus ut numerus constet, non curamus an sensus. Omhia autem 
gênera corruptarum quoque sententiarum de industria pono, quia facilius, e 
quid imitandum et quid vitandum sit, docemur exemplo. 



152 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

que l'exemple et ce qu'il faut imiter et ce qu'il faut éviter. 

Voici encore une sorte d'emphase bien connue, où l'on 
recherche des mots durs, comme s'ils devaient donner plus 
de poids aux choses; ainsi Licinius Népos dit dans cette 
controverse : « C'est la loi qui a fait condamner le coupable* 
la maison de tolérance qui l'a fait exécuter. » 

De même un mot de Sénianus est déraisonnable dans son 
genre ; dans le passage où il disait que, la nuit, l'on ne devait 
pas procéder à une exécution, après une longue description y 
il finit ainsi : « Car à cette heure-là on n'immole même pas 
les victimes <des sacrifiees>. » 

Les Grecs mirent aussi la main à cette controverse. Nicé- 
tés dit : « Quand les prisonniers apprirent qu'il y avait un 
festin, ils se disputèrent pour être choisis. » 

Euctémon dit : « Tous pensaient qu'on allait le relâcher. » 

Glaucippe de Gappadoce, après avoir décrit le luxe de ce 
festin, indigne de la majesté d'un préteur, ajouta : « Je passe 
maintenant à la débauche. » 

Adaeus exprima la même idée plus finement, en décri- 
vant ce repas nocturne : « Quel festin d'amour ! » 

Nicétés dit : « Je n'ai jamais vu tuer un homme. » Si les 
dieux favorisent la ville, tu n'en verras pas tuer d'autre. » 

Artémon, à propos du même mot, trouva un autre trait : 
« Je n'ai jamais vu tuer d'homme. » Femme, cela n'est pas né- 
cessaire. » 

Grlycon dit : « Quand on annonça aux prisonniers : « Il 



28. Ecce et illud genus cacozeliae est, quod amaritudinem verborum quasi 
aggravaturam res petit; ut in hac controversia Licinius Nepos dixit : reu& 
damnatus est legi, périt fornici. 

Et illud, quod Seilianus dixit, habet sui generis insaniam : cum diceret 
nocte non debere sumi supplicium, post longam descriptionem conclusit : nam 
tune ne victimae quidem occiduntur. 

29. Et ad hanc controversiam Graeci porrexerunt manum. Dixit in hac Ni- 
CeteS l w; &' Y)xou<rav o'ti crujvrcô«riôv Iffttv, yjoiÇov. 

EUCtemon dixit : irâvxeç IvôfJiiÇov, oti IXAuto. 

GlaucippUS Cappadox, cum cenam luxuriosam descripsisset indignam ma- 
jestate praetoris, adjecit : <S'nriY'»]o , oyi.ai vffv xa\ tov xwjaov. 

Hoc idem elegantius dixit Adaeus, cum descripsisset cenam nocturnam : wç 

NÎCeteS dixit : « Qu£éiroTe TeôéajAai àvatpoûjxevov. » *Av ^ Ttôltç suTUjrîj, ov8i 

Artémon, eodem loco, aliam dixit sententiam : « OùâéuoTe Teôc'ajxat àvouooû- 
jjuvov. » rûvat, où toutou 8éi\T<.q. 



CONTROVERSES, IX 2 (25). 153 

y a un festin et la maîtresse du proconsul demande l'un de 
vous, » un malheureux cria : « Emmène-moi, car j'ai été 
condamné injustement. » 

GrlyCOn dixit : wç 8l à^Yj-j-YAri xoXç Iv tÇ £e<x]MOTT)pt«»> * « -rcéiroç l(Tt\ xal ETaîpaç 
5éT,crtç, » àvéxçavé v.ç xâXaç * Ijni aitaye, If**» 7»-? &£îxwç xaxeKçtôirjv. 



154 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 



III (26), 
L'HOMME QUI RÉCLAME UN DES DEUX ENFANTS EXPOSÉS. 

Les actes arrachés par la force et acceptés par crainte 

ne seront pas valables. 
Les conventions faites conformément aux lois seront 

valables. 
Celui qui aura reconnu pour sien un enfant qu'il a 
exposé pourra le reprendre en remboursant les 
dépenses faites pour l'enfant. 

Un homme recueillit deux enfants mâles exposés et les 
éleva. Gomme le père naturel les cherchait, il promit de lui 
indiquer où ils étaient, à condition d'un conserver un. Une 
convention intervient; il rend au père ses deux fils et en 
réclame un. 

[Pour le Père]. Arellius Fuscus. Est-il juste que nous par- 
tagions avec les étrangers des enfants que nous n'avons pas 
voulu partager avec leur mère ? — Si tu veux nous en enle- 
ver un, j'aime mieux te les laisser tous les deux. — Que 



III (26). 
EXPOSITUM REPETENS E DUOBUS. 

Per vim metumque gesta ne sint rata. 

Pacta conventa legibus facfa rata sint. 

Expositum qui agnoverit, solutis aiimentis recipiat. 

Quidam duos filios expositos sustulit, educavit. Quaerenti patri 
naturali pollicitus est se indicaturum ubi essent, si sibi alterum ex 
illis dedisset. Pactum interpositum est. Reddit illi duos filios, repe- 
tit unum. 

1. Arelli Fusci patris* Aequum est ut cum alienis dividamus libéras, 
quos non dividimus cum matribus ? — Si alterum nobis abstuleris, utrumque 



CONTROVERSES, IX 3 (26). 155 

faire ? Je les ai engendrés tous les deux, je les ai regrettés 
tous les deux et c'est pour tous les deux que j'ai fait une 
convention. 

Albucius Silus. Ils sont nés ensemble, ils ont été expo- 
sés ensemble, élevés ensemble; c'est lorsqu'on me les rend 
qu'on va les séparer. La fortune les a séparés quelque temps 
de leurs parents, jamais l'un de l'autre. — Ayez pitié de moi, 
juges; comme ses indications me coûtent cher! 

Junius Gallion. Je les ai exposés tous les deux, parce que 
je n'avais pas la force d'un choisir un. — Je cours le risque, 
moi qui suis arrivé au tribunal avec deux enfants, d'en par- 
tir sans un seul; car je n'ai pas le courage de choisir celui 
qu'il me faudra perdre. — Cette convention, si je l'ai signée, 
c'était pour avoir mes enfants; en l'exécutant, je les perds. — 
Je te dois quelque chose pour mes fils, mais je ne te dois 
pas mes fils : demande-moi ce que tu veux pour leur instruc- 
tion, compte-moi ce que tu veux pour leur nourriture ; de- 
mande plus, mais ne me rends pas moins.-— Nos ancêtres ont 
bien vu jusqu'où peut aller la tendresse de ceux qui craignent 
pour leurs enfants et comme elle est disposée à donner 
tout ce qu'on lui demande ; aussi la loi a-t-elle imposé des 
conditions au père nourricier en faveur du vrai père. — Je 
n'ai pu prendre d'engagement en faveur d'enfants que la loi 
ne mettait pas encore en mon pouvoir. — Si nous voulons 
faire un partage égal, faisons-les entrer tous les deux ensem- 
ble en ligne de compte ; laisse-les moi tous les deux aussi 
longtemps que tu les as eus. — Soyez tranquilles, mes en- 
fants, je ne vous séparerai pas; je vous aurai tous les deux 

habebis. — Quid faciam? Utrumque genui, utrumque desideravi, pro utroque 
pactus sum. 

Albuci Sili. Una nati sunt, una expositi, una educati ; redditi potissir- 
muni distrahentur? Distraxit illos Fortuna aliquando a parentibus, numquam 
ab ipsis. — Miseremini, judices : gravis indiciva est. 

2. Juni Gallionis. Duos exposui, quia alterum eligere non poteram. — 
Periclitor ne, qui cum duobus liberis in judicium veni, sine ullo revertar ; nanti, 
quem perdam, eligere non possum. — Causa pacti mei fuit, ut haberem filios, 
consummatio, ut perderem. — Pro filiis tibi debeo, non filios : pete quantum 
vis pro disciplinis ; imputa quantum vis pro alimentis ; licet plus petas, dum ne 
minus reddas. ~ — Majores nostri viderunt quam effusa esset indulgentia pro suis 
timentium, quam parata quidquid posceretur dare; itaque pro pâtre lex cum 
educatore pacta est. — 3- Non potui obligari de eis, qui in mea potestate non 
erant. — Si ex aequo dividimus, habeatur utriusque ratio : habeam ego tamdiu 
duos, quamdiu tu habuisti. — Nolite timere, pueri, non diducam vos : aut 



156 SÉNÈQUÊ LE RHÉTEUR 

ou je n'aurai aucun des deux. — A une vente aux enchères^ 
l'ennemi, même le plus cruel, ne sépare pas deux frères; des 
jumeaux sont encore un peu plus que frères ; ils perdent 
tous deux de leur charme, lorsqu'ils ne sont plus l'un avec 
l'autre. 

Fulvius Sparsus. Mon adversaire doit me pardonner de 
vouloir garder mes enfants, lui qui tient à garder même 
ceux des autres. — Il redemande ceux qu'il a possédés jus- 
qu'à ce jour; je veux garder ceux que je viens de recon-r 
naître. - Reconnus, ils seront séparés, après avoir été tou- 
jours ensemble, même exposés ? 

Cornélius Hispanus. Désigne-moi le plus obéissant, le 
plus aimant. « Ils le sont, dit-il, autant l'un que l'autre. » 
Tu t'étonnes que je n'aie pas le courage de séparer des en- 
fants si bons ? — Pour un fils, je veux bien tout promettre, 
sauf ce fils même. 

Votiénus Montanus. Vraiment, <si je cède >, comment 
me justifier ? Céder si facilement mes enfants, c'est avouer 
que je les ai exposés d'un cœur léger. — Est-ce là me 
rendre mes enfants ou me les arracher? — Je devais donc les 
perdre de toute façon en acceptant la convention ou en la 
refusant. — Je l'ai acceptée en pleurant, en tremblant, 
comme le jour où je les exposais. 

Cestius Pius. C'est pour ne pas séparer mes enfants que 
je les ai exposés tous les deux. Lui aussi les a élevés tous les 
deux, lui qui se contente maintenant d'un seul. — C'est me 
forcer à les exposer une seconde fois. 

Contre le Père. Junius Gallion. Votre rôle est facile : 

utrumque habebo aut neutrum. — In auctione fratres quamvis hostilis hasta 
non dividit; plus quiddam est geminns esse quant fratres .-perdit uter que 
gratiam suam, nisi cum altero est. 

4. Fulvi Sparsi. Ignoscere mihi adversarius débet meos retinenti, cum 
ipse alienos concupiscat. — Repetit quos adhuc habuit, retineo quos modo 
agnovi. — Agnitio dividet quos junxit etiam expositio ? 

Comeli Hispani. Die uter obsequentior sit, uter indulgentior. « Ulerque 
aeque, » inquis . Miraris si tam pios dividere non possum ? — Omnia pro filio 
paciscor praeter filium. 

5. Votieni Moxitani. Ego vero ne patrocinium quidem babebo : si tam 
facile liberos remitto, libenter exposui. — Reddere est istud liberos an eripere ? 
— Utroque modo perdendi erant, vel paciscenti vel neganti. — Pactus sum 
flens, tremens, tamquam cum exponerem. 

Cesti Pii. Ne dividerem fiiios, una exposui. Iste quoque duos sustulit, qui 
tantum uno contentus est. — Iterum cogor exponere. 



CONTROVERSES, IX 3 (26). 157 

vous pouvez, par votre jugement, les renvoyer tous deux 
avec un fils. 

Menton. Lui a pris l'habitude de ne pas avoir d'enfants ; 
moi, quand même j'en aurais un, je souffrirai nécessaire- 
ment; j'ai pris l'habitude d'en avoir deux. — Tout ce que 
j'ai jamais fait (et il y a chez moi des gens qui peuvent te 
renseigner sur moi), je ne l'ai jamais fait sans les consulter? 
sauf quand je t'ai révélé leur existence. — Tu appelles vio- 
lence la convention qui a fait de toi un père ? — Je serai 
donc sans héritier, moi qui, il y a peu de temps, avais deux 
fils, tels qu'un seul d'entre eux aurait suffi à faire le bonheur 
de n'importe quel père. 

Pompeius Silon. Voyez ma modération : c'est moi qui 
les ai recueillis, qui les ai élevés, qui les ai rendus : c'est 
lui qui choisira. 

Vibius Rufus. Je lui dis : « Tes enfants vivent. » A ces 
mots, il m'embrassa. 

Passîénus. Donne-moi mon testament : j'y vois plus 
d'enfants que sur cette convention. Ce testament, je ne 
songe pas à le détruire : comme héritiers^ si je n'ai pas mes 
fils, j'aurai les tiens. — Je tournerai mes prières vers mes 
fils; il m'est permis, je pense, d'employer ce mot, tant que 
le procès n'est pas jugé. 

Arellius Fuscus. Vous y consentez, les meilleurs des 
jeunes gens? Quand vous étiez exposés, je vous ai recueillis, 
élevés, soignés pendant vos maladies, assis à votre chevet ; 
vous avez avancé ma vieillesse et vous m'abandonnez ? 



Gontba. 6. Juni Gallionis. Expeditae partes vestrae sunt : utrumque po- 
testis ex hoc judicio patrem dimittere. 

Mentonis. Iste assuevit carere liberis ; ego, etiamsi unum accipiam, tamen 
necesse est torquear : duobus assuevi. — Quidquid umquam commisi /et habes 
domi, quos de me interroges), nihil umquam sine illis feci, nisi indicium. — 
Vim vocas, quae te patrem fecit ? — Sine herede ero, qui paulo ante habui 
filios duos taies, ut ex illis vel unus quilibet satis sit ? 

Pompei SilOIlis. Videte quam modeste agam : ego sustuli, ego educavi, 
ego reddidi; iste eligat. 

7. Vibi Rufi. « Salvi sunt, inquam, liberi tui. » Post hanc vocem raeam 
iste me osculatus est. 

Passieni. Cedo mihi tabulas testamenti : plures in testamento habeo quam 
in pacto. Hoc testamentum delere non eogito ; si meos filios heredes facere 
non possum, tuos faciam. — Preces meas ad filios transferam ; hoc enim nomen 
licebit, puto, mihi usurpare, dum litigo. 

Arelli Fusci patris. Fertis hoc, optimi juvenes ? Ego vos expositos sus- 



158 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Argentarius. Cette prétendue violence <de ma part> m'a 
enlevé, <à moi>, mes deux fils. 

Division. — Latron adopta la division suivante : dans l'acte 
incriminé y a-t-il eu violence ou contrainte ? « Il n'y a pas eu 
violence, dit-il; la loi entend parler d'armes, de liens et du 
péril le plus grave ; rien de tout cela ne se rencontre dans 
ton cas. Il objecte: « Il y a violence ou contrainte du mo- 
ment où, bon gré, mal gré, il me faut céder. Or, j'étais forcé 
d'accepter la condition; car je ne pouvais avoir l'un de mes 
fils, sans promettre l'autre. » On répond : « D'abord il n'y a 
pas violence, quand on doit admettre certaines exigences 
pour conclure une affaire; il y a convention : par exemple 
je ne peux pas avoir de maison si je n'achète pas celle-ci; il 
n'y en a pas d'autre à vendre; le vendeur a vu l'occasion et 
en profite pour me demander trop cher. Cependant tu ne 
feras pas annuler cet achat : autrement la chicane n'aura 
plus de bornes. Qu'un autre me dise : « J'étais forcé. » 
Mais toi, forcé ? D'abord tu pourrais, encore maintenant, te 
passer de tes enfants; ensuite tu aurais pu les trouver par une 
autre voie, attendre d'autres renseignements. Tu dis que tu ne 
pouvais les trouver autrement ? Alors tu m'es d'autant plus 
obligé. » Si, dans un acte il y a violence ou contrainte, ne 
faut-il pas, pour faire annuler cet acte imposé par violence 
et contrainte, que la violence et la contrainte viennent 
de celui qui propose l'acte ? « Je ne suis pas, dit-il, respon- 
sable de la contrainte, du moment qu'elle n'est pas 



tuli, ego educavi, ego aegrotantibus assedi, senem me fecistis et relinquitis ? 

Argentari. In ista vi duos filios perdidi. 

Divisio. 8. Latro sic divisit : an in re vis aut nécessitas sit. Nulla, inquit, 
vis est ; arma lex et vincula et ultimum periculum complectitw, quorum nihil 
fuit in tua persona. Ille ait : vis est et nécessitas, ubi, velim nolim, succumben- 
dum est mihi. Tum autem necesse mihi erat : non enim. poteram kabere alte- 
rum filium, nisi alterum promisissem . Respondetur : primum non est vis, ubi 
aliquid expediendae rei causa patiendum est, sed pactio : tamquam non possum 
domum habere, nisi hanc emero ; nulla alia venalis est ; hanc occasionem vidit 
venditor et premit. Non tamen hanc emptionem rescindes ; alioqui in infmitum 
calumnia excedet. Dicat alius : necesse mihi erat. Tibi necesse ? Carere primum 
etiamnunc poteras ; deinde et alia via poteras invenire, sperare alium indicem. 
An aliter invenire non poteras ? Ergo hoc tibi plus praestiti. 9. An, si in re vis 
et nécessitas est, ita tantum rescindantur quae per vim et necessitatem gesta 
sunt, si vis et nécessitas a paciscente adhibita est. Nihil, inquit, mea, an tu 
cogaris, si non a me cogeris : meam culpam esse oportet, ut mea poena sit. Non, 
inquit ; neque enim lex adhibenti vim irascitur, sed passo succurrit, et iniquum 



CONTROVERSES, IX 3 (26). 159 

imposée par moi; il faut que la faute vienne de moi pour 
que le châtiment tombe sur moi. Non, réplique l'autre, la 
loi ne s'irrite pas contre celui qui impose la violence, elle 
vient au secours de celui qui la subit et il lui semble inique 
de ratifier une convention qu'un des contractants a signée 
non de gré, mais de force. Il n'importe pas, dis-je, de savoir 
de qui vient la contrainte; ce qui produit l'iniquité qui 
amène l'annulation de l'acte, c'est le sort de celui qui subit 
la violence, non la personne de celui qui l'impose. » Ensuite : 
y a-t-il eu violence de la part de l'accusé ? « Tu as usé de 
violence envers moi, dit le père, en refusant de me rien 
révéler, si je ne signais pas cette convention. Non, riposte 
l'autre, ce n'est pas user de violence que de subordonner 
une promesse à une condition déterminée. S'il y a eu violence, 
c'est toi qui en as usé envers toi-même, lorsque tu as eu le 
courage d'exposer tes enfants. » Et il dit qu'il était venu 
pour obtenir de rendre au père uniquement ce que le père 
nourricier aurait de trop. 

[Couleurs]. — Pour le père nourricier, voici la couleur de 
Gallion : « Il avait été ému de pitié.Voyant, dit-il, cet homme 
veuf sans héritier, j'ai pensé : « Pourquoi me montrer 
égoïste ? Ne pouvons-nous avoir chacun un fils ? » Etpl ajouta 
ce trait charmant : c Aussi me voilà maintenant puni de ma 
pitié. » 

Votiénus Môntanus commença ainsi : « Si quelqu'un 
m'a vu récemment, juges, père de deux enfants, et me voit 
maintenant seul et accusé, il dira, j'en suis sûr, que j'ai dû 
me montrer cruel en révélant leur naissance. » Il s'adressa 

illi videtur id ratum esse, quod aliquis, non quia voluit, pactus est, sed quia 
coaetus est. Nihil autem refert, inquam, per quem illi necesse fuerit ; iniquum 
enim quod rescinditur facit fortuna ejus, qui passus est, non persona facientîs. 
Deinde : an ab hoc vis admota sit. Tu, inquit, mihi vim admovisti, qui non 
aliter indicabas, quam si pactus essem. Non est, inquit, admovere vim aliquid 
sub certa condicione promittere. Si qua vis est, a te tibi adhibita est, quod expo- 
nere tuos sustinuisti. Et ait ad exorandum se venisse, ut tantum patri redderet, 
quantum educatori superfuisset. 

10. Pro educatore Gallio hune colorem secutus est : se misericordia mo- 
tum. Cum viderem, inquit, orbum sine herede, dixi mihi ipse : quid avidus es ? 
Possumus duo patres esse. Et dixit illam amabilem sententiam : do itaque nunc 
poenas misericors. 

Montanus Votiénus sic coepit : si quis me vidit, judices, modo duorum 
iiberorum patrem, nunc solitudine perielitantem, certum habeo, dicit crudelem 
indicem. Et summisse cum adversario egit : rogavit ut altero contentus esset ; et 



160 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

doucement à son adversaire ; il lui demanda de se contenter 
d'un fils. Il répondit d'avance à l'objection : « Je ne sais le- 
quel choisir, » en disant : « Crois-m'en, moi qui les connais 
mieux que personne; choisis celui que tu voudras; si j ? ai 
conclu cette convention, c'est qu'il n'y avait pas de différence 
entre eux. » 

Romanius Hispon était naturellement disposé à adopter 
un ton assez dur ; aussi la couleur qu'il employa dans sa 
plaidoirie consista-t-elle à attaquer le père naturel comme 
un mauvais père, cruel lorsqu'il exposait ses enfants, perfide 
lorsqu'il les reprenait : « S'il les redemande, ce n'est pas pour 
les avoir à lui, mais pour les enlever à un autre ; il m'en 
veut de l'éducation que je leur ai donnée et des indications 
que je lui ai fournies. > Et, après avoir montré toute sa cruauté 
en les exposant, il ajouta : « Maintenant encore il me sem- 
ble animé des mêmes sentiments et de la même inhumanité, 
puisqu'il estime ne rien devoir à celui qui a élevé ses enfants. 
C'est un père dur et cruel; n'allez pas croire que ce caractère 
farouche ait changé si brusquement. Permettez-moi d'éviter 
cette épreuve à un des fils. » 

Cestius avait dit, dans cette controverse, à propos de la 
question où le père nourricier assurait qu'il n'avait pas usé 
de violence : « Alors, qui a usé de violence ? Mais toi, envers 
toi-même. Et qu'on ne vienne pas me dire : « Qui donc use 
de violence envers soi-même ? » Cela arrive souvent. Ne me 
suis-je pas fait tort à moi-même ? » Et il avait ajouté : « Je 
consens que l'on annule tout ce qui a été fait. Que ne donne- 
rais-je pas, pour ne lui avoir rien révélé ? » 



illam sumpsit contradictionem : nescio, inquit, utrum eligam, et dixit : mihi 
crede, qui illos optume novi : utrumvis elige ; ideo sic pactus sura, quia nihil 
intererat. 

11. Hispo Romanius erat natura, qui asperiorem dicendi viam sequere- 
tur; itaque hoc colore egit, ut inveheretur tamquam in malum patrem et dice*- 
ret crudeliter exponentem, perfide recipientem. In hoc, inquit, repetit, non quia 
habere vult, sed quia eripere : irascitur mihi quod educavi, quod indicavi. Et 
cum descripsisset saevitiam exponentis, adjecit : etiamnunc mihi videtur ejus- 
dem animi, ejusdem duritiae, quia nihil putat se debere ei, qui liberos suos 
educavit. Durus est pater, crudelis est; nolite credere ex illa feritate tam subi- 
tam rautationem. Sinite me in filio uno non experiri. 

Dixerat Cestius in hac controversia in illa quaestione, qua dicebat se non 
vim adhibuisse : quid ergo ? Quis adhibuit vim ? Tu tibi. Non est quod dicat 
aliquis : quis sibi ipse vim adhibet ? Solet fîeri ; ecce ego ipse mihi nocui. Et 



CONTROVERSES, IX 3 (26). 161 

Argentarius, parlant dans l'autre sens, dit qu'il était 
plus malheureux qu'au temps où il ne connaissait pas ses 
enfants, et après avoir décrit les sentiments qui tourmen- 
taient cette âme de père, il dit : « Je veux conclure un nouvel 
accord. Que ne donnerais-je pas pour n'avoir pas à reprendre 
mes enfants ? Que ne donnerais-je pas pour n'avoir pas à les 
reconnaître ? » Gestius s'indignait qu'on lui empruntât si 
souvent ses traits en les modifiant. « A votre avis, disait-il, 
qu'est-ce qu' Argentarius ? C'est le singe de Cestius. » Il avait 
coutume de l'appeler aussi « mon singe », en se servant 
des mots grecs. En effet, Argentarius avait été l'élève de 
Cestius et il était son imitateur. A son tour Argentarius 
disait : « A votre avis, qu'est-ce que Cestius, sinon les restes 
de Gestius ? » Et il avait coutume de jurer « par les mânes 
de mon maitre Cestius, » quoique Cestius fût encore vivant. 
Or il marchait exactement sur les traces de Cestius ; comme 
lui, il improvisait; comme lui, il intercalait dans ses discours 
beaucoup de mots violents; pourtant, quoique tous les deux 
fassent Grecs, il a suivi très fidèlement cette règle de ne 
jamais déclamer en grec, et il s'étonnait toujours de voir 
des gens qui, ne se contentant pas d'une seule langue pour 
leur éloquence, déclamaient en latin, puis quittaient la toge, 
revêtaient le pallium [manteau grec], et revenaient, comme 
s'ils eussent changé de personnage, pour déclamer en grec. 
De ce genre fut Clodius Sàbinus, contre lequel on dirigea 
beaucoup de mots spirituels, parce qu'il déclamait le même 
jour en grec et en latin. Hatérius répondit un jour à des 

illud dixerat : placet mihi in irritum revocari quae gesta sunt. Quid do, ne indi- 
caverim ? 

12. Argentarius dixit ex altéra parte miseriorem se nunc esse, quaraf 
cum ignoraret suos ; et cum tormenta paterni animi descripsisset, ait : etiam- 
nunc pacisci voio. Quid do, ne liberos meos recipiam ? Quid do, ne agnoverim ? 
Indignabatur Gestius detorqueri ab illo totiens et mutari sententias suas. Quid 
putatis, aiebat, Argentarium esse ? Cesti simius est. Solebat et Graece dicere • 
o Tciôïixôç [aou. Fuerat enim Argentarius Cesti auditor et erat imitator. Aiebat 
invicera : quid putatis esse Gestium nisi Cesti cinerem ? Et sic solebat jurare : 
« Per mânes praeceptoris mei Cesti, » cum Cestius viveret. 13. Omnibus autem 
insistebat Cesti vestigiis : aeque ex tempore dicebat, aeque contumeliose 
multa interponebat ; illud tamen optima fide praestitit, cum uterque Graecus 
esset, ut numquam Graece declamaret et illo s semper admiraretur, qui non 
contenti unius Iinguae eloquentia, cum Latine declamaverant, toga posita sumpto 
pallio quasi persona mutata rediebant et Graece declamabant ; ex quibus fuit 
Sabinus Clodius, in quem uno die et Graece et Latine declamantem multa 



162 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

gens qui déploraient que Sabinus Clodius eût accepté des 
offres dérisoires, lui qui enseignait deux choses : « C'est que 
jamais on n'a payé très cher ceux qui enseignent à traduire. » 
Mécène dit : « On ne pouvait savoir pour quel parti com- 
battait le fils de Tydée. » Cassius Sévérus fut, de tous, le plus 
spirituel : comme il revenait de l'entendre et qu'on lui de- 
mandait comment il avait parlé, il répondit : « Mal », < en 
se servant du mot latin et du mot grec. > 

Glycon dit : « Ne pas me les donner tous les deux, c'est 
détruire <le charme> de ce couple de jumeaux. » 

Gallion dit avec beaucoup d'élégance, parlant pour le 
père, et traitant la dernière partie, au moyen de la figure de 
rhétorique du testament : « Quand je serai mort, j'aurai 
comme héritier... Veux-tu que je te demande lequel des 
deux ? » 

Triarius dit, parlant pour le père nourricier : « Ainsi j'ai 
pu les recueillir, les élever et je n'ai pu me taire ? » 



urbane dicta sunt. 14. Dixit Haterivs quibusdam querentibus pusillas merce- 
des eum accepisse, cum duas res doceret : numquam magnas mercedes acce- 
pisse eos, gui hermeneumata docerent. Maecenas dixit : Tu^lS^ £' oùx av 
7V0ÎYJÇ, itoTéçoifft [aeteCyi [II. 5, 85]. Cassius Severus venustissimam rem ex omni- 
bus, qui, àb auditiohe ejus cum rediret, interrogatus quomodo dixisset, res- 
pondit : maie xat xaxSç. 

.CrlyCOIl dixit : av àfA<poT£'oouç (/.oc jxîi àrco^Çç, ànoliaeiq aùtSv tb §i8i>[».ov. 

Gallio autem elegantissime dixit a parte patris, cum ultima per testament! 
figuram tractaret : quandoque ego mortuus ero, tune mihi hères sit : vis inter- 
rogera uter ? 

TriariiiS dixit a parte educatoris : ergô ego tollere potui, educare potui, 
iacere non potui ? 



CONTROVERSES, IX 4 (27). 163 



IV (27). 
LE PERE FRAPPÉ PAR SON FILS DEVANT LE TYRAN. 

Celui qui aura frappé son père aura 
les mains coupées. 

Un tjran manda à la citadelle un père avec ses deux fils; 
il commanda aux jeunes gens de frapper leur père. L'un 
d'eux se jeta par la fenêtre ; l'autre le frappa. Dans la suite 
il fut admis dans l'intimité du tyran, le tua, et, à ce titre, 
reçut une récompense. On veut que ses mains soient cou- 
pées : son père le défend. 

[Pour le fils]. CestiusPius. Je serais encore plus heureux, 
si j'avais à défendre plus d'accusés [c'est-à-dire : si son 
frère eût fait comme lui]. 

Triarius. Les blessures, que vous voyez sur mon visage, 
c'est moi qui me les suis faites, une fois relâché 

Junius Gallion. Je remercie mon fils de ne m'avoir pas 
laissé seul devant le tyran. — Si j'ai souffert ses coups, c'est 
que je lui avais commandé de me les donner; voilà pourquoi 
îe le défends dans ce procès, dont je suis la cause. — On 



IV (27). 

A FILIÔ IN ARGE PULSATÙS. 

Qui patrem pulsavèrit, manus éi praecidantur. 

Tyrannus patrem in arcem cum duobus fîliis aécersiit ; imperavit 
adulescentibus ut patrem caederent. Alter ex his praecipitavit se, 
alter cecidit. Postea in amicitiam tyranni receptus est. Occiso 
tyranno praemium accepit. Petuntur manus ejus ; , pater défendit. 

1. Cesti Pii. Felicior essem, si plures reos defenderam. 

Triari. Haec vulnera, quae in ore videtis meo, postea feci quam dimissus 
sum. . 

Juni GallioniS. Gratias ago filio, quod me non reliquit solum tyranno. — 
Quod manus illius passus sum, ego jussi; ïtaque crimini meo adsum. — «Ami- 



164 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

dit : « Il a été, dans la suite, l'ami du tyran. » Est-ce donc 
la seule fois que mon fils ait dissimulé devant le tyran? — Je 
me jette à vos genoux, juges, moi, cet homme inébran- 
lable, qui, battu par mon fils, ne lui ai adressé aucune 
prière . 

Musa. Le tyran a été tué : par qui, dites-le moi, sinon 
par celui qui avait eu le courage de frapper son père? — Cou- 
perez-vous les mains qui ont tué le tyran ? Serait-ce possible 
quand, dans sa tombe, le tyran a tous ses membres ? — 
Clouez aux portes de la citadelle les mains de l'homme qui a 
tué le tyran ! — Moi, je ne défendrais pas ce fils, grâce auquel 
le tyran même ne m'a pas frappé impunément ! — Lorsque le 
tyran se fut emparé de la citadelle* il y fut suivi par tous les 
assassins, tous les empoisonneurs, tous ceux qui étaient 
capables de frapper leur père. — Il lui était indispensable de 
frapper son père, aussi bien, par Hercule, que de piller des 
temples, de séduire des vierges. — Si mon fils était tel que 
vous le représentez, je ne sais pas qui aurait eu plus intérêt à 
voir le tyran rester en vie. — Je disais : « Mon fils, frappe 
plus fort; le tyran regarde. * — Que ne devons-nous pas à 
ces mains, grâce auxquelles aucun acte ne nous est plus 
imposé ! — Il a tué le tyran; voilà comment frappent ses 
mains, quand il est en colère. — En tuant le tyran, il lui 
disait : « C'est mon frère qui te frappe, mon père qui te 
frappe. » — Voilà comment frappent ceux qu'on ne force 
pas à le faire. — Je me plains, mon fils, de ton affection 
irréfléchie : tu as frappé ton père plus mollement que ne 
l'ordonnait le tyran. — Irrité < contre celui qui s'était préci- 

cus, inquit, tyranni fuit. » Age, hoc tantum filius meus in arce simulavit ? — 
Procumbo ad genua vestra, judices, ille contumax, qui, cum vapularem, non 
rogavi. 

2. Musae. Occisus est tyrannus ; a quo putatis nisi ab eo, qui patrem put- 
sare potuerat ? — Praecidetis tyrannicidae manus ? Quid hoc est ? Integer 
tyrannus jàcet. — Praecisas tyrannicidae manus arci praefigite. — Non vindi- 
cem filium, propter quem ne a tyranno quidem impune vapulavi ? — Postquam 
occupavit arcem, secuti sunt illum homicidae, secuti venefici, secutus quisquis 
patrem pulsare poterat. — Necesse fuit patrem. caedere, tam hercules quam 
necesse fuit spoliare templa, virgines rapere. — Si talis erat filius meus, qua- 
lem describitis, nescio cui magis expedierit tyrannum vivere. — Aiebam : fili, 
fortius feri ; tyrannus spectat. — O quantum istis debemus rnanibus, per quas 
jam nihil necesse est! — Occidit tyrannum : sic hujus iratae manus feriunt. — 
Cum occideret tyrannum, aiebat : « Frater te ferit, pater ferit. » — Sic feriunt 
qui volunt. — Tecum, fili inconsideratae pietatis, queror : languidius patrem 



CONTROVERSES, IX 4 (27). 165 

pité >, j'ai fait battre mon visage par les mains même du 
cadavre. 

Fulvius Sparsus. Mes fils furent bien des hommes 
capables, l'un de braver le tyran, l'autre de le tuer. 

Julius Bassus. C'est moi qui ai saisi les mains de mon 
fils et qui les ai portées contre mon visage ; pendant qu'il 
me frappait, je le consolais. 

Porcius Latron. Le tyran dit <à mon fils aîné> : « Frappe 
ton père. » Pendant que je n'y faisais pas attention, il se 
hâta de se jeter en bas des murs. C'est là épargner non pas 
son père, mais soi-même. — Courage!, mon fils; pour arriver 
au tyran, il faut commencer par ton père. 

Blandus. Lors que j'ai vu mon fils descendre delà cita- 
-delle, après avoir tué le tyran, ce que j'ai embrassé d'abord, 
ce sont ses mains. — Voyez ! Elles tiennent la tête sanglante 
du tyran : les couperez -vous maintenant ? 

Pompeius Silon. Lequel de mes fils louez-vous le plus ? 
L'un s'est tué lui-même, l'autre a tué le tyran. — Personne n'a * 
de droits sur ces mains; elles sont à moi : même quand elles 
semblaient exécuter les ordres du tyran, c'est à moi qu'elles 
obéissaient. — Puissè-je voir mon fils me survivre, aussi vrai 
que j'ai appelé parricide celui qui a mieux aimé mourir! 

Arellius Fuscus. Je m'adresse à vous au nom de la 
sécurité publique, au nom de la joie que nous donne notre 
liberté tout récemment reconquise, au nom de vos femmes 

cecidisti quam jussit tyrannus. — Iratus jacenti ipsas cadaveris manus in me 
ingessi. 

3. Fulvi Sparsi. Taies fuerunt, ex quibus posset alter tyrannum con- 
temnere, alter occidere. 

Juli Bassi. Comprensas fîli manus in os meum impegi ; caedentem conso- 
iatus sum. 

Porci Latronis. « Caede, inquit, patrem ; » dum ego neglegens sum, occu- 
pâtes praecipitavit se ex arce filins. Hoc non est patri parcere, sed sibi. — 
Dura, fili ; ad tyrannum tibi per patrem eundnm est. 

4. Blandi. Ut vidi tyrannicidam ex arce descendentem, nihil prius quam 
maDus osculatus sum. — Tenent ecce cruentum tyranni caput; nunc illas prae- 
cidite. 

Pompei Silonis. Utrumex filiis meis magis probatis ? Alter se occidit, 
alter tyrannum. — Nemo jus habet in istas manus, meae sunt ; istae, etiam cum 
tyranno servirent, mihi paruerunt — Ita mihi superstite filio mori liceat, ut ego 
«Hum, qui mori maluit, parricidam vocavi. 

Arelli Fusci patris . Rogo vos per securitatem publicam, per modo rès- 
titutae libertatis laetitiam, per conjuges liberosque vestros. Nemo tam suppliciter 
audiit me rogantem cum vapularem. — Quam ianguidae caedentis manus erant ! 



166 SÉNEQUE LE RHETEUR 

et de vos enfants. Personne n'a entendu de telles supplica- 
tions sortir de ma bouche quand on me frappait. — Comme 
les mains qui me frappaient étaient molles ! Je ne les aurais 
jamais crues capables de tuer le tyran. — Ces mains, elles 
m'ont présenté des mets, des boissons salutaires ; jamais 
cependant je ne les ai senties plus caressantes qu'au moment 
où elles me frappaient. 

Votiénus Montanus . Il dit: «J'aimerais mieux mourir. » 
Quoiqu'il se trouve des gens pour tenir un langage aussi cou- 
rageux, c'est à peine s'il s'en est trouvé un pour tuer le 
tyran. — « Mon fils, lui dis-je, frappe plus fort, pour que le 
tyran ne s'aperçoive pas que nous sommes d'intelligence.»-— 
Illaissait doucement tomber ses mains près de mon visage; 
le fils faisait semblant de frapper, le père de pleurer. • — 
Croyez-moi, dans ma colère j'ai souhaité la mort de mon 
<autre> fils, parce qu'il ne m'avait pas frappé. — La né- 
cessité est une grande défense pour la faiblesse humaine : 
c'est elle qui excuse les Sagontins, bien qu'ils n'aient pas 
<seulement> frappé, mais tué leurs pères ; elle qui excuse 
les Romains réduits par le désastre de Cannes à lever une 
armée d'esclaves; elle qui sert d'excuse à tout ce qu'elle 
contraint de faire. — L'autre non plus ne m'aurait pas 
épargné, s'il avait été fils unique. Il m'abandonnait à son 
frère; celui-ci m'aurait abandonné au tyran? — « Mainte- 
nant encore, me dit-on, on voit sur ta figure la trace de 
tes blessures. » Mon fils, ce qui te fait tort, c'est de t'etre 
trop hâté de tuer le tyran. 

Menton. Vous demandez l'auteur de ces blessures ? C'est 



Non putarem illas posse tyrannicidium facere. — Istae mihi salutares porrexe- 
runt cibos, istae potiones ; numquam tamen indulgentiores sensi manus, quam 
cum me caederent. 

.5 . Votieni Montani . « Peream, inquit, potius. » Cum sint qui tam for- 
titer loquantur, vix inventus est, qui tyrannum occideret. — Fili, fortius r 
inquam, feri, ne nos colludere tyrannus intellegat. — Suspensas leviter admo- 
vebat manus ; filius simulabat ictus, pater gemitus. — Si qua est fides, iratus 
filium extuli, quod me non ceciderat. — Nécessitas magnum humanae imbecil- 
litatis patrocinium est : haëc excusât Saguntinôs, quamvis non ceciderint 
patres, sed oèciderint; haec excusât Romanos, quos adservilem dilectum Gan- 
nensis ruina compulit : quae, quidquid coegit, défendit. — Me quo que mihi non 
pepercisset, si unicus fuisset. Me me fratri relinquebat : relinqueret hic 
tyranno ? — « Etiamnunc, inquit, in facie tua vulnera apparent. » Fili, nocet 
tibi, quod tam çito oecidisti tyrannum. 

Mentonis. Quaeritis quis haec fecerit vulnera? Me, cujus in funere me 



CONTROVERSES, IX 4 (27). 167 

celui à l'enterrement duquel je me suis frappé. — Puissé-je 
vivre et mourir libre, puissent les mains de mon fils me 
fermer les jeux, comme il est vrai qu'entre mes enfants je 
me suis montré le plus courageux ! 

Thèse opposée. Arellius Fuscus. Sex^viteur du tyran, 
il a frappé son père aussi longtemps qu'il a cru plaire 
à son maître. — Quoi ? Tu ne peux tuer le tyran avant 
d'avoir exercé tes mains sur ton père ? — H m'objecte que 
son père le défend. Je l'aime mieux ainsi : ce n'est pas seule- 
ment ton père, mais ton avocat que tu as frappé. 

Julius Bassus. Puisque notre siècle en est arrivé au point 
que le père de ce parricide l'assiste comme défenseur, nous, 
ne nous rangeons pas aux côtés de celui qui l'assiste. — Il le 
défend, quoique coupable : ne reconnaissez-vous pas sa ten- 
dresse ? — Il est le père de ce jeune homme qui aima mieux 
mourir que de frapper son père ; le malheureux croyait que 
la cause de son père était la sienne. — Le père s'écrie : « Je ne 
lui ai rien dit; faut-il que je te rende raison pour celui-là 
aussi ?» — Il dit : « Si j'ai frappé un peu fort, c'était pour la 
république. » Veux-tu garder un peu de pudeur et ne pas te 
recommander auprès de la république de ce qui t'a recom- 
mandé auprès du tyran ? — Il dit : « Mon père m'assiste . » 
Oui, mais, par Hercule, ton frère ne t'assisterait pas. — Tu as 
pu facilement te faire valoir auprès du tyran : ton frère avait 
mieux aimé mourir. — Tous ceux qu'on devait frapper plus 
durement, c'est à lui qu'on les amenait. — Il dit : « J'ai tué; 
le tyran. » Mais ton père, de combien peu s'en est-il fallu 
que tu ne le tuasses ! 



cecidi. — Ita mihi libero et vivere contingat et mori, ita oculos meos fili manus' 
operiant, ut ego inter liberos meos fortior steti. 

Ex altéra parte. 6. Arelli Fusei patris. Tamdiu cecidit patrem, donee 
placeret tyranno satellês. — Quid ? Tu tyrannicidium facere non potes, nisi in 
parricidio exercueris manus ? — « Pater, inquit, adest. » Malo ; nonenim tantum 
patrem, etiam patronum cecidisti. 

Juli Bas si. Quoniam usque eo saeculum mutatum est ut parricidae pater 
adsit, nos istius advocationi non adsumus. — Défendit quamvis nocentem * 
ecquid agnoscitis indulgentiam ? — Illius est pater, qui maluit perire quam 
patrem caedere ; infelix causam suam cum pâtre jungebat. — Exclamât iste : 
nihil illi mandavi ; ego tibi et pro illo satis faciam ? — « Ut validius caederem,, 
pro re publica, inquit, feci. » Vis tu pudorem habere nec imputare idem et 
rei publicae et tyranno ? — « Pater, inquit, mihi adest. » At mehercules frater 
non adesset. — Habuisti quod tyranno jactares : frater maluit mori. — Quis- 



168 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Pompeius Silon. Je suis heureux que le père de l'accusé 
soit assis près de lui. En effet, sans cela, comment aurais-je 
pu vous faire voir ses blessures ? En l'occurrence, la place où 
il se tient est très importante pour moi : c'est de mon côté 
qu'on lui reproche le crime, c'est du sien qu'on le montre. 
< Or > on attache plus de poids ordinairement aux déposi- 
tions des témoins de la défense. — Ce père était vraiment 
si bon que, pour avoir le courage de le frapper, il fallait 
avoir celui d'être l'ami d'un tyran. — Son frère est mort, 
pour ne pas commettre ou voir commettre un parricide : 
oui, en se jetant dans ce précipice, il a voulu fuir son frère 
aussi bien que le tyran. 

Cornélius Hispanus. Le père descendait <de la citadelle > 
tout sanglant, le visage contusionné et déchiré,, à peine 
reconnaissante : on aurait cru qu'il avait été frappé par deux 
hommes. — Il a fait ce qu'on devait attendre d'un fils qui avait 
frappé son père : il a tué son ami. 

Cestius Pius. Le père dit : « C'est moi qui ai été frappé ; 
je lui fais grâce de la peine. » J'aurais été étonné qu'il ne se 
trouvât pas un fils qui consentît à mourir pour un si bon 
père. Il est digne d'être vengé malgré lui. Est-ce que, chez 
nous, les pères cruels seuls sont vengés ? — Il dit : c C'est 
mon père qui me l'a ordonné. » Ton frère a donc été mau- 
vais fils, lui qui n'a pas obéi à son père? — Quand par hasard 
les gardes du tyran étaient lents à obéir, le tyran leur disait : 
«N'avez-vous pas vu comme il a frappé son père?» — « Celui 



quis caedendus erat saevius, isti tradebatur. — « Tyrannum, inquit, occidi. » At 
patrem quantulo minus quam occidisti? 

7. Pompei Silonis. Gaudeo in subselliis istius esse patrem. Quomodo 
-enim aliter efficere potuissem, ut vulnera ejus videretis ? Nunc multum refert 
mea ubi sit : ab hac parte crimen objicitur, ab illa ostenditur. Gravior esse 
testis solet, qui a reo surgit. — Talis prorsus pater, quèm nemo alius posset 
caedere, nisi qui amicus esse posset tyranni. — Frater periit, ne parricidium 
aut faceret aut videret : in illo praecipitio non minus, inquam, fratrem fugit 
quam tyrannum. 

8. Comeli Hispani. Descendebat cruentus pater, vexato laceratoque ore 
vix agnoscendus ; putares duos fuisse, qui cecidissent. — Fecit quod debebat qui 
patrem ceciderat : amicum occidit. 

CestiPii. « Ego, inquit, caesus sum; noenam remitto. » Mirarernisi pro 
tain bono pâtre fuisset qui mori wllet. Dignus est quem invitum vindicetis. 
Ecquid apud nos tantum crudeles patres vindicantur ? — « Pater, inquit, jussit. » 
Ergo frater tuus impius fuit, qui patri nonparuit? — Si quando lente parebant 
satellites, aiebat tyrannus : « non spectastis, quemadmodum patrem ceciderit? » — 



CONTROVERSES, IX 4 (27). 169 

qui a frappé son père aura les mains coupées. » Cette loi, le 
tyran l'a citée en mourant. — Il fallut, en définitive, que le 
tyran s'interposât entre le fils et le père. 

Division. — Latron divisa ainsi qu'il suit : tous ceux qui ont 
frappé leur père doivent-ils être punis ? « La loi, dit-il, ne 
fait aucune exception ; mais bien des exceptions, sans 
être expressément spécifiées, sont sous-entendues ; le texte 
d'une loi est strict, mais l'interprétation est large ; cer- 
taines exceptions sont vraiment si évidentes qu'elles n'ont 
pas besoin d'être mentionnées par écrit; pourquoi la loi 
irait-elle spécifier qu'elle excepte celui qui a frappé son 
père dans un accès de folie, puisqu'il faut à un tel fils non 
pas un supplice, mais un remède ? Pourquoi la loi avertirait- 
elle de ne pas punir un tout petit enfant, qui a frappé son 
père ? Pourquoi la loi avertirait-elle de ne pas punir celui 
qui, par des coups, a ranimé son père évanoui et paralysé 
par un mal subit, puisque, dans ce cas, les coups sont, non 
pas une injure, mais un remède ? Je ne parle pas encore de 
ma cause en particulier, je traite le sujet en général. Si je 
réussis à montrer que l'on peut acquitter un homme qui a 
frappé son père, je plaiderai avec plus de confiance que, <à 
plus forte raison>, mon client ne mérite pas le supplice, lui 
qui a mérité une récompense. » Si l'on ne doit pas nécessai- 
rement punir tous ceux qui ont frappé leur père, doit-on 
punir l'accusé en particulier? Cette question, il l'examina en 
la subdivisant : est-on à l'abri des poursuites lorsque l'on a 
agi sur l'ordre du tyran ? « Songez à tout ce que le tyran 
nous a imposé. Dans l'intérêt de la vertu publique, il ne faut 

s Qui patrem ceciderit, manus ejus praecidantur . » Hanc legem moriens 
laudavit tyrannus. — Novissime inter filium et patrem tyrannus intercessit. 

Divisio. 9. Latro sic divisit : an non, quisquis patrem ceciderit, puniatur. 
In lege, inquit, nihil excipitur; sed multa, quamvis non excipiantur, intelle- 
guntur et scriptum Legis angustum, interpretatio diffusa est; quaedam vero 
tam manifesta sunt, ut nullam cautionem desiderent : nam quîd interest legem 
excipere, ne fraudi sit ei, qui per insaniam patrem pulsavit, cum Mi non 
supplicio, sed remedio opus sit? Quid opus est caveri lege, ne puniatur infans, 
si pulsaverit oatrem? Quid opus est lege caveri, ne puniatur, si quis vi patrem 
sopitum et subita corporis gravitate collapsum excitavit, cum illa non injuria, 
sed medicina fuerit ? Nondum de propria, sed de communi causa loquor. Si 
efficio ut quisquis cecidit patrem possit absolvi, pro hoc animosius agam, ut 
non dignus sit supplicio, qui praemio fuerit. 10. Si non, quisquis patrem pulsa- 
vit, puniri débet, an hic debeat. Hanc quaestionem in partes plures divisit : an 
tutus sit qui tyranno jubente fecit. Cogitate quam multa tyrannus exegerit. Pro 

T. II. 10 



170 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

pas que les tyrans aient aussi le pouvoir de nous rendre 
coupables. Pour avoir été forcé d'obéir à l'ordre du tyran, il 
a été plus malheureux que l'homme même qu'il a frappé. On 
n'appelle pas débauchée la jeune fille qu'a prise le tyran ; 
on n'appelle pas sacrilège le prêtre dont les mains ont porté 
au tyran les dons faits aux dieux immortels, ou, parmi les 
images des dieux immortels, placé les traits funestes d'un 
tyran. » Est-on à l'abri des poursuites lorsque l'on a agi sur 
l'ordre d'un père? « Il n'a pas frappé, mais obéi.» Et, dans sa 
narration, il ajouta: « Il était là, <dit le père>, debout, entêté, 
avec la même expression de visage que son frère : je compris 
que le tyran ne pourrait pas le contraindre. » Est-on à l'abri 
des poursuites, quand on a travaillé pour son pays? L'accusé 
en question a-t-il travaillé pour son pays, c'est-à-dire a-t-il eu, 
dès ce moment, la pensée de tuer le tyran et a-t-il frappé 
son père avec l'idée de s'ouvrir par là un accès à l'amitié du 
tyran ? Montanus, lui aussi, termina par la question sui- 
vante : même s'il a commis une faute, n'est-elle pas rachetée 
par un si grand service ? Gallion traita, comme première 
question 9 si la vengeance d'un père frappé par son fils appar- 
tient à un autre qu'à ce père. Il dit : « Tu ne me vengeras 
pas malgré moi. Si j'avais été frappé par un étranger quel- 
conque et si je ne voulais pas le poursuivre pour injures,, 
personne ne pourrait le poursuivre en mon nom. Or ici c'est 
le même cas : le châtiment de celui qui a frappé est plus 
fort, le droit de celui qui a été frappé reste le même. » 
Gallion répondit que le droit d'intenter une action était 

* publica innocentia est non licere hoc quoque tyrannis, ut nos faciant nocentes. 
Hoc qui cogente tyranno fecit, miserior fuit ipso vapulante. Puella non dici- 
tur impudica, quae arcessita est a tyranno; sacerdos non dicitur sacrilegus , 
gui deorum immortalium dona manibus suis tutit ad tyrannum aut qui funes- 
tas tyranni imagines inter effigies deorum immortalium consecravit. 11. An 
tutus sit qui pâtre jubente fecit. Non cecidit, sed paruit. Et illud dixit in nar- 
ratione : « Stabat contumax fraterno vuLtu ; intellexi non posse cogi a tyranno. » An 
tutus sit qui pro patria fecit ; an hic pro patria fecerit, id est : an illo jam tem- 
pore cogitationem tyrannicidi habuerit et hoc animo ceciderit, ut aditum sibi 
îaceret ad amicitiam tyranni. M ont anus et illam. quaestionem ultimam fecit : 
an, etiamsi quid peccatum est, tanto merito redemptum sit. 12. Gallio illam 
quaestionem primam fecit : an ultio caesi patris nullius sit nisipatris. ïnvitum, 
inqùit, me non vindicabis. Si a quolibet alieno caesus essem et nollem agere 
injuriarum, nemo nomine meo ageret. Atqui nihil interest : poena major est 
ejus, qui cecidit] jus idem ejus, qui caesus est. Contra ait omnibus aetionem 
darf ; non enim priyatam injuriam esse, sed publicam ; itaque nec taxatione 



CONTROVERSES, IX 4 (27). 171 

ouvert à tous, car cette injure n'était pas privée, mais 
publique ; aussi bien le condamné n'était-il pas frappé d'une 
amende ou de la peine fixée pour injures, mais perdait les 
mains; ce cas intéresse tous les pères, tous les fils, et la 
république même : c'étaient de tels hommes qui devenaient 
tyrans ou du moins amis des tyrans. » Pour terminer, il 
posa les questions suivantes : s'il a agi par piété filiale 
[pour obéir à son père], tombe-t-il sous le coup de la loi? 
A-t-il agi par piété filiale ? Et il répondit à la question sui- 
vante de Latron : est-on à l'abri des poursuites lorsque l'on 
a obéi à la volonté d'un père? « Maintenant, dit-il, pour dé- 
fendre ton fils, tu feins de lui avoir donné cet ordre ; mais 
à ce moment, tu ne voulais pas qu'il te frappât. » Et il ajouta * 
«Ne viens pas me dire que la volonté d'un père s'est rencon- 
trée avec celle du tyran. Vous vous demandez à qui il a 
obéi ? <Songez> que le tyran l'a pris en amitié, comme si 
c'était à lui qu'il eût obéi. Il dit : « C'est mon père qui l'a 
voulu, » Mais ton frère n'a pas voulu, lui. Il dit : « C'est 
mon père qui l'a voulu. » Ainsi non seulement le tyran, mais 
aussi ton père t'ont cru capable d'un parricide^ » Après 
l'avoir montré sans affection pour son frère, sans affection 
pour son père, il ajouta : « Le tyran même, tu l'as tué 
quand tu aurais dû l'aimer. » 

[Couleurs] . — Montanus parla pour l'accusateur et employa 
la couleur suivante : « Ce père aimait trop ses enfants ; 
cette tendresse exagérée, le tyran la connaissait; voilà pour- 
quoi cet homme, qui voulait affliger les gens chastes en leur 
imposant un acte de débauche, les gens fermes en leur impo- 

defungi damnatum aut injuriarum poena, sed manus perdere ; ad omnes patres 
pèrtinere hoc exemplum, ad omnes filios, ad ipsam rem publicam : taies esse 
qui fiant tyranni, certe qui tyrannorum amici. 13. Et ultimas fecit has questiones : 
an, si pio animo feeit, non teneatur ; an pio animo fecerit. Et illi quaestioni 
Latronis, « an tutus sit qui pâtre volente fecit, » occurrit : Nunc, inquit, fingis 
in fili patrocinium, sed tune noluisti ; et adjecit : ne dixeris idem voluisse 
patrem, quod tyrannum. Quaeritis utri paruerit ? Tyrannus illum amavit, tam- 
quam sibi paruisset . « Pater, inquit, voluit : » sed frater noîuit. « Pater, 
inquit, voluit » : itatu non tyranno tantum sed etiam patri dignus parricidio 
visus es? Cum descripsisset impium in fratrem, impium in patrem, adjecit - 
tyrannum quoque tune, cum amare deberes, occidisti. 

14. Montanus partem accusatoris declamavit et hoc colore usus est : 
indulgentissimum fuisse in liberos patrem; nimiam ejus pietatem tyranno 
notam fuisse; itaque illum, qui quaereret pudicis dolorem ex impudicitia, con- 
tumaeibus ex servitute, piissimo patri tormentum quaesisse ex filiorum im- 



172 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

sant un acte d'esclavage, essaya de torturer ce père si affec- 
tueux en imposant à ses fils l'acte le moins affectueux ; » et 
il mit en scène le fils qui, le premier, reçut l'ordre de frapper 
son père et qui disait courageusement : « Que feras-tu, si je 
ne le frappe pas ? Tu me mettras à la question ? Tu me 
tueras ? Tes ordres sont plus cruels que tes menaces ? » 
Dans l'àme d'un seul homme [l'accusé], il y avait lutte entre 
les sentiments naturels et l'ordre du tyran. « Frappe, dit- 
il. » « Je ne frappe pas. » « Bats-le. » « Je ne le bats pas. » 
Gela devant son frère. Il ajouta : « Comme le tyran lui 
promettait son amitié, il craignit la récompense promise 
pour exécuter l'prdr.e du tyran plus que Tordre lui-même. u 
Et, après avoir peint les cicatrices faites au père par les 
coups et ses traits encore défigurés, il dit : « On aurait cru 
que ses deux fils l'avaient frappé. » 

Cependant Montanus avouait qu'on ne pouvait pas 
mieux parler que Marcius Marcellus : « D'un côté, 
tu as l'ordre d'un père, de l'autre une défense de la loi ; 
tu mourras si tu frappes : meurs donc, pour ne pas frapper. » 

Cestius dit : « Le tyran t'ordonne de frapper ton père : 
cela n'est pas nouveau. Tu as refusé de le faire : crois-tu 
que je vais t'en louer? Je ne te loue pas : c'est à un autre 
que revient la gloire ; plut aux dieux que tu eusses imité ton 
frère î » 

Argentarius dit : « Tu as frappé ton père, connaissant la 
loi et l'exemple de ton frère ! » 



pietate; et induxit illum animose loquentem, qui jussus est prior patrem cae- 
dere: « Quid, si non cecidero? inquit; quid facturus es? Torquebis? Occides? 
Plus est quod imperas, quam quod minaris. » Gertamen erat in uno homme 
utrum plus posset natura an tyrannus. « Caede, inquit ; non caedo ; verbera : 
non ferio. » Haec fratre audiente. Et illud dixit : cum promitteret amicitiam 
tyrannus, magis praemium extimuit tyrannici imperi quam imperium. Et cum 
descripsisset cicatrices pulsati patris et deformem adhuc faciem, dixit : ab 
utroque caesum putes. 

15. Montanus tamen aiebat nihil posse melius dici quam quod Marcelin S 
MarciÛS dixit : ex hac parte tyrannus jubet, ex altéra lex vetat : morieris, si 
çecideris; morere, ne caedas. 

Cestius dixit : tyrannus imperat ut patrem caedas : non est novum. Noluisti 
facere : laudaturum me putas ? Ego vero non laudo ; alterius ista gloria est : tu 
fratrem imitatus esses I 

Argentarius dixit : tu patrem cecidisti, cum et legem nosses et fra- 
trem. 



CONTROVERSES, IX 4 (27). 173 

Montanus dit : « Parricide, tu as blessé le corps de ton 
père, tu as souillé l'acte de piété de ton frère. » 

Dans l'autre sens [pour le fils], tous déclamèrent en sup- 
posant, comme couleur, qu'il avait agi sur l'ordre de son 
père. Triarius dit : « J'ai couru au-devant des mains de mon 
fils. » 

Julius Bassus dit : « C'est moi qui me suis frappé avec 
les mains de mon fils. » 

Hatérius dit : « Je remercie le tyran d'avoir fait surveil- 
ler mon second fils pour l'empêcher de se tuer. » 

Cestius dit dans sa narration : « Le tyran ordonne de 
frapper ; les instruments de torture sont là tout prêts ; que 
peut-il faire ? Mourir, dis-tu. Gela signifie : « Pour ne pas 
frapper son père de coups, frappe-le de mort. » 

Arellius Fuscus dit : « Je veux baiser ces mains, aux- 
quelles je devais tant, même avant qu'elles eussent tué le 
tyran. » 

Gallion dit : « A la république d'estimer ce qu'elle croit te 
devoir : pour moi, j'estime que je te dois plus qu'elle; ce que 
tu as fait sur mon ordre était plus difficile. » 

Votiénus Montanus dit dans sa narration : « Si tu t'obs- 
tines, mon fils, < lui disais-je >, je fais comme ton frère : à 
toi de voir si tu aimes mieux donner à ton père des coups 
ou la mort. » 

Je me souviens que cette controverse fut habilement trai- 
tée aussi par Asilius Sabinus. « Peins-nous, dit-il, peins- 
nous le tyran tué et le glorieux cortège qui t'acclama lorsque 



Montanus dixit : parricida, violasti patris corpus, polluisti fratris bene- 
ficium. 

16- Ab altéra parte hoc colore omnes declamaverunt, tamquam pâtre jubente 
fecisset. Triarius dixit : in fili mei manus incucurri. 

BaSSUS Julius dixit : ego me fili mei manibus cecidi. 

Haterius dixit : ago gratias tyranno quod alterum filium meum custodiri 
jussit, ne mori posset. 

FUSCUS Arellius dixit : complecti volo istas manus optime de me etiam 
ante tyrannicidium méritas. 

Gallio dixit : viderit quantum tibi se putet debere, res publica ; ego plus 
me quam illam debere tibi judico : diffîcilius est quod me jubente fecisti. 

Montanus Votiénus dixit in narratione : si persévéras, fili, fratrem 
sequar : videris, utrum caedere patrem malis an occidere. 

17. Hanc controversiam et ab Asilio Sabine bene declamari memini. 
Describe, inquit, describe tyrannum occisum et te cum ingenti gloria ex arce 
deductum. te parricidam, nisi post tyrannicidium quoque intellegis, quanto 

T. II. 10. 



174 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

tu descendis de la citadelle, parricide, si, même après 
avoir tué le tyran, tu ne comprends pas que la mort de ton 
frère est plus glorieuse que ton assassinat ! » Ce qui ne m'a 
pas plu, c'est que, à propos de ce sujet sérieux, il ait essayé 
de plaisanter. C'était un homme très fin, comme je vous 
l'ai souvent raconté, au point que sa fine plaisanterie 
compensait l'éloquence qui lui manquait. Je me souviens que 
un jour que Vallius Syriacus, orateur très éloquent, accusait 
quelqu'un et semblait sur le point d'être déclaré accusateur 
calomnieux, Asilius Sabinus se promenait, l'air triste, autour 
du cercle qui assistait au jugement, et, toutes les fois qu'il 
voyait Syriacus, courait à lui pour lui demander s'il avait 
bon espoir; ensuite, après le jugement, comme Syriacus 
le remerciait du vif intérêt qu'il lui avait porté, il répondit : 
« Mais, par Hercule, je craignais que nous eussions un rhé- 
teur de plus [si ta condamnation t'avait forcé à quitter le 
barreau]. » Il était une fois cité comme témoin : on lui de- 
manda s'il avait reçu d'un père une somme de... sesterces: il 
dit que oui ; s'il les avait : il dit que non ; ensuite s'il avait de 
l'argent qu'il aurait reçu pour porter des accusations calom- 
nieuses [ou : s'il avait reçu des calomnies] , il répondit : « Tu 
connais toi-même ma négligence; je ne sais pas si j'ai reçu de 
l'argent pour cela, mais je sais que j'ai reçu des calom- 
nies. » Et contre Domitius, homme de très noble famille, 
qui, pendant son consulat, avait bâti des thermes offrant 
la perspective de la voie sacrée, et, ensuite, s'était mis à 
fréquenter les rhéteurs et à déclamer, il dit : « Je l'avais 
bien prévu et j'avais répondu à ta mère, qui se plaignait de 

frater tuus honestius perierit, quam tu occideris. Illud non probavi, quod multa 
in re severa tentavit salse dicere . Erat autem urbanissimus homo, ut vobis saepe 
narravi, ut, quidquid in eloquentia illi deerat, urbanitate pensaret. 18. Memini 
illum, cum Syriacus Vallius, homo disertus, accusaret et videretur laturus 
calumniam, tristem circa coronam judicii obversari et totiens occurrere eunti 
Syriaco etquaerere quidhaberet spei; deinde post judicium, cum Syriacus gratias 
illi ageret quod tantam curam sui egisset : at mehercules, inquit, timebam ne 
uno rhetore plus haberemus. Et testis productus cum interrogatus esset, an 
accepisset a pâtre... sestertia, dixit accepisse ; an haberet, negavit; deinde inter- 
rogatus an calumniam haberet; ipse, inquit, neglegentiam meam nosti; an 
habeam, nescio, accepisse me scio. Et in Domitium, nobilissimum virum, in 
consulatu cum thermas prospicientes viam Sacram aedifîcasset et coepisset 
deinde rhetores circumire et declamare : ego, inquit, sciebam hoc te factu- 
rum et matri tuae querenti de tua desidia dixeram : tcçStov xolu^av , àeiStsçov 
8 s Y? à M Aa " a - 19« Duas ejus urbanas res praeterire non possum. Secutus erat in 



CONTROVERSES, IX 4 (27). 175 

ta paresse : « d'abord nager, ensuite ses lettres [allusion à un 
proverbe grée qui disait : d'abord les lettres, ensuite nager]. » 
II y a deux de ses traits d'esprit que je ne puis passer sous 
silence. Il avait suivi dans la province de Crète le pro- 
consul Occius Flamma. Les Grecs commencèrent à de- 
mander au théâtre que Sabinus exerçât la magistrature 
suprême. Or la coutume veut que les magistrats Cretois 
laissent pousser leur barbe et leurs cheveux. Sabinus se leva 
et, de la main, demanda le silence, puis il dit : « J'ai deux 
fois exercé cette magistrature à Rome. » En effet, il avait 
été deux fois accusé [et les accusés, en signe de deuil, lais- 
saient pousser leurs cheveux et leur barbe]. Les Grecs ne 
comprirent pas, mais après avoir souhaité à César toutes 
sortes de prospérités, ils demandaient que Sabinus reçût 
cet honneur une troisième fois encore. Dans la suite, toute la 
troupe des compagnons du proconsul devint impopulaire ; 
ils furent cernés dans un temple par une foule qui deman- 
dait que Sabinus partit pour Rome avec Turdus [mot qui 
signifie « grive >>] : ce Turdus était parmi les plus mal famés 
et les plus détestés. Comme Turdus promettait de partir, 
afin de pouvoir sortir du temple, Sabinus fit faire silence et 
dit : « Je ne veux pas aller trouver César avec un mets délicat 
[une grive] . » Plus tard on lui reprocha ce mot, quand il 
fut accusé . Je me souviens qu'il parla très éloquemment lors- 
qu'il fut introduit de la prison dans le Sénat pour demander 
une ration journalière. C'est alors qu'il dit, en se plaignant 
de la faim : « Je ne vous demande pas une grâce qui vous 
coûtera beaucoup : je demande que vous décidiez que je 
meure ou que je vive. » Et il ajouta : « N'écoutez pas un 
malheureux avec des sentiments d'orgueil; souvent celui qui 

provinciam Cretam Occium Flammam proconsulem.Graeci coeperunt in thea- 
tropostulareut Sabinus maximum magistratum gereret. Mos autem et barbam et 
capillum magistratui Cretensium summitttre. Surrexit Sabinus et silentieum 
manu fecit ; dein.de ait : hune magistratum ego Romae bis gessi. Bis enim 
reus causam dixerat.Qraeci non intellexerunt , sed bene precati Caesari petebant 
utillum honorem Sabinus et tertio gereret. 20. Postea deinde offendit illos tota 
comitum cohors : oppressi sunt in templo ab omni multitudme, quae postulabat 
ut Romam Sabinus cum Turdo proficisceretur : erat inter infâmes maxime et 
invisos homines Turdus. Cum Turdus promitteret iturum se, ut inde posset 
exire, Sabinus silentio facto ait : ego ad Caesarem non sum iturus cum mattea. 
Postea hoc Sabino, cum causam diceret, objectum est. Muita illùm diserte 
dixisse memini, cum introductus esset ex carcere in senatum postulaturus, ut 
diaria acciperet. Tune dixit de famé questus : nihil onerosum a vobis peto, sed 



176 SENEQUE LE RHETEUR 

a pu <autrefois> accorder sa pitié aux autres, la leur de- 
mande. » Et comme il disait que des créatures de Séjan 
vivaient grassement en prison, il continua : « Moi qui n'ai 
jamais encore été condamné, en être réduit, pour vivre, à 
demander du pain à des parricides ! » Après avoir ému 
l'assemblée entière par son langage pathétique et éloquent, 
il ne put se tenir de revenir aux plaisanteries; il demanda à 
être transféré aux Latomies : « Ce n'est pas, dit-il, que vous 
deviez vous laisser induire en erreur parle nom (Lautumiae); 
ce n'est pas du tout un endroit élégant (élégant se dit lau- 
tus) . » Je vous ai rapporté ces détails pour vous permettre 
de connaître en partie le personnage et aussi pour vous mon- 
trer comme il est difficile de chasser le naturel. Gomment 
obtenir de lui qu'il s'abstînt de plaisanter dans ses déclama- 
tions, lui qui plaisantait au milieu de ses malheurs et de ses 
danger ? Pourtant tout le monde sait qu'il n'aurait pas dû le 
faire et personne ne croit qu'il en ait eu le courage. 

Murrédius resta lui-même dans cette controverse, car il 
y introduisit une couleur très sotte : « Lui aussi, dit < le 
père >, voulut faire comme son frère : c'est pendant que je 
veux le retenir et que je lutte contre lui, qu'il a eu l'air de 
frapper son père. » 

Un seul de ceux que j'ai entendus déclamer, Menton, je 
m'en souviens bien, fit du père non l'avocat <de son fils>, 
mais un témoin à décharge; il fit parler l'assassin même du 



ut me aut mori velitis aut vivere. Et illud dixit : nolite, inquam, superbe audire 
homineru calamitosum : 

Saepe qui misereri potuit misericordiam rogat [Trag. fym. inc. 
inc. fab. 92 éd. Ribbeck]. 

21. Et cura dixisset Sejanianos locupletes in carcere esse : homo, inquit, 
adhuc indemnatus, ut possim vivere, parricidas panem rogo. Cum movisset 
hommes et flebili oratione et diserta, rediit tamen ad sales ; rogavit ut in lautu- 
mias transferretur : non est, inquit, quod quemquam vestrum decipiat nomen 
ipsum lautumiae; Ma enim minime lauta res est. Hoc rettuli, ut et ipsum 
nominem ex aliqua parte nossetis et illud sciretis quam difficile esset naturam 
suam effugere. Quomodo posset ab illo obtineri, ne in declamationib.us jocaretur, 
qui jocabatur in miseriis ac periculis suis, in quibus jocari eum non debuisse 
quis nescit, potuisse quis crédit ? 

22. Murrédius non degeneravit in hac controversia ; nam colorem stultissi- 
mum induxit : voluit, inquit, et hic sequi fratris exemplum; dum retineo, dura 
luctor, visus est patrem cecidisse. 

Unum ex bis, quos audivi déclamantes, scio Mentonem usum non patrono 



CONTROVERSES, IX 4 (27). 177 

tyran et employa la couleur que voici : il n'avait pas reçu 
d'ordres de son père, car il disait que tout le monde trouve- 
rait incroyable que le père, en présence du tyran, donnât 
l'ordre de le frapper, mais il avait pris la résolution de frap- 
per son père, pour arriver ainsi à être l'ami du tyran, et, après 
son ami, son assassin. On loua ce trait, lorsque le fils se 
représentait portant la main sur son père : « Dans tout l'assa- 
sassinat du tyran, je n'ai rien fait de plus difficile. » Il dit 
aussi : « Dès ce moment j'aurais tué le tyran, si mon frère ne 
m'eût abandonné, » Il dit encore : « C'est vous que j'ai eu 
devant les yeux, temples, lois, patrie; car, si je n'avais pensé 
qu'à moi, j'aurais facilement échappé au tyran par le même 
chemin que mon frère. » 



pâtre, sed advocato ; ipsum tyrannicidam induxit dicentem et hoc colore usus 
est : non jussum se a pâtre, quia aiebat incredibile omnibus videri patrem coram 
tyranno caedi se jussisse, sed inisse se parricidi consilium, ut per hoc ad amici- 
tiam perveniret, per amicitiam ad tyrannicidium. Haec ejus sententia laudata 
est, cum describeret se patri manus afferentem : nihil in toto tyrannicidio 
difficilius feci. Et illud dixit : jarn tum factum esset tyrannicidium, si me frater 
non dereliquisset. Et illud dixit : vos ego tune respexi, templa, leges, rem 
publicam; nam si me tantum spectassem, facile tyrannidem effugissem illa, qua 
(rater effugerat. 



H8 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 



V (28). 

LE BEAU-FILS ENLEVÉ A SA BELLE-MÈRE 
PAR SON GRAND-PÈRE. 

Il pourra y avoir procès pour violences. 

Un homme, après s'être remarié, perdit deux de ses fils; 
les symptômes pouvaient indiquer l'indigestion ou l'empoi- 
sonnement. Le troisième fils fut enlevé par son aïeul mater- 
nel, auquel on n'avait pas laissé voir les malades. Gomme le 
père faisait chercher son fils par un crieur public, l'aïeul 
lui dit qu'il était chez lui. Il est accusé de violences. 

[Pour l'aïeul]. Junius Gallion. Vieillard colère et 
violent, j'ai emporté dans mon sein un homme libre! — 
Donne à i'aïeul ce qu'il te serait difficile de conserver. — - 
Combien de fois, très malheureux enfant, entendras-tu ta 
belle-mère te dire : « Qui es-tu ? Fugitif [terme dont on se 
servait en parlant des esclaves], on t'a donc ramené? » — 
J'ai eu une fille féconde, quoique cet homme n'ait conservé 
qu'un fils. — Quelle tendresse dans la manière dont elle a 



PRIVIGNUS AB AVO RAPTUS NOVERCAE. 
De vi sit actio. 

Quidam duos filios sub noverca amisit : dubia cruditatis et veneni 
signa insecuta sunt. Tertium filium ejus maternus avus rapuit, qui ad 
visendos aegros non fuerat admissus. Quaerenti patri per praeconem 
dixit apud se esse. Accusatur de vi. 

1. Juni Gallionis.Violentus et impotens senex hominem liberum sinu meo 
rapui. — Quod servare tibi difficile est, avo dona. — Quotiens, miserrime puer, 
audies a noverca : « Quis es tu? Fugitive, reductus es ? » — Habui filiam, quam- 
vis iste unnm filium salvum habeat, fecundam. — Quam indulgenter puerperia 



CONTROVERSES, IX 5 (28). 179 

partagé ses enfants ! Un fils lui est né ; elle a dit : « Celui-ci 
est pour moi. » Un second est né; elle a dit : « Celui-ci est 
pour mon mari. » Un troisième est né; elle a dit : « Celui-ci 
est pour son grand-père. » — Lorsque mon gendre cher- 
chait son fils, il y avait des gens pour me conseiller de ne 
rien dire : « Tais-toi; il a mérité d'être séparé de lui [il n'y 
a donc pas violence]. » 

Cestius Pius- Pourquoi l'enlever, moi, faible vieillard? 
Avais-je tué ses frères? — Pardonnez-moi si je vous parle 
seulement des dernières recommandations de ma fille : c'est 
la seule personne de ma famille à la mort de laquelle j'ai 
assisté. — J'avais une fille. De tous les miens, il faut que je 
dise : « J'avais. » — Il errait vêtu d'une toge prétexte de 
deuil et toute sale; tout le monde avait pitié de lui; j'ai 
même entendu certaines gens s'écrier : « Quoi ! Cet enfant 
n'a donc pas de mère, pas de père, pas de grand-père ? » 

Arellius Fascus. Tu dois à ma fille d'avoir eu trois 
enfants, à moi d'en avoir encore un ; laisse-moi l'élever chez 
moi. Que crains-tu? De ne pas être reçu quand tu viendras? 

— J'ai suffisamment exposé les faits jusqu'à présent : main- 
tenant il faut que je parle de son sort ou de sa belle-mère. 

— Dès qu'il me vit, cet enfant, il me tint longuement serré 
dans ses bras; j'embrassais le pauvre petit; je l'interrogeais 
sur ses frères; tout en l'interrogeant et en pleurant, j'étais 
arrivé chez moi. — Je demande que ma cause ne devienne 
pas plus mauvaise parce que l'enfant que j'ai enlevé était 
fils unique. 



divisit! Natus est films, dixit : « Filius hic meus est; » natus est alter, dixit ; 
« Hic patris est ; » natus est tertius, dixit : « Hic avi est. » — Cum quaereret iste 
fîlium, erant qui suaderent et dicerent : « Tace, meruit excludi. » 

Cesti Pii. Quam causam rapiendi habui impotens senex ? Numquid fratres 
ejus occideram ? — Ignoscite mihi, si tantum fîliae meae mandata narro : hanc 
solam exmeis morientem vidi. — Habui lîliam : de omnibus meis habeo dicendum : 
« habui ». — Vagabatur lugubri sordidaque praetexta ; onines illius miserebantur j 
quosdam etiam dicentes audivi: « Quid? Iste puer matrem non habet? Patrem 
non habet ? Avum non habet ?» . : , 

2. Arelli Fusci patris. Très fîlios filiae meae debes, unum mihi ; sine 
apud me nutriatur. Quid Urnes ? Ne non admittare, cumveneris? — Expot 
suisse hactenus juvat; jam nunc fortuna aut noverca narranda est. — Ut vidit. 
me, haesit complexibus meis puer; osculabar miserum, interrogabam de fratri- 
bus ; dum interrogo, dum fleo, perveneram. domum. — Rogo ne hoc causam 
m eam pejorem fecerit quod ille, quem rapui, unicus erat. 



180 SENEQUE LE RHÉTEUR 

Votiénus Montanus. Envoie le crieur public, si tu veux; 
donne-lui tous les moyens de reconnaître l'enfant : « Il a 
perdu sa mère, il n'a plus ses frères, il a une belle-mère. » 
Je te le garantis, tu ne sauras rien de ceux qui s'intéressent 
à lui. — Tu fais fausse route et grossièrement : tu ne 
t'inquiètes pas des fils que tu as perdus; celui dont tu t'in- 
quiètes, il n'est pas perdu pour toi. — Qui de nous deux 
enfin se plaint à plus juste titre? Le père réclame un enfant 
à l'aïeul; l'aïeul en réclame deux au père. 

Vibius Rufus. Moi, ce prétendu ravisseur, cet homme 
violent, pendant que mes petits-fils mouraient, je suis resté 
debout devant la porte : j'ai plus à craindre comme aïeul 
que comme accusé. 

Fulvius Sparsus. Un premier est mort ; un second est 
mort; tu accuses toujours la fortune, jamais leur belle-mère. 

— Indigne forfait ! On recherche un enfant pour le supplice 
sur la dénonciation de son père ! — Je suis venu pour voir 
mes petits-fils malades, on ne m'a pas laissé entrer : voilà la 
véritable violence. 

Argentarius. « Quels complices la belle-mère a-t-elle 
eus ? » Je n'en sais rien : je ne suis pas entré dans la maison. 

— Après avoir perdu ma fille, j'ai voulu adopter un de mes 
petits-enfants, mais je me disais : « A quoi bon? Toutes les 
fois que je voudrai les voir, j'irai chez eux; toutes les fois que 
je le voudrai, je les emmènerai chez moi. » — Arrangeons- 
nous en parents : tu as trois fils, partageons, et vois quel 



3. VotieXli Montant. Mitte sis praeconem; adjice illi omnia insignia 
« Hic puer matrem perdidit, fratres araisit, novercam habet : » affirmo tibi, non 
indicabit quisquis faverit. — Erras et vehementer erras : filios, quos perdidisti, 
non quaeris; quem quaeris, non perdidisti. — Utra tandem justior querella 
est ? Pater ab avo unum repetit, avus duos a pâtre. 

Vibi Rufl. Raptor ille et impotens, dutn raoriuntur nepotes mei, ad januam 
steti : plus habeo quod avo, quam quod reo timendum sit. 

4. Fulvi Sparsi. Unus périt, alter périt : totiens fortunam accusas, 
numquam novercam, — Facinus indignum! Puer ad supplicium indicivà 
patris quaeritur. — Ad aegrotantes nepotes veni, non sum admissus : haec 
ver a vis fuit.] 

Argentari. « Noverca quos conscios habuit? » Nescio : domi non fui. — 
Amissa filia volui aliquem adoptare ex nepotibus, sed aiebam : quid necesse 
est ? Quotiens videre volam, in domùm veniam ; quotiens volam, domum àbdu- 
cam. — Agamus tamquam affines. : très babes filios, dividamus ; et vide, quam 
lion inprobam divisionem desiderem : ex tribus unum -posco. — Utinam omnes 
quos perdidit quaereret ! 



CONTROVERSES, IX 5 (28). 181 

partage peu déraisonnable je souhaite : sur trois je t'en 
demande un. — Plût aux dieux qu'il pût chercher tous ceux 
qu'il a perdus î 

Blandus. Au moment où j'allais livrer l'enfant, je ne sais 
qui s'est écrié : « Enfant, c'en est maintenant fait de toi.» — 
Je ne vous dissimulerai rien. A quoi bon ? J'ai tout dit, 
même au crieur. 

Menton. J'ai enlevé mon petit-fils; je le garde; je le ren- 
drais, si c'était son père qui le cherchât. 

Division. — Votiénus Montanus distingua les questions 
suivantes : dans cette affaire y a-t'il violence ? « En aucune 
façon, dit-il : où sont les armes, le combat, les blessures ? Je 
veux qu'on me décrive la foule qui causait ce désordre : était-ce 
un attroupement, un enfant et un vieillard ? » Le père lui 
dit : « Tu as enlevé mon fils. » Non, il a recueilli son petit- 
fils; il ne pouvait le renvoyer quand il venait chez lui. » Si la 
violence était de l'intérêt de celui contre lequel on la dit 
faite, celui qui l'a faite tombe-t'il sous le coup de la loi ? 
<c On condamne la violence nuisible, mais il y a aussi une 
violence salutaire. Au moment où des brigands cernaient une 
maison, si j'en avais percé les murs, et que, les armes à la 
main, j'eusse enlevé la femme et les enfants du propriétaire, 
pourrait-on me mettre en accusation pour ce service? Les mé- 
decins aussi nous attachent, et, cour nous guérir, contre notre 
gré font souffrir notre corps. » Etait-il de l'intérêt de l'enfant 
d'être enlevé ? A cet endroit accusation contre la belle-mère 
et attaques contre le père qui se résignait si facilement à 
perdre ses enfants. Gallion posa, lui aussi, cette question, 

5. Blandi. Cum tradere vellem puerum, nescio quis exclamavit : « Puer, 
nunc peristi. » Nihil vobis subtraham; quidni? Praeconi quoque omnia 
indicavi. 

Mentonis. Rapui nepotem, habeo; redderem, si pater quaereret. 

Divisio. 6. Montanus Votiénus in has quaestiones divisit: an in re vis 
sit. Nulla inquit, vis est: quae arma, quant pugnam, quae vulnera habett 
Volo mihi describi comitatum ùtius tumultus : quae turba est vnus puer et 
unus senex ? Rapuisti, inquit, filium meum : immo nepotem suum sustulit, 
immo venientem non potuit excludere. An, si pro illo fuit fieri vim, cui facta 
dicitur, non teneatur qui fecit. Vis injuriosa damnatur; solet enim esse et salu- 
taris. Cum latrones alxquem obsiderent % si perfodissem viilam et armata manu 
conjit.gem liberosque ejus rappissem , accusari posset beneficium meum ? Et 
medici alligant et cor oribus riostris, ut medeantur, vim afferunt. An pro illo 
fuerit rapi. Hoc loco accusatio novercae et insectatio patris tam patienter suos 
perdentis. 7. Gallio et illara quaestionem fecit et prius sumendam quaestionem 

T. II. 11 



182 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

et pensa qu'il fallait commencer par une question tirée de la 
personne plus que de l'acte : peut-on attaquer en justice un 
grand-père au nom de son petit-fils ? Non, pas plus qu'un 
père ou qu'une mère au nom de leur fils. La nature a ses 
droits, et entre l'aïeul et le père, la seule différence est que 
l'aïeul a le droit de sauver la vie de ses petits-enfants, le 
père même de prendre celle de ses enfants. «Tu ne peux, dit-il, 
m'intenter un procès comme à un étranger en me disant : 
« Quels droits as-tu sur cet enfant ? Qui es-tu? », moi qui, si 
je meurs sans testament, aurai ton fils pour héritier, moi 
qu'il pourra faire enfermer, si je deviens fou. 11 y a des 
droits que nous confère non la loi, mais la nature. Si un 
grand-père voit son petit-fils commettre quelque faute et, 
dans ses jeux d'enfant, montrer trop peu de retenue, il le 
frappera, sans que personne puisse l'accuser pour injures. » 
Ensuite, après avoir développé qu'il avait le droit d'user de 
violence pour être utile à son petit-fils, puis qu'il lui 
avait été utile, il termina par la question suivante : ne 
faut-il pas excuser ce grand-père, qui a été emporté par son 
affection pour son petit-fils ? En cet endroit il montra comme 
il serait indigne de le condamner pour cet acte. Latrou 
posa autrement les deux dernières questions et leur fit con- 
tenir plus de choses : même s'il a usé de violence, peut-on le 
condamner, s'il a agi dans une bonne intention? Ensuite : 
a-t-il agi dans une bonne intention? « En effet c'est à cause 
des intentions < supposées > que l'on intente ce procès au 
grand-père et le père dit : « Ce qu'il a fait, ce n'est pas pour 
sauver l'enfant, mais pour déshonorer ma femme comme 

putavit ex persona quam ex re : an cura avo nepotis nomine agi possit ; non magis 
inquit, quam cum pâtre fili nomine, non magis quam cum matre. Habet sua 
jura natura, et hoc tantum inter avum patremque interest, qnod avo suos ser- 
vare licet, pàtri et occidere. Non potes, inquit, sic mecum agere tamquam 
cum alieno, ut dicas : « Quid tibi cum illo ? Quis es tu ? » cujus intestati films 
tuus hères futurus est, quem dementem alligaturus est. Quaedam jura non lege,. 
sed natura nobis attributa : nepotem suum avus peccantem aliquid et inter 
puériles jocos petulantius lascivientem feriet, nec injuriarum quisquam cum illo 
aget. 8. Et ultimam illam Gallio fecit, cum tractasset illa : « licet mihi, ut pro- 
sim, vim facere, » deinde : « huic profui, » an avo ignoscendum sit, cum pro 
nepote affectu ablatus fecerit. Hoc loco tractavit quam indignum esset damnari 
illum ob hoc. Latro duas uitimas quaestiones Aliter posuit et plus complexus 
est : etiamsi vim fecit, an tamen damnari non posait, si bono animo fecerit ; 
deinde : an bono animo fecerit. Ait enim et de animo ûeri controversiam avo et 
dicere patrem : non ut nepotem servaret fecit, sed ut infamaret uxorem meam 



CONTROVERSES, IX 5 (28). 183 

empoisonneuse, et moi comme un homme asservi à une 
empoisonneuse et entre les mains duquel on aurait tort de 
laisser ses enfants. » 

[Couleurs] . — Aussi Latron employa-t-il cette même couleur 
en parlant pour le père : « Même du vivant de sa première 
femme, il n'avait pu s'entendre avec son beau-père; et, après 
sa mort, celui-ci s'était montré ouvertement son ennemi. 
Durant la maladie de l'enfant, il était venu la bouche pleine 
d'outragés, de cris, de paroles et de souhaits de malheur : 
c'est à l'instigation de ses amis qu'il n'avait pas reçu cet 
homme; car s'il venait, ce n'était pas l'affection qui le 
poussait vers ses petits-enfants, mais la haine de son gendre 
et le désir de l'insulter, puisque, quand ses petits-fils étaient 
en bonne santé, jamais il n'avait jugé à propos de venir les 
voir; quant aux médecins, ils lui avaient conseillé de ne pas 
venir, pour éviter de troubler l'enfant et de remplir son âme 
de soupçons. » 

La couleur de Pompeius Silon fut telle que, d'après 
Latron, elle allait contre l'esprit de la controverse : il dit, 
en effet, que le grand-père était venu voir l'enfant, au 
moment où il était bien faible. On ne laisse pas toujours voir 
les enfants quand ils sont malades, surtout grièvement; 
souvent même on ne permet pas au père d'entrer; voilà 
pourquoi on avait dit aussi au grand-père, qui venait d'une 
manière intempestive : « En ce moment tu ne peux entrer ; » 
aussitôt il était parti, l'injure à la bouche. De même pour 
l'autre enfant. Latron disait que cette couleur serait excel- 
lente, si la chose s'était passée ainsi, mais qu'on ne pouvait 

tamquam veneficam, me tamquam veneficae emancipatum, cui maie liberi suî 
committerentur. 

9 . Colore ergo Latro hoc eodem usus est pro pâtre, ut diceret ne viva qui- 
dem uxore bene sibi cum socero convenisse, mortua vero professas inimicitias 
illum gessisse secum. Languente puero venisse illum cum convicio, cum vocife- 
ratione, nefaria et dicentem et au*picantem : auctores amicos fuisse ne admit- 
teret hominem non ad officium nepotum, sed ad invidiam et contumeliam 
generi yenientem, qui ad stmos nepotes numquam dignatus esset accedere ' 
medicos vero suasisse ne veniret et puerum confunderet et impleret suspi 
cionibus. 

10. Siloilis Pompei color fuit, ut Latroni videbatur, qui controversiae 
repugnaret ; dixit enim venisse avum ad imbecillum puerum. Ad aegros non 
semper admitti, utique ad eos, qui graviter aegrotent; saepe et patrem non 
admissum ; sic avo quoque intempestive venienti dictum : « Nunc non potes ; » 
statim cum convicio abisse. In altero idem fecisse. Latro aiebat hune colorem 



184 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

l'admettre, parce que la matière portait : « On ne lui laissa 
pas voir l'enfant. » Cette indication fait entendre qu'on lui 
a dit, non pas : « Tu ne peux entrer en ce moment, » mais : 
« Tu ne peux pas entrer du tout. » 

Gallion mêla les deux couleurs, et employa assez habile- 
ment la couleur suivante, qui, autrement, pourrait sembler 
contraire au thème : « On dit au grand-père : « L'enfant 
repose; attends un peu; les médecins ont défendu de laisser 
entrer personne. »Vous savez qu'ils ont coutume d'ajouter : 
« pas même le père. » Aussitôt il se mit à crier : « Je vous 
prends à témoin que l'on ne me laisse pas entrer, » et il 
alla presque jusqu'à me dénoncer par écrit. J'avais prié le 
grand-père d'attendre, j'ai fermé ma porte à l'accusateur. 
Il vint, dit-il, une seconde fois en m'invectivant : « Vous en 
avez déjà tué un; vous en tuerez un deuxième. » Rien n'est 
plus malheureux que de voir quelqu'un chercher, dans votre 
malheur, un moyen de vous rendre odieux. On ne le reçut 
pas, parcequ'il disait qu'il venait, non pourvoir son petit-fils, 
mais pour examiner son état. » 

** plaida ainsi qu'il suit : « Je suis venu, non pour l'ac- 
cuser, mais pour me défendre. » 

** employa la couleur que voici : « Je n'ai pas laissé entrer 
le grand-père, parce qu'on m'a dit qu'il était venu pour 
enlever l'enfant. » 

Pour soutenir la thèse opposée, voici la couleur dont la 
revêtit Cestius : « Il avait craint pour l'enfant. Et cette 
crainte n'était pas vaine : la belle-mère en avait tué deux. » Il 



optimum esse, si res ita esset, sed recipi non posse, quia ponatur : « Non est 
admissus ; » sub hoc themate intellegere nos non hoc illi dictum : « N une non 
potes, » sed : « ex toto non potes. » 

11. Gallio utrumque miscuit et hoc colore, qui videri potest alioqui thema 
evertere, paratius usus est. Dictum est, inquit, illi : « Quiescit puer, paulum 
commorare; medici vetuerunt quemquam admitti. » Scitis solere illos dicere : 
« nec si pater venerit. » Protinus iste clamare coepit : « Testor me non admitti, » 
et tantum non tabellis signatis denuntiare. Avum distuleram, accusatorem 
exclusi. Iterum, inquit, venit cum convicio : « Jam unum occidistis, alterum 
occiditis. » Nihil est miserius quam ubi alicui ex miseria sua invidia quae- 
ritur. Non est admissus, cum diceret se nepotem non suum videre velle, sed 

nspicere. 

** sic egit : veni, non ut istum accusarem, sed ut me defenderem. 

** hoc colore usus est : non admisi avum, quia dictum erat mihi hoc illum 
animo ventre, ut raperet. 

12. Ex altéra parte colorem hune CestiUS induxit : timuisse se de puero. 



CONTROVERSES, IX 5 (28). 185 

ajouta : « Je voudrais, en me présentant devant vous, être 
plus coupable encore; je voudrais qu'on eût trois enlève- 
ments à me reprocher. » 

Argent ariu s employa la couleur que voici : « C'est l'en- 
fant qui avait demandé à son grand-père <de l'emmener. > Il 
disait qu'il ne vivrait pas, s'il restait dans cette maison. » 

Hispanus se servit de la couleur suivante : Il avait été 
emporté par son affection. « J'ai pris dans mes bras, dit-il, 
mon petit-fils; je n'ai pu me rassasier de l'embrasser, je n'ai 
pu me détacher si vite de lui. Ne vous en étonnez pas : il y 
avait longtemps que je ne l'avais vu. » 

Albucius, comme couleur, dit qu'il n'avait pas voulu que 
l'enfant fût élevé dans une maison funeste, où déjà deux 
de ses frères étaient morts ; pour celui qui avait succombé le 
second, une des causes de sa mort avait été le destin de son 
frère. Et il conserva cette couleur, ne dirigeant aucune 
attaque contre la belle-mère, aucune contre le père; il disait 
que la cause du grand-père serait très sûre, s'il se bornait à 
se défendre. « Quoi donc? Pourquoi l'as-tu enlevé? Par 
affection; c'est à lui, depuis sa naissance, que je m'étais le 
plus attaché. Dans votre maison, je n'ai rien craint que la 
maison même; si les deux enfants étaient morts chez moi, 
je l'aurais fait sortir de ma maison. » 

Votiénus Montanus disait que la narration de Marcius 
Marcellus avait été la suivante : « L'enfant m'a suivi. Je 
ne dis pas cela pour le rendre coupable à vos yeux; quoiqu'il 
arrive, que le danger tombe sur moi plutôt que sur lui : c'est 



JXec frustra, inquit : duos occiderat noverca. Et ait : vellem ad vos nocentior 
venirem reus, vellem très raptos haberem. 

Argentaiius hoc colore usus est : rogatum a puero avum. Negabat, inquit, 
posse se vivere, si in illa relinqueretur domo. 

HispailUS hoc colore usus est : affectu se ablatum. Sustuli, inquit, nepotem 
raeum ; non potui satiari osculis, non potui ab illo tam cito distrahi Nolite mi- 
rari : post longum tempus illum videram. 

13. Albucius hoc colore usus est ut diceret noluisse illum in tam infausta 
domo educari, ex qua duo jam fratres ejus elati essent ; ei, qui postea decessit, 
inter causas moriendi casum fratris fuisse. Et servavit hune colorem, ne quid in 
novercam, ne quid in patrem diceret ; aiebat tutissimum l'uturum avum, si tan- 
tum defendere se voluisset. Quid ergo ? Quare rapuisti ? Amabam ; huic maxime 
ab initio animum meum addixeram. In domo vestra nihil praeter ipsam domum 
timui : si apud me duo decessissent, ex domo illum mea transtulissem. 

14. Montanus Votiénus Marcellum Mareium aiebat sic narrasse : 
puer me secutus est. Non criminor vobis illum ; quidquid est, meo potius quam 



186 SENEQUE LE RHETEUR 

moi qui l'ai enlevé. Il me demande où il est. Il vit, il se porte 
bien; viens et tu le verras quand tu voudras. « Rends-le 
moi, » dit-il. Non, je serai cruel, trop tard, hélas ! Allons, je 
te montrerai, si tu veux, qui, avant moi, t'a enlevé tes fils. » 

Varius Géminus exprima la même pensée : « Qu'est-ce 
que cette affection si tardive ou si intempestive ? Ton troi- 
sième fils est le premier dont le sort t'inquiète. » 

Votiénus Montanus, homme d'un talent très rare, sinon 
rès pur, ne réussit pas, dans les discours d'école, à éviter 
son défaut propre, qu'il ne peut éviter dans lés discours; 
mais, dans les discours, comme la matière est plus vaste, on 
note moins les répétitions; à l'école, s'il y a des répétitions, 
on les remarque, parce qu'on dit peu de choses. Je me sou- 
viens qu'il fit ses débuts devant les centumvirs en défendant 
Galla Numisia. Galla héritait pour un douzième de son père, 
qu'on l'accusait d'avoir empoisonné. Votiénus eut un mot 
plein d'éloquence et qui durera autant que les siècles ; je 
ne sais même si l'on a jamais rien dit de mieux en sem- 
blable occurrence : « Un douzième ne se donne ni à une fille, 
ni à une empoisonneuse. » Cela ne lui suffit pas, il ajouta : 
« Sur le testament de son père, une fille doit avoir sa place 
légitime ou n'en avoir aucune. » Il ajouta encore : « Tu lui 
laisses trop, si elle est coupable, pas assez, si elle est inno- 
cente. » Même à ce moment, il ne fut pas satisfait; il ajouta : 
« Une fille ne peut tenir une si petite place sur le testament 
de son père, qu'elle doit occuper tout entier, si elle n'en est 



illius periculo fiât : ego rapui. « Ubi est?» inquit. Vivit, saivus est : veni et 
cura voles aspice. « Redde, » inquit. Non ; sero ego asper ; âge, monstrabo, si 
vis, quis ante me tibi filios abstulerit. 

Varius GemimiS eumdem sensum dixit : quae est ista aut tam sera pie- 
tas aut tam praepostera? Quaerere tuos a tertio incipis. 

15. Montanus Votiénus, homo rarissimi etiamsi non emendatissimi 
ingeni, vitium simm, quod in orationibus non évitât, in scholasticis quoque evi- 
tare non potuit ; sed in orationibus, quia laxatior est materia, minus earumdem 
rerutn annotatur iterario ; in scholasticis, si eadem sunt quae dicuntur, quia 
pauca sunt, notantur. Memini illum pro Galla INumisia apud eentumviros tiroci- 
nium ponere. Ex une ia hères erat patris sui Galla; objiciebatur illi veneficium. 
Dixit rem disertissimam et omnibus saeculis duraturam, qua nescio an quic- 
quam melius in ejusmodi génère causarum dictum sit : uncia nec filiae debetur 
nec veneficae. Non fuit contentus ; adjecit : in paternis tabulis filiae locus aut 
suus debetur aut nullus. Etiamnunc adjecit : relinquis nocenti nitnium, inno- 
centi parum. 16. Ne sic quidetn satiare se potuit; adjecit : non potest filia tam 
anguste paternis tabulis adhacrere, quas aut totas possidere débet aut totas per- 



CONTROVERSES, IX 5 (28). 187 

pas exclue complètement, » et beaucoup d'autres choses que 
je ne me rappelle pas : de ces paroles, il en a reproduit cer- 
taines dans le discours < lorsqu'il l'a publié >; il en a ajouté 
beaucoup d'autres, qu'il n'avait pas dites. Chacune est jolie, 
si on la prend seule; en revanche, chacune fait tort aux 
autres. Je me souviens que, dans cette déclamation, il pro- 
céda de la même façon. « Tu fais fausse route, père, et 
grossièrement : tu ne t'inquiètes pas des fils que lu as 
perdus ; celui dont tu t'inquiètes, il n'est pas perdu pour 
toi. » Ensuite : « C'en est fait de cet enfant, si on le trouve. » 
Ensuite : « Tous ceux qui s'intéressent à cet enfant doivent 
souhaiter qu'on ne le trouve pas. » Puis: « Cet enfant, s'il ne 
suit son grand-père, suivra ses frères : cesse de chercher cet 
enfant, car, pour toi, le trouver c'est le perdre et de telle 
façon que tu ne pourras plus le trouver. » Et encore : « Le 
grand-père l'a enlevé pour que la belle-mère ne l'enlevât 
pas. » Et encore : « De tous ses enfants, le père cherche seu- 
lement celui qui se porte bien. » Cette pensée, Glycon ne 
l'exprima qu'une fois et sans mauvais goût : « Ce petit 
enfant, lorsqu'il sera retrouvé, c'est alors qu'il sera perdu. » 
Tel est le défaut de Montanus : il gâte ses traits en y reve- 
nant; il ne se contente pas de bien exprimer une fois une 
idée et il arrive à l'exprimer mal. Pour cette raison et pour 
d'autres, qui peuvent faire paraître l'orateur semblable au 
poète, Scaurus avait coutume d'appeler Montanus l'Ovide 
des orateurs, car Ovide non plus ne sait rien sacrifier de ce 
qui vient bien. Je ne veux pas citer beaucoup d'exemples de 
ce que Scaurus appelait des Montaniana; un seul suffira : 

•dere, et plura multo, quae memoria non repeto ; ex eis quaedam in orationem 
eontulit et alia plura quam dixerat adjecit. Nihil non ex eis bellum est, si solum 
sit ; nihil non rursus ex eis alteri obstat. Idem in hac declamatione fecisse eum 
memini. Erras, inquit, pater, et vehementer erras : quos perdidisti non quaeris, 
quem quaeris non perdidisti. Deinde : puer iste, si invenitur, périt. Deinde : 
quisquis puero favet, ne inveniatur, optet. Deinde : puer, nisi avum sequitur, 
fratres secuturus est ; desine quaerere quem, si inveneris, sic perdes, ut invenire 
non possis. Et deinde : rapuit istum avus, ne raperet noverca. Et deinde : unum 
tantum pater ex liberis suis quaerit, qui salvus est. 17. Glycon hune sen- 
sura semel dixit nec génère corrupto : toùto to itouâîov. oxav euçeô^, tote àircAeiTou. 
Flabet hoc Montanus vitium : sententias suas repHendo corrwnpit ; dum non 
■est contentas imam rem semel bene dicere, efficit, ne bene dixerit. Et propter 
hoc et propter alia, quibus orator potest poetae similis videri, solebat Scaurus 
Montanum inter oratores Ovidium vocare ; nam et Ovidius nescit quod bene 
eessit relinquere. Ne multa referam, quae Montaniana Scaurus vocabat, uno hoc 



188 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

quand on emmène Polyxène pour l'immoler sur le tombeau 
d'Achille, Hécube dit : « Après la mort, la cendre même com- 
bat notre race. » Il aurait pu se contenter de ce trait; il a 
ajouté : « Dans ce tombeau même nous avons trouvé un 
ennemi. » Et, n'étant pas encore satisfait, il ajouta : « G'est 
pour le fils d'Eaque que j'ai été féconde. » Or Scaurus 
disait une grande vérité : savoir parler est une qualité moins 
grande que savoir se borner. 



contentus ero : cum Polyxène esset abducta, ut ad tumulum Ackillis immo- 
laretur, Hecuba dicit : 

cinis ipse sepulti 
in genus hoc pugnat [Met. 13, 503 sqq.]. 
Poterat hoc contentus esse ; adjecit : 

tumulo guogue sensimus hostem. 
Nec hoc contentus est ; adjecit : 

Aeacidae fecunda fui. 
Âiebat autem Scaurus rem veram: minus magnam virtutem esse scire dicere 
quam scire desinere. 



CONTROVERSES, IX 6 (29). 189 



VI (29). 

LA FILLE <DU SECOND LIT > COMPLICE DANS L'EM- 
POISONNEMENT DU FILS DU PREMIER LIT. 

L'empoisonneuse sera mise à la question jusqu'à 
ce qu'elle dénonce ses complices. 

Un homme, après la mort de sa femme, dont il avait un 
fils, se remaria : il eut une fille. Le jeune homme mourut : 
le mari accusa la belle-mère de l'avoir empoisonné. Con- 
damnée et mise à la torture, elle dit qu'elle avait eu sa fille 
pour complice. On réclame la mort de la jeune fille : son 
père la défend. 

[Pour la fille]. Cestius Pius. Ne croyez pas que ces 
larmes soient d'une fille ou d'une coupable : c'est son frère 
qu'elle pleure. — Jeune fille, pour te défendre, il serait inu- 
tile de dire que ton frère t'aimait, si ta mère ne te dé- 
testait pas. — Tu m'as tué, marâtre, en ayant l'habileté 



VI (29). 
FILÏA CONSCIA IN VENENO PRIVIGNI. 

Venefica torqueatur, donec conscios indicet. 

Quidam mortua uxore, ex qua filium babebat, dux.it alteram uxo- 
rem et ex ea filiam sustulit. Decessit adulescèns ; accusavit maritus 
novercam venefîci. Damnata, cum torqueretur, dixit consciam sibi 
lîliam esse. Petitur puella ad supplicium : pater défendit. 

i. Cesti Pii. Non est, quod putetis bas lacrimas aut fîliae esse aut reae : 
fratrem flet. — Non prodesset tibi, puella, ne hoc quidem, quod te frater 
amavit, nisi mate?* odisset. — Hoc me occidisti, noverca, quod scisti consciam 
eligere. — Paene dixi : anteactam ejus vitam excutiamus. 

T. II. IL 



190 SENÈQUE LE RHETEUR 

de la donner pour ta complice. — J'ai presque fini; exa- 
minons sa vie privée. 

Fulvius Sparsus. Femme néfaste, marâtre même pour 
sa fille, jusque dans la mort il faut qu'elle tue. — Pour les 
gladiateurs mêmes, la situation du vainqueur n'est jamais 
plus mauvaise que s'il lutte contre un adversaire mortelle- 
ment blessé. De tous les adversaires, le plus à craindre est 
celui qui ne peut plus vivre et peut encore tuer. 

Vibius Gallus. C'est au moment de mourir que la fureur 
éclate avec le plus de violence et le désespoir des derniers 
instants pousse l'âme jusqu'à la folie. Certaines bêtes féroces 
mordent les traits, mêmes qui les ont frappées, et, malgré 
leurs blessures, se ruent sur l'auteur de leur mort. Quand 
tout espoir de grâce a disparu, le gladiateur attaque nu 
celui devant lequel il fuyait, tout couvert d'armes. Ceux 
qui se sentent tomber dans un gouffre entraînent, non seule- 
ment ce qui les a poussés, mais tout ce qu'ils trouvent, et, 
par un sentiment naturel de l'âme désespérée, ceux qui vont 
mourir aiment à ne pas mourir seuls. 

Votiénus Montanus. En entreprenant de venger mon 
fils, j'ai montré le coup le plus sensible que l'on pût me 
porter. — Mensonge semblable à un empoisonnement ! — Si 
l'on peut à peine croire au parricide d'une mère, croirez- 
vous à celui d'une sœur? — Je ne crains pas qu'on croie, 
d'une sœur, ce que j'ai eu tant de peine à prouver d'une 
belle-mère. — Quand ma fille est née, je l'ai élevée comme 
un gage futur de paix ; je pensais : en étant mère, ma femme 
dépouillera la marâtre. Mais, à force d'être marâtre, elle a 

Fulvi Sparsi. Nefaria mulier, flliae quoque noverca, ne mori quidem 
potuit, nisi ut occideret. — Inter gladiatores quoque victoris conditio pessima 
est cum moriente pugnantis : nullum magis aiversarium timeas quant qui 
vivere non patent, occidere potest. 

2. Vibi Galli. Concitatissima est in morte rabies, et desperatione ultima 
in furorem animas imoellitur. Quaedam ferae tela ipsa commordent et ad 
mortis auctorem per vulnera ruunt. Abscisa missione gladiator quem armatus 
fugerat, nudus insequitur. Praecipitati non quod impulit tanlum trahunt, sed 
quod occurrit, et, naturali qucdum depîoratae mentis affectu, morientibus 
gratissimum est commori. 

3. Votieni Montani. Dum filium vindico, ubi gravissime mihi noceri 
posset, ostendi. — Veneficio simile mendacium ! — Si in noverca vix credibile 
est parricidium, in sorore creditis ? — Non timeo ne quis hoc in sorore credafc, 
quod ego vix probavi in noverca. — Natam mihi filiam quasi futuram pacis 
obsidem sustuli: aiebam : dum matris meminit, obliviscetur novercae. At illa, 



CONTROVERSES, IX 6 (29). 191 

oublié qu'elle était mère. — « C'est ma fille, dit-elle, qui est 
ma complice. » Après cette parole, on aurait cru que la tor- 
ture avait cessé pour elle : c'est elle qui semblait le bour- 
reau. — La sœur a donné du poison au frère ? Combien 
de temps avons-nous lutté avant de vous persuader que la 
belle-mère en avait donné à son beau-fils! — Marâtre, tu as 
atteint ton but : je me repens de t'avoir fait condamner. 

Argentarius. La conduite que je tiens, juges, n'est pas 
nouvelle : je défends des enfants contre une belle-mère ; je 
demande à ne pas perdre ma fille, pour avoir essayé de 
venger mon fils. — Si vous ne venez à mon secours, c'est la 
belle-mère qui l'emporte et moi qui suis vaincu. — J'ai 
épousé une femme, dont je ne sais si elle est plus méchante 
comme épouse ou comme belle-mère. — Ma fille m'est 
d'autant plus chère que sa mère a montré tant de haine 
contre elle. 

Cornélius Hispanus. Si elle était complice dans le 
crime, je n'aurais pas besoin qu'on me la dénonçât : vous 
savez quelle haine je porte à l'empoisonneuse. — J'activais 
les bourreaux; je disais : « que ta mort soit plus cruelle que la 
sienne; » les feux ne me semblaient pas assez brûlants, les 
coups assez durement appliqués ; je dis : « Si je puis 
ajouter quelque chose à tes tortures, je le ferai; » mais j'y 
pense, je le puis : j'ordonnerai d'amener sa fille; qu'on 
l'appelle ! Pourquoi, ma fille, trembler ainsi devant ta mère? 
Pourquoi te réfugier dans mes bras? Pourquoi la redouter 
comme si c'était ta bellé-mère ? 

Marullus. Même au milieu des supplices, elle ne saurait 

dum novercae meminit, matris oblita est. — « Filia, inquit, mihi conscia est. » 
Post hanc vocem remissa putares tormenta : similis facta torquenti est. — 
Soror fratri venenum dédit ? Quamdiu luctati sumus, ut crederetur noverca pri- 
vigno dédisse ! — Noverca, quod volueras consecuta es : damnasse jam pae- 
nitet. 

4. Argentari. Facio rem, judices, non novam : liberos meos a noverca 
vindico ; peto ne, quia ftlium vindicavi, filiam perdam. — Nist succurritis, 
noverca vicit, ego victus sum. — Duxi nescio pejorem uxorem an novercam. — 
Hoc mihi carior est, quod tam invisa matri fuit. 

Comeli Hispani Si conscia esset, neminem exspoctarem : scitis quemad- 
modum venefîcam oderim. — Instabam tormentis, aiebam : morere pejus quam 
occidisti ; non satis mihi ardere ignés videbantur, non satis insidere verbera ; 
dixi : si quid adjicere tormentis tuis possum, faciam; possum, puto : jubebo 
fîliam afferri ; vocet hoc aliquis ! Matrem quid expavisti, puella? Quid ad sinus 
meos refugisti ? Quid extimuisti tamquam novercam ? 



192 SENEQUE LE RHETEUR 

renoncer à tuer, et Ton croira qu'elle a eu besoin d'un com- 
plice pour donner le poison! — Cette jeune fille, qu'on 
accuse d'avoir tué son frère, qu'a-t-on à lui reprocher avant 
ce crime? La belle-mère, < au contraire >, n'a-t-elle pas tué 
son beau-fils avant sa fille ? — On doit bien augurer d'elle : 
vous en voulez une preuve ? Sa mère ne l'aime pas. 

Arellius Fuscus. Ta belle-mère s'acharne sur tes cendres 
aussi ; elle prend la seule arme qui lui reste : elle poursuit ta 
sœur. — A son âge, qui peut-elle ne pas détester, sinon son 
frère? — Tenez-lui compte des éloges que lui donne son 
père ; tenez-lui compte aussi de l'accusation que porte contre 
elle une telle mère. 

Menton. N'as-tu pas pitié de cette enfant ? Elle la mérite 
plus que son frère : lui avait une belle-mère, c'est vrai; 
mais elle, sa mère a été à son égard plus cruelle qu'une 
belle-mère. — Elle me dit : « Ma complice, c'est ma fille. » 
< Alors > c'est moi qui ai commencé à subir la torture, cette 
marâtre à me la donner. — Tn es arrivée à ton but, femme : 
seul sur cette terre, j'ai mieux connu la marâtre au moment 
où je la perdais. 

Porcius Latron. J'ai eu un fils si bon, qu'il aurait pu 
être aimé même d'une belle-mère, s'il n'avait rencontré une 
belle-mère capable de haïr même sa fille. — La perversité 
du siècle en est-elle arrivée au point qu'un parricide soit le 
crime d'une fillette ? Mais, si elle ne comprend pas l'horreur 
du crime, est-elle capable d'un parricide? C'est que, dit-on, 
elle a pour mère une empoisonneuse. Si l'on remonte aux 

5. Marulli. Ne inter supplicia quidem desiit occidere : et hanc quisquam 
putet non potuisse venenum sine conscia dare ? — Puella, quae occidisse fra- 
trem dicitur, quid ante peccavit ? Noverca quoque ante privignum occidit quam 
filiam. — Haec bonae spei est; quaeritis argumentum ? Matri suae non placet. 

Arelli Fusci. Etiam cineribus tuis infesta est noverca; quod unum potest, 
persequitur sororem tuam . — Quid potest adhuc non odisse nisi fratrem ? — 
Prosit illi apud vos quod illam pater laudat, et prosit quod talis mater 
accusât. 

6. Mentonis. Non misereris hujus ? Miserior est quam frater : ille habuit 
sine dubio novercam, haec matrem noverca pejorem. — « Consola, inquit, est 
filia. » Eqo torqueri coepi, noverca torquere. — Consecuta es, mulier, quod 
voluisti : solus omnium magis sensi novercam cum perdidi. 

Porci Latronis. Habui filium tam bonum, ut ilium amare posset etiam 
noverca, nisi in eam incidisset, quae vosset etiam filiam odisse. — Hucine 
saecula recciderunt, ut parricidium puellare sit? Ita si magnitudinem rei non 
intellegit, num est idonea parricidio ? « Sed venefîcae, inquit, fîlia est. » Si 



CONTROVERSES, IX 6 (29). 19S 

parents, pourquoi ne pas la croire semblable à son père, qui 
l'aime, plutôt qu'à sa mère, qui la hait? Enfin je ne me 
refuse pas à ce qu'on voie en elle le portrait de sa mère : sa 
mère, à son âge, n'était ni belle-mère, ni empoisonneuse. 

Albucius Silus. J'ai épousé une femme dont la réputa- 
tion n'avait pas encore été effleurée dans le public et je ne 
m'étonne pas qu'elle fût alors innocente : elle était encore 
jeune fille. 

Blandus. En admettant qu'elle ait l'instinct du crime, 
évidemment elle est semblable à sa mère : il faut qu'elle 
soit empoisonneuse avant d'être parricide, — Elle dit : « Ma 
complice, c'est ma fille. » Les dieux te confondent! Même à 
la torture, tu assassines encore ! — Un esclave, à la ques- 
tion, désigna Caton comme son complice dans un voL 
Qu'auiïez-vous fait? Auriez-vous accordé plus de crédit à la 
torture ou à Caton ? 

Butéon. Si on te demande ton complice, ma fille, nomme 
ton père. — Ce qu'une belle-mère a fait si tard, une jeune fille 
Ta fait si tôt? — «Ma complice, c'est ma fille. » Puisses-tu 
mourir de maie mort ! Mais je croyais que tu n'avais qu'un 
bel-enfant ! 

Triarius. Elle me dit : « C'est ta fille qui est ma com- 
plice. » Après cette dénonciation, elle se croyait sûre de la 
victoire. — Elle a pleuré son frère à ses funérailles ; par ses 
larmes elle a tiré celles de toute la foule : aussi la marâtre 
a-t-elle voulu qu'elle mourût d'une mort plus cruelle que son 



parentes inspiciuntur, cur non potius patri videatur similis, cui placet, quam 
matri, cui displicet ? Denique non recuso, quominus in illa vel matris exigatur 
imitatio : illa, cum hujus aetatis esset, nec noverca erat nec venefîca. 

7. Albuci Sili. Duxi uxorem nullis adhuc inquinatam fabulis nec miror 
innocentem tune fuisse : adhuc puella erat. 

Blandi. Ut scelerata sit, nempe matri suae similis est; ante veneficium opor- 
tet faciat quam parricidium. — « Filia, inquit, conscia est. » Di te perdant ! 
Etiam dum torqueris, occidis. — Servus tortus Catonem conscium furti dixit. 
Quid agitis ? Utrum plus creditis tormentis an Catoni ? 

Buteonis. Si conscius a te, puella, quaeretur, nominato patrem. — Quod 
noverca tant sero, puella tam cito ? — « Filia, inquit, conscia est. » Maie pereas - r 
At ego te putabam unius novercam. 

8. Triari. « Filia, inquit, tua conscia est. » Yidebatur sibi post hanc vocem 
vicisse. — Amissum fratrem flevit in funere, totius populi lacrimas suis expres- 
sit ; itaque illam noverca pejus perirevoluit quam privignum. — « Filia, inquit, 
conscia est. » Hoc ultimum fuit novercae veneficium. 

Q. Hateri. Succurrite, quaeso, ne, cum torta sit, quia fîlium meum occide- 



194 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

beau-fils. — « Ma fille, dit-elle, est ma complice. » Ce fut le 
drrnier empoisonnement de cette marâtre. 

Q. Hatérius. Venez à mon aide, je vous prie, afin que, 
mise à la torture pour avoir tué mon fils, elle ne trouve dans 
la torture l'occasion de tuer ma fille aussi. — Je perds tous 
mes enfants par le mensonge ou le poison que verse cette 
seule femme. — Elle ne pleure pas assez pour une accusée. 
Comment lui arracher des larmes ? Qu'on apporte le portrait 
de son frère ; voyez les larmes que lui fait verser aussitôt la 
douleur ; son visage avait-il la même expression quand sa 
mère était à la torture ? 

Thèse opposée. Triarius. Si nous te haïssions, nous te 
laisserions vivre avec une fille de ce caractère. — Les petits 
de certaines bêtes féroces naissent féroces ; il y a des 
plantes qui portent un poison mortel jusque dans leurs ra- 
cines. — L'âge des crimes, n'a-t-elle pu le devancer, rien 
que pour avoir comme mère une marâtre ? — Faut-il vous 
rappeler cette femme qui sema sur sa route les membres 
d'un frère pour retarder la poursuite d'un père ? Voilà un 
exemple qui porte sur une sœur et sur une vierge. 

Division. • — Cestius, dans la partie conjecturale, distingua 
deux points: il se demanda, en premier lieu, si la femme 
avait eu besoin d'un complice ; ensuite si, en ayant ou en 
ayant eu besoin, c'est sa fille qu'elle avait choisie. Mais il 
ne sut pas garder la juste mesure, car il développa longue- 
ment ce lieu commun, qu'on ne saurait déterminer une 
sœur à tuer son frère, et, en même temps, il voulut la 
faire paraître si petite fille, qu'il la représenta comme 



rat, filiam etiana, dum torquetur, occident. — Liberos effero semper unius mu- 
lieris aut mendacio aut veneno. — Non flet quantum reae satis est. Quemad- 
modum illi extorquebo lacrimas ? Afferte mihi imaginem fratris ; videte subito 
desiderio fletus concitatos : numquid talem vultum, cum mater torqueretur, ha- 
buit ? 

Pars altéra. 9. Triari. Si odissemus te, pateremur cum ejusmodi filia vi- 
vere. — Quarumdam ferarum c ituli cum rabie nascuntur ; venena statim radi- 
cibus pestifera saut. — Quantum illi ad scelera aetatis adjecit quod illam no- 
verca peperit ? — Quid Ma, quae fratrem in moram spquentis patris spar- 
sit ? Habes exemptant, quod et sorori conveniat et viryini. 

Divis.o. 10. Cestius in duas partes conjecturam divisit et primum quaesiit, 
an illi conscia opus fuerit ; deinde : si opus est aut fuit, an hanc habuerit. Non 
servavit autem modum : nam et illum locum diu tractavit : non posse sororem 
in mortem fratris impelli, et intérim tam puellam voluit videri, ut nulli esset 



CONTROVERSES, IX 6 (29). 195 

impropre à tout rôle. Aussi Votiénus Montanus raillait-il 
très spirituellement les absurdités imaginées par les rhé- 
teurs dans cette controverse ; car, dans leurs déclamations, 
ils semblaient supposer que la fille, appelée « jeune fille » 
< dans la matière >, était un tout petit enfant, sans com- 
prendre que, sïl en était ainsi, elle ne serait même pas 
accusée. « Aussi, dit-il, devons-nous nous la représenter 
comme une jeune fille d'un âge où ce crime est au moins 
vraisemblable. Dans tous les cas, ajoutait-il, ce qui est inad- 
missible, c'est, avec Cestius, de supposer la mère disant à 
sa fille : « Donne du poison à ton frère, » et la fille répon- 
dant : « Ma mère, qu'est-ce que du poison? » Triarius dit 
une chose bien plus maladroite, parce qu'il ne la tira pas de 
lui-même ; il se borna à y mettre le mauvais goût : il la 
prit, en effet, au trait de Cestius. Il avait représenté la 
belle-mère disant à sa fille : « Donne du poison à ton frère ; » 
il supposa qu'elle répondait : « Ma mère, donne-m'en aussi. » 
Y a-t-il rien de plus absurde que cette mère disant à sa 
fille : « Donne du poison à ton frère. » Il ne supportait pas 
non plus ce trait de Triarius, dont Hatérius s'est servi autre- 
ment, dans la péroraison : « Ici l'accusé devrait pleurer. 
Est-ce que ma fille pleure ? Je trouverai le moyen de la 
faire pleurer ; qu'on apporte le portrait de son frère. » Or, 
si elle est assez petite fille pour dire : « Ma mère, qu'est-ce 
que du poison ? » elle ne peut encore avoir des sentiments 
d'affection si développés, que le portrait de son frère la fasse 
fondre en larmes. » Quelque matière que l'on étudie, sur- 



idonea ministerio. Itaque elegantissime deridebat Montanus Votiénus in 
hac controversia ineptias rhetorum, quod sic declamarent, tamquam haec, quae 
puella nominata est, infans esset, nec intellegerent, si talis esset, ne futuram 
quidemream. Itaque hoc debemus, inquit, nobis proponere : puellam ejus aetatis, 
in qua est certe credibile scelus. Illud quidem intolerabile esse àiebat, quod 
induxerat Cestius matrem dieentem filiae : « Da fratri venenum, » filiam res- 
pondentem : « Mater, quid est venenum? » 11. Triarius multo rem magis 
ineptam, quia non invenit illam, sed corrupit ; nam ex Cesti sententia traxit ; in- 
duxerat novercam dieentem : « Da fratri venenum ; » fecit illam respondentem : 
« Mater, et mihi da. » Quid enim est tam absurdum quam matrem sic locutam 
cum puella : « Da fratri venenum ? » Non ferebat nec illam Triari sententiam. 
qua aliter Hatérius usus est, cum ad epilogum pervenisset : « Hoc loco debebat 
reus flere ; num flet puella ? Inveniam quemadmodum fleat ; afferat aliquis hue 
imaginem fratris. » Illa enim, si tam puella est, ut dicat : « Mater, quid est ve- 
nenum, » non potest tantae pietatis esse ut eam imago fratris in lacrimas concitet. 
Tantus autem error est in omnibus quidem studiis, sed maxime in eloquentia, cujus 



196 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

tout si c'est l'éloquence, où il est impossible de donner des 
règles certaines, on se trompe si grossièrement qu'on peut 
voir ses défauts, tout en les aimant. Gestius comprenait tout 
ce qu'avait de puéril ce : « Ma mère, qu'est-ce que du poi- 
son ? » car il se moquait de Murrédius, qui avait imité ce 
trait dans la péroraison, quand il commençait à s'adresser 
à la jeune fille en ces termes : « Prends la physionomie 
d'un accusé, verse des larmes, de tes mains touche les ge- 
noux <des juges>, tu es accusée. » Il supposait que la fille 
répondait : « Mon père, qu'est-ce qu'accusée ? » Gestius 
disait à ce propos : « S'il a voulu par là se moquer de moi, 
c'est un homme spirituel, et je sais maintenant que mon 
trait était ridicule : mais il y a bien des choses que je dis, 
non parce qu'elles me plaisent à moi, mais parce qu'elles 
plairont à mes auditeurs. » Il déclarait plus supportable un 
trait de Vibius Rufus, qui, lui aussi, appelle certaines cri- 
tiques ; il avait dit dans la péroraison : « Nourrice, emporte 
l'enfant. » Il se disait incapable de supporter jusqu'au bout 
les paroles suivantes d'Hatérius, qui a promis et donné un 
orateur : « Cette accusée ne doit pas être envoyée en exil; il 
faut l'y porter, » quoiqu'il sût, dit-il, qu'on mettait en adju- 
dication le transport des exilés. En effet, comment doit-on 
comprendre ce trait ? Que la fille ne peut pas marcher du 
tout, ou qu'elle ne pourrait pas marcher jusqu'au lieu fixé 
pour son exil ? Cela est vrai, mais le dernier cas est aussi 
celui de la mère. 

[Couleurs]. — Silon, parlant pour le père, mit en paral- 
lèle la mère et la fille et développa toute la controverse au 

régula incerta est, utvitia quidam sua et intellegant et ament. 12. Cestius puerili- 
ter se dixisse intellegebat : « Mater, quid est venenum ? » ; deridebat enim Murre- 
dium qui hanc sententiam imitatus in epilogo, cum alloqui coepisset puellam et 
diceret : « Compone te in periclitantium habitum, profunde lacrimas, manus ad 
genua dimitte, rea es, » fecerat respondentem puellam : « Pater, quid est rea ? » Et 
aiebat Cestius : «c Quodsi adderidendum me dixit, homo venustus fuit, etegonunc 
scio me ineptam sententiam dicere ; multa autem dico non quia mihi placent, sed 
quia audientibus placitura sunt. » 13- Et illud Rufi Vibi tolerabilius aiebat esse, 
sed et ipsum aliqua objurgatione dignum ; dixerat in epilogo : nutrix, ream toile. 
Illud in Haterio, qui et promisit oratorem et praestitit, negabat se perferre, quod 
dixerat : haec rea non mittenda in exsilium, sed ferenda est ; cum sciret, inquit, 
in exilium exportandos locari solere. Quid enim intellegi vult hac sententia ? 
Ex toto puellam ambulare non posse, an non posse usque in exilium ? Verum 
est, sed nec mater ejus potuisset. 

14. Silo a parte patris comparationem fecit inter se matris et filiae et totana 



CONTROVERSES, IX 6 (29). 191 

moyen de cette figure: « Je ne vais pas vous expliquer, 
dit-il, ce que doit être une empoisonneuse. Je dépenserais 
mon temps inutilement, si j'entreprenais de vous montrer 
qu'elle doit être d'un certain âge, préparée à ce crime par un 
apprentissage, odieuse à son mari, capable de tuer même 
sa fille. Il serait superflu d'employer plus de mots : dans 
cette cause, nous avons précisément un type d'empoison- 
neuse. Comparons les deux accusées : certainement, vous 
n'attendez pas qu'on fasse porter votre examen sur tous les 
points de la comparaison ; je vous dirai comment j'ai accusé 
ma femme. Je lui ai reproché sa vie antérieure : pouvez-vous 
aussi la reprocher à ma fille ? » Et ainsi il passa en revue 
tous les points et [défendit sa fille en la comparant à sa 
mère. Sur la question secondaire, que certains avaient déve- 
loppée dans la première partie, à savoir si la femme avait 
eu besoin de complices, il passa rapidement et voici com- 
ment : «Pendant tout le procès, dit-il, l'accusée s'écriait: 
« Indique ma complice. » Moi, je prétendais qu'elle n'en 
avait pas eu besoin; je répondais : « Tu étais dans la même 
maison <que mon fils> ; tu connaissais le poison ; l'occasion 
se trouve facilement pour une belle-mère qui vit avec son 
beau-fils ; personne ne te suspectait, personne ne te crai- 
gnait, à cause de la sœur. » Soutenant la thèse opposée, il 
employa la couleur suivante : « La belle-mère avait eu re- 
cours au poison pour assurer l'héritage entier à sa fille r 
celle-ci l'avait donc à la fois déterminée et aidée à commettre 
ce crime. » 



hac figura controversiam declamavit : non sum, inquit, vobis dicturus qualis 
debeat esse venefica. Operam perdam, si coepero describere debere esse aetate 
provectam, usu exercitatam, invisam viro, quae possit etiam fîliam occidere. Su- 
pervacuum est uti pluribus verbis ; in hac ipsa causa habemus veneficae exem- 
plar. Comparemus inter se duas reas; nec est quod quaeratis aliquem, qui cogni- 
tionem vestram per omnes comparationis partes ducat ; ego vobis dicam quo- 
modo illam accusaverim. Ego illi objeci ante actam vilam : vos huic potestis 
objicere? Et sic omnia circumiit et comparando défendit. 15. Illam quaestiuncu- 
lam, quae m prima parte tractata erat a quibusdam : an illi utiqueopus fuisse t 
conscia, sic transcucurrit : aiebat, inquit, tota actione rea : « Die quam cons- 
ciam habuerim ; » ego negabam opus illi fuisse ; aiebam ; in eadem domo eras y 
venenum notum erat, novercae occasio facilis conviventi, non eras suspecta, 
nemo te timebat propter sororem. Ex altéra parte hoc usus est colore : nover- 
cam ideo venenum dédisse, ut filia sua sola hères essel ; eamdem illi et cons- 
ciam fuisse venefici et causam. 

16. Omnes declamatores aiebat voluisse aliquid novi dicere illo loco, quo no- 



198 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Il disait que tous les déclamateurs avaient voulu trouver 
du nouveau à propos de l'endroit où la*belle-mère désignait 
sa fille comme sa complice. Hybréas dit : « Quoi donc ? 
Elle a calomnié sa fille ? Non, mais la mienne. » 

Ce trait , Arellius Fuscus, qui était un Asiatique, le re- 
produisit, et non par une rencontre fortuite, car il le tra- 
duisit mot à mot : « Quoi donc ? dit-il. Elle a calomnié sa 
fille? Non, mais la mienne. » 

Hatérius a rendu ce trait avec plus de réserve : « Quoi 
donc ? Elle a menti ? Pourquoi non, quand il s'agit de la 
fille de son accusateur ? » 

Cestius dit : « Celle qu'elle a nommée, c'est la sœur de 
son beau-fils. » 

Albucius dit : « Pourquoi aurait-elle hésité à accuser la 
fille de celui qui la faisait tuer, la sœur de celui qu'elle 
avait tué ? » 

Triarius dit : « Quoi donc ? Cette mère a menti ? » Sup- 
prime ce nom de mère ; depuis sa condamnation, c'est une 
belle-mère. » 

Blandus dit : [La belle-mère a pensé :] « Je dénoncerai 
cette fille, qui a pris le parti de son père, qui a pleuré quand 
son frère est mort, et n'a pas pleuré quand on amis sa mère 
à la question. » 

Pompeius Silon dit : « C'est ma fille, a-t-elle répondu, 
qui est ma complice. » A ces mots j'ai noté sur sa physio- 
nomie la même expression que je lui avais vue au lit de 
mort de son beau-fils. » 



minabat noverca filiam consciam. Dixit, inquit, Hybreas : T( ouv ; 'E^êûtra-ïo 
«am ttjç l8ia.ç bvyaxçôç ; Oux' àXkà. v-OLià tîjç lpr t ç. 

Hanc sententiam Fuscus Arellius cura esset ex Asianis, non casu dixit, 
sed transtulit ad verbum quidem : Quid ergo ? inquit, mentita est de filia sua ? 
Immo de mea. 

Modestius hanc sententiam vertit Hatérius : Quid ergo ? Mentita est ? Quidni 
illa mentiretur de accusatoris sui filia? 

Cestius dixit : nominavit privigni sui sororem. 

17. Albucius dixit : quid habuit, quod dubitaret an parceret filiae ejus, 
a quo occidebatur, sorori ejus, quem occiderat? 

Triarius dixit : Quid ergo? Mater mentita est? Toile matris nomen : post 
clamnationem noverca est. 

Blandus dixit : Nominabo istam, quae patri adfuit, istam, quae mortuo 
fratre fie vit, torta matre non flevit ? 

Silo Pompeius dixit : « Filia, inquit, mihi conscia est. » Post hoc eum- 
dem vultum ejus notavi quem videram moriente privigno. 



CONTROVERSES, IX 6 (29). 199 

Votiénus Montanus rapportait le trait suivant de son ami 
Marcius Marcellus, dont il parle souvent dans ses livres 
comme d'un homme éloquent: « Elle a trouvé le moyen 
d'accuser étant condamnée, de tuer en mourant, de torturer 
étant à la torture. Ce n'est pas là une dénonciation, mais un 
second empoisonnement de cette marâtre. » 

Latron avait dit, en décrivant les tortures : « Je m'achar- 
nais sur elle, non comme un accusateur, mais comme un 
bourreau; moi-même, j'activais le feu; moi-même, de mes 
mains, je tendais le chevalet. Ne pourrai-je boire son sang, 
lui arracher les yeux! Elle m'a enlevé mon fils; si je ne 
l'en avais empêché assez vite, elle m'aurait enlevé ma fille 
aussi. » 

Triarius dit : « Lorsque je l'accusais, je lui ai reproché 
cet empoisonnement : dans la péroraison, au milieu de mes 
prières, j'ai excité ma fille à venger son frère ; c'est ce qui a 
le plus touché les juges, c'est ce qui a le plus irrité la ma- 
râtre. » 

Albucius dit : « Quand elle eut dénoncé sa fille, elle me 
regarda, sans doute pour savoir si cette torture me faisait 
assez souffrir. » 

Nicétès s'exprima, en ce même endroit, d'une façon 
remarquable: « Ma complice, dit-elle, c'est la fille... Et elle 
ajouta: la fille de cet homme. » 

Montanus, en développant ce lieu commun que les 
parents les plus criminels désirent avoir des enfants ver- 
tueux, dit : « Elle peut prétendre que sa fille est empoison- 

18. Montanus Votiénus Marcellum Marcium, amicum suum, cujus fré- 
quenter mentionem in scriptis suis facit tamquam hominis diserti, aiebat hanc 
dixisse sententiam : invenit quomodo damnata accusaret, moriens occideret, 
torta torqueret. Non est hoc indicium, sed alterum novercae venefîcium. 

Latro dixerat, cum descripsisset tormenta : instabam super caput non accu- 
sator, sed tortor ; ipse ignés subjiciebam, ipse ad intendendum eculeum manus 
admovebam. Ego non bibam sanguinem istius, non eruam oculos? Filium mihi 
eripuit ; nisi citius illam oppressissem, et filiam abstulisset. 

Triarius dixit : cum accusarem, objeci venefîcium ; in ultima parte, inter 
preces meas excitavi puellam ad ultionem fratris sui : haec res maxime judices 
movit, haec maxime novercam offendit. 

Albucius dixit : postquam nominavit filiam, ad me respexit, videlicet ut sci- 
ret an satis torsisset. 

Nicetes egregie dixit in hoc eodem loco : « Euvoïâé \xoi, ç^o-r/, \ Ouyàrvio *xai 

7tpoa'É6r l x2v « n TOUTOU. » 

19. Montanus, cum diceret illum locum, quamvis sceleratos parentes velle 



200 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

neuse, si elle est capable de la rendre telle : il est plus dif- 
ficile de déshonorer les enfants que de les pervertir. » Et 
encore : « Souhaitez à notre siècle, juges, s'il produit de 
grands criminels, de n'en pas produire de précoces; souhaitez- 
lui qu'il ne se perpètre aucun crime insolite ; souhaitez-lui 
de voir une belle-mère continuer ses parricides , plutôt 
qu'une sœur commencer à en commettre. — J'ai pu la faire 
condamner; je n'ai pu éviter ses coups. — Tu as agi trop 
tard, marâtre ; si tu m'avais prévenu plus tôt, j'aurais pu 
m'entendre avec toi pour dissimuler certaines charges ; tu as 
eu tort de déployer ta colère quand tu étais condamnée. Tu 
ne fais rien comme il faut. — Croyez-moi : moi qui l'accuse, 
j'ai craint les pièges de l'accusée; j'ai toujours gardé ma fille 
près de moi j'ai fait moi-même l'essai de tous les mets. 
mortels ignorants de l'avenir ! C'est quand j'ai livré ma 
femme au bourreau que j'ai cessé de craindre pour ma fille.» 
Tout le monde adopta la même couleur, à savoir que 
la marâtre avait désigné sa fille pour affliger le père. 
Gallion donna d'autres raisons : « Elle l'a désignée, dit-il, 
peut-être pour dissimuler ses vrais complices, peut-être, 
comme l'accusateur s'acharnait très cruellement sur elle, 
pour le déterminer, en l'épouvantant, à faire cesser les tor- 
tures; peut-être, engourdie par l'excessive douleur que lui 
causait la torture, n'a-t-elle pas su ce qu'elle disait. » Enfin 
il ajouta : « Peut-être a-t-elle voulu se venger sur son accu- 
sateur du châtiment qu'il faisait infliger à l'empoisonneuse.» 
Il exprima encore cette idée : « J'en juge par mes sen- 



tamen innocentes liberos suos esse, dixit : potest ista fîliam venefîcara fingere, 
si potest facere : difficilius est liberos inquinare quam perdere. Et illud : « Favete 
saeculo, judices, cum ingentia scelera ferat, ne etiam immatura tulerit ; favete, 
ut nullum scelus commissum sit nisi quod solet; favete ut potius noverca non 
desierit parricidium facere quam soror coeperit. — Damnare illam potui, effu- 
gere non potui. — Sero fecisti, noverca : si hoc ante dixisses, potuisti praevari- 
cationem pacisci; non recte, cum damnareris, animosa eras. Recte nihil potes 
facere. — Si qua est fides, accusator insidias reae timui ; nusquam a sinu meo 
dimisi puellam ; ipse omnes praegustavi cibos. Incauta futuri mortalitas ! Post- 
quam ad tortorem perduxi novercam, timere de fîlia desii. » 

20. Omnes illo colore usi sunt, a noverca nominatam filiam in dolorem patris. 
Gallio plura dixit : fortasse, inquit, hanc nominavit, ut veros conscios celaret» 
fortasse ut, quia acerrime instabat accusator, hoc metu territus finem tormen- 
tis imponeret, fortasse nimio dolore tormentorum stupefacta, nesciit quid loque- 
retur. Novissime dixit : fortasse in hoc, ut,quae poenas venefici dabat, accusa- 



CONTROVERSES, IX 6 (27). 201 

timents : quand, fou de colère et de haine, je cherchais 
autour de moi tous les moyens de me venger, je n'aurais 
pas reculé devant un crime, et, si cette marâtre avait eu des 
fils à elle, je les aurais tués. Combien de fois j'ai voulu me 
jeter même sur ma fille! Mais ce qui l'a protégée contre ma 
vengeance, c'est qu'elle ne l'était pas contre celle de a mère.» 

tionis exigeret. Illum sensum adjecit : ex meis hoc affectibus aestimo tune cum 
ira, cum odio furerem, circumspiciebam omnes ultionis vias, oblitus nnocen- 
tiae ; si proprios habuisset filios noverca, occidissem. In hanc ipsara quotiens 
impetum facere volui ! Sed propter hoc a me tuta erat, quod a matre noa erat. 



202 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 



EXCERPTA 
CONTROVERSIARUM 

LIBER NONI. 

I. 

CIMON INGRATUS CALLIAE. 

Adutterum cum adultéra qui deprehenderit, dum 
utrumque interficiat, sine fraude sit. 
Ingrati sit actio. 

Miltiades, peculatus damnatus, in carcere alligatus decessit ; Gimon, filius 
ejus, ut eum sepeliret, vicarium se pro patris corpore dédit. Callias dives 
sordide natus redemit eum a re publica et pecuniara solvit eique filiam col- 
locavit. llle deprehensam in adulterio deprecante pâtre occidit uxorem. 
Ingrati reus est. 

Adulterium mihi carcere gravius est. Ferrum mihi a lege traditum ad vindic- 
tam pudicitiae projiciam? Perdidisti pecuniam, Callia, si solvisti taies manus. 
Non potest generosus animus contumeliam pati. Hoc interest inter fortunam pa- 
rentis et fili, quod illius calamitatum exitus fuit carcer, mearum initium. Unus 
Miltiadis census inventus est Cimon filius. Redemptus Gimon redemptoris félici- 
tas est. Reddam beneficium, cum tam honestum desideraveris quam dedisti. 
Ego adulteros dimittam? Quid aliud facerem, si adhuc alligatas haberem manus? 
Quid? Tu poenam putas pro Miltiade alligari ? Magnum uterque beneficium, 
dum damus, recepimus : ego quod Miltiadem redemi, tu quod Cimonem. Tur- 
pissimum duxi ab codem dimitti et adulteros et Cimonem. Ego sum, qui 
referre gratiam ne mortuis quidemdesino : ita mihi veros habere liberos contin- 
gat; quod quantum sit, Miltiades expertus est. Dignus erat Callias talem 
genuisse, qualem redemit. Die nunc : « ego te carceri exemi, » dum respondeam : 
« ego me carceri tradidi. » Numquam fiet ut melius actum putem quod a Callia 
redemptus sum quam quod pro Miltiade alligatus. Ego me a te redemptum pu- 
tabam ; emisti me filiae tuae. Calliae filiam duxi : hanc tibi, pater, dum ingra- 
tus esse nolo, injuriam feci. Non possum ob id damnari, quod lege feci. Bene- 
ficium est quod totum ejus causa praestatur, in quem confertur. Ubi aliquis ex 
eo quid sperat aut praeparat, non beneficium, sed consilium est. Summo te dede- 



CONTROVERSES, IX EXGERPTA. 203 

coré liberavi; invitus beneficium accepisti. Redemisti me et tu non ïogantem. 
Hic Virginios et quicumque vitiatas fîlias vel clauserunt vel occiderunt. 

Pars altéra. Duo bénéficia dedi : et redemi et egenti filiam collocavi. Ob- 
jicio tibi quod uxorem passus es adulteram fieri, quod non custodisti, quod mo- 
ratus es, dum superveniret pater spectator suae calamitatis. Ego non exspectave- 
ram, dum rogarer. Moleste ferebas socerum tuum dici Calliam. Mores pueîlae 
non tanium passus es in vitia labi sed ipse impulisti ; nactus occasionem non 
omisisti. 

Extra. Color et Gallioni et Latroni et Montano placuit, ut nihil in Calliam di- 
ceretur contumeliose, inredemptorem, in socerum, in infelicem. Multa oratores, 
historici, poetae Romani a Graecis dicta non surripuerunt, sed provocaverunt. 
Thucydidis sententia est : &eiv«A yàp ou EÙTïpaEîai <tuyxçû<Wi hcù. erjffxtâcrai xà £-/.«.- 
<ttwv àj*apT^j*a-ïa, Sallusti : « res secundae mire sunt vitiis obtentui. » Cum sit 
praecipua in Thucydide virtus brevitas, hac eum Sallustius vicit et in suis 
illum castris cecidit ; nam in sententia Graeca tam brevi habes quae salvo sensu 
detrahas : deme vel <njyxçû4cu vel eexxniàvai vel É-/ào-™v, constabit sensus, etiamsi 
non aeque comptus. aeque tamem integer. At ex Sallustii sententia nihil demi 
sine detrimento sensus potest. T. autem Livius tam iniquus Sallustio fuit, ut 
hanc ipsam sententiam et tamquam translatam et tamquam corruptam dum trans- 
f'ertur objiceret Sallustio. Nec amore Thucydidis facit, ut illum praeferat, sed 
laudat quem non timet et facilius putat posse a se Sallustium vinci, si ante a 
Thucydide vincitur. 



FLAMININUS IN CENA REUiVJ PUN1ENS. 
Majestatis laesae sit actio. 

Flamininus praetor inter cenam a meretrice rogatus, quae aiebat 
numquam se vidisse hominem decollari, unum ex damnatis occidit. 
Accusatur laesae majestatis. 

Objicio luxuriam, histrioniam, jocos ? An in convivio nihil aliud nisi occidi- 
tis ? Uni fortasse osculo donavit homicidium. Cenaturi carnifîces manus abluunt. 
Non inquiro in totum annum : una nocte contentus sum. Facilius est, ut, qui 
multa meretrici dederit, homicidium neget, quam ut, qui homicidium dederit, 
quicquam negarit. Servum si verberari voluisses, extra convivium abduxisses. 
Contactam sanguine humano mensam, strictas in triclinio secures : quis crédit 
ista concupisse meretricem vel fecisse praetorem ? Virgae promuntur et ante 
mensam deosque crudelitatis victima trucidatur. Me miserum, imperii Romani 
terrore lusisti ! Legi potius quam scorto cadal. Exsurgite, Bruti, Horatii, Decii et 
cetera imperii décora : vestris fascibus, securibus vestris jam puellae jocantur 
obscenae. In eo, quod sub praetexto publicae majestatis agitur, quidquid pecca- 
tur, majestatis actione vindicandum est. Percussurus lictor ad praetorem respi- 
cit, praetor ad meretricem. 

Pars altéra. Si legatus falsa mandata affert, sic audiuntur, tamquam illa 
populus Romanus dederit ; imperator foedus percussit, videtur populus percus- 
sisse Romanus et foedere continetur. Nunc nec viribus quicquam populi detrac- 
tum est nec opinioni. At ex te ceteros aestimant. Et ante hune alii fuerunt, pro 
quibus aestimari possent. Nemo adscribit urbibus vitia singulorum. Objiciunt 



204 SENEQUE LE RHÉTEUR 

■quod damnatus perierit meretrici, et postulant praetorem perire damnato. Libido 
omnis intra meretricem est, crudelitas intra carcerem. Multa populus Romanus 
in suis imperatoribus tulit : in Manlio impotentiam^ a quo et fiîius et victor 
occisus est, in Sulla crudelitat'em, in Lucullo luxuriam, in multis avaritiam. Non 
putavi ad rem pertinere, ubi aut quando periret qui perire deberet. Occisus est 
quis ? Damnatus ; ubi ? In praetorio ; quo tempore ? Est enim tempus, quo 
noxius perire non debeat ? 

Extra. Quaedam controversiae sunt, in quibus faetum defendi potest, excu- 
sari non potest. iNon speramus ut Flamininum judex probet, sed ut dimittat ; 
itaque sic agere debemus tamquam pro facto non emendato, sed non scelerato. 
T. Livius de oratoribus, qui verba antiqua et sordida consectantur et oratoris 
obscuritatem severitatem putant : tamen in his etiamsi minus est insaniae, minus 
spei est. Mi, qui tument, qui abundantia laborant, plus habent furoris, sed plus 
et corporis ; semper ad sanitatem proclivius est quod potest detractione curari ; 
îlli succurri non potest, qui simul et insanit et déficit. Murredius dixit tetraco- 
lon : serviebat forum cubiculo, praetor meretrici, carcer convivio, dies nocti 
Novissima pars sine sensu dicta est, ut expleretur numerus ; quem enim sensum 
habet : serviebat dies nocti? Hanc ideo sententiam rettuli, quia et in trico- 
lis et in omnibus hujus generis sententiis curamus ut numerus constet, non 
curamus, ut sensus. Omnia autem gênera corruptarum sententiarum de indus- 
tria pono, quia facilius, et quid imitandum et quid vitandum sit, docemur 
exemplo. 



III. 
EXPOSITUM REPETENS EX DUOBUS. 

Pervim metumque gesta ne sint rata. 
Pacta conventa legibus facta rata sint. 
Expositum qui cognoverit, solutis alimentis recîpiat. 

Quidam duos expositos sustulit, educavit. Quaerenti patri natu- 
rali pollicitus est se indicaturum ubi essent, si sibi alterum ex illis 
dedisset. Pactum interpositum est. Reddit illi duos, repetit unum. 

Gum alienis dividemus liberos, quos non dividimus cum matribus ? Utrumque 
genui, utrumque desideravi, pro utroque pactus sum. Una nati sunt, una expo- 
siti, una educati ; redditi distrahuntur. Distraxit illos Fortuna aliquando a pa- 
rentibus, numquam ab ipsis. Duos exposui, quia alterum eligere non poteram. 
In auctione fratres quamvis hostilis hasta non dividit ; plus quiddam est gemi- 
nos esse quam fratres : perdit uterque gratiam suam, nisi cum altero est. ignos- 
cat retinenti meos, cum ipse concupiscat alienos. Agnitio dividet quos junxit 
etiam expositio ? Omnia pro filio paciscor praeter fiiium. Pactus sum tiens, tre- 
mens, tamquam cum exponerem. Mihi tune vis et nécessitas erat ; non enim 
poteram invenire filios, nisi alterum promisissem. 

Pars altéra. Utrumque potestis ex hoc judicio patrem dimittere. Liberis 
hic carere consuevit, ego, et cum unum accepero, necesse est torquear : duo- 
bus assuevi. Vim vocas, quae te patrem fecit? Ego sustuli, ego educari, ego 
reddidi ; iste electurus est. In ista vi duos filios perdidi : lex arma et vincula et 
ultimum periculum complectitur. 

Extra. In Sabinum Clodium uno die et Graece el Latine declamantem multa 



CONTROVERSES, IX EXGERPÏA. 205 

urbaae dicta sunt. Dixit Haterius quibusdam querentibus, quod pusillas merce- 
des acciperet, cutn duas res doceret : numquam magnas mereedes accipere eos, 
qui hermeneumata docént. Maecenas dixit : TuSet&rjv £' où* àv y vo '- y W> tcoteçokti 
jtexair,. Cassius Severus ab auditione ejus rediens, interrogatus quomodo dixis- 
sefc, respondit : maie -/.al xaxS;. 



IV. 

A FILIO IN ARCE PULSATUS. 

Qui patrem pulsaverit, manus ei praecidantur. 

Tyrannus patrem in arcem cum duobus filiis accersiit ; imperavit 
adulescentibus ut patrem caederent. Alter ex his praecipitavit se, 
alter cecidit. Post in amicitiam tyranni receptus est. Occiso tyran no 
praemium accepit. Petuntur ejus manus ; pater défendit. 

Felicior essem, si plures reos defenderem. Praecidetis tyrannicidae manus? 
Quid hoc est ? Integer tyrannus jacet. Tam necesse fuit patrem caedere quam 
spoliare templa, virgines rapere. quantum istis debemus manibus, per quas 
jam nihil necesse est ! Taies fuerunt, ut ex his posset tyrannum alter contem- 
nere, alter occidere. Praecipitasti te, fili. Hoc non est patri parcere, sed tibi. 
Dura, fili ; in tyrannum tibi per patrem eundum est. Utrum ex filiis meis proba- 
tis? Alter se occidit, alter tyrannum. Suspensas leviter admovebat manus; filius 
simulabat ictus, pater gemitus. Nécessitas magnum humanae infelicitatis patro- 
cinium : haec excusât Saguntinos, quamvis non ceciderint patres, sed occide- 
rint. Si unicus fuisset, nec iste cecidisset. Ille me fratri reliquerat, hic tyranno. 
In lege, inquit, nihil excipitur. Sed multa, licet non excipiantur, intelîeguntur, 
et scriptum legis angustum, interpretatio diffusa est. Quid interest legem exci- 
pere, ne fraudi sit ei, qui per insaniam patrem pulsavit, cum illi non supplicio, 
sed remedio opus sit? Ne puniatur infans, si pulsaverit patrem? Hoc qui co- 
gente tyranno fecit, ipso fuit miserior vapulante. Non est impudica, quae accer- 
sita est a tyranno ; non est sacrilegus sacerdos, qui deorum immortalium dona 
suis manibus pertulit ad tyrannum. Pâtre jubente fecit nec cecidit iste, sed 
paruit Ultio caesi patris nullius est nisi patris. Si a quolibet alieno caesus 
essem et injuriarum agere nollem, nemo nomine meo ageret. Nunc nihil inte- 
rest ; poena major est ejus, qui cecidit, jus idem ejus, qui caesus est. 

Pars altéra. Tamdiu cecidit patrem, donec placeret tyranno saielles. « Pro 
re publica feci. » Idem et rei publicae imputas et tyranno. Habuisti quod j ac- 
tares tyranno : f rater maluit mori ; periit, ne parricidium faceret aut videret. 
« Caesus, inquit, poenam remitto. » Mirarer, nisi pro tam bono pâtre fuisset qui 
mori vellet. Pater, inquit, voluit : sed frater noluit. Pater, inquit, voluit : ita tu 
non tyranno tantum sed etiam patri dignus visus es parricidio? Gecidisti pa- 
trem, cum et legem nosses et fratrem. 

Extra. Ab Oppio proconsule, cum quo in Cretam Sabinus ierat, in theatro 
Graeci postulare coeperant, ut Sabinus maximum magistratum gereret. M os 
autem est barbam et capillos magistratui Cretensium summittere. Surrexit Sabi- 
nus et silentio manu facto : « Hune magistratum, inquit, ego Romae bis gessi. » 
Bis enim reus causam dixerat. Graeci non intellexerunt, sed bene precati Cae- 
sâri petebant ut illum honorem Sabinus et tertio gereret. Idem, cum reus roga- 

T. II. 12 



20$ SÉNEQUE LE RHETEUR 

ret, ut in lautumias transferretur : « Non est, inquit,_quod quemquam vestrum 
decipiat: nomen ipsum lautumiae ; illa enim minime lauta res est. » Jocabatur in 
misais ac periculis suis, in quibus jocari eum non debuisse quis nescit, po- , 
tuisse quis crédit ? 



V. 
PRWGNUS AB AVO RAPTUS NOVERCAE. 

De vi sit actio. 

Quidam duos fîlios sub noverca amisit, dubiis signis crnditatis et 
veneni. Tertium filium avus maternus rapuit, qui ad visendos 
aegros non fuerat admissus. Quaerenti patri per praeconem dixit 
apud se esse. Accusatur de vi. 

Habui fîliam, quamvis unus filius supersit, fecundam. Apud me nutriatur 
sine. Quid times ? Ne non admittare, cura veneris ? Non quaeris fîlios, quos per- 
didisti ; quem non perdidisti quaeris. Pater a me unum repetit, ego duos a 
pâtre. Plus habeo quod avo, quam quod reo timendum sit. Veni ad aegrotantes 
nepotes, admissus non sum : haec vera vis fuit. Nulla vis est, quae arma, 
pugnam, vulnera non habet. Describe istius comitatum tumultus : unus puer 
est et unus senex. Rapuisti, inquit, filium meum : imino nepotem meum sus- 
tuli, immo venientem non potui excludere. Si cujus obsessi a latronibus armata 
manu conjugem liberosque ràpuissem, accusari posset beneficium meum ? Et 
medici alligant et corporibus nostris vi medentur. Non potest mecum agere 
tamquam cum alieno. Habet sua jura natura. ethocinter avum et patrem inter- 
est, quod avo servare licet suos, patri et occidere. Quae ista est tam sera pie- 
tas, tam praepostera? Quaerere tuos a tertio incipis. Quisquis puero favit, ne . 
inveniretur, optavit. 

Pars altéra. Non ut nepotem servaret, fecit, sed ul infarnaret uxorem ve- 
neûcii, me veneficae emancipatum. Mihi cum socero, judices, ne viva quidem 
priore uxore convenit, mortua vero inimicum professus languente puero cUm 
vociferatione atque convicio auspicans, quidquid accidit, venit, qui ad sanos 
nepotes numquam ante venisset. Non admisi ; et tune enim vidi venire rap-.. 
turum. 

Extra. Habet hoc Montanus vitium : sententias suas repetendo corrumpit, . 
dura, non contentus unam rem semel bene dicere, efûcit ne bene dixerit. Prop- 
ter hoc solebat Scaurus Montanum inter oratores Ovidium vocare ; nam et Ovi- . 
dius nescit quod bene cessit relinquere. Cum Polyxene esset adducta tumulo 
Àchillis rmmolanda, Hecuba dixit: , 

cinis ipse sepulti 
in genus hoc pugnat. 

Poterat esse contentus ; adjecit : 

tumulo quoque sensimus hostem. 
Neque hoc contentus adjecit : 
Aeacidae fecunda fui. 
Aiebat Scaurus minus magnam virtutem esse scire dicere quam scire desinere. 



CONTROVERSES, IX EXGERPTA. 207 



VI. 

FILIA CONSCIA IN VENENO PRIV1GNI. 

Venefica torqueatur, donec conscios indiceî. 

Quidam mortua uxore, ex qua filium habebat, duxit alteram et 
ex ea sustulit filiam. Decessit aduiescens ; accusavit maritus nover- 
cara veneficii. Damaata, eu m torqueretur, dixit consciam filiam. 
Petitur ad supplicium puelia : pater défendit. 

Non prodesset tibi, puelia, quod te amavit frater, nisi mater, odisset. Nefanda 
.mulier, etiam filiae noverca, ne mori quidem potuit, nisi et occideret. In gla- 
diatoribus quoque eonditio dura victoris est cum moriente pugnantis : nullum 
inagis adversarium timeas, quam qui vivere non potest, occidere potest. Conci- 
tatissima est rabies in morte, et desperatione ultima in furorem animus impelli- 
tur. Quaedam ferae tela ipsa commordent et in mortis auctorem per vulnera 
ruunt. Gladiator quem armatus fugerat, nudus insequitur, et praecipitati non 
quod impulit tantum trahunt, sed quod occurrit : naturali quodam deploratae 
mentis affectu morientibus gratissimum est commori. mendacium simile ve- 
neficio ! Dum novercae meminit, matris oblita est. Peto ne, quia filium vindi- 
cavi, filiam perdam. Nisi succurritis, noverca vicit, ego victus sum. Ne inter 
supplicia quidem desivit occidere. Prosit apud vos puellae quod eam pater lau- 
dat, prosit quod mater accusât. « Conscia, inquit, est fi lia. » Ego torqueri coepi, 
noverca torquere. Habui filium talem, ut illum amare posset noverca, nisi in 
eam incidisset, quae odisse etiam filiam posset. Servus tortus furti Catonem 
conscium dixit. Utrum plus tormentis creditis an Catoni ? Quod noverca tam 
sero, puelia tam cito ? In hoc poenas veneficii dabat, ut accusationis exigeret. 

Pars altéra. Quarumdam ferarum catuli cum rabie nascuntur; venena 
radicibus statim pestifera sunt. Quid illa, quae fratrem in moram sequentis 
patris sparsit ? Habes exemplum, quod et sorori coriveniat et virgini. Noverca 
in hoc privigno dédit venenum, ut filia sola hères esset ; ideirco adhibuit et 
■consciam. 



208 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 



LIVRE X. 

SÉNÈQUE A NOVATUS, A SÉNÈQUE, A MÊLA SES FILS. 



Sommaire : 1. Plan de la préface. — 2. Déclamateurs médiocres. — 
2-3. Scaurus. — 4-8. Labiénus. — 9-10. Musa. — 10-13. Moschus, 
Pacatus, Sparsus, Bassus et Capiton. — 14-fin. Déclamateurs 
d'Espagne : Gavius Silon et Turrinus Clodius. 

Ce n'est plus la peine de m'importuner davantage : 
interrogez-moi sur ce que vous voulez encore savoir, et 
< ensuite > laissez-moi quitter ces études de ma jeunesse 
pour revenir aux occupations de ma vieillesse. Je vous 
l'avouerai : la chose commence à m'ennuyer. Au début, j'ai 
été transporté de joie à l'idée de revivre le meilleur temps 
de ma vie; maintenant, j'ai honte, car il me semble que, 
depuis longtemps, je ne fais rien de sérieux. C'est le sort des 
études d'écolier : quand on y touche légèrement, on s'y 
délecte; mais, à les serrer de trop près et à s'y enfoncer 
trop, on s'en dégoûte. Permettez-moi donc de vider ma 
mémoire en une fois et rendez-moi ensuite ma liberté, après 
m'avoir fait jurer, si vous voulez, que je vous ai dit tout ce 



CONTROVERSIARUM LIBER DECIMUS. 

Seneca Novato, Senbcae, Melae filiis salutem. 

1. Quod ultra mihi molesti sitis non est : interrogate, si qua vultis, et, sinite 
me ab istis juvenilibus studiis ad senectutem meam reverti. Fatebor vobis : jam 
res taedio est. Primo libenter assilui velut optimam vitae meae partem mihi 
reducturus ; deinde jam me pudet, tamquam diu non seriam rem agam. Hoc 
habent scholasticorum studia ; leviter tacta délectant, contrectata et propius 
admota fastidio sunt. Sinite ergo me semel exhaurire memoriam meam et dirait- 
tite vel adactum Jurejurando, quo affirmem dixisse me quae scivi quaequc 



CONTROVERSES, X PRÉFACE. 209 

que je savais, tout ce que j'ai entendu, tout ce qui, à mon 
sens, importait à la connaissance du sujet. Or, à mon sens, 
il n'importe pas de savoir comment déclamait L. Magius, 
gendre de Tite-Live, quoique, pendant quelque temps, il ait 
eu son public; à vrai dire, on ne le louait pas pour son 
talent, mais on le supportait pour celui de son beau-père; 
il est oiseux également de savoir comment déclamaient 
L. Asprenas ou Quintilien le vieux ; je passe sous silence 
ceux dont la renommée est morte avec eux. 

Si vous m'interrogez sur Scaurus, vous abusez, puisque 
vous l'avez entendu avec moi. Je ne connais personne dont 
le talent ait trouvé une indulgence plus constante auprès du 
public romain. ïl parlait avec négligence; il étudiait la 
cause souvent à la séance même du tribunal, souvent en se 
drapant <pour commencer à parler>; ensuite, plus semblable 
à un querelleur qu'à un avocat, il désirait provoquer une 
réplique de ses adversaires, pour arriver à une discussion : 
il connaissait sa force. Rien de plus gracieux, rien de plus 
habile que lui : son élocution antique, sa langue grave et sans 
rien de vulgaire, son visage même et son extérieur étaient 
merveilleusement propres à donner du poids à son élo- 
quence. Mais tout cela sert à montrer non pas quel grand 
orateur était ce paresseux de Scaurus, mais quel grand ora- 
teur il aurait pu être. La plupart de ses plaidoyers ne 
valaient rien ; dans tous, pourtant, subsistait quelque trace 
de cette intelligence si haute, mais si négligée. Rarement 
un de ses plaidoyers était bon, encore par hasard; sa longue, 
ou plutôt sa continuelle paresse l'avait amené à ne vouloir, 

audivi quaeque ad liane rem pertinere judicavi. 2. Perlinere autem ad rem non 
puto quomodo L. Magius, gêner T. Livi, declamaverit, quamvis aliquo tem- 
pore suum populum habuerit, cum illum homines non in ipsius honorem lau- 
darent, sed in soceri ferrent, aut quomodo L. Asprenas aut Quintilianus senex 
declamaverit : transeo istos, quorum fama eum ipsis exstincta est. 

De Scauro si me interrogatis, cum illum mecum audieritis, iniqui eslis. 
Non novi quemquam, cujus ingenio populus Romanus pertinacius ignoverit. 
Dicebat neglegenter : saepe causam in ipsis subselliis, saepe dum amicitur dis- 
cebat : deinde litiganti similior quam agenti cupiebat evocare aliquam vocem 
adversariorum et in altercationem pervenire : vires suas noverat. Nihil erat illo 
venustius, nihil paratius : genus dicendi antiquum, verborum quoque non vul- 
garium gravita?, ipse vultus habitusque corporis mire ad auctoritatem oratoriam 
aptatus. 3. Sed ex his omnibus sciri potest, non quantum oratorem praestaret 
ignavus Scaurus, sed quantum desereret. Pleraeque actiones malae ; in omnibus 
tamen aliquod magni neglectique ingenii vestigium exstabat. Raro aliqua actio 

t. il. 12. 



210 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

à ne pouvoir rien soigner. Il fit paraître sept discours que, 
dans la suite, un sénatus-consulte ordonna de brûler. C'est 
un service que lui rendit le feu; malheureusement il reste 
de lui quelques opuscules, qui font tort à sa réputation; ils 
sont encore bien plus faibles que ses plaidoyers; dans ceux-ci, 
du moins, le manque de travail était racheté par le feu du 
débit; ceux-là ont moins de feu et tout autant de négligence. 
Nous l'avons entendu, et même tout à la fin de sa vie, décla- 
mer, chez Manius Lepidus, si mal qu'il ne fut pas content de 
lui, ce qui, pourtant, ne lui arrivait pas souvent. 

Vous voulez connaître T. Labiénus? Il déclama, non 
pas en public, mais avec un grand talent. Il n'admettait 
pas le public, parce que ce n'était pas encore l'habitude 
et qu'il trouvait cet usage honteux et d'une prétention fri- 
vole. En effet il prenait des airs de censeur, quoiqu'il eût une 
âme bien différente : c'était un grand orateur qui, à travers 
mille obstacles, était arrivé à une réputation de talent, de 
l'aveu forcé plutôt que du consentement de ses contempo- 
rains. Il était très pauvre, très mal famé, très détesté. Il 
faut que l'éloquence soit grande, pour plaire malgré qu'on 
en ait, et puisque c'est la faveur publique qui met en 
lumière, qui soutient le génie, de quelle énergie n'est-il pas 
besoin pour percer malgré les obstacles ? Il n'y avait per- 
sonne qui, en critiquant l'homme sur tous les points, ne 
rendit hommage à son talent. Il unissait la couleur des 
anciens à la vigueur des modernes; son style tenait de notre 



bona, sed quam fortunae imputares ; eo illum longa, irarao perpétua desidia 
perduxerat, ut nihil curare vellet, nihil posset. Orationes seplem edidit, quae 
deinde ex senatusconsulto eombustae sunt. Bene cum illo ignis egerat, sed 
exstant libelli, qui cum fama ejus pugnant, multo quidem solutiores ipsis actio- 
nibus; illas enim, cum destituerct cura, calor adjuvabat; hi caloris minus 
habent, neglegentiae non minus. Declamantem audivimus et novissime quidem 
M'. Lepido ita ut, quod difficillimum erat, sibi displiceret. 

4. De T. Labieno interrogatis ? Declamavit non quidem populo, sed egre- 
gie. Non admittebat populum, et quia nondum haec consuetudo erat inducta, et 
quia putabat turpe ac frivolae Jactationis. Affectabat enim censorium superci- 
lium, cum alius animo esset : magnus orator, qui mu Ita impedimenta eluctatus 
ad i'amam ingenii confit entibus magis hominibus pervenerat quam volentibus. 
Summa egestas erat; summa infamia; summum odium. Magna aulem débet esse 
eloquentia, quae invitis placeat, et cum ingénia favor hominum ostendat, favor 
alat, quantam vim esse oportet, quae inter obstantia erumpat ! Nemo erat, qui 
non, cum homini omnia objiceret, ingenio multum tribueret. 5. Color orationis 
antiquae, vigor novae, cultus inter nostrum ac prius saeculum médius, ut illum 



CONTROVERSES, X PRÉFACE. 211 

siècle et du dernier, en sorte que les deux époques peuvent 
le revendiquer au même titre. Il poussait la liberté à un 
point tel qu'elle méritait un autre nom, et comme il déchi- 
rait au hasard toutes les classes et tous les hommes, on 
l'appelait Rabiénus [de rabies = rage]. Mais, au milieu de 
ses vices, il avait une âme grande, aussi violente que son 
génie, et qui, dans une paix si profonde, n'avait pas encore 
dépouillé l'orgueil pompéien. C'est pour lui que l'on inventa 
un nouveau châtiment : les efforts de ses ennemis réussirent 
à faire condamner tous ses livres au feu; nouveauté inouïe 
que de soumettre ainsi des ouvrages au supplice ! C'est vrai- 
ment un bonheur pour l'humanité que, du temps de Cicéron, 
l'on n'eût pas encore imaginé de tourner la cruauté contre 
les œuvres de l'esprit; que fût-il advenu, si les triumvirs 
avaient eu la fantaisie de proscrire le génie aussi de Cicé- 
ron ? Les dieux immortels vengent lentement, mais sûre- 
ment, le genre humain; ils font retomber les châtiments 
extraordinaires sur la tête de ceux qui les ont imaginés, 
et, par une juste réciprocité de souffrances, ce que l'on avait 
inventé pour le supplice d'autrui, on l'expie souvent par le 
sien. Hommes pleins de folie, quelle démence vous agite? 
C'est peu sans doute pour les châtiments que les cruautés 
connues; vous cherchez contre vous-mêmes de nouvelles 
inventions pour vous faire périr, et les choses que la nature 
a mises à l'abri de toute souffrance, comme le génie et la 
gloire, vous trouvez le moyen de leur faire subir aussi les 
maux qui torturent notre corps. Approcher la torche des 
œuvres de l'étude et sévir contre les productions de l'intelli- 

posset utraque pars sibi vindicare. Libertas tanta ut libertatis noraen excederet, 
et, quia passim ordines hominesque laniabat, Rabiénus vocaretur. Animus inter 
vitia ingens et ad similitudinem ingenii sui violentus et qui Pompeianos spiritus 
nondum in tanta pace posuisset. In hoc primum excogitata est nova poena ; 
effectum est enim per inîmicos, ut omnes ejus libri comburerentur : res nova et 
iuvisitata supplicium de studiis sumi. 6- Bono hercules publico ista in poenas 
ingeniorum versa crudelitas post Ciceronem inventa est ; quid enim futurum 
fuit, si triumviris libuisset et ingenium Ciceronis proscribere ? Sunt di immor- 
tales lenti quidem, sed certi vindices generis humani et magna exempla in caput 
invenientium regerunt, ac justissima patiendi vice quod quisque alieno excogi- 
tavit supplicio saepe expiât suo. Quae vos, dementissimi homines, tanta vecordia 
agitât ? Parum videlicet in poenas notae crudelitatis est : conquiritis in vosmet 
ipsos nova, quibus pereatis, et si quid ab omni patientia rerum natura sub- 
duxit, sicut ingenium memoriamque nominis, invenitis quemadmodum redu- 
catis ad eadem corporis mala. 7. facem studiis subdere et in monumenta disci- 



212 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

gence, quelle cruauté, puisque tout le reste ne lui suffit pas ! 
Remercions les dieux de ce que ces supplices infligés au 
talent ont commencé à l'époque où il n'y avait plus de talent ! 
Celui qui avait prononcé cette sentence contre les ouvrages 
de Labiénus, vit, dans la suite, de son vivant, brûler ses 
propres ouvrages jusqu'au dernier; l'exemple n'était plus 
mauvais, puisqu'il portait sur lui. Labiénus ne put supporter 
cet outrage et ne voulut pas survivre à son talent; il se. fit 
porter et enfermer dans le monument de ses ancêtres, crai- 
gnant sans doute de voir refuser à son cadavre le feu qui 
avait consumé sa gloire : non seulement il mit fin à ses 
jours, mais il s'ensevelit lui-même. Je me rappelle que, un 
jour, lisant en public son histoire, il sauta une grande partie 
du livre et dit : « Ce que je passe, vous le lirez après ma 
mort. » Quelle ne devait pas en être la hardiessse, pour 
qu'elle effrayât même Labiénus ! Cassius Sévérus, que 
Labiénus n'aimait pas, eut, dit-on, un mot bien joli à l'époque 
où les ouvrages de Labiénus étaient brûlés par ordre du 
Sénat : « 11 faut donc me brûler vif, puisque je les sais par 
cœur. » Je vous montrerai un petit livre spirituel, que vous 
pourrez demander à votre bon ami Gallion ; il lut une réponse 
à Labiénus, où il défendait Bathylle, affranchi de Mécène, et 
vous admirerez le courage du jeune homme qui semble pro- 
voquer ces dents célèbres à mordre. 

Maintenant, je pense qu'il ne vous reste plus de questions 
à me poser sur personne. Le rhéteur Musa, que vous aviez 
coutume d'aller entendre de temps en temps, eut beaucoup 



plinarum animadvertere quanta et quam non contenta cetera materia saevitia 
est ! Dii melius, quod eo saeculo ista ingeniorum supplicia coeperunt, quo ingé- 
nia desierant ! Ejus, qui hanc in scripta Labieni sententiam dixerat, postea 
viventis adhuc scripta combusta sunt, jam non malo exemplo, quia suo. Non 
tulit hanc Labiénus contumeliam nec superstes esse ingenio suo voluit, sed in 
monumenta se majorum suorum ferri jussit atque includi, veritus scilicet ne 
ignis, qui nomini suo subjectus erat, corpori negaretur : non finivit tantum se 
îpse, sed etiam sepelivit. 8-Memini aliquando, cum recitaret historiam, magnam 
partem illum libri convolvisse et dixisse : « Haec, quae transeo, post mortem 
meam legentur. » Quanta in illis libertas fuit, quam etiam Labiénus extimuit ! 
Cassi Severi, hominis Labieno invisissimi, belle dicta res ferebatur illo tempore, 
quo libri Labieni ex senatus consulto urebantur : « Nunc me, inquit, vivum uri 
oportet, qui illos edidici. » Monstrabo bellum vobis libellum, quem a Gallione 
vestro petatis : recitavit rescriptum Labieno pro Bathyllo Maecenatis, in quo sus- 
picietis adulescentis animum illos dentés ad mordendum provocantis . 

9. Nunc autem, puto, jam nihil quod interrogetis restât. Musa rhetor, quem 



CONTROVERSES, X PRÉFACE. 213 

de talent, mais, quoique mon cher Mêla fronce le sourcil, 
nul bon sens : toujours il poussait l'enflure jusqu'au point où 
elle pèche, non plus contre la raison, mais contre la nature. 
Comment admettre, en effet qu'un homme dise des jets 
d'eau : « Ils ripostent à la pluie du ciel, » et des aspersions 
de parfums : « des pluies parfumées, » pour un jardin bien 
soigné : « des forêts ciselées, i> et, à propos d'un tableau qui 
représente un arbre : « des bois qui sortent de la toile ? » Et 
que dire de ce trait sur les morts subites que je me souviens 
d'avoir entendu de sa bouche un jour que vous m'aviez en- 
traîné chez lui : « Tous les oiseaux qui volent ça et là, tous les 
poissons qui nagent, toutes les bêtes féroces qui bondissent, 
trouvent leur tombeau dans notre ventre. Cherche mainte- 
nant pourquoi nous mourons si subitement : nous vivons 
de morts. » Vraiment, quoiqu'il fût déjà affranchi, n'aurait-il 
pas dû nous rendre raison sur sa peau? Et je ne suis pas de 
ces critiques très sévères, qui examinent tout suivant des 
règles étroites : j'estime qu'il faut beaucoup passer aux 
hommes de talent; mais il faut leur passer des défauts, 
non des monstruosités. Cependant ce qu'il a pu dire de 
passable, je ne le supprimerai pas, quoique je ne voie pas 
grand chose <à citer>; au besoin vous m'y feriez penser. 

Moschus ne manquait pas de talent, mais il s'est fait tort 
à lui-même : en voulant ne rien exprimer que par figures, il 
a rendu son style non pas figuré, mais difforme. Aussi le 
rhéteur Pacatus ne manqua-t-il pas d'esprit lorsque, le ren- 
contrant un matin à Marseille, il le salua au moyen d'une 



interdum solebatis audire, licet Mêla meus contrahat frontem, multum habuit 
ingenii, nihil cordis : omnia usque ad ultimum tumorem perducta, ut non extra 
sanitatem, sed extra naturara essent. Quis enim ferat hominem de siphonibus 
dicentem : « caclo repluunt, » et de sparsionibus : « odoratos imbres, » et in cul- 
tum viridarium : « caelatas silvas, » et in pictum ramum : « nemora surgentia ? » 
Aut illud, quod de subitis mortibus memini eum dicentem, cum vos me illo 
perduxisselis : « Quidquid avium volitat, quidquid piscium natat, quidquid 
i'erarum discurrit, nostris sepelitur ventribus. Quaere nunc cur subito moria- 
raur : mortibus vivimus. » 10. Non ergo, etiamsi jam manumissus erat, debuit 
de corio ejus nobis satisfîeri ? Nec sum ex judicibus severissimis, qui omnia ad 
exactam regulam dirigant : multa donanda ingeniis puto ; sed donanda vitia, non 
portenta surit. Si qua tamen tolerabiliter dicta sunt, non subtraham, licet non 
plura videantur : vos subjiciatis. 

MoscbllS non incommode dixit, sed ipse sibi nocuit ; nam dum nihil non 
schemate dicere cupit, oratio ejus non figurata erat, sed prava. Itaque non 
inuvbane PacatUS rhelor, cum illi Massiliae mane occurrisset, schemate illum 



214 SENEQUE LE RHÉTEUR 

figuré : « Je pourrais te dire i « Bonjour, Moschus. » Celui-là 
était loin d'être éloquent ; il était né pour verser l'injure sur 
tous les hommes de talent, et nul ne put éviter sa marque 
indélébile. C'est lui qui donna un nom obscène au déclama- 
teur Passiénus, en transportant en grec la première syllabe 
de son nom; lui qui dit à Sparsus, qui tenait une école, de 
concert avec un rhéteur habile, mais sec : « Tu peux com- 
prendre une controverse, toi qui ne comprends pas que tu à 
laves de la brique [c. àd. que tu fais un travail inutile].» Quant 
à Sparsus, il parlait avec force, mais avec rudesse. Il s'était 
mis à imiter Latrôn, et, d'ailleurs, ne lui ressemblait jamais* 
sauf quand il disait juste la même chose. Il se servait de 
mots à lui et de traits de Latron. Il y eut rivalité entre lui 
et Bassus, que vous avez aussi entendu, homme éloquent, 
auquel on aurait voulu enlever deux défauts qu'il affectait: 
son aigreur et sa manie de reproduire l'action d'un orateur. 
11 n'y arien de moins convenable pour un orateur d'école que 
d'imiter le forum, qu'il ne connaît pas. Voilà pourquoi j'ai- 
mais Capiton, dont il existe, sur Popillius, une déclamation 
que l'on attribue, à tort, à Latron : il était franchement 
orateur d'école, et, pour les déclamations où il réussit, on 
ne pouvait mettre personne avant lui, sauf le premier qua- 
drige. Vous vous demandez ce que j'entends par le premier 
quadrige. C'est Latron, Fuscus, Albucius, Gallion : toutes les 
fois qu'ils auraient fait assaut d'éloquence, la gloire eût été 
pour Latron et la palme pour Gallion. Les autres, rangez-les 
dans l'ordre qui vous plaît : je vous ai mis à même de le 

salutavit : « Poteram, inquit, dicere : ave, Mosche. » Ipse ab eloquentia multum 
aberat ; natus ad contumelias omnium ingeniis inurendas, nulli non impressit 
aliquid, quod effugere non posset. 11. Ille Passieno, prima ejus syllaba in Grae- 
cum mutata, obscenum nomen imposuit declamatori; ille Sparso dixit scholam 
communem cum rhetore quodam, subtili, sed arido, habenti : « Tu potes con- 
troversiam intellegere, qui non intellegis te laterem lavare ? » Sparsus autem 
dicebat violenter, sed dure. Ad imitationem se Latronis direxerat Dec tamen 
umquam similis illi erat, nisi cum eadem dieeret : utebatur suis verbis, Latro- 
nis sententiis. 12. Cum BaSSO certamen illi fuit, quem vos quoque audistis, 
homme diserto, cui demptam velles, quam conscctabatur, amaritudinem et simu- 
lationem actionis oratoriae Nihil est indecentius, quam ubi scholasticus forum, 
quod non novit, imctatur. Amabam itaque Çapitonem, cujus declamatio est 
de Popillio, quae immerito Latroni subjicitur : bona fide cholasticus erat ; in his 
declamatio nibus, quae bene illi cesserunt, nulli non post primum tetradeùm 
praeferendus. 13. Primum tetradeùm quod faciam, quaeritis ? Latronis, Fusci, 
Albuci, Gallionis. Hi quotiens conflixissent, pênes Latronem gloria fuisset, pênes 
Gallionem palma; reliquos ut vobis videbitur componite : ego vébis omnium 



CONTROVERSES, X PRÉFACE. 215 

faire. Ceux qui sont moins illustres, laissez-les dormir en 
paix, les Paternus, les Modératus, les Fabius, et tous ceux 
qui ne sont ni connus ni inconnus. 

Puisque je me suis plié à vos désirs jusqu'à ce que vous en 
soyez rassasiés, laissez-moi, de mon côté, tirer de ma mé- 
moire quelques hommes que vous ne connaissez pas, et à qui, 
pour parvenir à la célébrité, a manqué non le talent à dé- 
ployer, mais un théâtre où le déployer. Il déclama bien, ce 
Gavius Silon, à qui César Auguste, qui l'avait entendu 
souvent plaider dans la colonie de Tarragone, rendit pleine, 
justice : il dit, en effet : « Je n'ai jamais entendu père de 
famille plus éloquent. » C'était un homme à mettre en avant 
le père de famille et à dissimuler l'orateur; il pensait qu'une 
partie de l'éloquence consiste à cacher l'éloquence. Il y 
avait aussi beaucoup d'ardeur pour les déclamations chez, 
Turrinus Clodius, dont vous aimez, d'une affection frater- 
nelle, le fils, jeune homme destiné à la plus haute élo- 
quence, s'il n'aimait mieux déployer les qualités qu'il a, 
que d'acquérir celles qu'il pourrait avoir. Mais Turrinus le 
père avait perdu beaucoup de ses forces en suivant Apollo- 
dore et en tenant sa méthode pour la loi souveraine de 
l'éloquence : cependant il lui en restait assez pour être élo- 
quent, même sans art. Ses traits étaient vifs, insidieux 
et avaient un but. Régulièrement, il instituait avec Latron 
un débat sur les couleurs. Celui-ci disait qu'il y a des cou- 
leurs qui, au premier abord, semblent dures et difficiles à 
admettre; on ne peut les faire approuver qu'en les dévelop-> 
pant; aussi ajoutait-il qu'il ne pouvait plaire que si on l'avait 

feci potestatem. Hos minus nobiles sinite in pacem abire, Paternum et Mode-, 
ratum, Fabium et si quis est nec clari nominis nec ignoti. . f 

Cum vobis ad satietatem vestram me praestiterim, permittite mihi et aliquos, 
quos non nostis, ex sinu proferre, quibus, quominus ad famam pervenirent, non 
ingenium defuit, sed locus. 14.Bene dcclamavit Gavius Silo, cui Caesar Au- 
gustus, cum fréquenter causas agentem in Tarraconensi colonia audisset, plé- 
num testimonium reddidit; dixit enim : « numquam audivi patremfamiliae diser-. 
tiorem. » Erat qui patremfamiliae praeferret, oratorem subduceret : partem, 
esse eloquentiae putabat eloquentiam abscondere. Solebat declamare studiose 
et Turrinus Clodius, cujus filius fraterno. yobis amore conjunctus est, 
adulescens summae eloquentiae futurus, nisi mallet exercere quantum habet 
quam consequi quantum potest. 15. Sed Turrinus pater multum viribus demp-, 
serat, dum Apollodorum sequitur ac. summam legem dicendi sectam putat ; 
tantum tamen superfuit illi virium, quantum valeret, etiamsi ars abesset. Sen-, 
tentias dicebat excitatas, insidiosas, aliquid petentes. Numquam non de colore 



216 SÉNEQUE LE RHETEUR 

entendu jusqu'au bout ; il connaissait bien ses forces, et la 
confiance qu'il avait en elles lui permettait des hardiesses 
qui, pour d'autres, seraient dangereuses et mortelles ; sou- 
vent il ne persuadait pas le juge, il le subjuguait. Turrinus, 
au contraire, ne voulait rien que de sûr, non par manque de 
forces, mais par circonspection. Gomme avocat, personne ne 
fut plus habile dans l'exposition, ni plus rapide à la riposte ; 
aussi sa fortune et son rang, le premier dans la province 
d'Espagne, il les dut à son éloquence. Il avait comme père 
un homme très distingué ; comme grand-père, un hôte du 
divin Jules ; mais la fortune de cette noble maison avait reçu 
un coup sensible pendant les guerres civiles : il la rétablit et 
la porta au premier rang, dans des conditions telles que, si 
quelque chose lui a manqué, il faut bien le savoir, c'est une 
scène digne de lui. Naturellement, son fils, c'est-à-dire le mien, 
car je n'ai jamais fait de distinction entre lui et vous, montre, 
lui aussi, comme son père, en développant une controverse, 
cette même précision, dont il se sert, à dessein, pour com- 
primer la force de son esprit. Même dans la conduite de 
sa vie, ces principes sont appliqués aussi par ce jeune 
homme, qui se serait élevé aux plus hautes dignités, s'il ne 
s'était contenté d'un rang modeste ; aussi mérite-t-il de voir 
la fortune couronner des vœux si modérés. Si j'ai cité les 
noms de ces orateurs, ce n'est pas par une aveugle partia- 
lité, mais par une sûre appréciation de leur mérite, et vous 
le verrez vous-mêmes, lorsque j'aurai rapporté leurs traits, 
comparables ou supérieurs à ceux des maîtres les plus connus. 

Latroni controversiam fecit. Dicebat quosdam esse colores prima facie duros et 
asperos ; eos non posse nisi actione probari. Negabat itaque uîli se placere 
posse nisi totum ; nosse enim semet suas vires et illarum fiducia aliis metuenda 
et praerupta audere ; multa se non persuadere judici, sed auferre. 16. Turrinus 
contra nihil probare nisi tutum, non quia imbecillus erat, sed quia circumspectus. 
Causas nemo diligentius proposuit, nemo respondit paratius ; et pecuniam itaque 
et dignitatem, quam primam in provincia Hispania habuit, eloquentiae debuit. 
Natus quidem erat pâtre splendidissimo, avo divi Juli hospite, sed civili bello 
attenuatas domus nobilis vires excitavit et ita ad summam perduxit dignitatem^ 
ut, si quid illi defuerit, scias locum defuisse. Inde filius quoque ejus, id est 
meus (numquam enim illum a vobis distinxi), habet in dicendo controversiam 
paternam diligentiam, qua vires ingenii sui ex industria retundit. Hoc et in ipso 
génère vitae sequitur ad somma evasurus juvenis, nisi modicis contentus esset, 
et ideo dignus est, cujus tam modestis cupiditatibus Fortuna praestet fidem. 
Horum nomina non me a nimio favore, sed a certo posuisse judicio scietis, cum 
sententias eorum rettulero aut pares notissimorum auctorum sententiis aut prae- 
ferendas. 



CONTROVERSES, X 1 (30). 217 



I (30). 

LE FILS DU PAUVRE, QUI, VÊTU D'HABITS DE DEUIL, 
SUIT LE RICHE. 

On pourra intenter un procès pour injures. 

Un homme, qui avait un fils, avait aussi un ennemi riche : 
il fut trouvé assassiné, sans qu'on l'eût volé. Le jeune 
homme, vêtu d'habits de deuil, suivait continuellement le 
riche; celui-ci le traduisit en justice et le somma de l'accu- 
ser, s'il avait quelque soupçon. Le pauvre répondit : « Je 
t'accuserai quand je pourrai; » il n'en continuait pas moins 
à suivre le riche, toujours avec ses vêtements de deuil. Le 
riche, ayant brigué les honneurs et ayant échoué, accuse le 
pauvre d'injures. 

[Pour le pauvre]. Vibius Gallus. Je remercie le riche de 
ce qu'il se contente, maintenant, d'accuser ceux qu'il hait.— 
Le jour, il nous interdit la voie publique; demandez- vous ce 
qu'il peut faire la nuit ! — Il dit : « Tu ne te promèneras pas 
dans la même rue que moi; tu ne marcheras par sur mes 
pas; tu n'offriras pas à mes yeux sensibles la vue de ta robe 



I (30). 

LUGENS DIV1TEM SEQUENS FIL1US PAUPERIS. 

Injuriarum sit actîo. 

Quidam, cum haberet filium et divitem inimicum, occisus inspo- 
liatus inventus est. Adulescens sordidatus divitem sequebatur; 
dives eduxit in jus eum et postulavit, ut, si quid suspicaretur, accu- 
saret se. Pauper ait : « accusabo, cum potero » et nihilominus sor- 
didatus divitem sequebatur. Cum peteret honores dives, repulsus 
accusât injuriarum pauperem. 

1. Vibi G-alli. Gratias ago div ii, quod quos odit jarn reoa face**e conten- 
tus est. — Interdiu nobis publico interdicitur ; quaerite quid nocte fiât. — « Non 
ambulabis, inquit, eatem via qua ego ; non calcabis vestigia mea; non offeres 

T. II. 13 



218 SENEQUE LE RHETEUR 

de deuil; il te faudra mon consentement pour pleurer et pour 
garder le silence. » C'en serait fait de nous, si un tel homme 
était magistrat. 

Albucius Silus. J'ai revêtu des habits de deuil : c'est par 
affliction; j'ai pleuré : c'est par affection; je ne l'ai pas 
accusé : c'est par crainte ; il a été écarté des honneurs : c'est 
par vous. — Je ne garderais pas le silence, moi qui dois à 
mon seul silence d'être- encore envie? — Vous connaissez 
les soupçons que le peuple exprime dans ses bavardages : 
« Pourquoi n'a-t-il jamais brigué les honneurs du vivant 
de l'autre ?» — Pour moi, je prie tout le monde de seconder 
mon enquête sur la mort de mon père, et je me serais jeté à 
tes genoux, riche, si je ne craignais de t'entendre dire que je 
veux exciter la haine contre toi : oui, je te suis depuis long- 
temps, parce que je cherche une occasion de te parler, et si 
je n'ose le faire, je ne puis vraiment pas dire que ce soit 
ta fierté qui en est cause; mais le même défaut me suit 
partout : je garde le silence. Ah! si mon père avait eu ce 
défaut, lui aussi! <Mais,> en parlant trop librement, il s'est 
aliéné bien des gens: car je crois que, dans cette ville, tu 
n'étais pas son seul ennemi. — Comme il le dit, j'ai obtenu 
pour ma cause l'approbation du peuple . 

Julius Bassus. Quand n'avons-nous pas des habits de 
deuil, aux yeux de riches comme toi ? — Il me dit : « Accuse- 
moi. » Moi, pauvre, accuser un riche! En deuil accuser un 
candidat [ou : un homme vêtu de blanc] ! — Je ne peux plus 
me promener comme il me plaît. — Il m'a cité en justice : 



delicatis oculis sordidam vestem; non flebis innito me, non tacebis : » perie- 
ramus, si hic magistratus esset. 

Alfouci Sili. Quod sordidatus fui, luetus est; quod flevi, pietatis est ; quod 
non accusavi, timoris est ; quod repulsus est, vestrum est. — Non taceam, qui 
adhuc vivo quod tacui? — Nostis populi loquacis suspiciones : quare iste hono- 
res Mo vivo numquam petiit ? — Ego vero omnes quaeso ut ; me in inquisition© 
paternae mortis adjuvent ; et ad tua genua, dives, venissem, nisi timerem ne in- 
vidiam tibi fieri diceres ; et jampridem hoc animo sequor : occasionem loquendi 
capto nec mehercules possum dicere inhumanitate tua fieri, quod non audeo, sed 
vitium me meum sequitir : taceo. Utinam hoc iritium hahuisset et pater ! Dum 
libère loquitur, multos offendit; neque enim, puto, te solum in civitate habuit 
inimicum. — Ut iste ait, causam meam populo probavi. 

2- Juli Bassi. Quando autem istis divitibus non sordidati sumus ? — «Accu- 
sa,» inquit. Pauper divitem, lugens candidatum ego accusem ? — Ambulare 
mïki meo arbitrio.non licet. —. In jus vocavit : «reum, inquit, me perage;pe- 



CONTROVERSES, X 1 (30). 219 

« Fais-moi déclarer coupable, me dit-il; expose tes griefs 
tout au long. » Gomment accuser un homme qui parle ainsi? 

— Il me dit : « Pourquoi me suis-tu ?» Y a-t-il donc des rues 
pour les pauvres et d'autres pour les riches ? 

Cestius Pius. Je ne serais pas accusé, si je pouvais accu- 
ser. — Je porte la barbe longue [signe de deuil] ; j'ai des 
vêtements de deuil : voilà ses griefs contre moi; je me pré- 
sente devant vous avec eux. — Quoiqu'il arrive, je ne cesse- 
rai pas de chercher l'assassin et peut-être l'ai-je déjà trouvé. 

— Lorsque brusquement mon père, au milieu de la ville... 
Pourquoi me regarder ainsi ? Pourquoi attendre ainsi ce que 
je vais dire?,., lorsque monpère m'a été enlevé: 

Arellius Fuscus. S'avancer au milieu d'une suite nom- 
breuse, avec des habits magnifiques, ma fortune ne me le 
permet pas; mais les riches, comme toi, le peuvent; nous, 
nous devons être bien contents de vivre. — Comme on 
n'avait rien pris à mon père, quand on a trouvé son cadavre, 
je ne sais quel est l'assassin; quel qu'il soit, il a dédaigné 
ses dépouilles, comme l'aurait fait un homme riche. 

Julius Bassus. « Pourquoi, dit-il, me suis-tu dans les 
rues ?» Un forfait abominable a été commis ! Lui riche et moi 
pauvre nous avons passé par le même chemin ! 

Moschus. Il dit : « Accuse-moi. » Où est-il, celui qui a 
commencé? — « Pourquoi, dit-il, me suis-tu? » Je voudrais 
que mon père ne t'eût pas plus quitté que moi; il vivrait 
encore. «Pourquoi, dit-il, ne me poursuis- tu pas?» Parce- 
que tu ne me redoutes pas comme accusateur, depuis que 
mon père est mort; je crains en effet que quelqu'un se croie 

rora. » Quis haec hquentem auderet accusare? — « Curme, inquit, sequeris ?» 
Quasi aîiud iter pauperes, aliud divites haheant. 

Cesti Pii. Non essem reus, si accusare possem. — Barba demissa, sordida- 
tus, cum criminibus meis ad vos veni. — Omnia licet fiant, non desinam inqui- 
rere percussorem et fortasse jam inveni. — Cura subito pater meus in média 
civitate... Quid me intuèris? Quid observas quid dicam?... subductus est. 

3. Arelli Fusci. Incedere magno comitatu, splendido cultu, non est fortunae 
meae; ista divites possunt; nobis satis est si vivimus. — Cum inspoliatum cada- 
ver patris mei inventum sit, quis fuerit percussor, nescio : quhquis fuit, quasi 
dives spolia, contemnsit. 

Jllli Bassi. « Quare, inquit, me sequeris per publicum? » Facinus indi- 
gnum commissum est : dives et pauper eadem via incessimus. 

Moschi. « Accusa, » inquit. Ubi est, qui primo coeperat ? — « Gur, inquit, 
me se jueris? » Vellom paler meus quoque a te non discessisset : viveret. « Quare, 
inquit, me reum non facis? » Quia accusatorom me non times mortuo pâtre meo ; 



220 SENEQUE LE RHETEUR 

injurié, si j'emploie le mot « assassiné. » — Mon père a été 
assassiné. Par qui ? Si vous me permettez de le dire, je n'en 
sais rien. 

Junius G-allion. « Tu es vêtu de deuil, me dit-il; tu 
pleures. » Que puis-je faire d'autre, moi le fils de ce pauvre 
qu'on a tué ?Mon père a été tué en pleine ville, à un moment 
où la paix publique n'était pas troublée. Qui pourrait raconter 
cet événement sans larmes? Quant à ces vêtements de deuil, 
je ne les quitterai pas, avant d'en trouver un autre à qui les 
faire endosser [comme accusé] ? — Qui a tué mon père ? Je 
n'en sais rien. La seule parole de moi que tu puisses repro- 
duire sous la foi du serment, c'est :« Je n'en sais rien encore.» 
Pour le moment, je me demande à qui faire endosser cette 
robe, que l'assassin a laissée à mon père. — « Pourquoi me 
suis-tu ? » Les magistrats <mêmes> ne font pas ranger la 
foule derrière eux. 

Fulvius Sparsus. Que m'aurait-il fait si je l'accusais, 
puisqu'il me poursuit quand je ne dis rien? — « Pourquoi ne 
pas m'intenter un procès ? » Parce que tu me crains si peu 
que tu veux me forcer à le faire. — Est-ce que tu les consi- 
dères comme une injure, les vêtements de deuil que je porte 
en ce moment [comme accusé] ? Ce qui est permis à un 
accusé ne l'est pas à un fils en deuil ! Pouvais-je faire moins 
pour mon père ? Pour honorer sa mémoire, j'ai pris d'autres 
vêtements. 

Argentarius. Tu ne veux pas que je pleure mon père? 
Quand il vivait, tu n'avais pas coutume de nous pro- 
voquer. 

timeo enim ne quis sibi injuriant fieri pat et, si dixero « occiso ». — Occisus est 
pater meus; a quo? Si permittitis, nescio. 

4. Juili Gallionis. « Sordidatus es, inquit; fies. » Quid aliud facere pos- 
sum filius occisi pauperis ? Pater meus in média civitate salvis legibus occisus 
est. Quis hoc sine lacrimis narrare possit ? Non deponam has sordes, nisi inve- 
nero cuij induam. — Quis occidit patrem meum? Nescio. Nihil amplius testari 
potes quam hanc vocem meam : « adhuc nescio. » Delibero intérim, cui illam in- 
duam vestem, quam patri meo reliquerit percussor. - « Cur me sequeris ? » Ma 
gistratus post terga sua non summovent. 

5. Fulvi Sparsi. Quid iste accusanti fecisset, qui persequitur tacentem? 
— « Cur non agis ? » Quia adeo non metuis, ut cogas tecum agi. — Numquid 
nunc tibi injuriam facio sordidatus ? Quod reo licet, lugenti non licet ? Quid 
potui patri meo minus praestare ? In honorem ejus vestem mutavi. 

Argentari. Non vis patrem meum fleam ? Lacessere nos ultro non solebas. 
Clodi Turrini patris. « Quare, inquit, sordes sumpsisti ? » Quid ergo ? Ne 



CONTROVERSES, X 1 (30). 221 

Clodius Turrinus le père. « Pourquoi, me dit-il, as-tu 
pris des vêtements de deuil ? » Quoi ? Je ne pleurerais pas au 
moins celui que je ne peux pas venger? Je ne fais injure à per- 
sonne, sauf à mon père, que, jusqu'à ce jour, je pleure sans 
oser parler. 

Porcius Latron. Tu es étonné de cette négligence <à 
L'accuser> chez un homme qui, dans la douleur que lui cause 
si naturellement la mort si cruelle de son père, n'a jamais 
montré plus de courage qu'en gémissant ? Il me dit : « Accuse- 
moi. » D'où te vient cette assurance? On croirait que tu as 
découvert qui l'a tué. — Il n'avait pas sur lui de quoi tenter 
un rôdeur de nuit ; mais il possédait une vertu parfaite, 
mais il possédait le soutien le plus solide d'un pauvre, une 
intégrité invincible qui faisait fi des richesses : voilà ce qu'a 
voulu lui enlever son ennemi. — Je ne sais comment, dans le 
malheur, on trouve plaisir à être malheureux, et généralement 
la douleur se répand en larmes. — Il triomphe trop de notre 
deuil: tant qu'a vécu mon père, ce riche n'avait pas coutume 
de nous provoquer à l'attaquer. — Si, parmi les larmes que verse 
naturellement sur la mort de son père le plus malheureux des 
mortels, quelqu'un voit avec étonnement ce qu'on a pris jus- 
qu'à présent pour de la négligence, qu'il réserve tout son 
étonnement pour l'indignité du péril que je cours en ce 
moment. Un pauvre n'a pas eu le courage d'attaquer un riche 
et vous vous en étonnez? Il n'a rien dit et on l'accuse. — 
Au nom de mes larmes, de ces marques de mon deuil, de ce 
costume imposé à tous les accusés, nous vous demandons une 



nigebo quidem quem vindicare non possum ? Nulli injuriam facio nisi patri, 
quem adhuc tacitus fleo. 

6. Porci Latronis- ïnertiam ejus miraris, cujus inter necessarium ita cru- 
deliter interempti patris dolorem nihil fortius est, quam quod gémit ? « Accusa, 
inquit, me. » Unde tam secunis es ? Invenisse videris quis alius occiderit. — Non 
erat in illo praeda quam grassator sequeretur, sed erat summa virtus, sed 
erat, firmissimum inopiae munimentum, contumax adversus fastidium divitia- 
rum innncentia : haee ab inimico spolia petita sunt. — Nescio quomodo mise- 
rum esse inter miserias juvat, et plerumque omnis dolor per lacrimas effluit. — 
Nimium funere nostro exsultat : non solebat vivo illo provocare nos, ut reus 
fïeret. Si quis omnium mortalium miserrimi inter necessarias super occisum 
patrem lacrimas ita créditant adhuc inertiam miratus est, in hac indignitate 
praesentis periculi omnera suam ponat admirationem. Si pauper aceusandi divi- 
tis animos non sumpsit, miramini ? Quia tacet, reus est. — 7. Per has lacrimas, 
per hune squalorem, per haec necessaria omnibus periclitantibus instrumenta, 
non invidiosum vestrae misericordiae praemium petimus, ut absoluto sic esse 



222 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

faveur que ne nous refusera pas voire pitié, celle de pouvoir, 
acquitté, porter les mêmes vêtements qu'accusé. — Ce riche, 
puissant, et jouissant d'un grand crédit, comme il le recon- 
naît lui-même, a été homme à se figurer qu'il n'aurait rien à 
craindre, même d'une accusation. — La haine s'aggrava de 
jour en jour par l'emportement de l'un et la parole trop 
libre de l'autre. Le riche ne voyait en nous que notre pauvreté, 
nous que notre innocence et nous sortions toujours à notre 
avantage de ces combats quotidiens. Dans cette situation, qui 
a pensé à notre mort, je ne sais: mais, ce qu'on ne peut 
dissimuler, je sais qui l'a souhaitée. — Il est venu <ici> 
avec sa troupe de clients et de parasites et il déploie contre 
notre pauvreté son cortège royal. — « Pourquoi ne m'ac- 
cuses-tu pas, ne me poursuis-tu pas? y C'est à peine s'il ne 
disait pas : « Que n'oserai-je pas contre toi, si tu m'accuses, 
moi qui ai fait tuer l'homme qui avait eu avec moi un simple 
différend ?» — Souvent des cités voisines, au cours d'une 
discordé subite, se laissent emporter à la guerre : dans les 
luttes entre citoyens, on se trouve vengé, si l'on a, le premier, 
insulté son ennemi. — Avec quelle violence Macérius aboie 
contre Métellus absent! M. Caton, sur l'accusation de Pulcher, 
s'entendit reprocher des vols. Y eut-il rien de plus indigne dans 
cette époque qu'un Pulcher accusateur ou un Caton accusé ? 
Pompée, vainqueur sur terre et sur mer, trouva quelqu'un 
pour composer contre lui une chanson, qui lui reprochait de 
se gratter la tête avec un seul doigt [signe de débauche] ; il se 
trouva quelqu'un pour mépriser, dans la liberté de la chanson, 



tamquam reo liceat. — Potens iste et gratiosus, id quod ne ipse quidem negat, 
dives, fuit et qui nihil umquam putaret sibi timendum, etiam reo. — Crescere 
deinde in dies odium alterius impotentia, alterius libertate. Dives nihil aliud 
quam nos pauperes existimare, nos nihil aliud quam innocentes, inter cotidianas 
acies semper invicti. Quis de nostra intérim morte cogitavent, nescio ; quod 
dissimulari non potest, scio quis optaverit. — Venit iste cum turba elientium 
ac parasitorum et adversus paupertatem totam regiam suara effundit. — « Cur 
me non accusas, non postulas ? » Vix temperabat, quin diceret : « Quid ego in 
te accusatorem non audeam, qui occidendum curavi eum, qui tantum mecum 
litigaverat ? » — 8. Civitates plerumque finitimae inter repentinamfdiscordiam bello 
tument : inter civilia certamina tantum in ultionem satis est, quantum quisque 
ad maie dicendum occupavit. — Macerio qua violentia in absentiam Metellistrepit ! 
M. Cato, Pulchro objiciente, furtorum crimina audivit. Quae major indignitas 
illius saeculi esse potuit quam aut Pulcher accusator aut reus Cato ! In Gn. Pom- 
peium terra marique victorem fuit qui carmen componeret, « uno, ut ait, digito 
caput scalpentem, » fuit aliquis, qui licentia carminis très auratos currus con- 



CONTROVERSES, X 1 (30). 223 

trois chars dorés [trois triomphes]. M. Brutus, le plus criminel 
des calomniateurs, le déchire dans ses discours, disant que 
ses mains sont, non seulement tachées, mais teintes du sang 
de ses concitoyens, et cet homme, qui s'attaquait à trois con- 
sulats et à trois triomphes, craignit si peu d'être accusé qu'il 
prit même soin d'être éloquent. Ainsi, dans notre ville, ce 
personnage, à lui seul, est plus innocent que Gaton, plus noble 
que Métellus, plus courageux que Pompée? 

[Division] . — Latron adopta la division suivante : y a-t-il 
injure dans le fait incriminé. L'accusé dit : « Il ne peut voir 
une injure dans mes vêtements de deuil : combien de gens 
portent le même costume ! Toutes les espèces d'injures sont 
spécifiées par la loi; il n'est pas permis de frapper, il n'est 
pas permis de reprocher en public des actes contraires aux 
bonnes mœurs. » A cet endroit Scaurus dit : « On compose 
un nouveau texte relatif aux injures : « parce qu'il a 
pleuré d'une façon contraire aux bonnes mœurs. » En admet- 
tant que, dans le fait incriminé, il y ait injure, l'accusé doit- 
il échapper à la condamnation, s'il agit sans mauvaises in- 
tentions? A-t-il de mauvaises intentions ? De cette dernière 
question, Latron en fit deux : s'il a cru que le riche avait tué 
son père et si c'est pour cette raison qu'il l'a suivi, faut-il lui 
pardonner ? Ensuite : a-t-il eu cette pensée ? Gallion de- 
manda, en premier lieu, si l'on tombe sous le coup de la loi 
relative aux injures, pour des actes permis à tout le monde. 
« II est permis de pleurer, dit-il; il est permis de se promener 
où l'on veut; il est permis de s'habiller comme on veut. Mais, 
répond <le riche >, il n'est pas permis de faire un acte qui 

temneret. M. Bruti, sceleratissimi calumniatoris, eura eloquentia lacérât, cum 
quidem ejus civili sanguine non inquinatas solum manus, sed infectas ait ; atque 
ille tamen, cum très consulatus ac très triumphos scinderet, adeo non timuit ne 
esset reus, ut etiam disertus esse curaverit. Solus hic est in nostra civitate inno- 
centior Catone, nobilior Metello, Pompeio fortior ? 

9. Latro sic divisit : an in re injuria sit. NuIIa, inquit, injuria est, si sor- 
didatus sum ; quam multi faciunt ! Omnia injuriae gênera lege comprehensa sunt : 
puisare non licet; convicium facere contra bonos mores non licet. Hoc loco 
Scaurus dixit : nova formula injuriarum componitur : « Quod ille contra 
bonos mores flevit. » Etiamsi in re injuria est, an, si non malo animo facit, tutu s 
sit; an malo animo faciat. Hoc Latro in duas quaestiones divisit : an, si credidit 
ab hoc patrem suum occisum et propter hoc secutus est, ignoscendum illi sit ; 
deinde : an crediderit. Gallio illam fecit primam quaestionem : an, quod licet 
cuique facere si facit, injuriarum non teneatur. Licet, inquit, flere; licet ambu- 
îave qua velis ; licet vestem quam velis sumere. Sed nihil, inquit, licet in alienam 



224 SENEQUE LE RHETEUR 

puisse exciter la haine contre quelqu'un. Tu es en deuil, je 
ne m'en plains pas ; mais si tes vêtements de deuil soulèvent 
la haine contre moi, je dépose une plainte. » 

[Couleurs] . — Pour la couleur, il y eut des tâtonnements : 
quelques-uns attaquèrent ouvertement le riche; certains ne 
dirent rien du tout contre lui ; d'autres adoptèrent un moyen 
terme. Bien qu'il n'y ait rien en dehors de ces trois systèmes, 
Latron voulait avoir l'air d'en avoir trouvé un quatrième, en 
parlant contre le riche ainsi qu'il suit : « Tu n'as pas commis 
le crime, mais j'ai eu des raisons qui pouvaient m'induire en 
erreur et me faire porter mes soupçons sur toi, à tort : tu 
étais notre ennemi ; mon père n'avait pas été volé » et ainsi 
de suite. Mais c'est là prendre le moyen terme entre ne 
pas abandonner l'accusation contre le riche et ne pas la di- 
riger ouvertement contre lui; car il ne doit pas abandonner 
l'accusation, qu'il a simplement différée, et il ne doit pas la 
diriger contre lui, précisément parce qu'il l'a différée. 

Albucius n'attaqua pas] le riche ; dans sa déclamation il 
employa la couleur suivante. « C'est faire une injure à quel- 
qu'un, dit-il, que de l'accuser sans l'avoir poursuivi en justice. 
« Pourquoi me suis-tu? » demande le riche. Pour que tu aies 
enfin pitié de moi, que tu cesses de poursuivre notre maison 
abattue, que tu saches que, dans ma situation, je ne peux 
pas t'accuser, pour que tu ambitionnes la gloire de venger mon 
père. Toi seul peux, si tu le veux, découvrir l'assassin; toi 
seul peux l'accuser. « Mais certains me soupçonnent d'être 
l'auteur du crime. » Tu as un moyen de dissiper les soup- 

invidiam facere. Sordidatus es, non queror ; sed si sordes tuae invidiam mihî 
concitant, queror. 

10. De colore quaesitum est : quidam aperte invecti sunt in divitem, quidam 
ex toto nihil dixerunt, quidam secuti sunt mediam viam. Gum praeter haec nihil 
sit, Latro volebat videri invenisse quartum genus, ut hoc modo in divitem 
diceret : tu quidem non fecisti, sed tamen ego habui causas, propter quas possem 
decipi et de te aliquid frustra suspicari : quia inimicus eras, quia inspoliatus 
pater inventus est, et cetera. Hoc est autem médium illud genus nec dimittendi 
divitem nec accusandi ; nam et dimittere non débet, quem distulit, et accusare 
propter hoc ipsum non débet, quia distulit. 

11. Albucius nihil dixit in divitem; hoc colore declamavit : committit, 
inquit, injuriam, si quem non postulavit accusât. « Quare, inquit, sequeris me ? » 
Ut aliquando mei miserearis ; ut desinas af/lictam domum persequi; ut scias 
me in hoc habitu accusare non posse; ut concupiscas gloriam vindicatae mortis. 
Tu solus potes, si voles, invenire quis occiderit, tu accusare. « At me quidam 
propter hoc suspectum habent. » Potes discutere istam suspicionem : quaere quis 



CONTROVERSES, X 1 (30). 225 

çons : cherche le vrai coupable. Il m'objecte : « Pour bien te 
montrer que tu cherches à me rendre odieux, quand je t'ai 
dit : « Accuse moi, » tu as répondu, non que tu ne m'accu- 
serais pas, mais : « Je t'accuserai quand je pourrai. » 
Pardonne-moi : jusqu'ici je ne peux accuser ou innocenter 
personne : je cherche le coupable. Mes indices, faibles contre 
toi, sont nuls contre tout autre que toi : tu es notre ennemi; 
mon père n'a pas été volé ; ce n'est pas assez pour t' accuser, 
c'est assez pour te soupçonner. » 

Vibius Rufus proposa la couleur suivante : «J'ai des vête- 
ments de deuil : c'est que je pleure mon père; je te suis: c'est 
pour être mieux en sûreté; je crains l'homme, que je ne con- 
nais pas et qui a tué mon père ; je sais que, tant que je serai 
près de toi, il est impossible que je sois assassiné. » 

Murrédius, qui adopta cette couleur, dit bêtement : 
« Pourquoi je te suis? Mon père, qui se promenait seul, a été 
assassiné. » 

La couleur de Moschus ne plaisait pas à Gallion : « Je te 
suis, disait-il, pour trouver le coupable ; je pense en moi- 
même : quelque soit l'assassin, il voudra rejeter le crime sur 
notre ennemi; il viendra trouver le riche. » L'injure, observait 
Gallion, est beaucoup plus grave, s'il agit pour faire une en- 
quête, s'il suit le riche, non seulement pour l'outrager, mais 
pour le mettre en danger. » 

Gallion pensa qu'il fallait parler simplement et adapter 
la couleur du plaidoyer à la façon dont le sujet est posé; 



feceril. « Ut scias, inquit, te invidiam mihi facere, cum dixissem : accusa me, 
non ne o asti te accusât arum, sed respondisti : accusabo, cum potero. » Ignosce 
mihi : non magis quemquam adhuc accusare possum quam absolvcre : quaero 
quis fecerit. Haec levia argumenta sunt, vana sunt quae alios tangunt ; quod 
inimicus es, quod Me inspoliatus inventus est : non est quare accusem ; est 
quare suspice?\ 

12. Rufus Vibius hoc pro colore posuit : sordidatus sum, lugeo; sequor 
te, ut tutior sim; timeo nescio quem illum, qui palrem meum occidit; scio me, 
quamdiu lecum fuero, perire non posse. 

Dumhunc colorem sequitur, Murrédius ineplissime dixit : Quare te sequor? 
Pater meus, quia solus inambulabat, occisus est. 

Moschi color non placebat Gallioni : sequor, inquit, ut inveniam quis fece- 
rit; hoc mecum cogito : quisquis est ille qui fecit, volet hoc inimico imputare ; 
ad divitem veniet. Multo, inquit, hoc injuriosius est, si inquirendi causa facit, si 
non tantum in convicium sed periculum divitis sequitur. 

Gallio subtiliter agendum putavit et ad positionem controversiae colorem 
actionis dirigendum, ut diceret : suspicor le patrem meum occisum, Quis 

T. II. 13. 



226 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

il dit : « Je té soupçonne d'avoir tué mon père; en effet, qui 
le haïssait davantage ? Qui est plus puissant que toi ? Sans 
doute un autre assassin, n'importe lequel, aurait convoité 
ses vêtements. On m'objectera : Quoi donc? Il suffit d'être 
l'ennemi de quelqu'un pour être son assassin ? Non, et voilà 
pourquoi je ne l'accuse pas. » 

RomaniusHispon accusa le riche ouvertement : il dit qu'il 
manquait non de preuves, mais de ressources, et, dans 
l'exorde, il plaça ce trait, au milieu des aplaudissements 
unanimes : « J'ai pour accusateur un homme qui s'étonne 
de ne pas être accusé. » 

Julius Bassus dit, dans cette controverse : « Pourquoi me 
suis-tu dans les rues? » Un forfait abominable, juges, a été 
commis! Moi pauvre et lui riche nous avons marché sur le 
même sol ! > Il avait coutume de rechercher des expressions 
triviales et il se trouvait des gens pour les admirer plus 
que tout le reste. Je l'entends encore, déclamant la contro- 
verse du prostituteur qui conseilla à dix jeunes gens de venir 
dans sa maison publique; il avait creusé une fosse pleine 
de feu, dissimulée avec de la terre; les jeunes gens y tombè- 
rent et furent brûlés; aussi est-il accusé d'avoir causé un 
préjudice à l'état. Ce jour-là il avait pour auditeur Albucius, 
qui écoutait avec dédain ceux qui pouvaient exciter sa jalou- 
sie : il admirait ce trait de Bassus : « Je ne te supporterais 
pas, même si tu avais attaché ton chien à la porte [c. à. d. 
sans doute : même si tu n'avais, en apparence, aucun moyen 
de nuire]. » 

Par contre, il disait qu'il y avait plus d'enflure que de force 

enim illum alius màgis oderat ? Quis tam potens alius est ? Vestem sine dubio 
alius nescio quis percussor concupierat. Dicet aliquis : quid ergo? Si inimicus 
est, protinus interfector est ? Non ; ideo non accuso. 

13. Hispo Romanius palam accusavit et dixit non causam sibi déesse, 
sed vires, et hanc sententiam in prooemio magno cum assensu hominum dixit : 
eum accusatorem kabeo, qui se reum non esse miratur. 

Bassus Julius in hac controversia dixit : « Quare me sequeris per publi- 
cum?» Fac nus indignum, judices, factum est : pauper et dives eamdem terram 
calcavimus. Consectari autem solebat res sordidas et inveniebat qui illas unice 
suspicerent. Memini illum declamantem controversiam de lenone, qui decem 
juvenibus denuntiavit in lupanar accédèrent, et foveam igné repletam terra 
superjecta obruit, in quam adulescentibus lapsis et consumptis accusatur rej 
publicae laesae. Audivit illum declamantem Albucius, fastidiosus àuditor eorum, 
quibus invidere poterat; admirabatur hanc Bassi sententiam : non mehercules 
te ferrem, si canem ad ostium alligasses. 14. Idem Latronis illas sententias aie- 



CONTROVERSES, X 1 (30). 227 

dans ces traits de Latron, qu'on répétait partout avec admi- 
ration : « Les pères choisissent leurs preuves [pour accuser 
le prosti tuteur] et séparent, par conjecture, les ossements de 
leurs enfants, » et : « Maintenant, prêtresses [c'est des cour- 
tisanes qu'il s'agit], faites avancer les victimes », et : « Au- 
dessus des cendres de nos enfants, il faut raser la maison 
publique. » Il louait, dans tous les cas, ce dont il avait donné 
l'exemple; car, dans cette même controverse, pour que Bas- 
sus ne semblât pas trop trivial, il dit lui-même : « Ainsi dix 
jeunes gens périront pour tes femmes de rien ? » 

Euctémon, parlant pour le fils, et racontant que son père 
avait été surpris et tué quand il était seul et sans conpagnon, 
dit : « Voilà pourquoi le plus sûr pour moi est de me prome- 
ner avec les riches. » Et encore : « Pourquoi je me tais? Mon 
père est mort pour avoir parlé. » 

Hermagoras dit : c Pauvres, fondons à part une ville pour 
nous; car les riches, dans la leur.... » Il ajouta dans sa nar- 
ration : « Par qui il a été tué, je ne sais. Il avait beaucoup 
d'ennemis, ayant, de nature, la parole libre et mordante. » 

Artémon dit : « Lorsque j'aurai trouvé le meurtrier, je 
'accuserai tout de suite, et je n'hésiterai pas, même si c'est 
un pauvre. » 



bat tumidas magis esse quam fortes, quae summa hominum admiratione cir- 
eumferebantur : legunt argumenta patres et ossa liberorum conjectura divi- 
dunt ; et illam : producite jam, sacerdotes, victimas ; et illam : supra cineres 
liberorum nostrorum lupanar solo aequandum est. Ipse autem laudabat haec 
utique, quae docuerat, nam in hac ipsa controversia, ne Bassus videretur ali- 
quid dixisse sordidius, dixit ipse : itane sic peribunt decem juvenes propter du- 
pondiarias tuas? 

15. Euctemon a filii parte, cum patrem suum narrasset solum sine comité 
oppressum et occisum, dixit : 8ià. toOto àarcpaT^VcaTÔv |<ttiv [aetôi TcXouarîwv ueçiica- 
têïv. Et idem : £cà t£ aiyw," '0 uaTïîç jaou Xô'^wv àra'ôavev. 

HermagOraS dixit : xTiflrw|Jt.ev t£ta, 5 itév»iTeç, icôXtv • oï Yàp iu),oûcrcoi -eijv 
auiwv.... Illud in narratione : u-rcb tîvoç àv^îôir), oûx ol£a. T Ei^v èxOçoùç itoVXoù;» 
œÔTït T£ raççYicriaffTYiç xat xaxYiY°P £ ^ v ^uvâfisvo;. 

ArteUlOIl dixit : otocv euçw tov œovÉa, tôt' siôù "(çà.'bo'/.u.i, xat tots &yj, xâv euçw 

ÎSîVKJTa. 



228 SÉNÈQUE LE RHETEUR 



II (31). 

LE FILS, BRAVE ÉPROUVÉ, QUI NE VEUT PAS CÉDER 
A SON PÈRE, BRAVE ÉPROUVE AUSSI. 

Le brave éprouvé peut souhaiter la récompense 
qu'il veut; s'il s'en présente plusieurs, ils feront 
valoir leurs droits en justice. 

Un père et son fils accomplirent des actions d'éclat. Le 
père demanda au fils de lui accorder le droit de choisir le 
premier; le fils refusa. La question débattue en justice, le 
fils triompha. Gomme récompense, il demande qu'on élève 
des statues à son père ; celui-ci le chasse. 

[Pour le fils], Junius G-allion. Je me demande quelle 
issue je dois souhaiter pour ce procès, puisqu'en avoir gagné 
un est mon seul crime. — Vous voyez comment, dans ce 
procès même, son père vante ses exploits; comment s'étonner 
que, né d'un tel père, il aime trop la gloire ? — Vous avez un 
rôle facile : réconciliez deux braves éprouvés. Notre différend 
vient de ce que nous sommes trop semblables. — Lorsque 



II (31). 
FIUUS FORTIS NON GEDENS FORTI PATRI. 

Vir fortis quod volet praemium optet; si plures erunt, 
judicio contendant. 

Pater et filius fortiter fecerunt. Petiit pater a filio sibi cederet; 
ille non vult. Judicio contenait; vicit patrem. Praemio statuas patri 
petit. Abdicatur. 

1. Juni Gallionis Dubito quid de eventu hnjusce judicii optem, cura cri- 
men meum sit vicisse. — Videtis quemadmodum in hoc quoque judicio opéra 
sua jactet : et miratur quisquam, si hoc pâtre natus gloriae cupidior est? — 
Faciles habetis partes : viros fortes jungite. Dissidemus, quia nimium similes 
sumus. — Cum exiremus in aciem, aiebat : si adulescens essem, nemo pugnaret 



CONTROVERSES, X 2 (31). 22$ 

nous sortions < du camp > pour combattre, il me disait : « Si 
j'étais jeune, personne ne me surpasserait en courage. » Il 
racontait aussi les victoires et les vertus de nos ancêtres, 
pour les mettre au-dessous des siennes. — Quand je serai 
parvenu à ton âge, je n'entrerai en conflit avec personne, et 
pourtant, si je veux suivre ton conseil, il me faudra entrer 
en conflit même avec mon fils. — Le suffrage que ma patrie 
me donne m'enlève celui de mon père. — Je dirai à celui 
qui me chasse : « Je ne me livrerai pas au luxe, aux 
femmes; » je ne lui dirai pas : « Je ne ferai plus d'actions 
d'éclat ; » je ne puis promettre de me corriger de ce crime ; 
je ferai des actions d'éclat et très éclatantes. — J'ai vu mon 
père, déjà vieux, endosser la cuirasse ; c'est beaucoup, pour 
combattre, d'avoir sous les yeux un modèle. — Il appelle 
jugement cette simple comparaison du butin pris à l'ennemi 
par le père et par le fils. — Etre ton frère d'armes, oui, je le 
puis; mais céder à un vieillard, je ne le peux pas. — Si j'ai 
engagé ce procès, c'est le fait de la loi ; si je l'ai gagné, celui 
des juges; si j'ai combattu, celui de mon père. — J'aurais 
voulu céder; les jeunes gens sont accourus vers moi en foule, 
< disant que > c'était la cause de l'âge qu'on débattait : ma 
victoire est celle, non d'un fils sur son père, mais d'un jeune 
homme sur un vieillard. — C'est moi qui ai triomphé, mais 
c'est mon père que l'on a félicité. — Ma jeunesse a imité 
d'illustres exemples. Ai-je donc eu tort de songer à Horatius 
Coclès, opposant la barrière de son corps aux armées étrus- 
ques, à Mueius Scaevola, brûlant sa main sur un autel 
ennemi; et à toi, Décius, qui, non plus que moi, n'as voulu 
rester au-dessous de ton père? — Je passerai à ton banc; je 

fortius; majorum quoque suorum virtutes referebat, sed omnibus se prâefere- 
bat. — Cum ad aetatem tuam pervenero, non contendam cura ullo, quamvis sit, 
si exemplum tuum sequi voluero, etiam cum fîlio contendendum. — 2. Qu'a 
patriae judicium habeo, pàtris perdvH. — Dicam abdicanti : « Non luxuriabor, 
non amabo ; » non dicam : « Non fortiter pugnabo ; » hanc emendationem crimi- 
num meorurn non possum promittere : ego vero pugnabo et fortiter et fortis- 
sime. — Vidi patrern jam senem loricam indwntem: multum est pugnare cum 
exemplo. — Judicium vocat, qvo pnt r et filius spolia contulimus ? — Esse 
commilito ego tibi esse possum ; cedere seni non possum. — Quod contendi, 
legis ; quod vîci, judicum ; quod pugnavi, patris est. — Volui cedere ; concurre- 
runt juvenes, aetatis causa agebatur : vici non fîlius patrem, sed juvenis senem. 
— Ego vici, sed omnes patri gratulati su.it. — 3. Parui adulescens magnis 
exemplis. Deceptus suin, dum cogito mecum Horatium Etruscas acies corpore 
suo summoventem et Mucium in hostili ara manum urentem et dum, te, ûeci? 



230 SÉNÊQUE LE RHETEUR 

t'embrasserai malgré toi ; tu as beau le contester; je suis le 

fort [ou: le plus courageux]. 

Fulvius Sparsus. Il fallait bien que je me batte coura- 
geusement : en combattant, j'avais à satisfaire, non seule- 
ment le général, mais mon père. — Si tu l'avais emporté sur 
moi, on dirait: « Le fils s'est retiré devant son père : il a craint 
d'être chassé. » — Continuellement, tu souhaitais d'avoir le 
bonheur que ton fils fût meilleur que toi. — Tu traduis 
devant la justice le double triomphe de notre maison! 

Clodius Turrinus. Quoi! Tu irais dire à Mucius :« Inu- 
tile de montrer ta main ? » Tu irais dire à Scipion, après la 
destruction de Garthage : « Tais-toi ? » La valeur parle vo- 
lontiers d'elle-même ; non seulement elle se montre, mais 
elle se fait voir. — Voici qu'on dit maintenant : « Le père a 
< volontairement > cédé au fils, et, s'il le chasse, c'est pour 
faire croire que leur rivalité était réelle. » — Souhaite, mon 
père, d'être vaincu aussi par ton petit-fils. — Il me dit : 
« Plus tard, tu auras l'occasion de faire des actions d'éclat. » 
Comment le savoir? Mes blessures ont avancé ma vieillesse. 
-*- Est-il homme plus heureux que toi ? Tu as vaincu tout le 
monde, et ton fils t'a vaincu. — Quel débat plus honorable 
s'est < jamais > élevé entre un père et un fils, puisque le 
vainqueur, quel qu'il fût, devait rendre le vaincu plus glo- 
rieux. — Je me demande ce que je dois faire? Me taire? Mon 
silence semblerait un aveu d'infériorité. Raconter mes ex- 
ploits ? Mais, par un malheur nouveau, dont je suis le pre- 
mier exemple, seul, quand on me chasse, il ne me sert à rien 



cogita, qui et ipse noluisti patri cedere? — Transiboin subsellia tua, complec- 
tar invitum : licet répugnes, fortior sum. 

4. Fulvi Sparsi. Necesse fuit mihi fortiter militare : pugnandum habebam 
non imperatori tantum, sed patri. — Situ, vicisses, diceretur : patri cessit : ab- 
dicationem enim timuit. — Solebas semper optare ut contingeret tibi filium habere 
meliorem. — In judicium vocas duplicem domus nostrae triumphum ? 

5. Clodi Turrini. Tu Mucio dieeres : « Non est, quod ostendas istam ma- 
num ?» Tu Scipioni post deletam Carthaginem : « Tace ? » Loquax est virtus nec 
ostendit se tantum, sed ingerit. — Aiunt ecce nunc quidam : cessit pater filio et 
in hoc abdicat, ut videatur verum fuisse certamen. — Opta, pater, ut et a nepote 
vincaris. — « Postea , inquit, pugnare fortiter poteris. » (Jnde scio ? Vulneribus me 
senem feci. — Quis te felicior? Tu omnes vicisti, te filius. — Quanto honestius 
modo pater et filius inter se contenderunt, honestiorem facturus victum uter 
vicisset. — 6. Dubito quid faciam. Taceam ? Sed silentium videtur confessio. 
Narrem vir tûtes meas? Sed illud quoque mihi novum accidit, quod uni mihi 
abdicato eas narrare non prodest. — Processi in aciem coram pâtre • « Fortin 



CONTROVERSES, X 2 (31). 231 

de les raconter. — J'ai marché au combat en présence de 
mon père : « Combats courageusement, me dit-il; il est hon- 
teux pour un jeune homme d'être vaincu par un vieillard. » — 
Je suis avide de gloire : si c'est un défaut, je le tiens de 
famille. Je suis brave! Me le reproches-tu, mon père? Mais 
tu vas me chasser si je dis: «Je suis très brave.» Cependant, 
je n'hésiterai pas à le dire : «Je suis très brave. > Je ne crains 
pas qu'on m'en blâme dans une ville où nous pourrions 
citer des exemples de courage même chez des vieillards. 

Julius Bassus. Une part de ma honte va rejaillir sur toi 
aussi : il te faudra rougir, mon père, si tu es vaincu par un 
fils que tu es obligé de chasser. 

Arellius Fuscus. Pardonne-moi; c'est une erreur de 
jeunesse. Je ne serai plus ambitieux, quand je serai vieux. 

Gavius Silon. A ton avis, qui de nous deux a triomphé ? 
Moi, j'ai seulement la récompense; toi, tuas et la récom- 
pense et le brave éprouvé. 

Division. — Voici la division de Latron : Un fils peut-iï être 
chassé pour un acte que les lois autorisent ? < Le fils > 
dit : « Personne, pour un même fait, n'a la loi avec lui et ne 
doit la craindre. » < Le père > riposte : « S'il a fait un acte 
défendu, il sera puni par la loi ; s'il a fait un acte, qui lui 
était permis, mais qu'il n'aurait pas dû faire, c'est son père 
qui le punira. » Ce que celui-ci reproche à son fils, ce n'est 
pas un crime, mais un manquement à un devoir moral. En- 
suite : « Chacun peut invoquer la loi qui le concerne; tu 
avais le droit d'agir comme tu l'as fait, j'ai le droit d'agir 
comme je le fais. «11 est permis de chasser ses enfants», <dit 

ter, inquit, pugna ; turpe est adulescenti vinci a sene. » Avidus sum gloriae - 
hoc si vitium est, paternum est. Fortis sum : numquid improbas, pater? At 
jam abdicabis, si dixero : fortissimus sum. Dicam tamen audaciter : « fortis- 
simus sum, » nec timeo in ea civitate hoc crimen, in qua fortes etiam senesnovi- 
mus. 

7. Juli Bassi. Ad te quoque ignominiae meae pars redundat : pudeat te 
pater, si a filio abdicando victus es. 

Arèlli Fusci patris. Ignosce ; juvenis erravi : ambitiosus non ero, cum 
senex fuero. 

Gavi Silonis. Utrum putas vicisse? Ego praemium tantum habeo, tu et 
praemium et virum fortem. 

Divisio. 8. Latro sic divisit : an fîlius abdicari possit propter id quod per- 
mittente lege fecit. Nemo, inquit, in eadem re et habet legem et timet. Contra 
ait : si quid fecerit, quod non licet, lex vindicabit ; si quid, quod licet, sed non 
oportet, pater. Non queritur de scelere filii, sed de officio Deinde : utatur sua 



232 SENEQUE LE RHETEUR 

la loi >. < Le fils répond : > « Est-il une loi qui fasse passer le 
père avant le fils? » S'il peut être chassé même pour un acte, 
que les lois autorisent, peut-il l'être pour un acte qui lui a 
mérité une récompense ? Il prétend qu'il ne saurait être 
puni, sur la plainte d'un particulier, pour une action qui 
lui vaut d'être honoré au nom de l'Etat : le même acte ne 
peut recevoir une récompense et mériter un blâme. « Quand 
même tous les droits céderaient à la puissance paternelle, 
il en est un qui l'emporte sur tous les autres, celui de faire 
une enquête sur une victoire, sur un acte de courage extra- 
ordinaire. Tu ne peux, pour chasser ton fils, invoquer une 
loi qui lui a donné l'avantage sur toi. » Même s'il peut 
être chassé, doit-il l'être ? Il subdivisa ce point ainsi qu'il 
suit : quand même il n'aurait pas dû entrer en lutte avec 
son père, ne faut-il pas lui pardonner si l'amour de la 
gloire a entraîné trop loin sa jeunesse ? Ensuite : devait-il 
entrer en lutte? « Pour toi, dit-il, <mon père,> la lutte était 
honorable et sans danger : quoi de plus glorieux, en effet, 
que de vaincre un brave éprouvé ou d'être vaincu par son 
fils? S'il ne devait pas entrer en lutte, tu n'aurais pu courir 
le risque de triompher et il n'aurait pas triomphé. Et, s'il 
t'avait cédé, il aurait pu se faire qu'un autre se présentât 
pour entrer en lutte avec toi ; au contraire, personne ne s'est 
présenté, car on savait qu'il ne servirait à rien de te battre, 
puisque, nécessairement, on serait battu par ton fils. Tu 
n'aurais tiré aucune gloire <de ton triomphe >; car on aurait 
bien vu que la victoire allait non au brave, mais au père. 
Vos vertus auraient été passées sous silence; au contraire, la 

quisque lege; tibi illud licuit et mihi hoc licet. « Abdicare liberos liceat. » Est 
aliqua lex, quae filio patrem praeferat ? Si potest abdicari etiam propter id, quod 
îege permittente fecit, an abdicari etiam propter hoc non possit, propter quod 
praemium accepit; Non potest, inquit, in ea re privatim puniri, in qua publiée 
honoratur : eidem rei non potest et praemium dari et nota denuntiari. Cetera 
jura puta paterno imperio subjecta esse : hoc jus majus est ceteris, quo de 
Victoria, de sumraa virtute quaeritur. Non potes propter hanc legem fîlium ab- 
dicare, propter quam a filio victus es. 9. Si potest abdicari, an debeat. Hoc in 
haec divisit : an, etiamsi non debuit cum pâtre contendere, ignoscendum tamen 
sit, si adulescens gloriae cupiditate lapsus est; deinde : an contendere debuerit. 
Tibi, inquit, et honestum erat certamen et tutum : quid est enim gloriosius 
quam aut virum fortem vincere aut a filio vinci ? Si non debui.sset contendere, 
non vincere tu potuisti, non ille vicisset, et potuit fieri, ut, si hic tibi cessisset, 
alius aliquis ad certamen procederet, qui nunc non processit, quia sciebatnihil 
sibi profuturum, si te vicislet, cum deberet a filio tuo vinci. Nulla laus tua 



CONTROVERSES, X 2 (31). 233 

comparaison même les a rendues illustres. » A cet endroit,, 
Turrinus dit finement : « Tu as eu plus d'envieux après ton 
échec et l'on a vu un spectacle nouveau : ton fils avait 
triomphé; tous disaient : « l'heureux père ! » Enfin 
Latron se demanda si la récompense n'efface pas la faute, que 
le fils a peut-être commise en provoquant le jugement. A cet 
endroit, Gallion plaça un trait, qui fut vivement applaudi : 
« Après avoir longtemps essayé de l'apaiser, son fils lui dit : 
« Si je n'y réussis pas, que crois-tu que je ferai? Que j'irai 
dans les temples supplier les dieux? Non! c'est auprès de 
tes statues que je chercherai un appui. » Pompeius Silon 
voulut essayer, dans cette controverse aussi, une question qui, 
d'après lui, devait être essayée toutes les fois qu'il s'agissait 
de chasser un brave éprouvé : peut-on chasser un brave 
éprouvé ? Il disait que, dans aucune controverse, on ne pou- 
vait mieux la développer. « Tu ne peux, dit-il, chasser 
l'homme qui peut te vaincre. Tu t'étonnes que cette loi sous- 
traie au pouvoir d'un père un homme qu'elle a mis en pa- 
rallèle avec lui et au-dessus de lui ? » 

[Couleurs]. — Gallion, parlant pour le jeune homme, in- 
troduisit la couleur suivante : « Les jeunes gens accoururent 
vers moi en foule : il semblait que ce fût la cause de l'âge 
que l'on débattît. Comme j'hésitais, j'entendis l'un d'entre 
eux me dire: « Ton refus ne l'avancerait pas; je me retire 
devant toi, non devant lui. » 

Cestius employa la couleur que voici : il avait cru plus 
glorieux pour son père et tout au moins pour leur maison, 



fuisset : apparuisset enim illam victoriam non viri fortis fuisse, sed patris. Silen- 
tio virtutes vestrae transissent : nunc illustratae sunt dum conferuntur* 
10- Turrinus hoc loco belle dixit : plures tibi invidere coeperunt, post- 
quam victus es atque novi generis res accidit : filius vicerat ; omnes aiebant : o 
felicem patrem î Novissimara quaestionem fecit : an, etiamsi quid judicio pecca- 
vit, praemio emendaverit. Hoc loco dixit GalliO illam sententiam, quae valde 
excepta est : cum diu deprecatus esset, ait : si nihil profecero, quid me facturum 
putas ? Ad templa iturum, ad deos supplicem ? Ad statuas tuas confugiam. 
11. Silo Pompeius tentavit et in hac controversia illam quaestionem, 
quam in omnibus virorum fortium abdicationibus putabat esse tentandam : an 
vir fortis abdicari possit ; aiebat in nulla magis controversia illam posse tractari. 
Non potes, inquit, eum abdicare, qui te potest vincere. Miraris si patri hac lege 
subducitur qui ei et comparatur et praerfertur? 

12. Colorem pro adulescente Gallio illum induxit : concurrerunt ad me r 
inquit, juvenes : aetatis causa agi videbatur. Cum dubitarem, exaudivi nescio» 
quem dicentern : nihil agis ; ego tibi cedo, illi non cedo. 



234 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

que leurs mérites, à tous deux, fussent mis en lumière au 
forum. 

Votiénus Montanus dit: « J'ai pensé, non pas à tes 
ordres présents, mais à tes recommandations passées: lors- 
que tu m'exhortais à la gloire, tu me disais toujours de ne 
céder à personne. Tout le monde, dans ce procès, te trouvait 
digne d'envie, puisque l'on examinait où tu étais le plus heu- 
reux : dans tes combats ou dans ton fils. Ne crois pas que 
les juges m'aient trouvé le plus courageux; ils se sont trom- 
pés, mon père ; ils ont jugé, non pas suivant les faits, mais 
suivant ce qu'ils croyaient tes préférences. » 

Argentarius dit : « J'ai cherché l'occasion de lui témoi- 
gner ma gratitude; je n'ai pas désiré recevoir une récom- 
pense. L'honneur nous touche tous deux : l'un possède la 
récompense, l'autre l'a reçue. » 

Arellius Fuscus dit : « Si tu m'avais ordonné de m'em- 
barquer, j'aurais poussé ma barque sur les flots gonflés par 
la tempête; si tu m'avais ordonné de voyager, rien ne 
m'aurait semblé dur, puisque l'ordre venait de toi. <Mais>tu 
m'as donné le seul ordre qu'un brave pût difficilement 
accepter : se laisser vaincre. » 

Blandus, dans sa narration, se servit de la couleur sui- 
vante : « Mon père me reproche de ne pas* lui avoir cédé en 
une seule occasion; je vais augmenter le nombre de ses 
griefs : jamais je ne lui ai cédé, toutes les fois qu'il s'est agi de 
bien faire; j'ai toujours voulu sembler plus frugal, plus labo- 



Oestius hoc colore usus est : putasse se ipsi patri honestius hoc esse, certe 
domui, laudes utriusque in foro inspici. 

Montanus Votiénus ait : eogitavi, non quid imperares, sed quid praece- 
pisses : dixeras semper, cum me hortareris ad gloriam, ut nulli cederem. lnvi- 
•diosa omnibus in illojuJicio fortuna tua videbatur, cum quaereretur utrum pug- 
nasses felicius an genuisses. Non est, quod me putes visum illis fortioreni : 
•decepti sunt, pater ; judicaverunt non quod erat, sed quod te malle credide- 
runt. 

13. Argentarius ait : occasionem benefîcii quaesivi, non concupivi acci- 
pere praemium. Honor ad utrumque peroenit : aller praemium habet, alter 
accepit. 

FUSCUS Arellius pater ait : si navigare imperasses, per hibernos fluctus 
egissem ratem ; si peregrinari, nihil fuisset jubente te durum : unam hanc rem 
imperabas difficilem forti viro, vinci. 

Blandus hoc colore narravit : pater mihi objicit, quod illi in una re non 
cesserim ; ego multiplicabo crimina mea : numquam illi, quotiens recte facien- 
dum fuit, cessi ; semper volui videri frugalior, videri volui laboriosior ; nam 



CONTROVERSES, X 2 (31). 235 

rieux; d'ailleurs, lorsqu'il fallait déployer de la force, lui- 
même me cédait : ce n'est pas moi qui triomphais, mais 
l'âge. » 

Turrinus employa cette couleur-ci : « J'aurais voulu me 
retirer devant lui; mais il y avait des gens qui me disaient 
que je n'en avais pas le droit : ce serait détruire une loi qui 
nous était profitable. Ils semblaient disposés à contester la 
récompense que demandait mon père et à dire : il n'est pas 
permis aux braves de se céder mutuellement; en leur cause, 
il s'agit, non seulement de leur intérêt à eux, mais de l'in- 
térêt public; il importe atout le monde de savoir qui est le 
plus brave. Ce sont ces discours qui m'ont poussé à une lutte 
où mon père, dans tous les cas, devait avoir part à la vic- 
toire. — Que croyez-vous que je vais dire ? Que l'on m'a 
trouvé plus brave? Ce serait faux, puisque ma bravoure 
même me venait de lui. Alors vous vous demandez pourquoi 
je l'ai emporté. On a pensé que se serait un déshonneur pour 
toute la jeunesse, si l'on donnait à un vieillard le prix de la 
vaillance. » Et, après avoir dit qu'il avait consacré sa récom- 
pense à la gloire de son père, il ajouta : « Je t'ai vaincu, 
mon père; mais c'est pour toi que j'ai vaincu. » 

Albucius dans sa narration employa la couleur suivante : 
i< Je n'ai pas voulu que mon père semblât devoir à un accord 
avec moi le prix de la bravoure. Je n'ai pas cédé avant le 
jugement, pour le faire devant le tribunal, où je me suis 
borné à louer mon père, à rapporter ses exploits; c'est pour 
cette raison même qu'on m'a trouvé digne de la récompense. » 

eu m ad vires ventum erat, etiam ipse cedebat : non ego illum vincebam, sed 
aetas. 

14. Turrinus hoc colore usus est : volui, inquit, cedere, sed erant, qui 
dicerent non licere ; hoc enim nobis modo legem saluberrimam lolli. Disputaturi 
contra praemium patris videbantur et dicturi : non licet inter se cedere fortibus ; 
non ipsorum tantum causa agitur, sed publica omnium interest scire quis sit for- 
tissimus. His vocibus hominum missus sum ad id certamen, in quo ad istum 
utraque pertineret Victoria. — Quid putatis me dicturum ? Fortiorem me visum ? 
Falsum est, cum hoc quoque, quod ego fortis eram, istius esset. Quid ergo ? 
Quare vicerim quaeritis ? Visum est ad ruborem totius juventutis pertinere, ne- 
minem pugnasse fortius quam senem. Et cum dixisset se praemia in patrem con- 
tulisse, dixit : vici te, pater, sed nempe vici tibi. 

15. Albucius hoc colore narravit : nolui, inquit, videri per collusionem 
patri titulum fortissimi viri contigisse : non cessi ante judicium, ut in judicio 
cederem, et feci nihil aliud quam laudavi patrem, virtutes ejus rettuli ; visus sum 
propter hoc ipsum praemio dignus. 



236 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

Gavius Silon dit : « Tu avais coutume, mon père, de me 
citer les exemples des grands hommes, et d'autres aussi, tirés 
de notre famille ; tu me disais : « Gomme aïeul, tu as eu un 
brave éprouvé; tâche d'être plus brave que lui. » J'ai marché 
avec toi au combat et là nous ne nous sommes pas montrés 
inférieurs à notre aïeul; nous sommes revenus; toute la 
gloire était dans une seule famille. La république voulait 
examiner les titres au prix de la bravoure. quel désir de la 
gloire j'ai vu chez mon père? Quel désir tout juvénile ! Ses 
ordres me défendaient d'entrer en lutte avec lui; son exemple 
m'ordonnait de le faire. On arriva au tribunal : on y exami- 
nait, à propos de mon père, le question qui,' à ma connais- 
sance, peut soulever le plus de jalousies : « A-t-il eu plus de 
courage ou de bonheur ? » 

Moschus, dans la narration, employa la couleur suivante : 
« Il y en avait qui venaient me trouver et me disaient : 
« Demande à ton père de se retirer devant toi : il n'est pas 
utile à l'état de relever le courage des ennemis, et c'est ce 
qui arrivera s'ils apprennent que, dans cette ville, l'homme 
le plus courageux est un vieillard. » Ils me forcèrent à pro- 
voquer le jugement, en affirmant que c'était encore un 
moyen de servir l'État : et qu'a proclamé le jugement? Que 
je suis le plus jeune. » 

Menton dit : « Je crains que cet acte même [me retirer] 
ne me rabaisse aux yeux de mon père : nous savons comme 
il aime la gloire. » 

Triarius employa la couleur suivante : « C'est seule- 
ment devant le tribunal que j'ai voulu te céder, pour te 

16. Silo Gavius ait : solebas mihi, pater, insignium virorum exempla narrare, 
quaedam etiam domestica ; aiebas : avum fortem virum habuisti ; vide ut sis for- 
tior. Processi tecum in aciem nec illic avo cessimus ; rediimus : omnis gloria in 
una domo erat. Volebat res publica fortes viros recognoscere : o quantam ego 
cupiditatem gloriae in pâtre meo vidi, quam juvenilem ! Contendere me vetabat 
imperio, jubebat exemplo. Ventum est in judicium : omnium quas, ego novi, res 
invidiosissima quaerebatar de pâtre meo : utrum fortior esset an felicior. 

17. Moschus hoc colore narravit : erant qui accédèrent et dicerent : roga 
patrem tuum cedat tibi : non est utile rei publicae excitari hostium animos ; ex- 
citabuntur, si scierint neminem in hac civitate esse fortiorem quam senem. Illi 
me coegerunt, quasi tum quoque aliquid praestaturus essem rei publicae, venire 
in judicium; in quo quid habeo ? Ego judicatus sum juvenior. 

Meïlto dixit : timeo ne ob hoc ipsum palri vilior fiam ego ; scimus quam 
gloriosus sit. 

18. Triarius hoc colore usus est : in judicio tantum volui tibi cedere* ut 



CONTROVERSES, X 2 (31). 237 

donner l'air non pas de m'avoir imposé un ordre, mais d'avoir 
triomphé de moi <réellement>, et je t'ai <bien> cédé : j'ai 
plaidé ma cause pour l'acquit de ma conscience; mais les 
juges n'ont pas voulu que je lui cède ainsi, parce qu'ils 
croyaient que cela ne lui serait pas agréable. » 

Nicétés dit, dans cette controverse : « Si mon grand-père 
nous avait été rendu par la nature et avait assisté à ce juge- 
ment, n'aurait-il pas dit : « Quelle journée pour moi, dieux 
bons ! Certes elle me procure une grande joie; mon fils et 
mon petit-fils rivalisent de valeur ; » et : « Il est bien supé- 
rieur à son père. » 

Scaurus présenta la même pensée sous une autre forme : 
« si mon grand-père assistait à ce procès, avec quelle joie 
il verrait notre désaccord même ! Il me crierait : « Tu n'as 
pas de raisons pour lui céder; lui-même ne m'a jamais cédé. » 

Labiénus parla pour le père et dit : « Je demande la 
faveur qu'on ne refuse pas aux pires scélérats, celle de ne 
pas habiter avec mon adversaire : le même domicile ne peut 
renfermer un brave éprouvé et celui qu'il a vaincu. Il me 
dit : « Je t'ai fait dresser des statues. » Non ; pour m'em- 
pêcher d'oublier ma défaite, tu as gravé ma honte sur 
l'airain. » 



non imperasse videreris, sed vicisse, et cessi : defunctorie causam raeam egi ; 
sed noluerunt sic illi me cedere, quia gratum esse ilii non putabant. 

Nie êtes in hac controversia dixit : s! 6 Tzâr.r.oq utco -^ çû<tswç àTto&oôeYî Vjjxïv 

icaps'erTiri tÇÎ tots ÂixaffTïjptw, oix av eTrsv 

Tiç vil [aoi (i.î'pvj rfii, 6eo\ cpf/>cH ; -t\ ;a.aXa /aîpw 
uîô; ô' uîwvô; t' àpîTÎjç icspi St^v/ lyoDtrv/ [Od. 24, 514]. 
et : icoXXo'v &' oye. TCaxçô; àjjteîvwv [IL 7, 479J. 

19. Scaurus hune sensum aliter dixit : o si avus meus interesset judicio, 
quam libenter spectaret et discordiam nostram ! Glamasset mihi : non est, quod 
cédas ; ipse mihi numquam cessit. 

Labienus partem patris declamavit et dixit : quod etiam deterioribus iicet, 
nolo habitais cum adversario meo : non capit idem contubemium fortem vî~ 
rum et viciant. « Statuas, inquit, tibi posai : » immo, ne possem umquam 
victum me oblivisci, ignominiam meam in aes incidisti. 



238 SÉNÈQUE LE RHETEUR 



III (32). 

LE PÈRE ACCUSÉ DE FOLIE POUR AVOIR FORCÉ 
SA FILLE A MOURIR. 

11 pourra y avoir procès pour folie. 

Durant les guerres civiles, une femme suivit son mari dans 
le camp opposé à celui où se trouvaient son père et son frère. 
Son parti ayant été vaincu et son mari tué, elle vint trouver 
son père : celui-ci ayant refusé de la recevoir dans la maison, 
elle lui dit : « Comment veux-tu que je répare ma faute? » 
11 répondit : « Meurs. » Elle se pendit devant sa porte. Le 
fils accuse son père de folie. Procès. 

[Contre le père]. Porcius Latron. Le vainqueur même 
n'a pas demandé de telles expiations : il a pardonné aux 
vaincus ; il leur a même rendu leurs biens. — « Puisque tu 
réclames la vie que tu as donnée, prends-la. » — Aucun 
nom de femme n'a figuré sur les listes de proscriptions, 

Moschus. Tu as souillé tes pénates du sang de ta fille. 
Mais je dis tes pénates, comme si elle était morte dans ta 



III (32). 
DEMENS QUOD MORI FILIAM COEGERIT. 

Dementîae sit actio. 

Bello civili quaedam virum sccuta est, cum in diversa parte habe- 
ret patrem et fratrem. Victis partibus suis et occiso marito venit ad 
patrem ; non recepta in domum, dixit : « <Juemadmodum tibi vis satisfa- 
ciam ? » Ille respondit : «Morere. » Suspendit se ante januam ejus : accu- 
satur pater a filio dementiae. 

1. Porci Latronis. Sic sibi satisfieri ne Victor qnidem voluit : excusa- 
vit victos, quin restituit. — Quoniam reposcis vitam, quam dedisti, accipe. — Nul- 
lum fait in proscriptione mulierculae caput. 

Moschi. Inquinasti filiae sanguine pénates. Quamquam quid ego dico pe- 



CONTROVERSES, X 3 (32). 239 

maison. — Quand on apporta à César la tête de Pompée 
<son gendre>, il pleura : s'il versa ces larmes, c'est pour 
l'amour de sa fille. 

Arellius Fuscus. « Gomment veux-tu que je répare ma 
faute ? » Cette seule demande aurait dû la réparer. — Il eut 
une fille pleine d'affection pour son mari et pour son père : 
le premier, elle l'a suivi jusqu'à sa mort; l'autre, elle a été 
jusqu'à mourir pour acheter son pardon. — Quels périls je 
cours en riquant d'offenser cet homme, qui, une fois en 
colère, ne connaît plus le pardon ! 

Clodius Turrinus le père. « Meurs ! » Quel autre châti- 
ment aurait-elle mérité, si elle avait refusé de réparer sa 
faute ? — Si tu n'avais pas pris les devants, ma sœur, peut- 
être notre père aurait-il, de lui-même, réparé son erreur. — 
Chacun de vous, j'en suis sûr, conseillait à cette jeune femme : 
« Va trouver ton père irrité; emploie toutes tes caresses; 
prie, essaye de. le fléchir; si tu n'y réussis pas, tu as un 
moyen de lui arracher son pardon : menace-le de te tuer. »• 
— Ton pardon, vainqueur, s'adresse aux hommes et ils t'en 
sont reconnaissants; car les femmes, même dans un accès de 
colère, tu ne les aurais pas proscrites, t— « Pourquoi elle a 
suivi son mari ? » Tu as donc oublié à ce point les antiques 
exemples d'épouses fidèles, que tu proposais à ta fille comme 
modèles, quand tu avais ta raison? L'une a racheté de sa 
vie celle de son mari, l'autre s'est jetée sur son bûcher 
enflammé. Cette jeune femme se serait sacrifiée pour son 
mari, si elle ne s'était réservée pour son père. 



nates, tamquam in dorno perierit ? — Allatum ad se Caesar Pompei caput 
flevit : hoc ille propter filiam praestitit. 

Arelli Fusci. « Quemadmodum tibi vis satisfacîam? » Hoc ipso satisfecise 
debuerat. — Filiam habuit piam et in maritum et in patrem : alterum usque 
in mortem secuta est, alteri etiam per mortem satisfecit. — Quam periculose 
istum offendo, qui, simul irasci coepit, nescit ignascere ! 

2. Clodi Turrini patris. « Morerel » Quid aliud meruerat,si satisfacere 
nollet? — ■ Nisi occupasses, soror, fortasse pater sibi satisfecisset. — Hoc, certum 
hafaeo, unusquisque veslrum suadebatpuellae : « Ad iratum patrem veni ; in quas 
potes te compone blauditias : roga, deprecare ; si nihil profîcies, habes quedmad- 
modum cogas : morituram te denuntia. » — Hoc, quod ignovisti, victor, ad viros 
pertinet : illi tibi grattas agunt ; nam fcminas ne si irascereris quidem proscrip- 
sisses. — «Quare secuta est virum? » Adeo tibi vetera exempla exciderunt bona- 
rum conjugum, in quae filiam tuam solebas sanus hortari? Aliqua spiritum viri 
redemi t suo ; aliqua se super ardentis rogum misit. lmpendisset se puella viro, . 
nisi se servasset patri. 



240 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Fulvius Sparsus. Une fille, devant le seuil de son père, 
nage dans son sang. Pourquoi ce frisson d'épouvante? C'est 
une expiation demandée par le père. — Vous connaissez la 
loi de notre maison : il faut que je gagne mon procès ou 
que je meure. — Quelle est cette expiation, qui ne permet 
pas à la fille de savoir si son père lui a pardonné ? 

Albucius Silus. Lequel des partis [politiques] était le 
meilleur, les dieux semblaient seuls pouvoir en décider. — 
« Si tu veux réparer ta faute, meurs. » Pour moi, j'aime 
mieux ta colère [que ta pitié]. — Si c'était, auprès de quel- 
qu'un, un parricide que d'avoir appartenu au parti qu'il 
combat, jamais Cicéron n'aurait défendu Ligarius devant 
€ésar. M. Tullius, comme tu attachais peu d'importance à ce 
grief, puisque tu ne l'as pas celé! — Accorde le pardon 
de ta fille à ses prières, situes miséricordieux; à l'édit, si tu 
es son ennemi ; aux sentiments naturels, si tu es père ; à sa 
cause, si tu es juge; à son frère, si tu es irrité. 

Butéon. Elle est morte devant le seuil même de notre 
maison, pour qu'on ne pût douter si elle était morte pour 
son mari ou pour son père. — Où as-tu vu, où as-tu entendu 
parler d'un crime semblable? J'affirme que tu n'en as pas vu 
d'exemples dans la dernière guerre. 

Marullus. Il dit : « Elle avait mérité de mourir. » Mainte- 
nant encore tu l'accuses ? Cependant elle a réparé sa faute ! 
— Quel prodige inouï l La colère du vainqueur permet de 
vivre; le pardon d'un père force à mourir. 

Passiénus. Que ne me suis-je trouvé là! Tu n'aurais pas 



3. Fulvi Sparsi. Filia ante limen paternum in cruore suo volutatur. Quid 
exhorruistis ? Paterna satisfactio est. — Nostis domus nostrae legem : aut vincen- 
dum mihi aut moriendum est. — Qualis est ista satisfactio, qua filia exoratum 
sibi patrem non sentit ? 

Albuci Sili. Utrae meiiores parles essent, soli videbantur judicare di posse. 
— « Si vis satisfacere mihi, morere. » Quod ad me attinet, irascare malo. — Si 
parricidium esset fuisse in diversis partibus, numquam defendisset apud Caesa- 
rem Ligariwn Cicero. M. Tulli, quam levé judicasti crimen, de quo confessus 
es ! — Dona filiam, si misericors es, deprecanti ; si hostis, edicto ; sipater, natu- 
rae ; si judex, causae ; si iratus es, fratri. 

4. Buteonis. Ante ipsum lira n domus decessit, ne dubitari posset, utrum 
marito perisset an patri. — Ubi istud yidisti? Ubi audisti? Nego te istuc in 
bello didicisse. 

Marulli. « Meruerat, inquit, mori. » Etiamnunc accusas ? Certe jam tibi 
satisfactum est. — novum monstrum ! Irato victore vivendum est, exorato 
pâtre moriendum est. 



CONTROVERSES, X 3.(32). 241 

été seule à donner réparation à notre père. — Je te dirais fou 
furieux, si tu n'étais intervenu en faveur de ton gendre. — 
Ton gendre s'est rangé dans le parti opposé au tien : sa femme 
dans celui qu'elle devait suivre. 

Labiénus. Son obéissance aurait dû lui valoir tout au 
moins de mourir dans la maison [et non à la porte]. — 
M. Caton, le plus noble caractère qu'ait emporté Forage des 
guerres civiles, aurait pu conserver la vie, grâce à César, 
s'il avait consenti à la devoir à quelqu'un. — Contre la guerre 
civile la meilleure défense est l'oubli. 

Musa. Lorsqu'on apporta à César la tête de M. Pompée, 
on dit qu'il détourna les yeux, ce que tu n'as même pas fait 
quand tu as vu ta fille morte. 

Cornélius Hispanus. Les cruautés de cette guerre ont 
frappé toutes les classes de la société ; elles ont même fait 
mourir des hommes du plus bas peuple; rien, dans notre 
ville, sauf les femmes, n'a été à l'abri de la colère du vain- 
queur. Grâce à lui, cette gloire du moins est restée à notre 
malheureuse ville. — Ou notre père est fou, ou c'est le vain- 
queur. 

Menton. Repoussée une première fois, elle revient une 
seconde; repoussée une seconde fois, elle renouvelle ses prières 
une troisième fois; elle ne se lasse pas; elle sait que les enne- 
mis mêmes se laissent toucher. — Ame cruelle, si cette con- 
duite seule ne répare pas à tes yeux même la faute de ton 
gendre ! — Je n'ignore pas le péril qui me menace : une fois 



Passieili. Utinam intervenissem ! Non satisfecisses sola patri. — Furiosum te 
dicerem, si pro genero non rogasses . — Secutus est gêner diversas partes, uxor 
suas. 

5. Labieni. Hoc obsequio consequatur denique ut intra doraum moriatur. — 
— M. Cato, quo viro nihil speciosius civilis tempestas abstulit, potuit beneficio 
Caesaris vivere, si ullius iste voluisset. — Optima civilis belli defensio oblivio 
est. 

Musae. Allato ad se capite Cn. Pompei Caesar avertisse oculos dicitur, quod 
tu ne in morte fîliae quidem fecisti. 

Corneli Hispani. Pervagata est illa crudelis belli fortuna omnem ordi- 
aem ; usque in infîmae plebis supplicia descendit ; nihil in civitate nostra immune 
'à victorisira praeter feminas fuit : hanc laudem miserae urbi servare licuit. — 
Àut pater noster aut victor insanit. 

6. Meiltonis. Semel repuisa iterum redit: iterum repuisa tertio rogat; non 
fatigatur : scit exorari etiam hostes. — te crudelem, nisi jam tibi etiam pro 
genero satisfactum est ! — Non ignoro in quanto periculo sim : nescit placari 
iratus et voce etiam fîliae excanduit. 

T. II. 14 



242 SÉNEQUE LE RHETEUR 

en colère, on ne peut l'apaiser et la voix même de .sa fille l'a 
fait rougir de fureur. 

Triarius. Le vainqueur ne se laisserait-il pas fléchir, si un 
père l'implorait pour son fils? — « Meurs! » Ceux mêmes ^ 
qui, par leur charge, doivent donner le signal de frap- 
per les condamnés, disent, non pas : « Tue », ou : « Meurs », 
mais : « Exécute la loi. » Ils dissimulent sous un mot plus 
doux la cruauté de Tordre. 

Division,— Latron, dans cette controverse, introduisit cette 
question bien usée : peut-on accuser son père de folie pour 
une autre raison que pour un acte de folie ? « Je suis emporté, 
<dit le père>, je suis cruel, impitoyable, mais je ne suis pas 
fou. Tu dois faire approuver ta conduite par ton père et non 
pas régler la sienne. Dis-moi : «Tu perds la raison, tu ne 
comprends rien; » je réunirai, si je puis, des preuves démon 
bon sens; je dirai : « Au sénat, ai-je donné un avis dérai- 
sonnable? Qù trouves-tu un acte de démence? Ai-je mal 
choisi le parti où je me suis rangé?» Tu dois réunir beaucoup 
de signes de folie; tu ne peux faire condamner ton père pour 
des mots, que dis-je ? pour un mot. » En admettant qu'un 
père, même sans avoir perdu l'esprit, puisse être condamné 
pour. folie en raison d'un acte blâmable, est-ce ici le cas? Il 
divisa cette question en deux autres : si le père a prononcé 
ce mot pour causer la mort de sa fille, doit-il néanmoins 
être condamné? Ici, accusation dirigée contre la fille, qui 
s'était rangée dans le parti opposé à celui de son père et de 
son frère, quoique son sexe même la mit en dehors des mal- 



Triarii. An non exoraretur victor, cum pro filio rogaret pater? — « Morei^e.» 
llli quoque, quibus animadvertere in damnatos necesse est, non dicunt : « Oc- 
cide, ..» non : « Morere, » sed : « Age lege » .- crudelitatem imperii verbo mitiore 
subducunt. 

Divisio. 7- Latro usus est in hac controversia illa calcata quaestione : an pos- 
sit dementiae agi cum pâtre obullamaliamrem quam ob dementiam.Impotens sum, 
crùdelis sum, immitis, non tamen démens. Mores tuos patri debes approbare, 
non patris regere. Die : desipis, nihil intellegis : ego sanitatis meae, si potuero, 
argumenta colligam; dicam : in senatu non stulte sententiam dixi. Quid tibi vi- 
deor fecisse dementer? Partes maie elegi? » Multa debes dementiae signa colli- , 
gère ;,damnare non potes patrem propter verba, immo propter verbum. 8. Si 
damnari dementiae aliquis pater, etiam non démens, ob aliquod improbandum 
factum potest, an hic possit. Hoc in duo divisit : an, etiamsi hoc animo dixit, ut 
fîliam mori vellet, damnandus tamen non sit. Hic accusatio filiae contrarias pai- 
tes et patri et fratri sequentis, cum illam ipsa natura publicis excepisset malis. 
Animadvertit Manlius in filium et victorem, anldmaoertit Bmtus in liberos- 



CONTROVERSES, X 3 (32). 243 

heurs publics. « Manlius punit son fils, quoiqu'il fût vain- 
queur; Brutus punit ses enfants, qui n'étaient pas encore les 
ennemis <de l'état>, mais allaient le devenir; vois si, en 
s' appuyant sur ces exemples, un père a le droit de parler 
un peu durement. » Ensuite : a-t-il prononcé ce mot pour 
causer la mort de sa fille ? « J'ai parlé, dit-il, en un moment 
de colère, pour punir ma fille, non pour la voir mourir. » 
Clodius Turrinus dit joliment : « Ne vous étonnez pas si je 
me sers de mots un peu durs; je m'en tiendrai aux mots : je 
menacerai, ensuite je pardonnerai, comme a fait le vain- 
queur. » Gallion ajouta \&question suivante : est-ce la réponse 
si cruelle du père qui a causé la mort de la jeune femme? «Elle 

; est morte, dit-il, parcequ'elle regrettait son mari; sans cela 
un seul mot amer lui aurait-elle semblé valoir la vie? Mais 

. non! cette femme prompte aux coups de tête, déraisonnable, 
brûlant pour son mari d'un amour insensé, et comme éga- 
rée, cette femme, qui avait quitté son père pour suivre son 
mari, a profité de cet ordre de son père pour le rejoindre. » 
Pompeius Silon, avant cette question, en posait une 
autre, d'où l'on passe naturellement à celle-là : même si c'est 
le mot de son père qui a causé sa mort, le père doit-il 
être condamné? En effet, dans un événement, on doit être 
rendu responsable non du fait même, mais de l'intention. Si, 
après ce mot, cette jeune femme avait continué à vivre, 
pourrais-tu faire condamner ton père pour folie ? Dans tous 
les cas, après ce mot, ce qui a été fait l'a été, non parle 
père, mais la jeune femme. Il ne faut pas que son coup de 

non facton hostes, sed futur os : vi?e, an sub kis exemplis patri fortins loqui 
b'ceat. Deinde : an non eo animo dixerit, ut illam mori vellet. Dixi, inquit, ira- 
tus, cura vellem castigare, non occidere. 9. Turrinus Clodius belle dixit : 
nolite mirari si durioribus verbis utor ; non sum processurus ultra verba; mina- 
bor, deinde ignoscam : fecit et victor. 10. Gallio et illam quaestionem fecit : 
an non ob hoc puella perierit, quod pater illi tam dure responderit. Periit, in- 
quit, propter desiderium viri; alioquiunius verbi amaritudinem morte pensasset? 
Inamo mulier praeceps, temeraria, insano flagrans amore et attonita, quem virum 
pâtre relicto secuta fuerat, patris jussu consecuta est. 11. Silo Pompeius 
huic quaestioni praeponebat illam, ex quainhanc transitus fit : an, etiamsi prop- 
ter hoc verbum patris periit, damnari tamen pater non debeat : nec enim eventus 
inaputari débet cujusque rei, sed consilium. Si post hoc verbum puella yixissct, 
numquid patrem dementiae damnare posses? Utique post hoc verbum si quid 
factum est, non a pâtre, sed a puella factum est. Non oportet autem illius temc- 
ritatem dementiam videri patris. Post hanc quaestionem faciebat illam : an ob 
ïioc perierit. 



244 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

tête semble un acte de folie du père. Après cette question il 
posait l'autre : est-ce ce mot qui a causé sa mort ? 

[Couleurs]. — Ceux qui parlèrent pour l'accusateur em- 
ployèrent une couleur simple. Latron dit que c'était un père 
dur, cruel et que la république devait se féliciter qu'il n'eût 
pas été le chef de son parti. Il ajouta : « Il parla avec une 
telle expression de visage, une telle énergie, qu'il semblait 
non pas donner un ordre <à sa fille>, mais la tuer. » 

A cet endroit Turrinus Clodius dit : « Agir ainsi après la 
guerre, même après l'édit! » Et il ajouta : « Maintenant, em- 
pereur, nous savons ce que nous te devons, puisque ton par- 
don n'a pas exigé de sang. » 

Dans l'autre sens [pour le père] ; tous dirent que le père 

ne voulait pas sa mort. Gallion dit : « Elle ne me semblait 
pas savoir encore ce qu'elle avait fait : j'ai voulu lui faire 
comprendre toute l'étendue de sa faute. » 

Cestius employa la couleur suivante : « Elle m'implora 
avec cette arrogance qui l'a poussée à la mort, sans baisser 
les yeux humblement, sans employer d'expressions assez 
modestes, comme si elle n'était pas encore vaincue. Je n'ai 
reconnu en elle rien d'une fille, rien d'une vaincue. — Pour- 
quoi ne commence-t-elle pas par m'envoyer son frère ? Est- 
elle donc encore irritée contre lui, <pensai-je>? » 

Argentarius dit : « Nous avons été implorer le général, 
nous tous dont les enfants servaient dans l'autre camp ; 
nous lui avons dit : « Pardonne ; nous pourrons ne pas nous 
montrer sévères, si nous pouvons être sans inquiétude pour 



12. Color a parte accusatoris simplex est. Latroait patremdurum fuisse, cru- 
delem, bono publico hune non fuisse partium ducem. Dixit, inquit, eo vultu, ea 
affirmatione, ut videretur non jubere tantum, sed occidere. Hoc loco dixit 
Turrinus Clodius : hoc post bellum, immo post edictum? Et adjecit : nunc 
intelïegit res publica, imperator, quantum tibi debeat, cui sine sanguine satis- 
factum est. 

Ab altéra parte... ; omnes enim dixerunt pâtre nolente illam périsse. 13- Gal- 
lio dixit : nondum mihi videbatur scire quid meruisset : volui illam intellegere 
crimen suum. 

Cestius hoc colore : Contumaciter, inquit, rogavit, sic, quomodo periïï, 
non vultu demisso, non sumrnissioribus verbis, nondum tamquam victa : nihil 
agnovi ftliae, nihil victae. — Primum quare ad me non fratrem suum mittit? 
An eliamnunc fratri irascitur ? 

14. Argentarius ait : nos ducem exoravimus, quorum liberi in diversis 
partibus fuerant ; diximus : ignosce ; nobis licebit non severis esse, si licuerit 



CONTROVERSES, X 3 (32). 245 

l'avenir. » — Où est ma faute, de n'avoir pas, dès le premier 
mot, reçu ma fille qui venait du camp ennemi ? » 

Clodius Turrinus dit : « J'ai voulu que le frère me de- 
mandât cette faveur pour sa sœur. <J'ai pensé :> je parlerai 
plus durement à ma fille, pour que son frère intervienne en 
sa faveur. » — D'abord pourquoi m'implorer seul, puisqu'elle 
nous doit réparation à tous deux ? » 

Gavius Silon dit : « J'ai voulu, comme torture, lui infliger 
l'attente. « Laisse-moi, dis-je <à mon fils>, me faire prier 
deux ou trois fois : le vainqueur, si doux qu'il soit, n'a pas 
accordé tout de suite son pardon. » 

JLabiénus dit : « Je ne me suis pas laissé fléchir tout de 
suite, et, si elle avait vécu, ma résolution n'aurait pas été 
brisée par de nouvelles prières, même si elle les avait répé- 
tées une troisième et une quatrième fois. « Mais le vainqueur 
s'est laissé rapidement fléchir. » Il ne faut pas s'en étonner; 
il est plus facile de pardonner après une guerre qu'après un 
parricide. » 

Hispanus dit, à propos de la mort de la fille : « Même 
dans sa mort elle essaya de rendre son père odieux. — C'est 
son mari qui nous l'a enlevée une seconde fois. » 

Albucius "dit : « J'ai cru que, sans danger, je pouvais 
parler plus rudement; je n'ai pas douté en effet que son frère 
ne lui eut dit : « Tu n'as rien à craindre; il se laissera flé- 
chir : s'il est trop inflexible, j'irai, moi, l'implorer; et si tu 
m'avais imploré, jeune homme, j'aurais cédé. Je t'aurais tout 
accordé, comme ta sœur à son mari. » 



esse securis. — Quid peccavi, quod filiam ex hostium castris venientem non 
primo verbo recepi? 

Turrinus Clodius ait : volui fratrem sorori dare beneficium : eo durius 
loquar, ut ille me pro sorore sua depreeetur. — Primum quare me solum rogat, 
cuûi debeat duo bus satisfacere ? 

Silo Gavius dixit : volui illam mora torqueri : sine, inquam, et iterum et 
tertio roget : ne mitissimus quidem victor statim ignovit. 

15. Labienus ait : non sum statim exoratus, et, si vixisset, non essem frac-, 
tus proximis precibus ejus, ne tertio quidem rogatus aut quarto. « At victor cito 
exoratus est. » Noli mirari : facilius est ignoscere bello quam parricidio. 

Hispanus de morte ejus hoc dixit : etiam morte patri quaesivit invidiam. 
îterum illam nobis vir abduxit. 

Albucius ait : tuto me putavi loqui fortius ; non dubitavi enim quin f'rater 
illi dicturus esset : non est, quod timeas : exorabitur ; si difficilior erit, ego illum 
rogabo ; et si rogasses, adulescens, fecissem. Non magis tibi ego quicquam ne- 
gassem, quam soror tua marito. 

T. II. 14. 



246 SENÈQUE LE RHETEUR 

Votiénus Montanus dit : « Ne crois pas qu'elle soit morte 
parce qu'elle voyait son père irrité : elle est morte pour celui 
à qui elle avait voué sa vie; elle s'est sacrifiée pour celui à 
qui elle s'était donnée toute. » Et il reproduisit la même 
idée dans l'argumentation, en disant qu'elle n'était pas 
morte pour son père : « Alors, dis-tu, pour qui? » Tu sais 
bien qu'il n'y avait qu'un homme pour qui elle fût capable 
de mourir. » 



16. Montanus VotienilS dixit : non est, quod putes illam cecidisse îrae 
patris : cui vixerat periit, illi se Cui addixit impendit. Et eumdem sensum in ar- 
guments, cura dixisset non propter patrem illam périsse ; « Quid ergo ? inquis. 
Propter quem? » Scis illam unum fiabuisse, pro quo mori posset. 



CONTROVERSES, -X 4 (33). 247 



IV (33). 
LES MENDIANTS ESTROPIÉS. 

Il pourra y avoir procès pour préjudice causé à l'État. 

tTn homme estropiait les enfants exposés, puis, ainsi 
estropiés, les forçait à mendier et exigeait d'eux une certaine 
somme. On l'accuse d'avoir causé un dommage à l'État. 

[Contre l'homme]. Porcius Latron. Considérez toute 
l'étendue de son crime, puisque les pères ainsi frappés, loin 
de pouvoir reconnaître ou reprendre leurs enfants, doivent 
garder le silence sur ce préjudice évident. — Les revenus de 
sa cruauté ont été d'autant plus considérables que tous, sauf 
lui, nous sommes sensibles à la pitié. — Tu mendierais, si tu 
n'avais pas fait tant de mendiants ! — Ses crimes ont amené 
ce résultat inouï que le plus grand malheur pour les enfants 
exposés était de se voir élevés, pour leurs parents de les 
retrouver. 

Gassius Sévérus. Ici marchent à l'aventure des aveugles 



IV (33). 
MENDICI DEBILITAT!. 
Rei publicae laesae sit actio. 

Quidam cxpositos debilitabat et debilitatos mendicare cogebat ac mer- 
cedem exigebat ab eis. Rei publicae laesae accusatur. 

1. PorciLatroais. Aestimate, quale sit scelus istius, in quo laesi paires 
ne liberos suos aut agnoscant aut recipiant, etiam confessas injurias tacent. — 

Vectigalis isti crudelitaa fuit eo mugis, quod omnes, praeter istum, miséricor- 
des swiius. — Mendicares, nisi tôt mendicos fecissses. — Effecit scelestus iste, 
ut novo more, nihil esset miser ius expositis quam tolli, parentibus quam 
agnoseere. 

2. Cassi Severi. Hinc caeci innitentes baculis vagantur; liinc trunca brac- 



248 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

appuyés sur un bâton ; là des manchots étalent leurs moi- 
gnons ; l'un a les doigts de pied arrachés, l'autre les Lalons 
tordus, cet autre enfin les jambes cassées; celui-là, il a 
épargné ses pieds et ses jambes, mais lui a écrasé les cuisses : 
ce briseur d'os, variant sa cruauté, à l'un coupe les bras, à 
l'autre les énerve; il disloque celui-ci, casse les reins à celui- 
là; ce dernier il lui abaisse les épaules pour les renfler en 
une bosse hideuse et sa cruauté cherche à provoquer le rire- 
Voyons, présente-nous ta troupe à moitié morte d'épilep. 
tiques, de paralysés, d'aveugles, d'estropiés, de faméliques; 
montre-nous tes captifs. Par Hercule, je veux voir ton antre, 
cet atelier des misères humaines, cette morgue d'enfants. On 
assigne à chacun son mal comme un métier : celui-ci a les 
membres droits, et, si rien ne contrarie la nature, se distin- 
guera par sa taille élevée : qu'on les brise, de telle sorte 
qu'il ne puisse se relever de terre, mais qu'il rampe sur les 
os désarticulés de ses pieds et de ses jambes. Celui-là a des 
yeux admirables : qu'on les enlève de l'orbite. Chez cet autre, 
tous les traits de la figure sont beaux : il nous donnera un 
beau mendiant ; que ses autres membres lui deviennent 
inutiles, pour que l'injustice de la fortune, qui frappe ceux-là 
même qu'elle a favorisés, touche plus facilement les cœurs. 
Ainsi, sans gardes, ce tyran dispense les misères humaines. 
Vibius Gallus. Regardez les membres infirmes de ces 
infortunés que ronge je ne sais quelle horrible maladie; 
regardez celui-ci avec ses mains coupées, celui-là avec ses 
yeux crevés, cet autre avec ses pieds brisés. Pourquoi fris- 

cliia circumferimt ; huic convulsi pedum articuli sunt et extorti tali, huic eîisa 
crura; illius inviolatis pedibus cruribusque femina contudit : aliter in quemque 
saeviens ossifragus iste allerius bracchia amputât, alterius énervât, alium distorquet, 
alium delumbat, alterius diminutas scapulas in déforme tuber extundit et risum 
in crudelitate captât. Produc, agedum, famUiam semivivam, tremulam, debilem, 
caecam, mancam, famelicam ; oslende nobis captivos tuos. Yolo mehercules nosse 
illum specum tuum, Marri humanarum calamitatum nfficinam, illud infantlum 
spoliarium. Sua cuique calamitas tamguam ars assignatur : huic recta membra 
sunt, et, si nemo moratur, proceritas emicabit : ita frangantur, ut humo sealle- 
vare non possit, sed pedum crurumque resolutis vertebris reptet. Huic eximii 
oculi sunt : extirpentur radieitus. Huic tota speciosa faciès est : potest formo- 
sus mendicus esse : reliqua membra inutilia sint, ut Fortunae iniquitas in béné- 
ficia sua saevientis magis hominum animos percellat. Sic sine satellitibus tyran- 
nus calamitates humanas dispensât. 

3. Vibi Galli. Intuemini debilia infelicium membra nescio qua tabe con- 
sumpta, illi praecisas manus, Mi erutos oculos, Mi fractos pedes. Quid- exhor- 



CONTROVERSES, X 4 (33). 249 

sonner d'horreur ? C'est la pitié de cet homme qui s'exerce, 
— Tous ces membres sont brisés pour nourrir un seul ventre, 
et (prodige inouï !) c'est l'homme vigoureux qui est nourri, ce 
sont les estropiés qui le nourrissent. 

Albucius Silus. « Ils seraient morts, » dit-il. Une telle 
vie n'est-elle pas plus cruelle que la mort qui les attendait ? 
« Ils seraient morts, » dit-il. Demande à leurs pères ce qu'ils 
auraient préféré. — « Qu'on crève les yeux de celui-ci, qu'on 
coupe les mains de celui-là. » Mais l'un d'eux aurait peut- 
être été un brave éprouvé, l'assassin d'un tyran, un prêtre ! 
Et cette supposition n'a rien d'invraisemblable, étant donné 
leur nombre ; du moins c'est à des enfants exposés que le 
peuple romain voit remonter son origine. — Cet éducateur 
extraordinaire porte sur son livre de comptes plus de 
recettes pour sa cruauté que de dépenses pour sa pitié. 

Triarius. « Ils seraient morts,, » dit-il. Tu as eu la 
preuve, je croîs, que nous ne sommes pas cruels; cependant 
tous, tant que nous sommes, en donnant l'aumône à ces 
malheureux, nous leur avons souhaité de mourir. — Lève- 
toi, l'estropié! Il essaye et retombe. Lève-toi, le muet! Mais 
pourquoi te faire lever ? Tu ne peux adresser une prière. 
Lève-toi, l'aveugle ! Mais tu ne sais aux genoux de qui tu te 
jettes. Ah! Tu étais le plus heureux de tous les estropiés 
avant ce jugement, parce que tu ne voyais pas ce maître ; 
maintenant tu es le plus malheureux, parce que tu ne vois 
pas cet accusé ! — - Des enfants exposés ont été nourris même 
par des bêtes sauvages, qu'on aurait pourtant cru assez douces, 
si elles s'étaient bornées à ne pas leur faire de mal. 



rescitis ? Sic iste miseretur. — Tôt membra franguntur, ut unum ventre m im- 
pleant, et, (onovum monstrum!) integer adtur, débiles alunt. 

Albuci Sili.« Périssent, » inquit. Ita non infelicius super sunt quam perituri 
fuerant? «Périssent, » inquit. lnterroga patres utrum maluerint. Eruantur, 
inquit, oculi illius, illius praecidantur manus. Quid, si aliquis ex istis 
futvrus est vir fortis? Quid, si tyrannicida? Quid, si sacerdos? Nec, puto, 
incredibilia in hac turba loquor : certe ex hac fortuna origo Bomanae gentis 
apparuit. — Egregius educator plus acceptum crudelitati quam expensum 
misericordiae refert. 

4. Triari. « Périssent, » inquit. Puto, expertus es nos non esse crudeles ; 
tamen nemo non nostrum, cum istis stipem porrigeret, mortem precatus est. 
Surge tu, debilis ; conatur et corruit. Surge tu, mute : sed quid exeitaris ? Ro- 
gare non potes. Surge tu, caece : sed ad quorum eas genua, nescis. te inter 
omnes débiles ante hoc judicium felicissimum, quod istum dominum non vide- 



250 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Cornélius Hispanus. Donc, si ce bourreau avait vécu au 
temps <de Romulus>, Rome n'aurait ; pas eu de fondateur. — 
Je crains que cet accusé ne tire profit pour sa cause de ce 
qu'aucun père ne veut, dans ces infortunés, reconnaître son 
fils. 

Julius Bassus. Regardez des deux côtés et prêtez votre 
appui à ceux qui sont le plus dignes de pitié. — Permets-nous 
de voir ceux qui te payent: l'un est aveugle, l'autre paralysé, 
le troisième muet. Voilà ceux que tu ne veux pas laisser mou- 
rir! — Veux-tu que la pitié des juges ressemble à celle dont 
tu donnes sans cesse l'exemple ? 

Argentarius. Eux, dont on entendait partout les prières, 
restent muets dans leur cause. — « Augmentons nos recettes, 
<dit-il> : enlève à celui-ci les yeux, à celui-là les mains. » 

Arellius Fuscus. « Qu'on lui coupe la langue, dit-il f 
c'est une manière de demander que de ne pas pouvoir 
demander. » — Ayez pitié d'eux tous, juges, puisque vous avez 
coutume d'avoir pitié d'eux, même quand ils sont seuls. 

Cestius Pius. Si j'ai pris en mains cette cause, ce n'est 
pas que j'en aie seulement été prié par ceux que je défends. 
Qu'est-ce que ces malheureux savent demander, sinon l'au- 
mône? — Quel est le crime de cet infortuné? 11 a eu le mal- 
heur de naître, 

Qlodius Turrinus le père. Alors, si quelque père recon- 
naît son enfant, tu lui demanderas le prix des aliments que 



bas, in hoc judicio infelicissimum, quod istum reum non vides! -± Expositos 
aluerunt etiam ferae, satis futurae mi*es, si praeterissent. 

5. Corneli Hispani. Ergo, si illis temporibus iste carnifex apparuisset, 
conditorem suum Roma non haberet. — Timeo, ne hoc prosit reo, quod nemo 
èx istis quemquam videri vult suum. 

Juli Bassi. Iiituemihi utramque parlem et ei suecurrite, quae miserabilior 
est. — Liceat videre mercedarios tuos : hic caecus est, hic debilis, hic mutus. 
His tu mori non permittis?— Vis intejudices more tuo miséricordes sint, tuo 
cxemplo ? 

Argentari. Quorum cum ubi ue audiantur preces, in sua tantum causa 
cessant. — « Adjiciamus- aliquid ad'quaestum ; deriie huic oculos, illi manus. » 

6. Arelli Fusci patris; « Praecirfa'ur, inquit, lingua : genus est ro- 
gandi rogare non posse. » — Miseremini horum omnium, judices, quorum 
misereri etiam singulorum soletis. 

Gesti Pii. Ut hanc causam susciperem, ne ab eis quidem rogatus sum, pro 
quibus ago. Quid enim miseri rogare sciunt nisi stipem? — Quid infelix iste pec- 
cavit aliud quam quod natus est ? 

Clodi Tuf rini patris. Age, si quis agnovérit suum, petes alimenta, tam- 



CONTROVERSES, X 4 (33). 251 

tu es censé lui avoir fourni? Mais tu peux être tranquille; 
aucun ne sera jamais reconnu. — Malheureux, si vous faites 
l'aumône à votre enfant, malheureux si vous ne la faites 
pas! — Tu crois donc que nous refuserons à ces malheureux 
la vengeance qu'ils réclament, quand nous ne leur avons 
môme pas refusé l'argent qu'ils allaient te porter? — Et, ce 
qui est le plus indigne, cet homme, malgré sa cruauté, vit 
de la pitié publique ! — Venez, malheureux, et pour la pre- 
mière fois aujourd'hui, demandez quelque chose pour vous. 

Menton. Ces malheureux enfants errent autour de la 
demeure de leurs parents et plus d'un peut-être n'obtient 
pas de son père sa chétive nourriture. — Personne ne tire 
plus de bénéfice d'esclaves bien portants. — « Pourquoi cette 
maigre recette ? Tu es muet ? Était-ce une raison pour ne 
rien demander, pour ne rien recevoir? Je ne te laisserais pas 
la vie. s'il n'eût été plus cruel de te la laisser. Toi non plus ? 
ton gain de chaque jour ne répond pas à mon attente. Il est 
évident que l'on ne te trouve pas encore assez digne de 
pitié. » 

Gavius Silon. « Toi, dit-il, tu mendieras dans ces 
parages; toi, tu te tiendras à cette porte, » et, avec une 
cruauté barbare, il montre à ces malheureux les maisons de 
leurs parents. — « Celui-ci a peine à obtenir une aumône; 
qu'on lui ôte encore quelque chose. » 

Junius Gallion. « Laisse-lui les yeux, pour qu'il voie à 
qui il s'adresse, laisse-lui les mains, pour qu'il puisse recevoir 
l'aumône. » — On les rencontre < partout>, présages funestes 

quam alueris? Non est, quod timeas : nemo agnoscet. — miserum, si quis 
alimenta suo dat ! miserum, si negat ! — Ita nos istis vindietam negaturos 
putas, quibusne id quid*m negavhnus, quod tibi dat ".ri erant? — Et, quod m- 
dignissimum est, cnm tara cmdelis sil, misericordia publica vivit. — ; Venite, 
miseri, et hodie primum vobis rogate. 

7- Mentonis. Errant miseri circa parentum suorum domos et fortasse ali- 
quis a pâtre alimenta non impetrat. — Nulli plus reddunt intégra mancipia. — 
« Cur tu tam exiguum refers ? Mutus es ? Haec causa esse poterat, ut non 
rogares, ut non acciperes ? Spiritum tibi non relinquerem, nisi crudelior futurus 
essem relinquendo. Tibi quoque cotidiana captura non respondet : apparet te 
nondum hominibus satis miserum videri. » 

Gavi Silonis. « Tu, inquit, in ilia vicinia mendicabis ; tu ad illud limen 
accèdes ; » et crudelissime miseris parentium domos monstrat. — « Hic non facile 
stipem impetrat : etiamnunc aliquid illi detrahatur. » 

8- Juni Gallionis. « Serva oculos, utvideat quem roget; scrva manus, ut 
habeat quibus stipem accipiat. » — Occurrunt nuptiis dira omina, s acm publia 



252 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

pour les noces, pronostic fatal pour les sacrifices publics ; 
c'est surtout aux jours de fêtes solennelles, consacrées à la 
gaieté, qu'on voit errer de tout côté tes troupes de mori- 
bonds. — Peut-être l'un deux va-t-il porter aux dieux l'au- 
mône qu'il a reçue d'un père. 

Fulvius Sparsus. Je sais, juges, que l'on est porté à 
déposer une accusation par les motifs les plus divers : certains 
y sont engagés par la recherche de la gloire, que leur vaut 
le personnage condamné ; d'autres sont entraînés par des 
haines et des inimitiés, et je ne doute pas que quelques-uns 
n'y aient cherché un bénéfice; pour moi je n'ai aucun de ces 
motifs qui poussent les autres : quelle gloire y a-t-il à faire 
condamner un criminel aussi infâme? Quelle haine ressentir 
à l'égard d'un homme qu'on rougirait de haïr? Quel bénéfice 
attendre, puisqu'il est nourri par des malheureux qui ne 
peuvent se nourrir eux-mêmes? — Ce n'est pas qu'il ignore 
l'art d'implorer; il a même coutume de l'enseigner. — Quels 
sentiments dois-je toucher dans votre cœur, je ne sais : êtes- 
vous plus portés à la pitié,, je vous montrerai les crimes ; à 
la sévérité, le criminel. — Cet homme, c'est nous tous qui 
le nourrissons. — On ne peut t'infliger la peine du talion : 
tu n'as pas assez de membres pour remplacer ceux que tu 
dois. — Une louve, trouvant des enfants exposés, oublia sa 
férocité naturelle et doucement leur donna le sein, comme à 
ses petits. C'est ainsi qu'une louve a traité des enfants; < dès 
lors> que n'attendait-on pas d'un homme? Je suis heureux 
pour toi, Rome, que tes fondateurs ne soient pas tombés 
entre les mains de cet homme. — Ainsi, quand tu voulais éveil- 

cis tristia auspicia ; feriatis maxime ac sollemnibus et in hilaritates dicatis die- 
bus semianimes isti grèges oberrant. — A pâtre forlasse aliquis acceptam sti— 
pem portât ad deos. 

Fulvi Sparsi. Scio, judices, variis quemque causis ad accusandum solere 
compelli : quosdam ambitio gloriae, quam ex damnato petierunt, provocavit ; 
alios odia et simultates protraxerunt ; non dubito fuisse quosdam, qui praemium 
peterent : ego omnibus ceteros impellentibus causis vaco ; quae enim gloria est 
in tam sordido reo? Quae simultates, ut non eas quoque contraxisse pudeat? Aut 
quod praemium, cum istum alant gui se alere non possunt ? — 9- Non is est 
guirogare ne&ciat; etiam docere solet. — Quos affectus vestros optare debeam, 
nescio : si misericordiae propiores fueritis, crimina rei vobis ostendam ; si seve- 
ritati, reum. — Hune nos publiée pascimus. — Exigi a te talio non potest : non 
habes totidem membra, guot debes. — Lupa expositis infantibus, oblita ferita- 
tis, placida velut fetibus suis ubera praebuisse fertur. Sic lupa venit ad infan- 
tes : quid exspectemus hominem ? Gratulor tibi, Roma, quod in conditores tuoa 



CONTROVERSES, X 4 (33). 253 

1er la pitié publique, tu as été, toi, «cruel à. ce point! — « Le 
dernier jour, dit-il, celui-ci m'a rapporté beaucoup d'argent : 
il faut en faire un second sur ce modèle ; cet autre m'a rap- 
porté suffisamment : qu'on fabrique aussi un autre mal- 
heureux sur le même patron. Allez maintenant, dit-il, me 
chercher de quoi vivre. Toi, dit-il, qui n'as plus d'yeux, pour 
demander, sers-toi de tes yeux; toi, qui as perdu tes mains, 
sers-toi de tes mains; toi des membres paralysés- que tu 
traînes; que chacun de vous assiège les passants, en parlant 
de ce qu'il n'a pas. » Malheureux ceux, qui implorent ainsi ! 
Plus malheureux encore ceux qu'on implore ainsi ! Un 
homme passe; il se dit: «Mon fils, s'il vivait, serait peut-être 
semblable à cet infortuné. Ne serait-ce pas mon fils près de 
qui je passe dédaigneusement? » Un autre : « Mon fils aurait 
pu tomber aux mains d'un tel maître. Et s'il y était tombé ? » 
Tous donnent l'aumône à tous, craignant de refuser à leur 
enfant. 

Thèse opposée. Arellius Fuscus. On me dit : « Tu les as 
estropiés. » Leurs pères ont été encore plus coupables à leur 
égard. 

[Division]. — Latron adopta la division suivante : l'Etat 
a-t-il subi un préjudice ? 11 faut que le crime soit constant 
avant qu'on cherche le criminel. « Les dommages causés à 
l'Etat, habituellement on n'a pas besoin de les établir par des 
preuves ; on voit immédiatement si des murs ont été ren- 
versés, une flotte brûlée, une armée perdue, . les impôts 
moins productifs ; ce dommage que tu me reproches, qui le 

homo non incidit — Ergo tu, cum de publica misericordia cogitares, tara cru- 
delis esse potuisti ? — 10. « Proxima, inquit, die hic plurimum rettulit : fa- 
ciendus est huic similis alter; hic satis rettulit : fiât et alius miser ad hoc exem- 
plum. Ite nunc, inquit, et alimenta mihi quaerite. Tu, inquit, qui oculos non 
habes, per oculos rogato ; tu, inquit, qui manus perdidisti, per manus rogato ; tu, 
j.er illa membra, quae trahis debilia ; per ea quisque, quae non habet, ambiat. » 
O miseros qui sic rogant; miseriores qui sic rogantur! Ecce nescio quis ; 
« Meus, inquit, filius, si viveret, huic fortassis similis esset. Numquid ego meum 
transeo? » Alius : « Potuit, inquit, meus in eumdem incidere dominum. Quid, si 
incidit?» Omnes omnibus stipem congerunt, dum unnsquisque timet ne suo 
neget. 

Pabs altéra. Arelli Fusci. « Debilitasti, » inquit. Plus illis patres 
nocuerunt. 

11. Latro sic divisit : an laesa sit res publica. Primum, inquit, crimen 
constare oportet, deinde tune reum quaeri. An laesa sit res publica, non solet 
argumentis probari; manifesta statim rei publicae damna surit, si mûri diruti 

T. II. 15 



254 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

voyait? Dis-moi : quand cet homme a-t-il causé un préjudice 
à l'Etat ? Lorsqu'il a estropié un des enfants exposés ? Or 
celui même qui en a tué un tombe sous le coup d'une accu- 
sation, non pour préjudice causé à l'Etat, mais pour meur- 
tre; de même ceux qui en ont tué deux ou plus. Dis-moi à 
quel nombre commence le dommage pour l'Etat: deux sont 
estropiés? Tu ne crois pas qu'il y ait encore préjudice. On 
me dit : « Ils auraient pu devenir généraux. » Us auraient 
pu devenir aussi bien sacrilèges et homicides, ils auraient 
pu aussi bien mourir. « Il n'en est pas moins vrai qu'il a 
commis un acte de cruauté en mutilant ces enfants d'une 
manière si barbare et en forçant ces malheureux à men- 
dier. » Le cas n'est-il pas le même pour le laniste [maître 
d'escrime qui dressait les gladiateurs], qui pousse les jeunes 
gens sous les coups d'une épée ? Cependant on ne le con- 
damne pas pour préjudice causé à l'Etat. Le prostituteur ? 
non plus, qui contraint des jeunes filles à la débauche, ne 
cause pas de préjudice à l'Etat. Je demande pour l'accusé 
non pas des éloges, mais un acquittement : que sa conduite 
lui nuise quand il briguera les honneurs. On peut n'être pas 
irréprochable comme homme, et être innocent une fois ac- 
cusé. » Ensuite : si l'Etat subit un préjudice, est-ce du fait 
de cet homme ? « Non, dit-il, mais du fait des parents qui 
ont rejeté leurs enfants. Cet homme cruel, en admettant 
qu'il leur ait enlevé tant de membres, leur a rendu la vie. 
On répond : « eux n'exposent qu'un enfant; toi, tu les mu- 
tiles tous; eux leur enlèvent l'espoir de vivre, tu leur en 
enlèves les moyens. » Ensuite : peut-on le poursuivre pour 

sunt, si classis incensa est, si exercitus amissus, si vectigàlia deminuta : hoc 
damnum, quod tu objicis, quis videbat ? Die raihi : quando rem publicam laesit ? 
Cum unum expositum debilitavit? Atqui etiam qui occidit unum, non tamen rei 
publicae laesae tenetur, sed caedis ; etiam qui duos, etiam qui plures. Die mihi 
quis numerus efficiat, ut laesa videatur res publica ; duo debilitantur : nondum 
Tes publica videtur laesa. « Potuerunt, inquit, duces fieri. » Potuerunt et 
sacrilegi esse et homicidae ; potuerunt et perire. « Attamen crudelem rem facit y 
qui tam dire infantes perdidit et infeliees nendicare cogit. » Facit et lanista, qui 
jttvenes cogit ad gladium, nec damnatw reipublicae laesae, et leno, qui cogit 
invitas pati stuprum, nec iaedit rem publicam. Ego ?ion laudari reum desidero, 
sed absolvi; noceat hoc illi, cum honores petet. Potest aliquis et non esse homo 
honestus et esse innocens reus. 12- Deinde : an, si laesa est res publica, ab hoc 
laesa sit. Non a me, inquit, sed a parentibus, qui projecerunt. Hic crudelis, ut 
wiultum Mis abstulerit, vitam red'Hdit. Contra ait : illi singulos exponunt, tu 
omnes débilitas ; illi spem, tu instrumenta vivendi detrahis. Deinde : an teneatùr 



CONTROVERSES, X 4 (33). 255 

préjudice causé à l'Etat, s'il n'a fait qu'user d'un droit ? 
« Aucune loi, dit-il, ne peut punir une action autorisée par 
une autre loi. Si je détruis ma maison, diras-tu que je cause 
un préjudice à l'Etat ? Cependant, l'on pourrait représenter 
comme il est cruel d'abattre, ainsi que le feraient des enne- 
mis, ces murs bâtis par nos ancêtres et qui étaient restés 
debout jusqu'à maintenant. Si, dans mes champs^ je veux 
couper par le pied mes arbustes...» Ensuite: avait-il le 
droit d'agir ainsi ? » Oui, dit-il; les enfants exposés ne comp- 
tent pas : ils sont esclaves : c'est ce qu'a pensé celui qui les 
a élevés. Enfin, s'il n'avait pas le droit d'agir ainsi, ils ont 
une loi qu'ils peuvent invoquer : isolément, ils peuvent le 
poursuivre pour obtenir le talion ou pour injures ; mais on ne 
peut le poursuivre pour préjudice causé à l'Etat, au nom 
de ceux qui ne font pas partie de l'Etat ; on ne peut le 
poursuivre au nom d'un groupe de personnes qui, isolées, 
n ? ont pas le droit de le poursuivre. » On considère parfois, 
je le sais, comme une question, de chercher si un particu- 
lier peut causer un préjudice à l'Etat; du moins je me sou- 
viens que Sparsus déclama dans ce sens. Si l'on admet cette 
question, il faut admettre également celle-ci : une femme, 
un vieillard, un pauvre peuvent-ils lui causer un préjudice? 
On n'examine jamais aucun de ces points, mais on a coutume 
de les énoncer... [Lacune signifiant : d'ailleurs cette question 
rentre dans cette autre : l'Etat a-t-il subi un préjudice ?] De 
même, lorsqu'on développe la question suivante : l'Etat a-t-il 
reçu un préjudice, l'accusé, parmi les arguments qu'il donne 
pour prouver qu'il ne lui a pas causé de préjudice, ne 

rei publicae laesae, si fecit quod ei facere licet. Non potest, inquit, ulla res lege 
damnari, quae lege permittitur. Si domum meam diruo, numquid dicis me rem 
publicam laedere ? Et poteras describere, quam inhumanum sit illos parietes ma- 
jorum, in nostram usque perductos memoriam, in hostilem modum dejici. Si in 
agris méis arbusta succidere velim... 13. Deinde : an hoc non licuerit illi facere. 
Licuit, inquit; expositi in nullo numéro sunt, servi sunt; hoc educatori visum 
est. Denique si non licet, habent legem : talionis agere singuli possunt, injuriarum 
possunt : rei publicae quidem laesae non potest agi eorum nomine, qui extrarem 
publicam sunt; non potest pro omnibus agi, pro quibus singulis non potest. 
14. Scio quosdam putare quaestionem esse : an possit a privato homine laedi res 
publica ; Sparsum certe ita declamare memini. Quod si quisquam recipit, et 
illam recipiet : an a muliere possit, an a sene, an a paupere possit, quorum nihil 
uraquam quaeritur, sed dicitamen solet... quomodo, cumilla quaestio tractatur : 
an res publica laesa sit, iotiens reus, inter argumenta non laesae rei publicae, 
dicit : ne potuit quidem laedi a privato, a paupere, ab aegro, ab absenti. Gai- 



256 SENEQUE LE RHÉTEUR 

manque jamais de dire : a II n'a même pas pu en recevoir 
d'un particulier, d'un pauvre, d'un malade, d'un absent. » 
Gallion posa aussi la question suivante: l'Etat peut-il subir 
un préjudice lorsqu'il s'agit d'enfants exposés ? Non, dit-il, 
l'Etat ne peut subir un préjudice que dans une de ses parties; 
or, ils n'en sont pas une partie ; on ne trouve pas leur nom 
sur les registres du cens, sur les testaments. Mais cette 
question aussi rentre dans cette autre : l'Etat a-t-il subi un 
préjudice ? On dit, en effet : comment l'Etat aurait-il pu subir 
un préjudice à propos de gens qui ne lui appartenaient pas ? 

[Couleurs]. — Bien peu d'orateurs parlèrent en faveur de 
l'homme qui estropiait les enfants. Gallion, qui fut du nombre, 
employa la couleur suivante : « Cet homme indigent, qui 
pouvait à peine se nourrir lui-même, et encore moins nour- 
rir les autres, recueillit ces enfants qui, abandonnés sans 
espoir, respiraient à peine ; ce n'était pas leur causer un 
préjudice que de leur enlever quelque membre, mais leur 
assurer un bénéfice que de leur laisser la vie. On peut le 
rendre odieux, dire que les uns n'ont plus d'yeux, les autres 
plus de mains, ajouter que c'est à lui qu'ils doivent cette vie 
misérable, mais à condition d'ajouter qu'ils lui doivent la 
vie. » Gallion essaya aussi l'argument que voici : « Ses actes 
ont si peu nui à l'Etat qu'ils lui ont rendu service : il y aura 
moins de pères désormais pour exposer leurs enfants. » 

Turrinus Glodius se servit de la couleur suivante : 
« Beaucoup de pères ont coutume d'exposer les enfants qui 
les gênent. Certains, dès leur naissance, ont quelque partie 



Ho fecit et illatn quaestionem : an in expositis laedi possit res publica. Non po- 
test, inquit, res publica laedi nisi in aliqua sui parte; haec nulla rei publicae 
pars est; non in censu illos invenies, non in testamentis. Sed haec quoque in 
illam incurrit : an res publica laesa sit; dicitur enim : ne laedi quidem potuit in 
eis, quos non habebat. 

15. Pro illo, qui debilitabat expositos, pauci admodum dixerunt. Dixit Gal- 
lio et hoc colore usus est : egentem homin m et qui ne se quidem alere nedum 
alios posset, sustulisse eos, qui jam relicti sine spe vix spiritum traherent, qui- 
bus non injuria fieret, si aliquid detraheretur, sed bene/icium daretur, si vita 
servaretur . Faciant invidiam; dicant alicui oculos déesse, alicui manus; dicant 
illos per hune tant misère vivere, dum fateantur per hune vivere. Gallio illud 
quoque in argumentis tentavit : adeo, inquit, haec res non nocuit rei publicae, ut 
possit videri etiam profuisse : pauciores erunt qui exponant filios. 

16. Turrinus Clodius hoc colore usus est : multos patres exponere soli- 
tos inutiles partus. Nascuntur, inquit, quidam statirn aliqua corporis parte muti- 
lati, infirmi et in nullam spem idonei, quos parentes sui projiciunt magis quam 



CONTROVERSES, X k (33). 257 

du corps estropiée, ou marquée d'une infirmité incurable, et 
leurs parents les rejettent plus qu'ils ne les exposent ; plu- 
sieurs pères aussi jettent à la rue les enfants d'esclaves, ceux 
qui sont nés sous de mauvais présages ou ne sont pas de cons- 
titution solide. C'est quelques-uns de ceux-là que l'accusé a 
recueillis, et les parties qu'il a enlevées de sa main sont 
< justement > celles qui auraient pu exciter le plus la com- 
passion: ils demandent l'aumône, et cette vie, qu'ils doivent 
aux sentiments pitoyables d'un homme, ils la soutiennent 
grâce à ceux de tout le monde. « Mais, il est monstrueux 
de posséder des mendiants, d'être nourri par des estropiés, 
de vivre au milieu d'infirmes. » Allons donc ! Est-ce que 
vous rougissez d'aller chercher dans cette maison un ac- 
cusé, qui, d'après vous, a causé un préjudice à l'Etat? Et il 
arriva à l'argumentation en disant : comment a-t-il pu lui en 
causer un ? 

Pompeius Silon employa la couleur suivante : « Cet 
homme avait le cœur pitoyable; il a voulu leur donner la 
vie, mais il n'a pu les nourrir ; aussi a-t-il été contraint de 
faire sacrifier à chacun une partie du corps pour subvenir 
aux besoins du reste. » 

Labiénus, dans sa déclamation, défendit celui qui estro- 
piait les enfants et égala par son éloquence tous ceux qui 
avaient soutenu l'accusation ; pourtant les hommes les plus 
éloquents avaient choisi cette même partie, comme pour 
éprouver leurs forces. Voici l'endroit qu'il traita avec le plus 
de vigueur : « Il est extraordinaire que des hommes aient le 
loisir de penser à s'occuper de ce que fait l'accusé, un men- 



exponunt ; aliqui etiam vernulas aut omine infausto editos aut corpore invalidos 
adjiciunt. Ex his aliquos hic sustulit et eas partes, quae cuique possent mise.'a- 
biliores esse, manu sua abstulit : stipem rogant et unius misericordia vivunt, 
omnium al untur. « At res foeda est mendicos habere, a mutilis ali, inter débiles 
versari. » Age, non pudet vos ex hoc producere contubernio reurn, a quo dicatis 
laesam rem publicam ? Et sic descendit ad argumenta, ut dicerel : quomodo hic 
potuit laedere? 

17. Silo Pompeius illo colore usus est : misericordem hune fuisse, vo- 
luisse vitam dare, sed non potuisse alere ; itaque eo compulsum, ut unusquisque 
aliquam partem corporis pro toto dependeret. 

Labienus tam diserte declamavit partem ejus, qui debiliteb: t expositos, 
quam nemo alteram partem, cum illam omnes disertissimi viri vciut ad experi- 
mentum suarum virium dixerint. lllum autem locum vehementissime dixit : 
mirum est vacare homines huic cogitqtioni, ut curent quid homo mendions 



258 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

diant, parmi d'autres mendiants. Les premiers de la ville, 
dit-il, gaspillent leurs richesses pour des choses contre nature : 
ils ont des troupeaux d'eunuques ; ils font subir la même mu- 
tilation à leurs mignons, pour qu'ils soient capables de sup- 
porter plus longtemps leurs attouchements impudiques, et, 
honteux de n'être pas hommes eux-mêmes, ils veulent qu'il 
y en ait le moins possible. Ces estropiés, voluptueux et 
beaux, personne ne les défend. Il vous est venu à l'idée de 
vous occuper d'un homme qui recueille, dans la solitude, ces 
enfants qui périraient s'ils n'étaient pas recueillis; vous ne 
vous occupez pas des riches, qui, pour cultiver leurs soli- 
tudes, ont des ateliers d'hommes libres ; vous ne prenez pas 
garde qu'ils circonviennent l'esprit simple des jeunes gens 
malheureux et jettent à l'école du gladiateur les hommes les 
plus beaux, les plus propres au métier des armes. Il vous 
vient à l'idée de vous apitoyer sur ces infortunés, parce 
qu'ils n'ont pas tous leurs membres ; pourquoi pas aussi sur 
ceux qui les ont ? » Et ainsi, par cette figure remarquable, 
poursuivant les vices de son temps, il allégua, pour défendre 
cet accusé déshonoré et infâme, l'impunité de crimes plus 
odieux. 

Cette controverse est célèbre chez les Grecs : ils y ont dit 
beaucoup de belles choses que nos concitoyens se sont ap- 
propriées, beaucoup de mauvaises avec lesquelles ils ont 
aussi rivalisé. Glycon dit: « Tu vas jusqu'à te faire nourrir 
par des êtres qu'il est impie de ne pas nourrir. » 

Cette pensée a été rendue par P. Asprénas de la même 
manière; mais un des mots qu'il a employés est plus juste : « Un 



inter mendîcos agat. Principes, inquit, viri contra naturam divitias suas 
exercent : castratorum grèges habent; exoletos suos, ut ad longiorem patien- 
tiam impudicitiae idonei sint, amputant, et, quia ipsos pudet viros esse, id 
agnut, ut quam paucissimi sint. His nemo succurrit delicatis et formosis debi- 
libus. 18. Curare vobis in mentem venit quis ex solitudine infantes auferat 
périt uros, nisi auferantur ; non curatis quod solitudmes suas isti beati inge- 
nuorum ergastulis excolunt, non curât /s quod juvenum miserorum simplicita- 
tem circumeunt et tpeciosissimum quemque ac maxime idoneum castris in 
ludum conjiciunt. In mentem vobis venit misereri horum, quod membra non 
habeant; quidni illorum, quod habent? Et hoc génère insectatus saeculi vitia, 
egregia figura inquinatum et infamem reum majorum criminum impunitate dé- 
fendit. 

Celebris haec apud Graecos controversia est ; multa ab illis pulchre dicta sunt, 
a quibus non abstinuerunt nostri manus, multa corrupte, quibus non cesse- 



> CONTROVERSES, X 4 (33;. 259 

homme demande des aliments à des êtres auxquels il est 
cruel d'en refuser. » 

De cette pensée il faut rapprocher aussi celle de Quintilien: 
« Des deux malheurs dont vous êtes victimes, je ne saurais 
dire quel est le plus grand, d'être nourris ou de nourrir cet 
homme : vous êtes nourris, parce que vous êtes estropiés, et 
vous nourrissez celui qui vous a estropiés. » 

Le rhéteur Adaeus dit : « Des mères en larmes donnaient 
l'aumône, en pensant : « Si c'est le mien, c'est pour qu'il soit 
nourri; sinon, pour que d'autres aussi nourrissent le mien. » 

Cette pensée a été exprimée par plusieurs Latins, mais assez 
librement pour je croie qu'ils n'ont pas emprunté ouvertement 
ce trait, mais l'ont imité. Blandus dit : « ynê femme à « 
qui on demande l'aumône la tend au mendiant, surtout si 
elle a eu un enfant qui ait été exposé. sa lamentable réfle- 
xion, quand elle tend son aumône : « C'est peut-être le mien. » 

Moschus dit : «Une femme ,/qtif a déjà jeté l'aumône à 
plusieurs enfants, la refuse _au*sien. » 

Arellius Fuscus dit V «La mère tend une aumône à son 
fils qui la lui a demandée, malheureuse si elle sait que c'est 
son fils, malheureuse si elle l'ignore. » 

Artémon dit : « Les autres esclaves, vigoureux, naviguent, 
labourent : nos estropiés, sans travailler, nourrissent l'homme 
valide. » 

Ce trait a été exprimé avec plus de force par Porcius 



runtnecipsi. 19. Dixit Glycon : *où toutou? tooçk).? «.'teTç, ou? ^ Tp%tv àcrepéç 
êo-Tiv ; 

Hune dixit sensum P. Aspreuas eodem modo, uno verbo magis proprio 
usus : hos aliqui alimenta poscit, quibus crudelis est qui negat ? 

Circa hune s «nsum est et ille a Quilltiliano dictus : nescio utrumne vos 
miseriores dicam, quod alimenta accipitis, an huic quod dalis; accipitis enim, 
quia débiles estis, datis ei, per quem débiles estis. 

AdaeilS rhetor : xXaîouo-cu [xyiteoeç TjpàviÇov, « il |xÈv Iiaoç, XÉyouerai, ïva 
TOî'aoj tov Ifxôv, si oè àVXÔTçtoç, ïva xat tov Ijxov 0.W01. » 

20. Hune sensum quidam Latini dixerunt, sed sic ut putem illos non mutua- 
tos esse aperté hanc sententiam, sed imitatos. Blanchi S dixit : porrigit aliqua 
mendico rogata stipem, utique si peperit et exposuit. quam misera cogitatio 
pprrigentis est : « Hic fortasse meus est ! » 

Moschus dixit : aliqua, quia jam projecit pluribus stipem, suo negat. 

Arellius FUSCUS dixit : alit rogata filium mater, misera, si scit suum esse, 
misera, si nescit. 

ArtemOIl dixit : Ta jxsv twv aXXwv couina %kit, y£woy£"i 'Ta S' Tfjp.£T£oa àvàirYipa 
tçî'bei apya tov olo'x^Tripov. 



260 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR { 

Latron, qui ne peut être soupçonné de vol; car il méprisait 
les Grecs et ignorait leurs œuvres : après avoir peint tous ces 
estropiés, les uns courbés, les autres se traînant à terre, il 
ajouta : « Grands dieux ! Voilà ceux qui nourrissent un homme 
bien portant. » 

Damas Scombros dit : « Autrefois, pour les enfants 
exposés, le danger était de se voir précipités dans le gouffre r 
maintenant c'est de se voir élevés. » 

Cestius traduisit cette pensée : « Grâce à toi, il est plus 
dangereux d'être élevé qu'exposé. » 

Arellius Fuscus l'exprima autrement : « Jusqu'à présent» 

Epttf^es enfants à la destinée malheureuse, on craignait les 

"bêtes féroce&^es serpents, le froid, funeste à leurs membres 

délicats, et la faim : parmi les périls que courent les enfants 

exposés, nous ne comptions pas l'homme qui les élèverait. » 

Glycon émit un traitvîe mauvais goût : « Que l'un d'eux 
frappe à la porte des riches, V ar besoin [et : en raison de la 
parenté] ! » Et encore : « Toi, charte : toi, pleure; toi, gémis. 
lamentables concerts ! » ' - ^ 

Mais nos compatriotes aussi déraisonnèrent abondamment. 
Murrédius dit : « On voit s'avancer une longue théorie de 
malheureux; la plupart se traînent sans exister. » 

Et Licinius Népos : « S'il te fallait expier ta faute < par 
le talion,> combien de fois devrais-tu renaître pour le châ- 
timent? » 



21. Hanc sententiam Latro PorciuS virilius dixit, qui non potest de furto 
suspectas esse; Graecos enim et contemnebat et ignorabat. Cum descripsisset 
débiles artus omnium et alios iocurvatos, alios repentes, adjecit : pro di boni 1 
Ab his aliquis alitur integer ? 

Damas Scombros dixit : 7cà^at jx&v Ixôétoiç xtv^uvoç rjv -cb £i<pîjvai, vuv 8ï t» 

Tçacpîjvat. 

Hune sensum Cestius transtulit : effecisti, inquit, ut majus esset periculum 
educari quam exponi. 

Fuscus Arellius aliter dixit : illa adhuc in miserae sortis infantia time- 
bantur : ferae serpentesque et inimicus teneris artubus rigor et inopia; inter 
expositorum pericula non numerabamus educatorem. 

22. Glycon corruptam dixit sententiam : xpouffàtw xiq tîjv ôôpav xûiv I^ôvtwv^ 
Tpbç àvây^viç. Et illam : a&e <rû, <yù 8i xXaïe, cù 8î Sp-rçvei. T £2 xaxwv o-upLçtoyiwv ! 

Sed nostri quoque bene insanierunt. Murrédius dixit : producitur misero- 
rum longus ordo ; major pars se sine se trahit. 

Et Licinius Nepos : ùt solvendo sis, in poenas quotiens tibj renascendum 
est? - 

23- lllud Sparsus dixit, quod non corruptum tantum sed contrarium dicebat 



CONTROVERSES, X 4 (33). 261 

Sparsus dit ce mot que Montanus trouvait, non seulement 
de mauvais goût, mais contraire à la cause. « A toi seul tu 
as plus de membres que tu n'en as. laissé à tous ces hommes.» 
En effet, il peut sembler avoir causé un préjudice à l'État, 
s'il a estropié beaucoup d'enfants; mais il saute aux jeux 
qu'ils ne sont pas nombreux, s'il a plus de membres qu'il 
n'en a laissé aux estropiés. Il citait également de Sparsus un 
autre trait de mauvais goût : « On vit s'avancer plus de men- 
diants que de membres . » : 

Je cite les traits grecs, pour que vous puissiez juger, 
d'abord combien il est facile de faire passer en latin tous les 
traits éloquents en grec, et comme toutes les inspirations 
heureuses le sont pour tous les peuples, ensuite pour vous 
permettre de comparer les talents entre eux, et vous amener 
à penser que la langue latine offre autant de ressources 
mais moins de licence. 

J'ai mis à part le trait de Labiénus, parce qu'on en avait 
beaucoup parlé : l'accusé est assis devant le livre où il inscrit 
les comptes de chaque jour et récapitule le gain des men- 
diants : « Aujourd'hui tu as moins apporté : qu'on lui 
donne le fouet : je me félicite de n f avoir pas fait d'eux tous 
des manchots. Pourquoi pleures-tu? Pourquoi me supplies-tu ? 
Tu aurais rapporté davantage, si tu avais supplié sur ce ton.» 
Il émit encore. ce trait : « Donnez à ces malheureux la seule 
joie qu'ils puissent goûter : que tel d'entre eux voie, que tel 
autre entende condamner son maître. », 

Glycon dit : «C'est la seule joie que puissent encore 



esse Montanus : « Solus pluri habes membra quam lot hominibus reliquisti. » Ita 
enim hic potest videri laesisse rem publicam, si multi sunt debilitati ; apparet 
autem non esse multos, si plura habet membra quam debilitatis reliquit. Et illud 
aeque aiebat ab illo corrupte dictum : « Prodierunt plures mendici quam mem- 
bra. » 

Graecas sententias in hoc refero, ut possitis aestimare, primum quam facilis e 
Graeca eloquentia in Latinam transilus sit et quam omne, quod bene dici potest, 
commune omnibus gentibus sit, deinde ut ingénia ingeniis conferatis et cogitetis 
Latinam linguam facultatis non minus habcre, licentiae minus. 

24. Labieni sententiam separavi, quia ïocuti de illa homines erant; sedet 
ad cotidianum diurnum et mendicantium quaestus recognoscit : « Tu hodie mi- 
nus attulisti : cedo lora; gaudeo me non omnes emancasse. Quidfles? Quid rogas? 
Plus rettulisses, si sic rogasses. » Dixit et illatn sententiam : date miseris, quod 
unum percipere gaudium possunt : aliquis ex illis damnatum istum videat, aliquis 
audiat. 

GlyCOn dixit : auTT, jacÎvyi to'iq TaXantwpot; jrapà xa-raAÉAsiitTai. 25. P. ViniciuS, 
T. II. 15. 



262 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

goûter ces infortunés. » P. Vinicius, qui aimait le talent 
d'Ovide à la folie, prétendait que cette pensée se trouvait 
exprimée très éloquemment chez Ovidius Nason, (comme il 
disait>, dont il fallait, d'après lui, avoir les vers présents à la 
mémoire pour fabriquer des traits qui leur ressemblassent; 
Après la mort d'Achille, le poète lance cette exclamation : 
« La seule joie que Priam pût ressentir après la mort d'Hec- 
tor, c'était celle-là. » 

Cassius Sévérus avait dit : « Montre nous tes captifs ; » 
Julius Bassus : « Montre-nous ceux qui te payent ; » on trou- 
vait que Labiénus avait dit avec plus de bonheur : « Montre- 
nous tes nourrissons qui te nourrissent [alumnus à ces deux 
sens en latin]. » 

P. Asprénas mit la réflexion suivante dans la bouche 
d'un homme qu'il représenta tendant une aumône à un men- 
diant : « Pauvre père î » et c'est peut-être de lui-même qu'il 
parle ainsi ! 

summus amator Ovidi, hune aiebat sensum disertissime apud Nasonem Ovidium 
esse positum, quem ad fingendas similes sententias aiebat memoria tenendum. 
Occiso Achille hoc epiphonema poni : 

Quod Priamus gaudere senex post Hectora posset, 
hoc fuit [Met. 12, 607 sqq.J. 

Cassius Severus dixerat : ostende nobis captivos tuos. Julius Bassus 
dixerat : ostende mercedarios tuos. LabienuS commodius videbatur dixisse : 
ostende nobis alumnos tuos. 

P. Asprenas dixit, cum induxisset stipem porrigentem mendico : « infe 
iieem patrem ! » et hoc qui dicit, ipse fortassis pater est. 



CONTROVERSES, X 5 (34). 263 



V (34). 
PARRHASIUS ET SON PROMÉTHÉE. 

Il pourra y avoir procès pour préjudice causé à l'État. 

Lorsque Philippe vendait les Olynthiens comme prisonniers 
de guerre, Parrhasius, peintre athénien, acheta l'un d'eux, 
un vieillard; il le fît mettre à la torture, et, sur ce modèle, 
peignit un Prométhée. L'Olynthien mourut dans les tortures. 
Parrhasius mit son tableau, comme offrande, dans le tem- 
ple de Minerve. On l'accuse d'avoir causé un préjudice à 
l'État. 

[Contre Parrhasius]. Gavius Silon. Ce malheureux vieil- 
lard a vu, jonchant le sol, les ruines de sa patrie démem- 
brée; séparé de sa femme, séparé de ses enfants, il a foulé 
aux pieds les cendres d'Olynthe incendiée; il est assez triste 
pour me poser Prométhée. — Au nom de Jupiter (en effet 
quel dieu invoquer contre Parrhasius, plutôt que celui dont 
il a imité les actes ?) crois-tu que je stipule pour cet Olynthien 
seul, qu'il ne te servira pas de modèle ? — Personne, pour 



V(34). 

PARRHASIUS ET PROMETHEUS. 

Laesae rei publicae sit actio. 

Parrhasius, pictor Atheniensis, cum Philippus captivos Olynthios 
venderet, émit unum ex iis senem ; perduxit Athenas ; torsit et ad 
exemplar ejus pinxit Promethea. Olynthius in tormentis periit. 
Ille tabulant in templo Minervae posuit. Accusatur rei publicae 
laesae. 

1. Gavi Silonis. Infelix senex vidit jacentes divulsae patriae ruinas; abs- 
tractus a conjuge, abstractus a liberis, super exustae Olynthi cinerem stetit ; 
jam ad figurandum Promethea satis tristis est. — Pro Juppiter ! (quem enim 
melius invocem adversus Parrhasium quam quem imitatus est?) Olynthium 
tantum picturçe tuae excipio ? — Nemo, ut naufragum pingeret, mersit homi- 



264 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

peindre un naufragé, n'a jeté un homme à l'eau. — On frappe 
<ee vieil! ard>; « c'est trop peu, » ditParrhasius; on le brûle : 
« c'est encore trop peu; » on le déchire: « c'est assez, dit-il, 
pour la colère de Philippe, mais non pour celle de Jupiter. » 

Julius Bassus. On lui présente un enfant : « Il ne peut 
me servir à rien, dit-il; il ne peut encore se plaindre assez 
pour être Prométhée. » — Voici la dernière prière que lui 
adresse l'Olynthien : « athénien, rends-moi à Philippe. » — 
Ce n'est pas là un présent, c'est un sacrilège. —Il répond : 
« C'était mon esclave. » On croirait entendre Philippe. — Les 
Olynthiens fuient le temple dé Minerve à l'égal du camp des 
Macédoniens. 

Clodius Turrinus. «Il n'est pas assez triste, » ditPar- 
rhasius. Est-il un Olynthien qui ne soit pas assez triste, à 
moins que la fortune ne lui ait donné pour maître un Athé- 
nien ? Tu veux le voir triste ? Je t'indiquerai, Parrhasius, des 
tourments plus cruels <que les tiens> : mène-le sur les ruines 
d'Olynthe; mène-le à l'endroit où il a vu mourir ses enfants 
et brûler sa maison; tu sais, dans tous les cas, comme il 
était triste, quand tu l'as acheté, r- Avons-nous donc ouvert 
notre ville aux Olynthiens, pour leur fermer nos temples?—- 
Ainsi aucun Olynthien n ? aurait subi la torture, s'ils avaient 
tous été achetés par les Macédoniens? — « Qu'on lui donne 
la question! » Philippe même ne l?a pas, ordonné. « Qu'il, 
meure ! » Jupiter même ne l'a pas ordonné. 

Argentarius. Voilà l'hospitalité qu'un Olynthien a trouvée 
à Athènes? — Est-ce un Olynthien seulement que Parrhasius 

nem.- — Caeditur : « parum est, » inquit; uritur : « etiamnunc parum est ; » 
laniatur : « hoc, inquit, in irato Philippo satis est, sed nondum in irato 
Jove. » 

Juli Bassi. Producitur puer ■■: « supervacuum est, inquit; nondum 
quantum satis sit Prometheo potest gemere. » — Ultima Olynthii deprecaiio 
fuit: « Atheniensis, redde me Philippo. » -— Non est istud donum, sacrilegium 
est. — « Serons, inquit, mens fuit. » Putes Philippum loqui. — Aedem Miner- 
vae tamquam castra Mace donum fugiunt Olynthii. 

2- Clodi Turrini. « Parum ^inquit, tristis est. » Aliquis Olynthius- parum 
tristis est nisi qui Atheniensem dominum sortitus est? Vis tristem vide7*e? Dabo 
tibi, Parrhasi, majora tormenta : duc illum ad jacentem Olynthum; duc illo, 
ubi liberos, ubi domum perdidit ; scis certe, quam tristem illum ëmeris. — 
Olynthiis urbem aperuimus ; templa praeclusimus ? — Ergo nemo Olynthius 
tortus esset, si omnes illos Macedones émissent ? — « Torqueatur : » hoc nec 
sub Phihppo factum est. « M o? iatur : » hoc nec sub Jove. 

3. Argentari. Boc hospilio Olynthius Athenis exceptas est? — Tantum- 



CONTROVERSES, X 5 (34). 265 

a mis à la torture? N'y met-il pas nos yeux aussi? — Il 
place son tableau dans un lieu ou nous avons peut-être placé 
le texte du traité. — C'est faire un nouveau Prométhée et 
non peindre Prométhée.— Il disait aux tortionnaires: 
« Continuez; frappez-le; conservez-lui bien exactement l'ex- 
pression à laquelle il est arrivé, si vous ne voulez pas vous- 
mêmes me servir de modèles. >> 

Gestius Pius. Il dit : « Je l'ai acheté. » Non! Si tu es 
Athénien, tu l'as racheté. — : Si tu ne le sais pas, Parrhasius, 
c'est dans ce temple que nous avons fait des vœux pour les 
Olynthiens ; est-ce ainsi que nous nous en acquittons ? — Le 
cruel bourreau de la Grèce s'est borné pourtant à vendre cet 
homme. — On amène un noble vieillard, affaibli par le long 
fléau des malheurs, les yeux caves, aussi sombre que s'il avait 
été déjà mis à la question. Quand il vit apporter des chaînes : 
« Elle sont inutiles, s'écria-t-il; si j'étais échu à un autre 
maître, c'est à Athènes [où je vais aller] que je fuirais. » 
— Ce que tu as fait, je ne te le permets pour aucun Olyn- 
thien, à moins que celui que tu as acheté ne soit Lasthénés 
[un des deux personnages qui avaient livré Olynthe à Phi- 
lippe]. 

Triarius. Tuas fait un usage néfaste des deux plus grands 
présents que nous devions à Prométhée : le feu et l'homme. — 
Tous ceux que le crieur voyait en larmes, il savait qui les 
achetait. — Tout le monde avait pitié < de ce vieillard >, et 
peut-être Philippe lui-même aurait-il ordonné de le retirer 
de la vente, s'il ne l'avait vu acheté par un Athénien... ce 

modo Olynthium torsit Parrhasius? Quid? Non et oculos nostros lorquet? — Ibi 
ponit tabulam, ubi fortasse nos tabulant foederis posuimus. — Hoc Promethea 
facere est; non pingerè. — Aiebat tortoribus : «Sic intendite; sic caedite ; sic 
istum, quem fecit, cum maxime vultum servate, ne sitis ipsi exemplar. » 

4. Cesti Pii. « Emi, » inquit. Jmmo, si Atheniensis es, redemisti. — Si 
nescis, Parrhasi, in isto templo pro Olynthiis vota snscepimus : ita solventur 

— Crut} élis Me Graeciae camifex istum tamen nihil amplius quam vendidit. 

— Producitur nobilis senex, longà miseriarum tabe confectus, reductis intror- 
sus oculis, tam tristis, quam si jarii tortus esset. Ut admoveri sibi catenas- 
vidit : « Supervacuae sunt, inquit : si ad alium dominum pervenissem, Alhenas 
i'ugerem. » — Istud tibi in nullo Olynthio permitto, nisi si Lasthenen emeris. 

5. Triari. Corrupisti duo maxima Promethei munera, ignem et hominem. — 
Quemcumque praeco flentem viderat, sciebat emptorem. — Miserebantur 
omnes, et fortasse ipse Philippus reduci jussisset, nisi Àthenïensem vidisset 

emptorem quod ego fabulosum esse non dubilo. — Sed utrum vult Parrhasius 

eligat : parum pie aut infamavit Jovem aut imitatus est. — Clamabat iste : « Non- 



266 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

qui, suivant moi, est un conte. — Mais Parrhasius peut 
choisir : il a manqué de piété, soit en déshonorant Jupiter, 
soit en voulant l'imiter. — Il criait : « Tu n'es pas encore 
assez triste ; je te dis que tu n'as pas ajouté assez < de dou- 
leur > à ta physionomie primitive. » Philippe a-t-il été aussi 
cruel en le faisant vendre? 

Musa. Je vais raconter comment un vieillard olynthien 
a dû supporter le feu, des coups, des tortures ; on croit sans 
doute que j'attaque Philippe. — Les dieux et les déesses 
te perdent ! Tu as fait paraître Philippe miséricordieux. — 
Si vous l'en croyez, il a voulu rendre la colère de Jupiter ; 
si vous nous en croyez, il a dépassé la colère de Philippe. — 
Peins-nous Philippe avec sa jambe mutilée, son œil crevé, 
sa gorge traversée d'une flèche, avec tous les maux que lui 
ont envoyés comme tortures les dieux immortels. 

Cornélius Hispanus. 11 succombe, dans les tortures, à 
l'extrême épuisement de ses membres. Qu'est-ce à dire, 
Parrhasius? Tu ne suis pas ton plan; ce supplice dépasse 
celui de Prométhée . Les souffrances doivent être les mêmes 
pour le tableau de Parrhasius et dans le courroux de Jupiter. 

Arellius Fuscus. Peins-nous Prométhée, mais quand il 
crée les hommes, quand il leur donne le feu ; peins-le, mais 
au milieu des présents qu'il nous a faits, plutôt que des tour- 
ments qu'il a subis. — Au milieu des autels, il est venu 
placer la croix du vieillard olynthien. — Pauvre vieillard ! 
Peut-être un de tes anciens esclaves est-il, dans son nouvel 
esclavage, plus heureux que toi : dans tous les cas, ils sont 
plus heureux, ceux qui sont esclaves des Macédoniens. 



dum satis tristis es ; nondum satis, inquara, adjecisti ad priorem vultum. » Num 
talis in auctione Philippus ? 

6. Musae. Narraturussum Olynthi senis ignes 1 verbe7*a, tormenta : aliquis 
nunc me queri de Philippo putat. — Dii deaeque te perdant ! Misericordem 
Philippum fecisti. — Si isti creditis f iratum Jovem imitatus est; si nobis, 
iratum vicit Philippum. — Pinge Philippum crure debili, oculo effosso, jugulo 
fracto, per tôt damna a dis immortalibus tortum. 

Comeli Hispani. Ultima membrorum tabe tormentis immoritur.Parrhasi, 
quid agis? Non servas propositum ; hoc supra Pro me thea est. Tantumpatiendum 
est pingente Parrhasio, quantum irato Jove. 

7. Arelli Fusci patris- Pinge Promethea, sed homines facientem, sed 
ignés dividentem;* pinge, sed inter munera potius quam inter tormenta. — Inter 
altaria Olynthi senis crucem posuit. — Miservime senex, aliquis fortassis ex 
servis tuis felicius sero t; utique felicior est quisquis Macedoni servit. 



CONTROVERSES, X 5 (34). 267 

Fulvius Sparsûs. Si tu es parti < pour Olynthe > afin 
de secourir les habitants, je regrette que tu n'en aies acheté 
qu'un ; si c'est pour les torturer, que tu en aies acheté un. — 
Pourquoi, en les faisant vendre, Philippe, n'as-tu pas intro- 
duit cette restriction : « Aucun Athénien ne pourra les 
acheter? » — Phidias n'a pas vu Jupiter; pourtant il l'a 
représenté et on croirait qu'il va lancer la foudre ; Minerve 
n'est pas venue poser devant lui, mais son âme, digne d'un 
art si illustre, a su concevoir les dieux et nous les donner. 
Que ferons-nous, si tu veux peindre la guerre ? Partagerons- 
nous des hommes en deux camps et armerons-nous des bras 
destinés à se blesser réciproquement ? Les vaincus fuiront- 
ils ? Les vainqueurs les poursuivront-ils et reviendront-ils 
tout sanglants ? Faut-il que des hommes s'entrégorgent, pour 
que la main de Parrhasius n'étale pas inexactement les cou- 
leurs ? S'il te faut absolument mettre quelqu'un à la torture, 
achète un esclave criminel, afin que cette pose fournisse un 
modèle, pour toi, et un supplice, pour lui. — D'un côté s'ins- 
talle Parrhasius avec ses couleurs, de l'autre le bourreau avec 
les feux, les fouets, les chevalets. L'homme qui voit ces prépa- 
ratifs ou en attend l'effet, tu crois, Parrhasius, qu'il n'est pas 
assez sombre ? Le malheureux disait : « Je n'ai pas trahi ma 
patrie. Athéniens, si je n'ai pas mérité ce châtiment, venez 
à mon secours; si je l'ai mérité, rendez-moi à Philippe. » 
Au milieu de cet attirail, on se demande si Parrhasius a plus 
de goût pour la peinture ou pour les tortures. « Torture, 
frappe, brûle. » Voilà comme ce bourreau dose ses couleurs! 
Quoi ? Tu ne trouves pas assez triste un homme vendu par 

8. Fulvi Sparsi. Si ad succurrendum profectus es, queror quod unum 
emisti, si ad torquendum, queror quod ullum. — Utinam, Philippe, auctionem 
cum exceptione fecisses : ne quis Atheniensis emeret î — Non vidit Phidias 
Jovem : fecit tamen velut tonantem; nec stetit ante oculos ejus Minerva; dignus 
tamen illa arte animus et concepit deos et exhibuit. Quid facturi sumus, si bellum 
volueris pingere ? Diversas virorum statuemus acies et in mutua vulnera arma- 
bimus manus ? Cèdent victi ? Sequentur victores ? Kevertentur cruenti ? Ne Par- 
rhasii manus temere ludaî coloribus, internecione humana emendum est ? 9. Si 
necesse est aliquem torqueri, eme nocentem servum, ut eodem tempore et exem- 
plutn sumas et supplicium. — Statuitur ex altéra parte Pawhasius cum colo- 
ribus, ex altéra tortor cum ignibus, flagellis, 'eculeis. Ista aut videntem aut 
exspectantem, Parrhasi, parum tristem putas ? Dicebat miser : « Mon prodidi 
patriam. Athenienses, si nihil raerui, succurrite; si merui, reddite Philippo. » 
Jnter ista, Parrhasius dubium est studiosius pingat an saeviot. 10. « Torque, 
verbera, ure : » sic iste carnifex colores tempérât! Quid ais? Parum tristis vide- 



268 . SÉNÈQUE LE RHETEUR 

Philippe, acheté par Parrhasius ? « Torture-le encore, encore î 
Parfait ; maintiens-le ainsi ; voilà bien le visage de Prométhée 
déchiré cruellement, de Prométhée mourant. » 

Porcius Latron. Si tu le veux bien, orne de tes présents 
l'autel de la Miséricorde. — Ainsi, de tous les Olynthiens, 
aucun n'aura subi un ; esclavage plus dur que cet homme, 
envoyé par le destin à un maître athénien ? Lie malheureux, 
du moment qu'il ne voyait pas Philippe, se croyait heureux ! 
« 'Charge-le de liens, » dit Parrhasius. Lui répondait : « Phi- 
lippe m'a laissé sans liens. » 

Albucius Silus. Attends que l'on ait pris Euthycrate ou 
Lasthénés [qui avaient vendu Olynthe à Philippe].— Phidias, 
poui* ses oeuvres, n'a jamais eu besoin de bourreau. — 
Philippe même s'est contenté de faire vendre ces captifs. — 
On amène un vieillard noble, tout en pleurs; qui jetait sur 
sa patrie un dernier regard ; sa physionomie plut à Parrha- 
sius ; il avait quelque chose de Prométhée, même avant d'être 
mis à la torture. • — Avec quel soin il plaidé sa cause ! De 
même que Philippe... — « Ge n'est pas un Glynthien; j'ai 
perdu mon argent; retourne chez celui qui t'a vendu. » — A 
cause des hommes Prométhée a été torturé ; toi, ne torture 
pas les hommes à cause de Prométhée. — On demandait à 
Philippe : « Laisse vivre les Olynthiens. » A Parrhasius, il faut 
adresser une autre demande: « Laisse mourir les Olyn- 
thiens. » -*— «Je veux lui donner, < dis-tu >; une expression 
de souffrance. » Personne n'y réussira, du moment que 
Philippe y a échoué. u 



tur quem Philippus vendidit, émit Parrhasius ? « Etiamnunc torque, etiamnunc ; 
behe'habet; sic tene : hic vultus esse debuit lacerati, hic raorientis. » 

Porci Latroilis. Si videtur tibi, istis muheribus aram Miséricordiae orna. 
— Nemo ergo ex Olynthiis miserius servit quam qui Atheniensem dominum sortitus 
est? — Miser, ubicumque Philippum non viderat, pacèm putabat. — « Alliga, » 
inquit. Aiebat : « solutus apud Philippum fui. » 

11. Albuci Sili. Exspècta, dum Euthyérates aut Lasthenes capiantur. > — 
Phidias omnia opéra sine tortore fecit. — Philippus quoque vendidisse contentus 
est. — Prodncitur senëx nobilis, tiens, respiciëns patnam : pldcuit isti vultus; 
àabuit àliqi'id Promethèi aimile eliam ante tormenta. — Quam diligenter 
causam agit! Ut Philippus.... — « Olynthius non est, ego pecuniani pérdidi; redi 
ad auctorem. » — Propter homines Prometheus distortùs est, propter Prome- 
thea homines ne torseris.-^ Philippus sic rogabatur : lieeat Olynthios vivere. Par- 
rhasius aliter rogandus : Olynthiis mori lieeat. — « Tristem volo facere. » Nemo 
faciét, si Philippus non fecit. 

12. Hanc controversiam magna pars declamatorum sic dixit, velut non eon- 



CONTROVERSES, X 5 (34). 269 

[Division]. — Un grand nombre de déclamateurs, en trai- 
tant ce sujet, le divisèrent non comme une controverse, mais 
comme une accusation : ils imitèrent le plan que suivent 
ordinairement dans leurs discours ceux qui, au forum, 
parlent les premiers pour accuser ; à l'école, comme on ne 
parle qu'une fois, il faut non seulement accuser, mais aussi 
répondre. On lui reproche,, < disaient-ils X d'avoir torturé 
un homme, un Olynthien, d'avoir imité les supplices infligés 
par les dieux, d'avoir placé son tableau dans le temple de 
Minerve. Si Parrhasius ne doit pas répondre, cette division 
n'est pas mauvaise. Mais rien n'est moins acceptable que de 
traiter une controverse, si l'on ne peut rien répondre pour 
l'autre thèse, ou de ne pas réfuter < d'avance > ce que l'on 
peut répondre. Gallion, pour Parrhasius, adopta une divi- 
sion à peu près semblable à celle que Latron avait adoptée 
dans la controverse, dont j'ai parlé dans ce livre même, sur 
l'homme qui estropie les < enfants > exposés : il se borna à 
retrancher certaines choses. Voici sa division : la républiqne 
a-t-elle subi un préjudice? « Qu'a-t-elle perdu? Rien. Je ne 
parle pas encore du droit. La ville qui a perdu un homme, 
un vieillard, c'est Olynthe. « Mais vous avez accordé aux 
Olynthiens la faveur d'être traités sur le même pied que les 
Athéniens. » Considère-le comme Athénien : si je tue un séna- 
teur d'Athènes, tu ne me poursuivras pas pour préjudice 
causé à l'État, mais pour meurtre. « Oui, mais la réputation 
d'Athènes est entamée ; la pitié a toujours été un de nos titres 
de gloire. » Jamais la faute d'un seul homme n'entame la 



troversiam divideret, sed accusationem, quomodo soient ordinare actionem suam 
in foro qui primo loco accusant ; in scholastica, quia non duobus dicitur locis, 
semper non dicendum tantum sed respondendum est. Objiciunt quod hominem 
torserit, quod Olynthium, quod deorum supplic : a imitatus sit, quod tabulam in 
templo Minervae posuerit. Si Parrhasius respon»urus non est, satis bene divi- 
dunt : nihil est autem turpius quam aut eam controversiam declamarc, in qua 
nihil ab altéra parte responderi possit, aut non refellere, si responderi potest. 
13- (rallio fere similem divisionem in Parrhasio habuit ei, quam habuerat 
Latro in illa controvorsia, cujus mentio est in hoc ipso libro, de illo, qui debili- 
tabat expositos, detractis quibusdam. Divisit autem sic : an laesa sit res publica. 
Quid perdidit, inquit ? Nihil. Nondum de jure controversiam facio. Perdidit 
unum senem Olynthus. At Olynthiis hoc tribuistis, ut eodem loco essent qua 
Athenienses. Fac Atheniensem : non âges mecum rei publicae laesae, si Athe- 
niensem senatorem occidero, sed caedis. « Ita; verum opinio Athenarum corrum- 
pitur; misericordia semper censi sumus. » Numquam unius malefacto publica 
fama corrumpitur ; solidior est opinio Athmiensium, quam ut labefactari illo 



270 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

réputation d'une ville ; la gloire d'Athènes est trop bien assise 
pour qu'un unique fait de ce genre puisse l'ébranler. On me 
dit : « L'état a subi un préjudice. » Il n'en a pas subi, à mon 
sens. Si quelqu'un niait un dépôt reçu d'un Olynthien, c'est 
l'homme, à mon avis, qu'il léserait, non l'État. On me dit : « Tu 
as causé un préjudice à l'État, en plaçant ce tableau dans un 
temple. » On cause un préjudice à l'état quand on lui prend, 
non quand on lui donne quelque chose, quand on détruit 
les temples, non quand on les orne. Il y a donc eu aussi faute 
commise par les prêtres, qui ont accepté le tableau. Mais 
pourquoi ne Paur aient-ils pas accepté ? On a représenté en 
peinture les adultères des dieux; on a placé dans les tem- 
ples des tableaux où l'on voit Hercule tuant ses enfants. » 
Ensuite : peut-on l'accuser d'avoir causé un préjudice à l'État 
par un acte qu'il avait le droit de faire? « Poursuis-le en invo- 
quant une loi qui lui refuse le droit d'agir ainsi. Tu me dis : 
« Il ne faut pas agir ainsi. » Des torts de ce genre sont bien 
vagues. Aussi échappent-ils à la vindicte des lois, qui punis- 
sent seulement les actes que l'on n'a pas le droit de faire. Il 
suffit amplement que cet artiste, qui ne connaît rien aux 
affaires, soit innocent aux yeux de la loi. » Avait-il le droit 
d'agir ainsi? On subdivise ce point de la façon suivante: 
> un Olynthien ne pouvait-il être esclave d'un Athénien, 
avant la promulgation du décret ? Parrhasius vous dit : 
« C'est mon esclave; je le possède en vertu des droits de la 
guerre. » Or il est de votre intérêt, Athéniens, de déclarer 
valables les acquisitions faites en vertu des droits de la 

modo possit. 14. « Laesa est, inquit, res publica. » Laesa non est, ut existimo. 
Aliquis Olynthio depositum negaverit : videbitur hominem, non rem publicam 
laesisse. « Laesisti, inquit, rempublicam, quod h anc picturam in temploposuisti. » 
Laeduntrem publieam qui aliquid Mi auferunt, non qui a'ijiciunt, qui diruunt 
templa, non qui ornant. Peccavernnt ergo et sncerdot^s, qui tabulant receperunt. 
Quare tamen non reciperent ? Deorum adultérin picta sunt ; positae sunt pic- 
turae Herculis liberos occidentis. 15. Deinde : an ob id accusari possit laesae rei 
publicae, quod illi facere licuit. Ea lege persequere quae façere non Iicuit. 
Dicis mihi : « hoc facere non oportet. » Huic rei aestimatio itnmensa est. Itaque 
nulla vindicta est », et id tantum punitur, quod non licet. Satis abundeque est, 
si opifex rerum imperitus ad legem innocens est. An hoc ei facere licuerit, 
hoc in iHa dividitur : an Olynthius apud Atheniensem, antequam fieret 
decretum, servus esse non potuerit. Servus, inquit, est meus, quem ego belli 
jure possideo. Rata autem esse quae parta sunt belli jure vobis, Athenienses, 
•expedit : alioqui imperium vestrum in antiquos fines redigitur ; quidquid est, 
bello partum ei est. 16. Contra ait : ille servus alii emptori potest esse, Athe- 



CONTROVERSES, X 5 (34). 271 

guerre ; sinon votre empire doit revenir à ses anciennes 
limites : tout ce qu'il comprend a été acquis par la guerre . 
On m'oppose: « Il pourrait être l'esclave de n'importe qui, 
non d'un Athénien. Voyons ! Irais-tu acheter un Athénien à 
Philippe ? Or tu savais que les Olynthiens sont unis à nous 
par un traité. » Il répond : « La preuve qu'ils étaient esclaves, 
c'est que les Athéniens, dans la suite, ont rendu un décret, 
pour les faire libres et citoyens d'Athènes. Pourquoi leur 
donner ce droit, s'ils le possédaient auparavant ? » Ensuite : 
le décret ne dit pas qu'ils deviennent libres, mais qu'on doit 
les considérer comme des hommes libres. « Nous avons décrété 
que les Olynthiens étaient nos concitoyens : ce prisonnier l'était 
donc. » Non, car le décret a été rendu pour l'avenir, non 
pour le passé. En veux-tu la preuve juridique ? Si quelqu'un 
avait un esclave originaire d'Olynthe, dirigerait-on contre 
lui l'accusation d'avoir gardé un citoyen comme esclave? Si, 
dans l'accomplissement des devoirs imposés aux esclaves, 
quelqu'un l'a frappé ou battu, sera-t-il acculé pour injures ? 
Or, pour le droit, il n'y a pas de différence entre frapper et 
tuer ; car ou bien il n'est pas permis de frapper l'esclave, ou 
il est permis aussi de le tuer. » 

[Couleurs]. — Latron, parlant pour Parrhasius, imagina la 
couleur suivante : « Parrhasius avait acheté un vieillard im- 
potent et presque mort ; si vous voulez la vérité, il ne l'a pas 
tué, mais il a profité de la mort de cet homme épuisé et qui, 
de toute façon, allait mourir. Mais, dit-on, il l'a mis à la 
question. Si c'est par esprit de gain, accuse-le; assurément, 
à Athènes, il y a une peine fixée pour une telle cruauté. » 

niensi non : quid enim, si Atheniensem a Philippo émisses ? Atqui sciebas Olyn- 
thios conjunctos nobis esse foedere. Ut scias, inquit, servos fuisse, decretum 
postea factum est Atheniensium, quo juberentur et liberi et cives esse. Quare hoc 
illis jus, si jam habebant, dabatur? Deinde : andecreto hoc non contineatur, ut 
liberi fiant, sed ut esse liberi judicentur. Hoc censuimus, Olynthios cives nostros 
esse : ita et ille civis noster fuit. Non, inquit; nam decretum in futurum factum 
est, non in praeteritum. Vis hoc sancire jus?Num, quisquis Olynthium servuni 
habuit, accusabitur, quod civem in sua servitute tenuerit? Si quis tune inter 
necessaria servilium officiorum ministeria percussit aut cecidit, injuriarum accu- 
sabitur? Atqui, quantum ad jus attinet, nihil interest, occiderit an ceciderit; nam 
aut nec caedere licuit aut et occid^re. 

17. Latro a parte Parrhasii fecit hune colorem : emptum esse a Parrhasio 
senem inutilem, exspiraturum; si verum, inquit, \ultis, non occidit illum, sed 
deficientis et alioqui exspiraturi morte usus est. Torsit, inquit, tamen : si lucri 
causa, objice ; nempe hujus crudelitatis pretium Athenae habent. In argumentis 



272 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Dans l'argumentation, il montra la liberté que l'on avait tou- 
jours laissée aux arts : les médecins, pour connaître le prin- 
cipe secret d'une maladie, ouvrent les entrailles; chaque 
jour on dissèque les membres des cadavres, pour savoir la 
position des nerfs et des articulations. 

Albucius employa la couleur que voici : « Ce vieillard, 
accablé par le malheur, sans famille, souhaitait ouvertement 
la mort ; d'ailleurs Philippe ne l'aurait pas vendu, s'il n'avait 
su que, pour lui, le plus grand supplice était de vivre. » 

D'après Pompeius Silon, il valait mieux que Parrhasius 
eût été à la vente avec l'intention d'acheter un esclave pour 
l'usage qu'il en avait fait : car, ainsi, on pourra croire qu'il 
a acheté celui qui avait le moins de valeur et qui était le plus 
épuisé. 

Arellius Fuscus voulait qu'il eût été acheté pour d'au- 
tres usages, mais comme il était épuisé et souhaitait de mou- 
rir, Parrhasius l'employa au seul usage où l'artiste pût tirer 
parti d'un cadavre. 

Gallion n'admit aucune de ces deux hypothèses et ne dit 
pas dans quelle intention Parrhasius l'avait acheté. D'ailleurs 
sa couleur ne peut se soutenir : il prétendit que Parrhasius 
avait acheté un des criminels Olynthiens; si on lui passe cette 
supposition, je ne vois pas pourquoi, avec le même procédé, 
il ne dit pas que le vieillard avait été le complice de Lasthé- 
nès, dans sa trahison, et qu'il l'avait mis à la torture pour l'en 
punir. 

Romanius Hispon l'excusa sur son ignorance : « Un pein- 

dixit quantum semper artibus licuisset : medicos, ut vim ignotam morbi 
cognoscerent, viscera rescidisse ; quotidie cadaverum artus rescindi, ut nervo- 
rum articulorumque positio cognosci pôssit . 

Albucius hoc colore : calamitosum fuisse, orbum, palam mortem optan- 
tem : nec aliter illum Philippus vendidisset, nisi putasset illi poenam esse 
vivere. 

18. Silo Pompeius putabat commodius esse, si hoc animo isset ad auc- 
tionera Parrhasius, ut aliquem in hune usum eméret : poterit enim videri elegisse 
vilissimum et maxime inutilem. 

FUSCO Arellio placebat emptum quidem illum in alios usus, seil, cum 
deficeret et mori vellet, in id, quod unum ex cadàvere artifici prodere po'erat, 
impensum. 

Gallio ad neutrum se âlligavit nëc dixit quo animo emisset. Sed Gallionis 
color intolerabilis est ; dixit enim se senëm ex noxiis Olynthiis émisse; quod si 
illi licet fingere, non video quàre non eadem opéra dicat et conscium proditionis 
Lastheni fuisse et se poenae causa torsisse. 



CONTROVERSES, X 5 (34). 273 

tre enfermé dans son atelier, qui connaissait uniquement ces 
principes élémentaires que tout est permis au maître sur 
son esclave, et que le peintre peut tout représenter, a fait 
servir son esclave à son œuvre. On m'objecte : « Tu ne dis pas 
tout : c'est un Olynthien qui est mort. » Qu'importe ici 
la nation, à laquelle appartenait l'esclave? « Tu oses donner 
à un Olynthien le nom d'esclave ? » Oui, après la guerre et 
avant le décret; autrement quelle faveur leur avez-vous con- 
férée en déclarant que, désormais, il n'est plus permis de les 
mettre à la torture, ni de les tuer impunément ? » 

Les Grecs jugèrent impie de défendre Parrhasius; tous 
l'accusèrent et développèrent les mêmes idées. Glycon dit : 
« C'est le feu et l'homme, tes présents, ô Prométhée, qui ser- 
vent à te torturer. » Triarius modifia ce trait en partie, lors- 
qu'il l'emprunta. Ceux qui procédaient ainsi, Gassius Sévérus 
les comparait aux voleurs qui changent les anses des coupes 
qu'ils ont dérobées. Il y a beaucoup de gens qui, pour avoir 
enlevé, changé ou ajouté un mot, croient s'être appropriés 
les traits des autres. Voici comment Triarius traduisit celui- 
ci : « Tu as fait un usage néfaste des deux plus grands pré- 
sents que nous devions à Prométhée, le feu et l'homme. » 

Mais les Grecs le volèrent à son tour; Euctémon dit : 
« Prométhée, on se sert contre toi du feu et de l'homme. » 

Adaeus dit plus sainement que Glycon : « Prométhée, 
quelqu'un, pour te peindre, tue un homme par le feu. » 



19. HispO Romanius ignorantia illum excusavit : pictor, inquit, intra 
officinam suam clausus, qui haec tantum vulgaria jura noverat, in servum 
nihil non domino licere, pictori nihil non pingere, mancipium suum operi suo 
impendit. « Non omnia, inquit, narras : Olynthius fuit ille, qui periit. » Quid 
autem ad rem pertinet, cujus nationis servus fuerit ? « Audes, inquit, ser- 
vum dicere Olynthium ? » Etiam, post bellutn et ante decretum ; alioqui quod 
vos illis benefïcium dedistis, quod jam illos nec torquere licet nec occi- 
dere ? 

Graeci nefas putaverunt pro Parrhasio dicere : omnes illum accusaverunt ; in 
«osdem sensus incurrerunt. 

20. Glycon dixit : tcOç xat avOçwiroç, npoiAYiÔsû", ta. aà m £wça pao-aviÇet. Tlla- 
Tiushoc ex aliqua parte, cum surriperet, inflexit. Hos aiebat Severus Cassius, 
qui hoc facerent, similes sibi videri furibus alienis poculis ansas mutantibus. 
Multi sunt qui, detracto verbo aut mutato aut adjecto, putent se aliénas senten- 
tias lucri fecisse. Triarius autem sic vertit : corrupisti duo maxima Promethei 
munera, ignem et hominem. 

21. Sed et Graeci illam surripuerunt : Euctémon, qui dixit : npo^ôsi?, Itù 
■ai tiç «up xa\ avôpwTuov; 



274 SENEQUE LE RHETEUR 

Damas s'exprima avec le plus mauvais goût : « Il n'y a là 
rien que de juste, Prométhée; pourquoi aussi voler le feu et 
le donner à l'homme ? » 

Craton parla comme un homme en délire : « Prométhée r 
c'est maintenant qu'il aurait fallu voler le feu. » C'est le Cra- 
ton, très spirituel d'ailleurs et Asiatique déclaré, qui faisait 
la guerre à tout ce qui était attique. Comme César lui donnait 
un talent, il lui dit : « Ajoutes-y ou retranches-en quelque 
chose, pour que ce ne soit pas un talent attique. » Il dit 
encore à César qui ne venait l'entendre qu'au mois de Dé- 
cembre : « Me prends-tu donc pour un poêle ? » Et, comme 
César le recommandait à Passiénus et qu'il ne se souciait pas 
de cette recommandation, il répondit à César qui lui deman- 
dait pourquoi il ne cultivait pas la faveur d'un si grand per- 
sonnage : « Quand le soleil brille, je n'allume pas ma 
lampe. » Il lui arrivait souvent d'entrer en discussion, devant 
César, avec Timagène, homme à la parole piquante et trop 
libre, sans doute parce que, durant beaucoup d'années, il ne 
l'avait pas été lui-même. Devenu d'esclave cuisinier, de cuisi- 
nier porteur de litière, de ce poste il s'était élevé jusqu'à 
l'amitié de César; mais il s'inquiétait si peu de ses deux 
conditions, celle où il se trouvait et celle où il s'était trouvé, 
que César, irrité contre lui pour beaucoup de motifs, lui ayant 
interdit l'accès de sa maison, il brûla toute l'histoire qu'il 
avait écrite de ses actions, comme pour lui interdire, à son 
tour, l'accès de son talent ; c'était un homme éloquent et 
caustique, médisant, mais avec finesse. Pour ne pas dépasser 
la mesure avec mes digressions, je reviens à Parrhasius. 



Sailius quam Glycon, AdaeOS : npo^Geù, ai Ttç ypàçwv avôpwrcov %uç\ à^avîÇet.. 

DailiaS COiruptissime : âtxaiwç, npopuiôstf. Aià ti yàp icffo exXeirceç àvOçwTtw; 

Craton furiosissime, qui dixit : npo|r/)6etf, vffv &8zi ai tzuç •xlétya.i. Hic est 
Craton, venustissimus homo et processus Asianus, qui bellum cum omnibus 
Atticis gerebat. Cum donaret illi Caesar talentum : yj itçoVôeç, ovjaîv, r, aœeV, tva 
jx?i 'Attixov vj. Hic et Caesari, quod illu-n numquam nisi mense Decernbri audi- 
ret, dixit : tôç paûvw [xoi ^o/j ; Et cum commendaretur a Caesare Passieno nec 
curaret, interroganti, quare non complecteretur tanti viri gratiam : ^"Xiou itapôvxo, 
"Xûpov où &TTTW. 22. Saepe solebat apud Gaesarem cum Timagène confligeïe 
homme acidae linguae et qui nimis liber erat : puto, quia diu non fuerat. Ex 
captivo cocus, ex coco lecticarius, ex lecticario usque in amicitiam Caesaris 
enixus, usque eo uiramque fortunam contempsit, et in qua erat, et in qua fuerat, 
ut, cum illi multis de causis iratus Caesar interdixisset domo, comburerèt his- 
torias rerum ab illo gestarum, quasi et ipse illi ingenio suo interdiceret : disërtus 



CONTROVERSES, X 5 (34). 275 

Nicétès dit : « Si un peintre emploie le fer et le feu, 
qu'est-ce qu'emploiera un tyran ? » 

Romanius Hispon dit : « Le feu, le fer, la question, est- 
ce un peintre qui travaille ou Philippe ? » 

11 y a du mauvais goût dans un trait de Sparsus, où il dé- 
crivait le tableau : « Et, toutes les fois qu'il y faut du sang, 
il emploie du sang humain ; » car sa supposition est contraire 
à la vérité. 

Tous les orateurs se sont attaqués à ce lieu commun : 
si tu avais voulu peindre la guerre ? Un incendie ? Un parri- 
cide ? Parmi les Grecs, Dorion dit, comme un vrai fou : 
« Qui sera OEdipe ? Qui sera Atrée ? Car tu ne les peindras 
pas, si tu n'as leurs aventures sous les yeux. » 

Mais rien n'est moins supportable que ces mots de Métro- 
dore : « Ne va pas peindre les Troyennes ou Niobé ! — Active 
le feu; ce n'est pas encore mon Prométhée. » 

Triarius dit: « Tes gémissements ne sont pas encore ceux 
d'un homme poursuivi par le courroux de Jupiter. » 

Hatérius dit plus sainement : « Ton visage ne répond 
pas encore à la légende ; » et : « Parrhasius, pour que tout soit 
conforme à la réalité, qu'il reste en vie après avoir subi la 
torture ! » 

Mais, si vous voulez connaître les dernières limites de la 
folie, écoutez Licinius Népos : « Si vous voulez punir 
Parrhasius comme il convient, qu'il se peigne lui-même. » 



homo et dicax, a quo multa improbe, sed venuste dicta. Ne modum excedam 
excurrendo, ad Parrhasium revertor. 

23. NiCeteS dixit : H %uç\ -/où <7-.£vi?w ÇwYpaço'JvTai, tîvt TUçavvoijvTai ; 
HispO Romanius dixit : ignis, ferrum, tormenta: pictoris ista an Philipni 
officina est ? Sparsi sententia in descriptione pictùrae habet aliquid corrupti : 
« et, ubicumque sanguine opus est, humano utitur ; » dixit enira quod fieri non 
potest. 

Illum locum oranes tentaverunt : quid, si volueris bellum pingere ? Quid, si 
incendium ? Quid, si parricidium ? E Graecis Dorion furiose dixit : Tï; 
OtâtTCouç ÊVcai, tî; 'Axpeû; ; Où Ypâ^st; yàp, av jxvj [xûOou; i'^ç ÇùivTaç. 

24. Sed nihil est, quod minus ferri possit, quam quod a Mettodoro dictum 
est : Mî) [xi[xoiï Tptoà^aç [*•/]£ è Ntd ( 3r,v. — 'EtcîGsç to lîù'p* o-jt:o, ( «,ot xbv Tlçopr^éo. 

àTCÉ^h)X£V. 

Triarius dixit : nondum digtmm irato Jove gemuisti. 
: Haterius dixit sanius : nondum vultus ad fabulam convenit. Et illud : 
Parrhasi, ut omnia fiant ad exemplum, vivat qui tortus est. 

Sed si vultis audire supra quod non possit procedere insania, Licinius 
Nepos ait : si vultis digne punire Parrhasium, ipse se pingat. 



276 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Sa sottise fut égalée par Aemilianus, rhéteur grec du genre 
de sots le plus agréable, ceux qui mettent de l'aridité dans 
la niaiserie. Il dit : ce Tuez Parrhasius, de peur que, pour un 
tableau, il ne prenne un modèle parmi vous. » 

Pausanias dit : « Tu es cause, Parrhasius, qu'il faut une 
purification à ceux qui sortent du temple. » 

On se moqua d'Othon le père, qui, parlant pour Parrha- 
sius, imagina cette couleur : « Gomme c'est la trahison qui 
avait causé la chute d'Olynthe, j'ai voulu montrer Jupiter 
irrité contre celui qui l'avait trahi. » 

Gargonius expliqua beaucoup plus sottement pourquoi 
Parrhasius avait peint le supplice de Prométhée : « Quoi ! 
Voyant brûler Olynthe, je n'aurais pas détesté celui qui nous 
a donné le feu ! » 

On connaît le trait de Latron, que Sparsus, en modifiant 
quelques mots, reprit dans la description des tortures : 
« Parrhasius, je meurs. » Reste comme cela. ». 

Ge trait, dit-on, fut exprimé par Dioclés de Caryste, 
mais d'une manière différente : « On ne saurait croire la 
dureté de Parrhasius. Quand il aperçut l'expression du visage 
qui lui plaisait, il cria au vieillard : « Reste ainsi. » 

Spyridion fit paraître les Romains raisonnables : car il 
montra une démence bien mieux caractérisée que nos fous. 
Il voulut supposer que les vautours étaient attirés par le 
tableau de Parrhasius : une jolie anecdote l'avait conduit à 
ce trait déplorable. On raconte, en effet, queZeuxis, je crois, 



25. Non minus stulte Aemilianus quidam Graecus rhetor, quod genus 
«tultorum amabilissimum est, ex arido fatuus dixit : 'ATCoxrêtvaxe Haççâccov, jaîj 
OsXvia-aç yçâçEiv 12; uf/.3v àç^fçuicov eû'pri. 

PailSaniaS dixit: Aià <x£, napçà<rt£, £e? toùç ex7coç£Uï)|Jt.£vou? tov vaoff 
àçaYv(<racrôat. 

Oth.O pater, cura pro Parrhasio diceret, in hoc colore derisus est : quia 
conciderat, inquit, per prodi tores Olynthus, volui pingere iratum proditori suo 
Jovem. 

Gargonius multo stultius quare Promethei Parrhasius supplicium pinxis- 
set : Ego, inquit, ardente Olyntho, non odissem ignium auctorem ? 

26. Latroilis illa celebris sententia est quam Sparsus quoque subtractis 
quibusdam verbis dixit in descriptione tormentorum : « Parrhasi, morior. Sic 
tene. » 

Hanc sententiam aiunt et Dioclen Carystium dixisse non eodem modo : 
aitto-coç % Git£po<Ma * nrpbç -cb àpéffxov tT$oç l^ôa * |i.£ve. 

27. Spyridion honeste dixisse Romanos fecit ; multo enim vehementius 
insaniit quam nostri phrenetici. Voluit videri volturios ad tabulam Parrhasi 



CONTROVERSES, X 5 (34). 277 

peignit un enfant tenant une grappe de raisin, et comme le 
raisin était si frappant qu'il attirait les oiseaux mêmes, un 
spectateur dit qu'ils portaient un mauvais jugement du 
tableau : ils n'auraient pas osé s'en approcher, si l'enfant 
avait été ressemblant. Zeuxis, dit-on, effaça le raisin et con- 
serva la partie qui, dans le tableau, était la mieux réussie, 
non la plus ressemblante. Spyridion s'imagina que les vau- 
tours pénétraient dans un temple aussi communément que des 
moineaux ou des colombes, car il dit : « Les oiseaux de proie 
étaient trompés par ton tableau. » 

Mais je ne veux pas que les Romains aient jamais le des- 
sous ; Murrédius va rétablir le combat avec son mot : « Peins 
donc Triptolème qui, ayant attelé des dragons, fendit les 
airs. » 

Parmi ceux qui, à propos de Prométhée, firent preuve de 
mauvais goût, Apaturius revendique aussi sa place : il dit 
en effet : « Le feu aurait bien dû être volé une seconde fois, 
mais pour être rendu aux dieux. » 



advolare, fabula eleganti ad turpera sententiam perductus. Traditur enim Zeuxin, 
ut puto, pinxisse puerum uvara tenentem, et, cum tanta esset similitudo uvae, ut 
etiam aves advolare faceret operi, quemdam ex spectatoribus dixisse aves maie 
existimare de tabula ; non fuisse enim advolaturas, si puer similis esset. Zeuxin 
aiunt oblevisse uvam et servasse id, quod melius erat in tabula, non quod 
similius. 28. Spyridion aeque familiariter in templum volturios subire putavit 
quam passeres aut columbas ; dixerat enim : crapxooàYa <roff y' ^ YÇ»?*! •rçiîàTa Ç$a. 

Sed nolo Romanos in ulla re vinci ; restituet aciem Murrédius, qui dixit : 
pinge Triptolemum, qui junctis draconibus sulcavit auras. 

Inter illos, qui de Prometheo corrupte aliquid dixerunt, et Apaturius 
locum sibi vindicat ; dixit enim : wcp^s. to tcu? si? ôeoùç -rcàXiv k"X<xt:î)vou. 



16 



278 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 



VI (35). 
LE VOLEUR QUI DÉNONCE LA TRAHISON. 

Il pourra y avoir procès pour injures. 

Le voleur sera exclu de l'assemblée. 

Un homme, ayant accusé un riche de trahison, perça 
pendant la nuit les murs de sa maison et enleva un coffret, 
où étaient enfermées des lettres écrites par les ennemis. Le 
riche fut condamné. L'accusateur, voulant parler dans l'as- 
semblée du peuple, en fut empêché par le magistrat qui pré- 
sidait. Il le poursuit pour injures. 

[Poub le voleur]. Porcius Latron. J'ai enlevé seulement 
ce qu'un voleur aurait laissé. — Moi, voleur, ma plus forte 
crainte était que le propriétaire des objets volés ne les 
reconnût pas < pour siens >. — Rends-moi odieux; publie 
partout mon vol ; cependant je remercie le magistrat de ce que, 
lui ayant apporté le résultat de mon vol, il ne me fit pas, 
<lui>, chasser comme voleur. — L'État penchait vers sa 
ruine ; je l'ai remis d'aplomb en perçant ce seul mur. 



VI (35). 

FUR AGCUSATOR PRODITIONIS. 

Injuriarum sit actio. Fur contione prohibeatur. 

Quidam, cum divitem proditionis postulasset, noctu parietem ejus 
perfodit et scrinium, in quo erant tnissae ab hostibus epistulae, sustulit. 
Damnatus est dives. Accusator contionari cum vellet, a magistratu pro- 
hibitus, agit injuriarum. 

1. Porci Latronis. Id solum sustuli, quod far reliquisset. — Nihil tam 
valde fur timui, quant ne dominus res suas non agnosceret. — Fac mihi invi- 
diam ; prode furtum raeum ; ago magistratui tamen isti gratias, quod, cum ad 
illum furtum meum detulissem, furem summoveri non jussit. — Ruentem civi- 
tatis statum unius parietis ruina reposui. 



CONTROVERSES, X 6 (35). 279 

Moschus. Il tremblait qu'on ne recherchât ce qu il avait 
perdu. — Je vais spontanément faire des révélations : dans 
ce vol, j'ai beaucoup de complices [la cité entière]. — Je lui 
ai porté < les pièces >; je les lui ai montrées. — Je ne suis 
pas seul à profiter de ce vol. [D'autre part] des objets ont-ils 
été volés, quand leur propriétaire hésite à les reconnaître 
pour siens ? — J'aurais pu ne pas rester pauvre; j'avais des 
pièces qu'on m'aurait payé cher : voyez; je tiens les lettres, 
où se trouvent les preuves manifestes de la trahison, ainsi que 
les plans des ennemis. — Je m'adresse à toi : t'ai-je volé? Si 
oui, je remets les pièces à leur place. 

Musa. Tu dis que j'ai volé des objets; et celui qui les avait 
perdus niait les avoir possédés. — J'ai volé, oui; mais les 
ennemis. 

Clodius Turrinus. Prétendras- tu qu'il y a vol, quand 
celui qui avait perdu les objets a été puni, et celui qui les 
avait pris récompensé ? — A qui aurais-tu donné la parole, 
<magistrat>, si le voleur et le propriétaire des objets s'étaient 
présentés en même temps. — J'aurais pu vendre cher mon 
pays, même au traître. 

Arellius Fuscus. Malgré vos mille navires, c'est par un 
stratagème [ou : par un vol], que vous avez pris Troie, chefs 
< des Grecs >. Si l'on approuve les stratagèmes [ou : les vols] 
qui renversent les villes, que dire de ceux [ou : des vols] qui 
les sauvent? — Si je n'indique pas le propriétaire de ces 
pièces, personne ne les reconnaîtra comme siennes. 

Vibius Rufus. Cet homme, si j'avais pu, j'aurais percé 
non seulement son mur, mais son cœur même. — Mon rôle 

Moschi. Sollicitus erat, ne quod perdiderat quaereretur. — Indicium pro- 
fiteur : multos furti conscios habeo. — Ad illum tuli, illi ostendi. — Hoc furtum 
non solus habeo. Furtum est, quod timet dominus agnoscere ? — Potui non 
esse pauper; habui, quod magno venderem : teneo ecce epistulas, in quibus 
manifesta proditionis argumenta sunt, in quibus hostium consilia. — Te inter- 
rogo : si furtum est, repono. 

Musae. Furtum vocas, quod qui perdiderat negabat suum ? — Furtum fecî, 
sed hostibus. 

Clodi Turrini. Furtum vocas, quod qui perdiderat supplicium tulit, qui 
surripuerat praemiûm ? — Utri permisisses loqui, si eodem tempore et fur 
venisset et dominus ? — Potui rem publicam magno vendere vel proditori. 

2. Arelli Fusci patris. Mille navium duces furto Trojam cepistis. Si 
bene furto evertuntur urbes, quant o melius servantur ! — Si non indicavero 
cujus sit, nemo agnoscet. 

Vibi Rufi. Cujus ego, si potuissem, non parietem tantum, pectus ipsum per 



280 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

n'est pas terminé : notre État est trop important pour qu'un 
seul homme puisse causer sa ruine. 

Cestius Pius. N'exigez pas de moi tout ce que je sais; je 
sais bien des choses ; même, pour certaines il faut qu'elles 
soient dites devant le peuple. — Ce vol, enseignez-le < comme 
exemple > à vos enfants. — Je vous le demande, juges, au 
nom de mon vol même : toutes les fois que j'ai parlé haute- 
ment de mon vol, le propriétaire < des objets volés > garde- 
t-il le silence? — Moi, voleur! Voici une seconde injure. — Il 
m ? a dit : « N'est-ce pas toi qui as percé le mur de ma maison ? 
Tais-toi; j'arrangerai les choses. » J'ai coutume de dire ce 
que j'ai fait; même à prix d'or je n'irais pas nier une action... 



TIRE DES EXTRAITS. 

Je suis venu au forum; j'ai raconté mon expédition noc- 
turne. Tout le monde m'avait entouré, comme pour une 
assemblée publique. — Pourquoi me repousses-tu avant que 
je sois accusé, puisqu'on ne fait pas mourir les traîtres 
mêmes sans les entendre ? — vol qui méritait d'être raconté 
en pleine assemblée du peuple ! — Les destins de notre ville 
avaient assoupi ce traître au cœur si vigilant, qui songeait 
sans cesse aux moyens de nous perdre : le sommeil enchaî- 
nait les sens de ses serviteurs mêmes au point que j'ai pu 
choisir ce, que j'avais à emporter. — ■ Il me semblait détruire 



fodissem ! — Nondum totum consummavi officium : non est tam angusta res pu- 
blica, ut ab uno opprimi possit. 

Cesti Pii. Nolite a me omnia exigere, quae scïo ; multa sunt, quaedam et in 
contione dicenda. — Hoc furtum libefos vestros docete. — Rogo vos, judices, per 
f urtum meum : quotiens furtum meum protuli, taeet dominus ? — Ego fur ? Ecce 
altéra injuria. — Non tu, inquit, perfodisti domum? Tace, ego enim ista melius 
narrabo. Narrare soleo ; non negarem pretio rem.... 



EX EXCERPTIS. 

3. In forum veni; narravi nocturnam expeditionem meam : convenerant omnes 
tamquam ad contionem. — Cur me summoves ânte accusationem, cum nec 
proditores inauditi pereant? — furtum in contione narrandumî — Pro- 
ditoris vigilantissimum.pectus et in exitia semper nostra sollicitum publica 
fata sopierant; ita etiam ministros ejus alligaverat somnus, utmihi liceret eligere 
quod tollerëm. — Diruere mihi videbar hostium muros. — Furtum voeas, quo 



C N T R V E R S E S , X 6 (35). 281 

les murs des ennemis. — Tu appelles vol Facte le plus glorieux 
qu'ait vu ton année. — Un voleur ne se préoccupe pas de 
l'État. — Tout est permis dans l'intérêt de l'État. 

Thèse opposée. Dieux, quel spectacle ! La fortune de 
notre État avait mis aux prises un voleur et un traître. — 
Quand il vit qu'il ne pouvait tirer aucun profit des objets volés, 
il vous les apporta, pour vous faire acheter ce qu'il n'aurait 
pu vendre à personne, ce voleur si rusé qu'il était capable de 
tromper même un traître! — Il veut nous faire croire qu'il 
savait que son vol serait sans profit. — La loi qui ordonne 
de tuer par n'importe quel moyen un voleur de nuit, parle, 
non seulement du voleur < légalement > condamné, mais de 
tout voleur; elle hait ce crime et elle a raison : il touche à la 
trahison. — Les objets qu'il a enlevés, il ne les a pas choisis ; 
c'est le destin qui préside à la félicité de l'état qui les lui 
a présentés. — Il nous a décelé à la fois un traître et un 
voleur, qui aimerait mieux dépouiller un riche que de le 
faire condamner. — Il procéda à l'effraction d'une main 
légère, sans éveiller l'attention du propriétaire : ce n'est pas 
son coup d'essai. — Il est d'un bon exemple que le traître 
ait été condamné, mais d'un mauvais qu'il ait été ainsi 
découvert. 



nihil melius anno tuo factum est? — Nemo fur rem publicam cogitât. — Nihil 
non licet pro re publica facere. 

Pars altéra. 4. Quale illud, di, spectaiculum Fuit ! Composuerat inter se for- 
tuna rei publicae furem et prodi torero. — Ut vidit inutile furtum sùum, prodidit» 
ut vobis venderet quod nulli poterat, tara callidus fur ut etiam proditori posset 
imponere. — Consilium videri vùlt infclicitatem furli sui. — Lex, quae noctur- 
num furem occidi quoquo modo jubet, non de damnato tantum, sed de fure loqui- 
lur; odit hoc vitium nec immerito: non niultum abest a proditore. — Sustulitnon 
quod elegit, sed quod iili fatum publicae felieitatis objecit. — Uno tempor'e et 
proditorem nobis ostendit et furem, qui divitem compilare quam damnare mal- 
let. — Effiegit domum suspensa manu; elusit illum ; non tune primum fecit. — 
Sustulit non quod voluit, sed quod potuit. — Bono exemplo damnatus est prodi- 
tor, malo inventus. 



16. 



282! SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 



EXCERPTA 
CONTROVERSIARUM 

LIBRI DECIMI. 

I. 
LUGENS D1VITEM SEQUENS FILIUS PAUPERIS. 

Injuriarum sit actio. 

Quidam, cum haberet filium et divitem inimicum, occisus inspoliatus 
inventus est. Adulescens sordidatus sequi divitem coepit ; dives eduxit in 
jus eum et postulavit, ut, si quid suspicaretur, argueret. Adulescens ait : 
« Accusabo, cum potero. » Dives petens honores repulsus est ; accusât 
injuriarum pauperis filium. Contradicit. 

Gratias ago diviti, quod quos odit jam reos facere contentus est. « Non ambu- 
labis, inquit, eadem via ; non calcabis vestigia mea ; non offeres delicatis oculis 
sordidam vestem ; non flebis invito me, non tacebis : » perieramus, si hic magis- 
tratus esset. Quod sordidatus fui, luctus est ; quod flevi, pietatis ; quod non accu- 
savi, timoris ; quod repulsus est, vestrum est. Honores pâtre meo vivo numquam 
petivit. Vitium me meum sequitur : taceo. Utinam hoc vitium habuisset et pater ! 
Quando vobis non sordidati sumus? « Accusa, » inquit. Pauper divitem? Ambu- 
lare mihi arbitrio meo non licet. « Accusa, inquit; reum perage, pérora. » Quis 
accusare sic loquentem potesl? « Cur, inquit, me sequeris?» Aliud ergo pauperes 
iter, aliud divites habent? Quisquis percussor fuit, quasi dives spolia contempsit. 
Mortuo pâtre meo... metuo enim, ne quis se laedi putet, si dixero occisum. « Sor- 
didatus es, inquit; fies. » Quid aliud facere possum occisi pauperis fîlius? Quid 
accusanti fecisset qui persequitur tacentem ? « Quare, inquit, sequeris me ? » Ut 
aliquando mei miserearis, ut desinas afflictam domum persequi. Eum accusalorem 
habeo, qui se reum non esse miratur. « Cur non agis ? » Quia adeo non metuis 
ut cogas. Sordidatus sum. Quod reo licet, lugentinon licet? An ne lugebo quidem 
quem vindicare non possum? Non erat in illo praeda quam grassator appeteret, 
erat summa virtus, contumax adversus fastidium divitiarum innocentia : haec ab 
inimico petita sunt spolia. Quis cacdem machinatus est? Scire non possum ; quod 
dissimulari non potest, scio quis optaverit. Et tu dives inimicus es et ille inspo- 
liatus inventus est : non est cur accusem, sed est cur suspicer. 

Pars altéra. Ut scias te invidiam mihi facere, cum dixissem : « accusa me, » 
non negasti, sed respondisti : ce accusabo, cum polero. » 



CONTROVERSES, X EXGERPTA. 283 



II. 
F1LIUS FORTIS NON CEDENS FORTI PATRI. 

Viro forti praemium; si plures erunt judiclo contendant. 

Pater et fîlius fortiter fecerunt. Petiit pater a filio ut sibi eederet ; ille 
noluit. Judicio contenderunt ; vicit patrem. Petit praemio statuas patri ; 
abdicatur. 

Quem optem nescio judicii hujus eventum, cum crimen meum sit vicisse. Pat- 
riae judicium habeo, patris perdidi. Patrem in acie vidi ; pugnavi cum exemple 
Judicium vocat, quo pater et fîlius spolia contulimus? Vici non fîlius patrem, sed 
juvenis senem. Ego vici, sedomnes gratulati sunt patri. Cogitavi Horatium Etrus- 
cas acies corpore suo summoventem ; cogitavi Decium, qui nec ipse patri cessit. 
Pugnabam non tantum imperatori, sed etiam patri. Avidus sum gloriae : hoc si 
vitium est, paternum est. Pudeat te, pater, si te vicit filius abdicandus. Ego prae- 
mium habeo, tu et praemium et virum fortem. Virtutes nostrae silentio praeteris- 
sent : illustratae sunt, dum conferuntur. Judicaverunt non quod erat, sed quod te 
malle credebant. Honor ad utrumque pervenit : alter praemium habet, alter ac- 
cepit. 

Pars altéra. Nolo habitare cum adversario meo : non capit idem contuber- 
nium victum et virum fortem. « Statuas, inquit, tibi posui : » immo, ne possem 
umquam victum me oblivisci, ignominiam meam in aes incidisti. 



III. 

DEMENS QUOD MORI COEGERIT FILIAM. 

Dementiae sit actio. 

Bello civili quaedam virum secuta est, cum in diversa parte haberet 
patrem et fratrem. Victis partibus suis et occiso marito venit ad patrem, 
a quo non recepta ait patri : « Quemadmodum vis tibi satisfaciam ? » Ille res- 
pondit : morere. Suspendit se ante januam ejus : accusatur pater a filio 
dementiae. Contradicit. 

Sic sibi satisfîeri ne victor quidem voluit. Nullum fuit in proscriptione mulie- 
ris caput. Inquinasti filiae sanguine pénates. Quamquam quid loquor pénates, tam- 
quam in domo perierit ? Allatum ad se Caesar Pompei caput flevit et hoc ille 
propter filiam flevit. « Quemadmodum vis satis tibi faciam? » Hoc ipso satisfecisse 
debuerat puella adeo et in maritum et in patrem pia, ut alterum usque in mortem 
secuta sit, alteri etiam morte satisfecerit. Periculose offendo patrem, qui nescit 
ignoscere. « Morere. » Quid aliud meruerat, si satisfacere noluisset? Defendisti 
Ligarium, Cicero. Quam levé judicasti crimen, de quo confessus es ! Ante ipsum 
domus limen exstincta est, ne dubitari posset marito perissetan patri. « Meruerat, » 
inquit. Accusas etiamnunc? Et certe jam tibi satisfactum est. Secutus est gêner 
diversas partes, uxor suas. Optima civilis belli defensio oblivio est. « Morere, » 



284 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

inquit. Etiam quibus animadvertere in damnatos necesse est non dicunt : « Qc- 
cide, » non : « Morere, » sed : « Age lege : » crudelitatem imperii verbo mitiore sub- 
ducunt. 

Pars altéra. Mores tuos patri debes approbare, non patris regere. Multa de- 
bes dementiae signa colligere ; non potes patrem propter verba damnare. Anirnad- 
vertit Manlius in filium et in victorem quidem ; animadvertit Brutus in liberos 
nonfactos hostes; sed futuros : vide, an sub his exemplis liceat patri fortius tan- 
tum loqui. Contumaeiter rogavit et quemadmodum periit ; nihil agnovi filiae, 
nihil victae. Non misit ad patrem fratrem : an etiamnunc irascitur fratri ? Cur me 
solum rogat, cum dnobus satisfacere debeat? « Victor, inquit, cito exoratus est : » 
facilhis est ignoscere bello quam parricidio. Etiam morte patri quaésivit invi- 
diam. Périsse propter patrem dicitur mulier, quae unum habuit, propter quem 
mori posset! 



IV. 
MENMCI DEBILITATI. 

Rei publicae laesae sit actio. 

Quidam expositos educebàt et débilitâtes mendicare cogebat, ut sibi 
mercedem referrent. Accusatur laesae rei publicae. 

Factùm est ne liberos patres aut agnoscant aut recipiant. Vectigalis isticrudelitas 
fuit eomagis, quod omnes praeter istum miséricordes sumus. Effectumest ut nihil 
esset miserius expositis quam tolli, parentibus quam agnoscere. Alterius comminutas 
scapulas in déforme tuber extundit. Produc familiam tuam. Volo nosse illam hu- 
manarum calamitatum officinam. Sua cuique calamitas tamquam ars assignatur. 
ïntuemini illi erutos oculos, illi fractos pedes. Quid exhorrescitis ? Sic iste mise- 
retur. Novum monstrum ! Integer alitur, débiles alunt. « Périssent, » inquit. lta 
non infelicius supersunt? « Périssent, » inquit. lnterroga patres utrum malue- 
rint. Quanti ex his viri fortes, quanti tyrannicidae, quanti futuri sacerdotes? Nec 
incredibilia loquor ; ex hac fortuna origo Romanae gentis apparuit. Plus accep- 
tum crudelitati quam expensum mise?içordiae refert. Expositos aluerunt etiam 
ferae, satis futurae mites, si praetertesent. Quorum cum ubique audiantur pre- 
ces, in sua tantum causa cessant. Abscissa est illilingua, et est rogandi genus 
rogare lion posse. Miseremini omnium, judices, quorum smgulorum misereri 
soletis. Istis nos vindictam negaturos putas, quibus ne id quidem negavimus, 
quod tibi daturi erant? Res indignissima ! Cum tam crudelis sit, misericordia 
publica vivit. Exsurgite, miseri, et hodie primum vobis rogate. « Tibi, inquit, 
cotidiana captura non constat; apparet te nondum satis miserum videri. » Occur- 
runt nuptiis dira omina, sacris publicis auspicia feralia et diebus in hilaritatem 
dicatis semianimes isti grèges oberrant. Alunt istum qui se alere non possunt. 
Non est qui rogare nesciat; solet etiam docere. Non habes tôt membra, quot de- 
bes. Ergo tu, cum de misericordia publica cogitares, tam crudelis esse potuisti? 
Miseros qui sic rogant; miseriores qui sic rogantur ! Omnes omnibus stipem con- 
ferunt, dum unusquisque timet ne filio neget. Effecisti ut majus esset malum 
educari quam exponi. Timebantur ferae atque serpentes et inimicus teneris artu- 
bus rigor, inopia quoque; inter expositorum pericula non numerabamus educa- 
torem. 



CONTROVERSES, X EXGERPTA. 285 

Pars altéra. « DebilHasti, » inquit. Plus illis patres nocuerunt. Quid videtur 
lanista, qui juvenes cogit ad gladium et tamen non accusatur laesae rei publi- 
cae? Quid leno, qui stuprum pati cogit invitas nec rem publicam laedit ? Ego 
reum non laudari desidero, sed absolvi : noceat hoc illi, eu m honores petet. Po- 
test enim aliquis et non esse homo honestus et esse innocens reus . Ut illis mul- 
tum ablatum sit, vita reddita est. Rei publicae laesae non potest agi eorum 
nomme, qui sunt extra rem publicam. Egens homo et qui ne me quidem alere 
nedum alios possem, sustuli relictos, quibus non injuria fieret, si aliquid detra- 
heretur, sed beneficio cederet, si vita servaretur. Faciant invidiam; dicant illos 
per me tam misère vivere, dum fateantur per me vivere. Unius misericordia vi- 
vunt, omnium aluntur. Mirum est vacare homines huic cogitationi, ut curent 
quid homo mendicus inter mendicos agat. Civitatis istius principes divitias suas 
exercent contra naturam : excisorum grèges habent; exoletos suos, ut ad longi<>- 
rem patientiam impudicitiae idonei sint, amputant et, quia ipsos pudet viros 
esse, id agunt, ut quam paucissimi sint. His nemo succurrit delicatis et formosis 
debilibus. Curatis quis ex solitudine infantes auferat perituros, nisi auferantur ; 
non curatis, quod solitudines suas isti beati ingenuorum ergastulis excolunt et 
miserrimorum juvenum simplicitate decepta speciosissimum quemque ac maxime 
idoneum castris in ludum detrudunt. 



V. 

PARRHASIUS ET PROMETHEUS. 

Rei publicae laesae sit actio. 

Parrhasius, pictor Atheniensis, cum Philippus captivos Olynthios 
venderet, émit unum senem; Athenas perduxit, deinde torsit: ad 
exemplar torti Promethea pinxit. Olynthius in tormentis periit. Ille 
in templo Minervae tabulam posuit. Accusatur laesae rei publicae. 

Senex abstractus a liberis super exustae patriae cinerem stetit ; ad figurandum 
Promethea satis tristis est. Nemo, ut naufragum pingeret, mersit hominem. Ul - 
tima Olynthii deprecatio fuit : « Redde me Philippo. » « Servus, inquit, meus 
fuit. » Putes Philippum loqui. Aedem Minervae sic fugimus tamquam castra 
Macedonum. « Parum, inquit, tristis est. » Aliquis Olynthius parum tristis est ? 
Vis, Parrhasi, tristem videre? Duc illum ad Olynthum jacentem; scis certe 
quam tristem emeris. Olynthiis urbem aperuimus, templa praeclusimus ? Nemo 
Olynthius tortus esset, si omnes illos Macedones émissent ? « Torqueatur : » hoc 
nec sub Philippo. « Moriatur : » hoc nec sub Jove. Sic iste hospitalis Olynthio 
fuit? Hoc Promethea est facere, non pingere. « Emi, » inquit. Immo, si Athe- 
niensis es, redemisti. In isto templo pro Olynthiis vota suscepimus. Ille carnifex 
Graeciae istum tamen non amplius quam vendidit. Senex longa miseriarum tabe 
confectus et tam tristis, quam si jam tortus esset. Quemcumque praeco flentem 
viderat, agnosçebat emptorem. Vereor ne quis, cum audierit Olynthii verbera, 
tormenta, ignés, queri me de Philippo putet. Si isti creditis, iratum Jovem imi- 
tatus est; si nobis, iratum vicit Philippum. Tantum patiendum est pingente Par- 
rhasio, quantum irato Jove. Miserrime senex, aliquis fortassis ex servis tuis 
felicius servit ! Si ad succurrendum profectus es, queror quod unum emisti, si, 
ad torquendum, queror quod ullum. Statuitur ex altéra parte Parrhasius cum 



286 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

coloribus, ex altéra tortor cum ignibus : dubium est inter ista Parrhasius stu- 
diosius pingat an saeviat. Producitur respiciens patriam senex : placuit Parrha- 
sio vultus infelix; Olynthius aliquid habuit Promethei simile etiam ante tor- 
menta. Ignis, tormenta, ferrura : officina haec pictoris an Philippi est? 

Pars altéra. INumquam unius malo publica fama corrumpitur; solidior 
est opinio Atheniensium, quam ut labefactari tormentis captivi possit. « Lae- 
sisti, inquit, rem publicam, quod hanc picturam in templo posuisti. » Laedunt 
rem publicam qui aliquid illi auferunt, non qui adjiciunt. Peccaverunt ergo 
re'cipiendo tabulam etiam sacerdotes? Cur tamen non reciperent? Deorum cri- 
mina in templis picta sunt. Multum semper artibus licuit : medici, ut vim igno- 
tam morbi cognoscerent, viscera hominum resciderunt. 



VI. 
FUR ACCUSATOR PRODITIONIS. 

Injuriarum sit actio. Furcontione prohibeatur. 

Quidam, cum divitem proditionis accusasset, noctu parietem ejus 
perfodit et scrinium, in quo missae erant ab hostibus litterae, sus- 
tulit. Damnatus est dives. Cum contionari vellet accusator, a raa- 
gistratu prohibitus, agit injuriarum. 

Id solum sustuli, quod fur reliquisset. Nihil magis fur timui, quam ne domi- 
nus furtum nollet agnoscere. Ruentem civitatis statum unius parietis ruina sus- 
pendit. Profiteor indicium : furti mei civitas conscia est. Furtum est, quod timet 
dominus agnoscere ? Quod qui perdidit, supplicium tulit, praemium, qui surri- 
puit ? Cui magis permisisses loqui, si eodem tempore et fur venisset et dominus ? 
Mille navium duces furto Trojam cepistis. Sibene furlo evertuntur urbes, quanto 
melius liberantur ! In forum veni ; narravi nocturnam expeditionem meam : con- 
venerant omnes tamquam ad contionem. Cur me summoves ante accusationem, 
cum nec proditores inauditi pereant ? furtum in contione narrandum ! Prodi- 
toris vigilantissimum pectus et in exitia semper nostra sollicitum publica fata 
sopierant ; ita etiam ministros ejus alligaverat somnus, ut mihi liceret eligere 
quod tollerem. Diruere mihi videbar hostium muros. Furtum vocas, quo nihil 
melius anno tuo factum est? Nemo fur rem publicam cogitât. Nihil non licet 
pro re publica facere. 

Pars altéra. Quale iilul, di, spectaculum fuit! Gomposuerat inter se for- 
tuia rei publicae furem et proditorem. Ut vidit inutile furtum suum, prodidit, 
ut vobis venderet quod nulli poterat, tam callidus fur, ut etiam proditori posset 
imponere. Consilium videri vult infelicitatem furti sui. Lex, quae nocturnum 
furem occidi quoquo modo jubet, non de damnato tantum, sed de fure loqui- 
tur: odit hoc vitium nec immerito : non multum abest a proditore. Sustulit non 
quod elegit, sed quod illi fatum publicae felicitatis objecit. Uno tempore et pro- 
ditorem nobis ostendit et furem, qui divitem compilare quam damnare mallet. 
Effregit domum suspensa manu ; elusit illum : non tune primum fecit. Sustulit 
non quod voluit, sed quod potuit. Bono exemplo damnatus est proditor, malo 
inventus. 



SUASOIRES 



Alexandre délibère, s'il lancera ses navires 
sur POcéan. 

... cessent : tout ce qui est naturellement grand est aussi 
naturellement borné; rien n'est sans limites, sauf l'Océan. — 
On dit que, au milieu de l'Océan, se trouvent des terres fer- 
tiles, que, de l'autre côté de l'Océan, s'élèvent d'autres 
rivages, commence un autre monde, et que la nature n'a 
pas de bornes, mais que, toujours, après l'endroit où elle 
nous semble s'arrêter, elle reparaît sous une forme nouvelle. 
Ce sont là des suppositions faciles à faire, puisqu'on ne peut 
naviguer sur l'Océan. — Qu'Alexandre se contente d'avoir 
vaincu la partie de l'Univers que le soleil se contente 
d'éclairer ! Sans sortir des terres que tu possèdes, Hercule a 
mérité le ciel. — Il y a là une mer immobile, barrière 



SUASOR1ARUM LIBER. 

I. 
Délibérât Alexander, an Oceanum naviget. 

1... desinunt : cuicumque rei magnitudinem natura dederat, dédit et mo- 
dum; nihil infînitum est nisi Oceanus. — Aiunt fertiles in Oceano jacere terras 
ultraque Oceanum rursus alia litora, alium nasci orbem, nec usquam rerum 
naturam desinere, sed semper inde, ubi desisse videatur, novam exsurgere. Fa- 
cile ista finguntur, quia Oceanum navigari non potest. — Satis sit hactenus Alex- 
andro vicisse, qua mundo lucere Soli satis est ! Intra lias terras caelum Hercu- 
les meruit. — Stat immotum mare, quasi deficientis in suo fine naturae pigra 



288 SENEQUE LE RHETEUR 

inflexible de la nature qui semble se perdre dans cette fron- 
tière ; tu trouveras sur cet Océan des formes nouvelles et 
épouvantables, même des monstres énormes, que nourrit 
cette immensité sans bornes où tu veux te lancer; la lumière 
y est voilée par une obscurité profonde et des ténèbres inter- 
ceptent la clarté du jour; la mer elle-même est lourde et 
immobile : pas d'astres ou des astres inconnus. Car dans la 
nature, Alexandre, derrière toutes choses, il y a l'Océan; 
derrière l'Océan, il n'y a rien. 

Argent ariu s. Arrête-toi; ton monde te rappelle : nous 
avons vaincu tout ce que le soleil éclaire. — Aucune conquête 
nouvelle ne mérite, à nos yeux, d'être achetée au prix d'un 
danger d'Alexandre . 

Pompeius Silon. Il est enfin venu, Alexandre, ce jour 
après lequel soupiraient tes soldats, ce jour où la besogne te 
manquerait : les frontières de ton empire sont celles du 
monde. 

Moschus. Voici le moment où Alexandre doit s'arrêter, 
avec le monde et le soleil. — Ce que je connaissais, j'en ai 
triomphé; maintenant je désire ce que je ne connais pas. — 
Les peuples les plus sauvages n'ont-ils pas adoré Alexandre 
à genoux? Les monts les plus escarpés n'ont-ils pas vu leur 
cîme foulée par tes soldats vainqueurs ? Nous avons élevé nos 
trophées plus loin que ceux du dieu Bacchus. — Ce n'est pas 
chercher un monde, mais en perdre un. Devant nous, une 
mer immense, où l'homme ne s'est jamais risqué, chaîne 
qui entoure l'univers entier et barrière des continents, 
immensité que les rames n'ont jamais troublée; le rivage, 

moles; novae ac terribiles figurae, magna etiam Oceano portenta, quae profunda 
ista vastitas nutrit, circumfusa lux alta caligine et interceptus tenebris dies, 
ipsum vero grave et defixum mare et aut nulla aut ignota sidéra. Haec est, Alex- 
ander, rerum natura : post omnia Oceanus, post Oceanum nihil. 

2. Argentari. Résiste, orbis te tuus revocat; vicimus, qua lucet. — Nihil 
tantum est, quod ego Alexandri periculo petam. 

Pompei Silonis. Venit ille dies, Alexander, exoptatus tuis, quo tibi opéra 
deesset; idem sunt termini et regni tui et mundi. 

Moschi Tempus est Alexandrum cum orbe et cum sole desinere. ~ Quod 
noveram, vici ; nunc concupisco quod nescio. — Quae tam ferae gentes fuerunt, 
quae non Alexandrum posito genu adorarint ? Qui tam horridi montes, quorum 
non juga Victor miles calcaverit? Ultra Liberi patris trophaea constitimus. — 
Non quaerimus orbem, sed amittimus. Immensum et humanae intentatum expe- 
rientiae pelagus, totius orbis vinculum terrarumque custodia, inagitata remigio 
vastitas, litora modo saeviente fluctu inquiéta, modo fugiente déserta; taetra 



SUASOIRE 1. 289 

tantôt les flots l'assaillent avec rage, tantôt ils le fuient et 
l'abandonnent; une obscurité terrifiante pèse sur ces eaux, et 
ce je ne sais quoi, que la nature a soustrait aux yeux des 
hommes, est enseveli dans une nuit éternelle. 

Musa. Terrible est la taille des monstres ; immobile est 
l'abîme. — Tout prouve bien, Alexandre, que, de l'autre 
côté tu ne trouverais plus rien à vaincre ; retourne sur tes 
pas. 

Albucius Silus. Les terres aussi ont leurs bornes; le 
monde lui-même finit quelque part ; rien n'est sans limites; 
tu dois, de toi-même, mettre un terme à ta grandeur, puisque 
la Fortune n'en a pas mis un. — C'est le propre d'une grande 
âme que de savoir se borner au milieu de la prospérité. — La 
fortune met à tes victoires les mêmes bornes qu'à la nature : 
c'est l'Océan qui ferme ton empire ! — combien ta gran- 
deur a dépassé celle même de la nature ! Alexandre est grand 
pour le monde : pour Alexandre, le monde est petit. — Les 
choses même les plus grandes ont leurs bornes; le ciel ne 
sort pas de son domaine, les mers s'agitent dans leurs 
limites. Tout ce qui est arrivé au sommet n'a plus de place 
pour aller plus loin. — Nous ne connaissons rien au-dessus 
d'Alexandre, non plus qu'au-delà de l'Océan. 

Marullus. Nous courons après les mers; à qui livrons- 
nous les terres? Je cherche un monde que je ne connais pas; 
celui que j'ai vaincu, je l'abandonne. 

Fabianus. Quoi donc ? Tu crois que cette obscurité 



caligo fluctus premit, et nescio qui, quod humanis natura subduxit oçulis, 
aeterna nox obruit. 

Musae. Foeda beluarum magnitudo et immobile profuadum. — Testatum 
est, Aiexander, nihil ultra esse, quod vincas ; revertere. 

3. Albuci Sili. Terrae quoque suum fïnem habent, et ipsius mundi aliquis 
occasus est ; niliii infînitum est ; modum tu magnitudini facere debes, quoniam 
Fortuna non facit. — Magni pectoris est inter secunda moderatio. — Eumdem 
Fortuna victoriae tuae, quem naturae, fînem facit : imperium tuum cludit Ocea- 
nus. — quantum magnitudo tua rerum quoque naturam supergressa est ! 
Aiexander orbi magnus est, Alexandro orbis angustus est. — Aliquis etiam ma- 
gnitudini modus est; non procedit ultra spatia sua caelum, maria intra termi- 
nos suos agitantur. Quidquid ad summum pervenit, incremento non relinquit 
locum. — Non magis quicquam ultra Alexandrum novimus quam ultra Ocea- 
num. 

Marulli. Maria sequimur ; terras cui tradimus ? Orbem, quem non novi, 
quaero, quem viei, relinquo. 

4. Fabiani. Quid? Ista toto pelago infusa caligo navigantem tibi videtur 

T. H. 17 



290 SÉNEQUE LE RHETEUR 

répandue sur toute la surface des eaux permet la navigation, 
alors qu'elle arrête même les regards ? Non ce n'est plus 
l'Inde, ni cette réunion terrible de nations farouches. lma_ 
gine-toi des monstres énormes; regarde la fureur des tem_ 
pêtes et des flots, regarde les vagues qui sont poussées vers 
le rivage. Si redoutable y est la rencontre des vents et la rage 
de la mer bouleversée jusque dans ses profondeurs, qu'il n'y 
a pas de port qui puisse offrir un abri aux navigateurs; aucun 
moyen de salut ; rien de connu ; ce qu'il y a d'imparfait et de 
monstrueux dans la nature s'est réfugié dans cet asile loin- 
tain. Ces mers, où tu veux te lancer, ceux-mêmes qui fuyaient 
Alexandre n'ont pas osé s'y risquer. C'est comme une bar- 
rière sacrée que cet Océan dont la nature a ceint la terre. 
Même ceux qui ont noté les mouvements des astres, qui ont 
réduit en lois immuables les alternatives annuelles de l'hiver 
et de l'été, et à qui aucune partie du monde n'est inconnue, 
se demandent, pour l'Océan, s'il entoure les terres comme 
une chaîne ou s'il forme un cercle indépendant d'elles, si ces 
bouillonnements, dans celles de ses parties où l'on peut navi- 
guer, ne sont pas comme sa respiration immense, s'il sert 
de limite a une étendue de feu ou d'air, qu'on trouverait 
après lui. Comment, compagnons ? Celui qui a dompté le 
genre humain, Alexandre le Grand, vous le laissez s'engager 
sur un élément, dont l'on se demande encore quelle est la 
nature ? — Ne l'oublie pas, Alexandre : ta mère, c'est dans 
un monde encore vaincu plutôt que pacifié que tu la laisses. 
Division. — Cestius disait que ce genre de suasoires devait 

admittere, quae prospicientem quoque excludit? Non haec India est nec ferarum 
terribilis ille gentium conventus. Immanes propone beluas ; adspice quibus pro- 
cellis fluctibusque saeviat, quas ad Litora undas agat. Tantus ventorum concur- 
sus, tanta convulsi funditus maris insania est; nulla praesens navigantibus statio 
est, n»hil saltitare, nihil notum; rudis et imperfecta natura penitus recessit. Ista 
maria ne illi quidem peUerunt, qui fugiebant Alexandrum. Sacrum quiddam 
erris natura circumfudit Oceanum. Illi etiam, qui jam siderum collegerunt 
meatus et annuas hiemis atque aestatis vices ad certam legem redegerunt, qui- 
bus nulla pars ignota mundi est, de Oceano tamen dubitant, utrumne terras 
velut vincuium circumfluat an in suum colligatur orbem et in hos, per quos navi- 
gatur, sinus quasi spiramenta quaedam magnitudinis suae exaestuet, ignem post 
se, cujus augmentum ipse sit, habeat an spiritum. Quid agitis, conmilitones ? 
Domitoremne generis humani, magnum Alexandrum, eo dimittitis, quod adhuc 
quid sit disputatur ? — Mémento, Alexander : matrem in orbe victo adhuc magis 
quam pacato reiinquis. 

5. Divisio. Aiebat Cestius hoc genus suasoriarum alibi aliter declamandum 



SUASOIRE I. 291 

être traité de façon différente, suivant les endroits. Il ne fal- 
lait pas exprimer sa pensée dans une cité libre de la même 
façon que devant les rois, auxquels même les conseils utiles 
doivent être donnés sous une forme qui puisse leur plaire. Et 
parmi les rois mêmes, il y a des différences : ils détestent plus 
ou moins la vérité ; or, sans contredit, Alexandre est de ceux 
que l'histoire nous a représentés comme pleins de hauteur 
et enflés d'un orgueil outrecuidant pour un mortel. Dans 
tous les cas, même en laissant de côté les autres preuves, le 
sujet seul de la suasoire met en lumière son arrogance : 
son monde ne lui suffit plus. Aussi Cestius disait-il qu'il 
fallait, dans tout le discours, marquer le plus grand res- 
pect pour le roi, afin d'éviter le sort de son censeur, cou- 
sin de son précepteur Aristote, qu'il tua pour des railleries 
plus hardies qu'il n'aurait convenu; comme Alexandre, qui 
voulait se faire passer pour dieu, avait été blessé, le philo- 
sophe, en voyant son sang, dit qu'il s'étonnait que ce ne fût 
pas « ce sang limpide qui coule dans les veines des dieux 
bienheureux. » Le roi se vengea de cette plaisanterie par un 
coup de lance. Cette anecdote est rappelée avec finesse dans 
une lettre de G. Cassius à M. Cicéron: il y plaisante longue- 
ment sur la sottise du jeune Cn. Pompée, qui rassembla une 
armée en Espagne et fut vaincu à la bataille de Munda; puis 
il ajoute: « Nous nous moquons de lui, mais je crains qu'il 
ne nous retourne nos moqueries à la pointe de son épée. » 
Chez tous les rois, il faut redouter cette façon de plaisan- 
ter. Aussi disait-il que, devant Alexandre, il importait 

esse. Nod eodem modo in libéra ci vitale dicendam sententiam, quo apud reges, 
quibus etiam quae prosunt, ita tamen ut délectent, suadenda surit. Et inter re- 
ges ipsos esse discrimen : quosdam minus, alios magis osos veritatem; facile 
Alexandrum ex iis esse quos superbissimos et supra mortalîs animi modum in- 
(latos accepimus. Denique, ut alia dimittanlur argumenta, ipsa suasoria insolen- 
tiam ejus coarguit; orbis illum suus nou capit. Itaque nihil dicendum aiebat nisi 
cum summa veneratione régis, ne accideret idem quod censori ejus, amitino 
Aristotelis praeceptoris, accidit, quem occidit propter intempestive liberos sales ; 
nam cum se deum vellet videri et vulneratus esset, viso sanguine ejus philoso- 
phus mirari se dixerat, quod non esset « ?x<"P> °^î ^P xt P ££t ^axàpEo-o-t 
ôsoïcriv [Il 5, 340]. » flic se ab hac urbanitate lanrea vindicavit. Eleganter in 
C. Cassi epistula quadam ad M. Ciceronem missa positum : multum jocatur de 
stultitia Cn. Pompei adulescentis, qui in Hispania contraxit exercitum et ad 
Mundam acie victus est : deinde ait : « Nos quidem illum deridemus : sed timeo 
ne ille nos gladio *.wi.-jY-r l oi<r l} fat Fam. 15, 19, 4.J » In omnibus regibus haec 
urbanitas extimescenda est. 6. Aiebat itaque apud Alexandrum esse sic dicen- 



292 SENEQUE LE RHÉTEUR 

d'exprimer sa pensée en termes dont l'adulation profonde 
chatouillerait agréablement son esprit : toutefois il convenait 
de garder une certaine mesure pour se donner l'air de le 
respecter et non de le flatter, afin d'éviter une mésaventure 
analogue à celle des Athéniens, qui virent percer à jour et 
même punir des flatteries faites par la cité entière. Gomme 
Antoine voulait être appelé : « Dieu Bacchus, » ordonnait 
d'inscrire ce nom sur le piédestal de ses statues et imitait 
Bacchus par sa tenue et son cortège, à son arrivée, les Athé- 
niens vinrent au-devant de lui, avec leurs femmes et leurs 
enfants, et le saluèrent du nom de Dionysos. Tout aurait 
bien été pour eux, si l'esprit attique s'en était tenu là. Mais 
ils dirent qu'ils lui promettaient en mariage leur Minerve et 
lui demandèrent de l'épouser ; Antoine dit qu'il y consentait, 
mais que, comme dot, il leur imposait une contribution de 
mille talents [environ 5.500.000 francs]. Alors un de ces 
petits Grecs lui dit : « Seigneur, Zeus a pris sans dot ta mère 
Sémélé. » Ce trait d'audace resta impuni, mais le cadeau de 
noces des Athéniens demeura taxé à ces mille talents. Pen- 
dant qu'on les levait, on affichait un très grand nombre de 
placards injurieux; on en mettait quelques-uns sous les yeux 
d'Antoine lui-même, par exemple ce mot écrit sur le pié- 
destal de sa statue, parce qu'il avait comme femmes, à la fois, 
Octavie et Gléopâtre : « Octavie et Minerve à Antoine ; re- 
prends tes biens, <nous divorçons>. » Cependant, il y eut un 
très joli mot de Dellius, que Messala Corvinus appelle l'acro- 
bate des guerres civiles, parce que, sur le point de passer de 
Dolabella à Cassius, il spécifia qu'il aurait la vie sauve s'il 

dam sententiam, ut multa adulatione animus ejus permulceretur, servandum 
tamen aliquem modum, ne non veneratio videretur, sed adulatio, et accideret taie 
aliquid, quale accidit Atheniensibus, cum publicae eorum blanditiae non tantum 
deprehensae sed et castigatae sunt. Nam cum Antonius vellet se Liberum patrem 
dici et hoc nomen statuis suis subscribi juberet, habitu quoque et comitatu Li- 
berum imitaretur, occurrerunt venienti ei Athenienses cum conjugibus et liberis 
et Aiôvuffov salutaverunt. Belle illis cesserat, si nasus Atticus ibi substitisset ; sed 
dixerunt despondere ipsos in matrimonium illi Minervam suam et rogaverunt 
ut duceret ; Antonius ait ducturum, sed dotis nomine imperare se illis mille ta- 
lenta. Tum ex Graeculis quidam ait : « Kûçte, 6 Zeùç tîjv wzéça. c-ou EejxAriv 
auçoixov t\tv. » Huic quidem impune fuit ausum, sed Atheniensium sponsalia 
mille talentis aestimata sunt. Quae cum exigerentur, complures contumeliosi 
libelli proponebantur, quidam etiam ipsi Antonio tradebantur : sicut ille, qui 
subscriptus statuae ejus fuit, cum eodem tempore et Octaviam uxorem haberet 
et Cleopatram : « 'Ox-caouEa xal 'A0Y|va 'AvtwvJw' res tuas tibi habe. » 7. Bellissi- 



SUASOIRE I. 293 

tuait Dolabella; puis de Gassius il passa à Antoine, et, en der- 
nier lieu, il abandonna Antoine pour César. C'est de ce Dellius 
que l'on cite des lettres légères à Cléopâtre. Comme les Athé- 
niens demandaient du temps pour réunir la somme et n'en 
obtenaient pas, Dellius dit à Antoine : « Eh bien ! réponds- 
leur qu'ils te paieront en une, deux ou trois échéances. » Le 
plaisir de raconter des anecdotes m'a entraîné plus loin que 
je ne voulais; je reviens à mon sujet. Cestius disait donc 
qu'il fallait louer abondamment Alexandre dans cette sua- 
soire, pour laquelle il adopta la division suivante: « En pre- 
mier lieu, même si l'on pouvait naviguer sur l'Océan, il ne 
faudrait pas le faire. Alexandre avait acquis assez de gloire; 
il devait régler le sort et le gouvernement des pays qu'il 
avait vaincus en les traversant ; il devait penser à ses sol- 
dats, que leurs victoires avaient épuisés; il devait songer à 
sa mère, » et il ajouta bien d'autres raisons. Ensuite, il traita 
ce point, que l'on ne pouvait même pas naviguer sur l'Océan. 
Le philosophe Fabianus développa d'abord cette même 
question : même si l'on pouvait naviguer sur l'Océan, il ne 
faudrait pas le faire. Mais c'est une autre raison qu'il en 
donna d'abord : dans le succès il faut savoir se borner. Là il 
émit ce trait : « En définitive, le seul grand bonheur est 
celui qui se limite lui-même, à son gré. » Il développa en- 
suite le lieu commun sur l'incertitude du sort, et après avoir 
montré que rien n'était stable, que toutes choses étaient 
comme flottantes et exposées à s'élever ou à s'abaisser par des 
mouvements impossibles à prévoir, que des terres étaient 



mam tamen rem Dellius dixit, quem Messala Corvinus desultorem bellorum civi- 
lium vocat, quia ab Dolabella ad Cassium transiturus salutem sibi pactus est, si 
Dolabellam occidisset, a Gassio deinde transiit ad Antonium, novissime ab Anto- 
nio transfugit ad Caesarem ; hic est Dellius, eujus epistulae ad Cleopatram lasci- 
vae feruntur. Cum Athenienses tempus peterent ad pecuniam conferendam nec 
exorarent, Dellius ait : « At tamen dicito illos tibi annua, bienni, trienni die 
debere. » Longius me fabellarum dulcedo produxit ; itaque ad propositum 
revertar. 8. Aiebat Cestius magnis cum laudibus Alexandri hanc suasoriam 
esse dicendam, quam sic divisit, ut primum diceret, etiamsi navigari posset 
Oceanus, navigandum non esse; sat^s gloriae quaesitum : regenda esse et 
disponenda, quae in transitu vicisset ; consulendum milili tôt suis victoriis lasso ; 
de matre illi cogitandum; et alias causas complures subjecit. Deinde illam quae- 
stionem subjecit, ne navigari quidem Oceanum posse. 

9. Fabianus philosophus primam fecit quaestionem eamdem : etiamsi navi- 
gari posset Oceanus, navigandum non esse. At rationem aliam primam fecit : mo- 
dum imponendum esse rébus secundis. Hic dixit sententiam : illa demum est 



294 SENÈQUE LE RHÉTEUR 

englouties, des mers desséchées, que des montagnes s'af- 
faissaient, il cita des exemples de rois précipités du faite des 
grandeurs et ajouta: « Laisse la nature te manquer plutôt 
que la fortune. » Le second point aussi, il le traita autre- 
ment <que Cestius> : il le subdivisa, en disant d'abord qu'il 
n'y avait pas de terres habitables dans l'Océan ou au-delà de 
l'Océan. Puis, en admettant qu'il y en eût, on ne pouvait y 
parvenir; à cet endroit, difficulté delà navigation, nature de 
cette mer inconnue qui ne permet pas la navigation. Enfin, 
à supposer qu'on pût y parvenir, elles ne valaient pas la 
peine qu'on l'essayât. Là il dit que, pour chercher l'incer- 
tain, on quittait le certain, que les peuples se révolteraient 
dès qu'ils sauraient qu'Alexandre avait franchi les bornes du 
monde ; puis il fit intervenir la mère du roi, dont il dit : 
<( Quel n'a pas été déjà son émoi, au moment où tu allais 
franchir quoi ? le Granique ! » 

Le mot de Glycon est célèbre : « Ce n'est plus le Simoïs, 
ni le Granique : si ce n'était pas quelque chose de mauvais, 
ce ne serait pas le bout <du mondeX » 

Tous <les Grecs> ont voulu imiter ce trait. Plution dit : 
(L,Et si l'Océan est très grand, c'est que tout mène à lui et 
que lui ne mène à rien. » Artémon dit : « Nous délibérons 
s'il faut nous lancer sur l'Océan. Nous ne sommes pas ici sur 
les bords de l'Hellespont, ni près de la mer de Pamphylie, 
attendant le reflux qui revient à heure dite; ce n'est pas 



magna félicitas, quae arbitrio suo conslilil. Dixit rîeinde locum de varietate for- 
tunae, et, cum descripsisset nihil esse stabile, omnia fluîtare et incertis motibus 
modo attolli, modo deprimi, absorberi terras ,et maria siccari, montes subsidere, 
deinde exempla regum ex fastigio suo devolutorum, adjecit : sine potius rerum 
naturam quam fortunam tuam deficcre. 10. Secimdam quoque quaestionem aliter 
tractavil: divisit enim illam sic, ut primum negaret ullas in Oceano aut trans 
Oceanum esse terras habitabiles. Deinde : si essent, perveniri tamen ad illas non 
î'osse; hic difficultatem navigationis, ignoti maris naturam non patientem navi- 
gationis. Novissime : ut posset perveniri, tanti tamen non esse. Hic dixit incerta 
peti, certadeseri; descituras gentes, si Alexandrum rerum naturae terminos su- 
pergressum enotuisset; hic matrem, de qua dixit : quomodo illa trepidavit etiam 
quod Granicum transiturus esset. 

11. Glyconis celebris sententia est : zoO'zo oùx IW. E^ôei; où&è Tpàvr/o; • 
to'jto s! jxVj Tt aaxbv ïjv, où'/, av l'cr/aTov exeito. 

lïoc omnes imitari voluerunt. Plution dixit : v.&.\ 8ib\ toO'to (ju'yio-rov Io-tiv, on 
v.ù-0 (jlèv {xeTà Tcâvra, |i.£tà &£ aù-co où&s'v. ArteULOn dixit : 1 3ouA£Uo;a.£6a, il £fr ( 
-îoaicuo-Oat. où "soîîq ' EXAy-crTrovTtaiç -/jôs-tv tçsTTwTeç où.S' Ïtù tw na;i.tpu).îw Ttihàyti 
-ct.v l[j.r.oô(izfj{xo'j "/aça^o"/oC[j.£v ot.;j.t:ioo-iv ■ o'jfîè EùœoâTr,ç to'j-î' ÉVciv, où^s 'Iv5d;, àV/,' 



SUASOIRE I. 295 

non plus l'Euphrate,, ni l'Indus; mais, que ce soit les fron- 
tières de la terre, les bornes de la nature, l'élément le plus 
ancien ou le berceau des dieux, c'est une eau trop sacrée 
pour que nos navires la fendent. » 

Apaturius dit: « D'ici le vaisseau, d'une seule traite, peut 
aller au levant ou aux pays invisibles du couchant. » 

Cestius fît cette description : « L'Océan frémit, comme 
indigné de te voir quitter la terre. » 

Dans tout ce que l'on a dit, depuis que les hommes habiles 
à parler ont commencé à déraisonner, il n'y a rien de plus 
mauvais goût, de l'avis général, que cet emprunt fait par 
Dorion à Homère, au moment où le Cyelope aveuglé a jeté 
un rocher dans la mer :... Comment, de ces traits de mauvais 
goût, on tire des expressions grandes et cependant raison- 
nables, Mécène disait qu'on pouvait le voir dans Virgile. 
Voici de l'enflure : « De la montagne il arrache une monta- 
gne. » Que dit Virgile? Il arrache « à la montagne un mor- 
ceau de belle taille. » Il cherche la grandeur, mais sans s'écar- 
ter imprudemment de la vérité. Voici de l'emphase : « et sa 
main lance une île. » Virgile, lorsqu'il écrit à propos des 
navires : « On croirait voir voguer les Cyclades détachées de 
leur base », ne dil pas : « Gela est », mais : « Cela semble. » 
Nos oreilles sont disposées à admettre un fait, si incroyable 
soit-il, pourvu qu'on le prépare, avant de l'énoncer. 

J'ai trouvé, dans cette suasoire, un trait bien plus mauvais 
encore d'un certain Ménestrate, déclamateur assez estimé 

zl'-z yr;; tc'p'Jia, bits <pô<T£Ojç ooo^, zizi itçsffpÛTa-ov o-toi/îYov, il'zz yî'vîc-iç 9sô>v, Uçwtêpôv 
es-riv r { xaxà vau; u£wp. ApaiUrîUS dixit : Ivts-jÔev r ( vaû"; Ix ;jua; «poça; s'ç àva- 
-xo\rj,-, é'vôa $z etç tôlç àoçà-ou; &ûor£tç. 

Cestius descripsit sic : frémit Oceanus, qua^i indignetur quod terras relin- 
fjiias. 

12. Corruptissimam rem omnium, quae umquam dictae sunt, ex quo homi- 
nes diserti insanire coeperunt, pulabant Dorionisessein metaphrasi dictam iïo- 
meri, cum excaecatus Cyclops saxum in mare rejecit : ... Haec quo modo ex 
corruptis eo perveniant, ut et magna et tamen sana sint, aieb -t Maecenas apud 
Vergilium intellegi posse. Tumidum est : oçouç oçcç à-ocntàTou. Vergilius quid 
ait? Rapit 

haud partem exiguam montis [Aen. 10, 128]. 
lta magnitudiui studet, ut non imprudenter discedat a fide. Est inflatum : *a\ 
yz^o'.a. 'lù.Wz-y.i v^jorcro;. Vergilius quod ait quîdem de navibus : 

credas innare révulsas 
Cycladas [Aen. 8, 691 sq.], 
non dicit hoc fier i, sed videri. Propitiis auribus accipitur, quamvis incredibile 
sil, quod excusatur, antequam dicitur. 



296 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

de son temps : il décrit la grandeur des monstres qui nais- 
sent dans l'Océan... 

Ce trait me fait pardonner à Musa, qui a trouvé un pro- 
dige plus étonnant encore que Charybde et Scylla : « Cha- 
rybde est le naufrage de la mer elle-même, » et, comme il ne 
se contentait pas d'une insanité : « Qui pourrait garder la vie 
sauve, là où périt la mer elle-même ?» 

Damas, s'adressant à la psychologie, fit parler la mère 
d'Alexandre lorsqu'il décrivait les périls nouveaux qui, cha- 
que jour, s'ajoutaient aux anciens :.... 

Barbarus a exprimé la pensée suivante, en introduisant 
dans le discours l'armée des Macédoniens qui se justifiait de 
ne pas suivre le roi :.... 

Arellius Fuscus dit : « J'atteste que ton monde te fait 
défaut plutôt que tes soldats. » 

Latron l'imita ; il n'excusa pas les soldats, mais dit : 
« Conduis-moi, je te suivrai. Me promets-tu un ennemi, une 
terre, de la lumière, de l'air? Donne-moi une place pour y 
dresser le camp, pour y planter nos drapeaux. — J'ai quitté 
mes parents, j'ai quitté mes enfants; je demande mon 
congé. Est-ce trop tôt, aux bords de l'Océan? » 

Les déclamateurs latins n'ont pas montré trop de vigueur 
dans la description de l'Océan : elle est trop faible ou trop 
minutieuse. Aucun n'a pu atteindre le souffle de Pedo, qui, 
sur la navigation de Germanicus, s'exprime ainsi : « Depuis 

13. Multo corruptiorem sententiam Menestrati cujusdam, declaraatoris 
non abjecti suis temporibus, nactus sum in hac ipsa suasoria, cum describerét 
beluarum in Oceano nascentium magnitudinem : . . . 

Efficit haec sententia, ut ignoscam Musae, qui dixit ipsis Charybdi et Scylla 
majus portentum : « Charybdis ipsius maris naufragium, » et, ne in una re semel 
insaniret : « Quid ibi potest esse salvi, ubi ipsum mare périt ? » 

Damas ethicos induxit matrem loquentem, cum describeret assidue priori- 
bus periculis nova supervenisse : ... 

Barbarus dixit, cum introduxisset excusantem se exercitum Macedonum, 
hune sensum : . . . 

14. FUSCUS Arellius dixit : testor ante orbem tibi tuum déesse quam 
militem. 

Latro sequens hanc dixit ; non excusavit militem, sed dixit : duc, sequar ; 
quis mihi promittit hostem, quis terram, quis diem, quis aerem ? Da, ubi castra 
ponam, ubi signa inferam. — Reliqui parentes, reliqui liberos, commeatum 
peto ; numquid immature ab Oceano ? 

15. Latini declaraatores in descriptione Oceani non nimis viguerunt; nam aut 
minus descripserunt aut nimis curiose. Nemo illorum potuit tanto spiritu dicere, 
quanto Pedo, qui in navigante Germanico dicit : 



SUASOIRE I. 297 

longtemps ils voient, derrière eux, s'éteindre toujours davan- 
tage le jour et le soleil; comme chassés hors des limites 
connues de l'univers, ils s'avancent avec audace, à travers les 
ténèbres qui leur sont fermées, vers les bornes de la nature 
et les plus lointains rivages du monde; maintenant l'Océan, 
qui porte dans ses ondes paresseuses des monstres effrayants, 
l'Océan qui, dans toute son immensité, nourrit des baleines 
terribles et des chiens de mer, l'Océan se dresse contre leurs 
navires qu'il saisit. Son bruit suffît à augmenter les craintes. 
Déjà gisent, échoués sur un bas- fond, les navires et la flotte, 
privée du vent qui la pousserait; les équipages croient que les 
destins immuables les livrent, par un sort cruel, à la dent 
des monstres marins. L'un des matelots, debout sur la proue, 
tendant ses regards pour percer de sa vue l'air opaque, 
n'ayant pas réussi à distinguer un seul objet du monde, du 
monde soustrait à leurs yeux, exhale en ces termes son cœur 
oppressé : « Où sommes-nous emportés? Le jour lui-même 
fuit et la nature, dont les bornes sont près de nous, entoure 
d'une barrière de ténèbres éternelles le monde que nous 
avons quitté. Cherchons-nous des nations placées de l'autre 
côté, sous un autre pôle? Cherchons-nous un autre monde 
où ne soufflent pas les vents ? Les dieux nous rappellent et 
défendent aux regards humains de voir où la nature finit. 



Jampridem post terga diem solemque reliclum 
j imque vident, notis extorres finibus orbis 
per non concessas audaces ire lenebras 
ad rerum metas extremaque litora mundi ; 
nunc illum, pigris immania monsira sub midis 
qui ferat, Oceanum, qui saevas undique pristis 
aequoreosque canes, ratibus consurgere prensis ; 
accumulât fragor ipse metus. Jam sidère limo 
navigia et rapido desertam flamine classem 
seque feris credunt per inertia fata marinis 
jam non felici laniandos sorte relinqui. 
Atque aliquis prora caecum sublimis ab alla, 
aéra pugnaci luctatus rumpere visu, 
ut nihil erepto valuit dignoscere mundo, 
obstructa in taies effundit pectora voccs : 
« Quo 1er i mur ? Fugit ipse dies orbemque relictum 
ultima perpetuis claudit natura tenebris. 
Anne alio positas ultra sub cardine gentes 
atque alium flabris intactum quaerimus orbem ? 
l)i revocant rer unique vêlant cognoscere finem 
mortales oculos : aliéna quid aequora remis 

17. 



298 SENEQUE LE RHETEUR 

Pourquoi, de nos rames, violer ces flots sur lesquels nous 
n'avons aucun droit, ces eaux sacrées ? Pourquoi troubler la 
paisible demeure des dieux? » 

Parmi les déclamateurs grecs, aucun, dans cette suasoire, 
n'a mieux réussi que Grlycon; mais il y a chez lui autant de 
mauvais goût que de grandeur; je vous mettrai en mesure de 
juger des deux. J'aurais voulu éprouver votre jugement en ne 
vous donnant pas le mien et en ne séparant pas ce qui est de 
bon et de mauvais goût, car il aurait pu vous arriver de 
louer davantage les passages déraisonnables : cela pourra 
d'ailleurs se produire, malgré toutes les distinctions que je 
ferai. Voici qui est joliment dit:.... Mais, selon sa coutume, il 
a gâté le trait en ajoutant des mots inutiles et emphatiques; 
en effet, il a ajouté:.... Le passage suivant a fait hésiter le goût 
de quelques personnes; pour moi, je n'hésite pas à ne pas 
l'approuver : «Adieu, terre; adieu, soleil; voici que les Macé- 
doniens entrent dans le chaos. » 



el sacras violamus aquas divumquc quieias 
turbamus sedes ? » 

16. Ex Graecis declamaloribus nulli radius hacc suasoria processit quam 
Glyconi ; sed non minus multa corrapte dixit quam magnifiée : utrorumque 
faciam vobis potestafetn. Et volebatn vos experiri non adjiciendo judicium meum 
ncc separando a corruptis saua; potuissel enim iîeri, ut, vos magis illa laudaretis 
quae insaniunt et nitiilominus poterit fieri, quamvis distinxerim. Illa belle 
dixit : ... ; sed feeit, quod solebat, ut s.enlentiam adjectione supervacua atque 
tumida perderel ; adjecit euim : . . . IUud quosdam dabios judici sui habet ; ego 
non dubito contra sontentiam ferre : ■jyiv.rn, -'•>;, iyîaivs, r'hu ' Maxs^ovsç apa 

yv.oq staroraTOua - '.. 



SUASOIRE 11. 299 



II. 

Les trois cents Lacédémoniens envoyés contre Xer- 
xès, après la fuite de tous les groupes de trois cents 
liommes envoyés par les cités grecques, délibèrent 
s'ils ne fuiront pas, eux aussi. 

Areliius Fuscus. Vraiment je crois qu'on avait choisi 
des guerriers d'un âge trop tendre, dont l'âme se laisse 
abattre par la peur, des bras incapables de porter des armes 
dont ils n'ont pas l'habitude, des corps engourdis par la 
vieillesse ou les blessures. — Comment vous nommerai-je?Les 
meilleurs de la Grèce? Des Lacédémoniens? Des soldats d'élite? 
Ou bien faut-il vous rappeler toutes les batailles <gagnées par> 
vos ancêtres, toutes les villes qu'ils ont détruites, tout le butin 
qu'ils ont pris aux nations vaincues? Et maintenant on veut 
abandonner aux ennemis des temples bâtis avec ce butin ! Je 
rougis de notre dessein, et, même si nous ne fuyons pas, je 
rougis que nous en ayons délibéré. Mais, dira-t-on, tant de 
milliers d'hommes accompagnent Xerxès ! Voilà donc, Lacé- 
démoniens, vos sentiments à l'égard des barbares ! Je ne vous 
rappelle pas vos exploits, vos aïeux, vos pères, dont l'exemple, 
depuis votre plus bas âge, a dû élever vos âmes. J'ai honte 



il. 

Trecenti Lacones contra Xersen missi| cum treceni 

ex omni Graecia missi fugissent, délibérant an et 

ipsi fugiant. 

1- Arelli Fusci patris- At, puto, rudis lecla aetas et animus, qui i'ran- 
geretur metu, insuetaque arma non passurae manus hebetataque senio aut vul- 
neribus corpora. — Quid dicam? Potissimos Graeciae? An Lacedaemonios ? An 
electos? An repetam tôt acies palrum totque excidia urbium, tôt victarum gen- 
lium spolia? hit nunc produntur condita liis de manubiis templa ! Pudet consilii 
nostri ; pudet, etiamsi non i'ugimus, délibérasse talia. At cum tôt milibus Xerses 
\enit. Lacedaemonii, ita adversus barbaros ! Non rei'ero opéra vestra, non 
avos, non patres, quorum vobis exemplo ab inf'antia surgit ingenium. Pudet La- 



300 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

d'avoir à dire à des Lacédémoniens : la position nous met 
en sûreté. Xerxès a beau, sur sa flotte, traîner derrière lui 
tout l'Orient, il a beau étaler à nos yeux tous ses navires ; ils 
ne lui serviront de rien : cette mer, si vaste, voit sa largeur 
prodigieuse se resserrer en un golfe très étroit, pour aboutir 
enfin à des gorges pleines de dangers, où peut à peine s'aven- 
turer la plus petite barque ; encore le mouvement des rames 
est-il gêné par toute cette agitation de la mer qui nous 
baigne, et l'élan arrêté par ces bas-fonds inattendus qui se 
rencontrent dans les passages les plus profonds, par des poin- 
tes de rochers et tout ce qui trompe les vœux des navigateurs. 
Je rougis, je le répète, à la pensée que des Lacédémoniens, qui 
ont des armes, cherchent ce qui fait la sûreté de leur position. 
Je ne rapporterai donc pas les dépouilles des Perses? Du 
moins je tomberai nu sur un monceau de dépouilles. L'ennemi 
saura que nous avons encore bien des fois trois cents hommes, 
capables, comme nous, de ne pas fuir, capables de mourir 
comme nous. Dites-vous bien que nous ne pourrons peut-êlre 
pas vaincre, mais que nous ne pouvons être vaincus. Si je vous 
parle ainsi, ce n'est pas que nous soyons condamnés à mou- 
rir ; mais, s'il faut périr, vous vous trompez en croyant la 
mort redoutable. Personne n'a reçu de la nature la vie pour 
l'éternité, et, en naissant, nous avons déjà un jour fixé pour 
la fin de notre vie, car c'est d'une matière faible que Dieu 
nous a formés et le moindre accident fait succomber notre 
corps. Un sort, impossible à prévoir, nous emporte; le même 
destin menace l'enfant, la même cause abat l'homme mûr. 
Même, la plupart du temps, nous souhaitons la mort, car, au 

cedaemonios sic adhortaiï : hoc loco tuti sumus. Licet totum classe Orientera 
trahat, licet intuentibus explicet mutilera navium numerum : hoc mare, quod 
tantum patet, ex vasto urgetur in minimum, insidiosis excipitur angustiis vixque 
minimo aditus navigio est, et hujus quoque remigium arcet inquietum omne, 
quod circumfluit, mare, fallentia cursus vada altioribus internata, aspera scopu- 
lorum et cetera, quae navigantium vota decipiunt. Pudet, inquam, Lacedaemo- 
nios et armatos quaerere quemadmodum tuti sint. 2. Non referam Persarura 
spolia? Certe super spolia nudus cadam. Sciet et alios habere nos trecentos, qui 
sic non fugiant et sic cadant. Hune sumite animum : nescio an vincere possi- 
mus ; -vinci non possumus. Haec non utique perituris refero; sed, si cadendum 
est, erratis, si metuendam creditis mortem. Nulli natura in aeternum spiritum 
dédit statque nascentibus in finem vitae dies : ex imbecilla enim nos materia 
deus ors us est ; quippe mini mis succidunt corpora. Indenuntiata sorte rapimur ; 
sub eodem pueritia fato est, eadem juventus causa cadit. Optamus quoque ple- 
rumque mortem, adeo in securam quietem recessus ex vita est. At gloriae nullus 



SUASOIRE II. 301 

sortir de la vie, l'accès nous est ouvert à la paix du repos. Mais 
la gloire, elle, n'a pas de fin, et, après les dieux, tous les hon- 
neurs vont à ceux qui meurent comme vous; les femmes 
mêmes ont souvent trouvé la gloire dans cette route vers la 
mort. A quoi bon vous rappeler Lycurgue et ces héros que 
nul péril n'effrayait et que la mémoire des peuples a immor- 
talisés? Que j'évoque le seul Othryade, cet exemple n'en 
vaudra-t'il pas trois cents? 

Triarius. Des Lacédémoniens ne rougissent pas d'être 
vaincus non par l'ennemi, mais par ce qu'on leur a dit de 
lui? — C'est un puissant aliment de courage que de naître à 
Lacédémone. Pour une victoire certaine, tous seraient restés; 
pour une mort certaine, il ne reste que les Laconiens. — 
Pourquoi Sparte serait-elle entourée de pierres? Elle a des 
murs où elle a des soldats. — Nous ferons mieux de rappeler 
les autres troupes que de les suivre. — Mais il perce les monta- 
gnes, il couvre les mers d'un plancher. Jamais le bonheur 
trop orgueilleux n'a connu la stabilité et les faîtes élevés des 
grands empires se sont écroulés dans l'oubli de la fragilité 
humaine. Sachez bien qu'on n'a jamais vu aboutir à une fin 
heureuse les puissances qui soulèvent la jalousie. — Mers» 
terres, tous les éléments de la nature ont été par lui chan- 
gés de place : mourons tous, les trois cents que nous sommes, 
afin que, pour la première fois, il ait trouvé ici quelque chose 
qu'il ne puisse changer. — Du moment qu'une résolution si 
déraisonnable devait vous agréer, pourquoi n'avoir pas plutôt 
dissimulé notre fuite dans la foule ? 



finis est proximeque deos sic cadentes colunt; feminis quoque frequeus hoc ia 
raortem pro gloria iter est. Quid Lycurgum, quid interritos omni periculo, quos 
memona sacravit, viros referam ? Ut unum Othryadem excitem, adnumerare tre- 
centis exempla possum. 

3. Triari. Non pudet Laconas ne pugna quidem hostium, sed fabula vinci ? — 
Magnum alimentum virtufis est nasci Laconem. Ad certain vietoriam omnes 
remansissent; ad certam mortem tantum Lacones. — Ne sit Sparta lapidibus 
circumdata: ibi muros habet, ubi A r iros. — Melius revocabimus fugientes tre- 
cenos quam sequemur. — Sed montes perforât, maria contegit. Numquam solido 
stetit superba félicitas, et ingentium imperiorum magna fastigia oblivione fragi- 
litatis humanae collapsa sunt. Scias licet ad fmem bonum non pervenisse quae 
ad invidiam perducta sunt. — Maria terrasque, rerum naturam statione 
mutavit sua : moriamur trecenti, ut hic prirnum invenerit, quod mutare non 
posset. — Si tam démens placiturum consilium erat, cur non potius in turba 
fugirrms ? 

4. Porci Latronis. In hoc scilicet morati sumus, ut agmen fugientium 



302 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Porcius Latroa. Nous sommes donc restés uniquement 
pour former r arrière-garde des fuyards ? Parmi les braves 
nous seront les plus prompts à fuir, mais parmi les fujards 
les moins prompts. — C'est devant des on-dit que vous tour- 
nez les talons ? Connaissons au moins la bravoure de celui 
qui nous fait fuir. — C'est à peine si la victoire pourrait 
laver notre honte ; quel que soit notre courage et notre 
bonheur, notre réputation a subi une cruelle atteinte : nous, 
des Lacédémonicns, avoir délibéré si nous fuirions ! Eh bien! 
nous mourrons, < dira-t-on > ! Pour ma part, après une telle 
délibération, je ne crains qu'une chose : revenir à Sparte. — 
Des racontars nous font tomber les armes des mains ? — 
C'est maintenant, oui, maintenant qu'il faut combattre : au 
milieu de tous nos compagnons, notre bravoure aurait passé 
inaperçue; mais tous les autres ont fui. — Si vous me deman- 
dez mon avis, je dirai, pour défendre notre honneur et celui 
de la Grèce : c'est par le choix de nos compagnons, non par 
hasard que nous sommes restés ici. 

Gavius Sabinus. Pour tous les hommes il est honteux de 
fuir, pour un Lacédémonien de penser seulement à fuir. 

Marullus. Si nous sommes restés, c'est donc pour ne pas 
passer inaperçus dans la troupe des fuyards. — lis ont une 
excuse, les autres bataillons de la Grèce : « Nous avons cru 
les Thermopyles bien gardées, puisque nous y laissions les 
Lacédémoniens. » 

Cestius Pius. La honte de la fuite, vous l'avez bien 
montrée, Lacédémoniens, en hésitant si longtemps à fuir. — 



cogeremus. Erimus inter fortes fugacissimi, inter fugaces tardissimi. — Bumori 
terga verhtis ? Sciamus saltem, quam fortis sit iste, quem fugimus. — Vix vel 
vicîoria dedecus elui potest; ut omnia fortiter fiant, féliciter cadant, multum 
tamen nomini noslro delractum est : jam Lacones, an fugeremus, deliberavimus. 
« Atenim moriemur ! » Quantum ad me quidem periinet, posthanc deliberationem 
nihil aliud timeo, quam ne revertar. — Arma nobis fabulae excutiunt ? Nunc, 
nunc pugnemus ; latuisset virtus inter trecenos : ceteri quidem fugerunt. — Si 
me qu'dem interrogatis, quid sentiam, et in nostrum et in Graeciae patrocintum 
loquar : electi sumus, non relicti. 

5. Gavi Sabini. Turpe est cuilibet viro fugisse, Laconi etiam délibérasse 
de fuga. 

Marulli. In hoc restitimus, ne in turba fugientium lateremus. — Habent, 
quemadmodum se excusent, Graeciae treceni : « tutas Thermopylas putavimus, 
cum relinqueremus illic Laconas. » 

Cësti Pii. Quam turpe esset fugere, judicastis, Lacones, tam diu non 
fugiendo. — Omnibus sua décora sunt : Athenae eloquentia inclytae sunt, 



SUAS01RE 11. 303 

Chaque ville a sa gloire : Athènes est célèbre par son élo- 
quence, Thèbes par sa piété, Sparte par ses armes. C'est 
pour cela qu'elle est entourée de l'Eurotas, qui endurcit l'en- 
fance aux fatigues des guerres à venir ; c'est pour cela que 
nous peinons à gravir les sommets des bois du Taygète, 
ardus pour tous, sauf pour les Laconiens ; c'est pour cela 
que nous vénérons Hercule, dont les travaux ont mérité les 
honneurs célestes ; c'est pour cela que nos murs, ce sont nos 
armes. — le lourd déshonneur imprimé au courage de nos 
ancêtres ! Des Lacédémoniens considèrent leur nombre et 
non leur valeur. — Attendons < au moins > d'avoir vu la 
foule des ennemis, pour donner à Sparte, à défaut de braves 
défenseurs, des messagers véridiques. — Ainsi nous sommes 
vaincus non par la guerre, mais par des on-dit? Vraiment, 
il a eu bien raison de ne s'inquiéter de rien, ce roi que les 
Lacédémoniens n'osent pas affronter. — Si l'on ne peut 
vaincre Xerxès, du moins on peut le voir : je veux savoir 
devant quoi je fuis. — Jusqu'à présent je ne ressemble 
en aucun point aux Athéniens, ni par le caractère, ni par 
l'éducation : et c'est par leur fuite que je commencerais à 
les imiter ? 

Pompeius Silon. Xerxés amène beaucoup de soldats 
avec lui; les Thermopyles permettent le passage à bien peu 
Que nous importent tous les peuples que l'Orient a versés sur 
nous et toutes les nations que Xerxès traîne à sa suite? Nous 
aurons affaire uniquement à ceux que ce lieu peut recevoir. 

Cornélius Hispanus. Nous sommes venus pour repré- 
senter Sparte, restons pour représenter la Grèce ; triom- 

Thebae sacris, Sparta armis. Ideo banc Euioias amnis circumfluit, qui pueritiam 
in durât ad futurae militiae patientiam ; ideo enilimur in Taygeti uemoris dii'fi- 
cilia nisi Laconibus juga; ideo Hercule gbriamur deo operibus caelum merilo ; 
ideo murinostri arma sunt. — 6. grave majorum virtutis dedecus ! Lacones se 
numerant, non aeslimant. — Videamus, quanta turba sif, ut habeat certe Sparla 
etiamsi non fortes milites, at nuntios veros. — Ita ne bello quidem, sed nuntio 
vincimur? Merito hercules omnia contempsit quem Lacones audire non sustinent. 
— Si vincere Xersen non licet, videre liceat; volo scire, quid l'ugiam. — Adhuc 
non sum ex ulla parte Atheniensium similis, non moribus nec educatione ; nihil 
prius illorum imitabor quam fugam ? 

7. Pompei Silonis. Xerses muitos secum adducit, Thermopylae paucos 
recipiunt. — Nihil refert, quantas gentes in orbem nostrum Oriens effuderit, 
quautumque nationum secum Xerses trahat; tôt ad nos pertinent, quot locus 
ceperit. 

Corneli HiSDani. Pro S arta venimus, pro ftraecia stemus : vinoamus 



304 SENÈQUE LE RHETEUR 

phons des ennemis, nous avons déjà triomphé de nos alliés; 
apprenons à ce barbare insolent que rien n'est plus difficile 
que de percer le flanc d'un Lacédémonien armé. — Pour 
moi, ce départ de tous ces bataillons me réjouit : ils ont 
laissé les Thermopyles à notre libre disposition; rien ne 
viendra se comparer, se mêler à notre courage ; les Lacédé- 
moniens ne seront pas perdus dans la foule : partout où 
Xerxès portera ses regards, il verra des Spartiates. 

Blandus. Vous rappellerai-je les préceptes de nos mères : 
« Ou sur vos boucliers ou avec eux? » Il est moins honteux 
de revenir sans armes de la guerre que de fuir avec ses 
armes. Vous rappellerai-je des paroles de prisonniers ? Un 
Lacédémonien, fait prisonnier, s'écria: «Tue-moi; je ne 
saurais être esclave. » Il aurait pu ne pas être pris, s'il avait 
voulu fuir. — Vous pouvez dépeindre toute l'épouvante 
qu'inspirent les Perses ; tout cela, nous le savions, quand 
on nous a envoyés < ici > . — Que Xerxès voie nos trois cents 
hommes et sache l'importance qu'on attache à cette guerre, 
le nombre d'hommes que demande cette position. — Même 
comme messagers, ne revenons que les derniers. — Quel- 
qu'un a-t-il fui ? Je n'en sais rien : voilà tous les compagnons 
que Sparte m'a donnés. — Description des Thermopyles, 
Maintenant je suis heureux que les autres bataillons aient 
fui : ils auraient fait les Thermopyles trop étroites pour moi. 
Thèse opposée. Cornélius Hispanus. Moi, je prévois le 
us grand déshonneur pour notre patrie, si Xerxès, sur le sol 
e la Grèce, triomphe d'abord des Lacédémoniens. Nous ne 



hostes, socios jam vicimus ; sciât iste insolens barbarus nihil esse difficilius 
quam Laconis armati latus fodere. — Ego vero quod treceni discesserimt, gau- 
deo; libéras nobis reliquere Thermopylas ; nil erit, quod virtuti nostrae se appo- 
nat, quod se insérât; non lalebit in turba Laco; quocumque Xerses aspexerit, 
Spartanos \idebit. 

8. Blandi. Referam praecepta matrum : a aut in his aut cum his? » Minus 
urpe est a bello inermem reverti quam armatum fugere. Referam captivorum 

verba ? Captus Laco : « Occide, inquit, non servio. » Potuit non capi, si fugere 
voluisset. — Describite terrores Persicos ; omnia ista, cum mitteremur, audivi- 
mus. — Videat trecentos Xerses et sciât quanti bellum aestimatum sit t 
quanto aptus numéro locus. — Revertamur ne nuntii quidem nisi novissimi. — 
Quis fugerit, nescio ; hos mihi Sparta commilitones dédit. — Descriptio Thermo- 
pylarum. Nunc me delectat, quod fugerunt treceni ; angustas mihi Thermopylas 
fecerant . 

9. Contra. Comeli Hispani. At ego maximum video dedecus futurum rei 
publicae nostrae, si Xerses nihil prius in Graecia vicerit quam Laconas. Ne 



SUASOIRE II. 305 

pouvons même pas avoir de témoins de notre bravoure : on 
croira de nous ce que les ennemis raconteront. — Voilà mon 
avis; et le mien, c'est aussi celui de toute la Grèce. Si quel- 
qu'un vous donne un autre conseil, c'est qu'il désire voir 
non pas vos exploits, mais votre perte. 

Claudius Marcellus. Les Perses ne nous vaincront pas; 
ils nous écraseront. — Nous avons assez fait pour notre nom, 
en nous retirant les derniers ; avant nous la nature a été 
vaincue. 

Division. — Si j'ai parlé de cette suasoire, ce n'est pas qu'elle 
renferme quelque finesse, capable de vous stimuler, c'est 
pour vous montrer avec quel éclat ou avec quelle liberté 
Fuscus avait parlé ; moi-même, je ne me prononcerai pas : 
à vous de décider si, à votre sens, ses développements sont 
pleins d'exubérance ou de force. Asinius Pollion disait que 
ce n'était pas là donner un conseil, mais s'amuser. Je me 
souviens que, au temps de ma jeunesse, il n'y avait rien de 
si connu que ces développements de Fuscus : il n'était per- 
sonne de nous qui ne les déclamât tantôt sur un ton, tantôt 
sur un autre, chacun pour ainsi dire avec sa modulation. Et, 
puisque j'ai fait mention de Fuscus, j'ajouterai ici de ses 
jolies petites descriptions célèbres prises dans toutes les 
suasoires, même si je ne trouve aucun passage qui mérite 
d'autre approbation que celle d'un auteur de suasoires. 

Dans cette suasoire, Fuscus adopta la division vulgaire : 
le parti de la fuite ne serait pas honorable, même s'il était 

testem quidem virtutis nostrae habere possumus ; id de nobis credetur, quod 
hostes narraverint. — Habetis consilium meum ; id est autem meum, qued totiu» 
Graeciae. Si quis aliud suadet, non fortes vos vult esse, sed perditos. 

Claudi Marcelli. Non Vincent nos, sed obruent. Satis fecimus nomini, 
ultimi cessiraus; ante nos rerum natura victa est. 

10. Divisio. Hujus suasoriae feci mentionem, non quia in ea subtilitatis erat 
aliquid, quod vos excitare posset, sed ut sciretis, quam nitide Fuscus dixisset 
vel quam licenter ; ipse sententiam non feram ; vestri arbitrii erit, utrum expli- 
cationes ejus luxuriosas putetis an végétas. Pollio Asinius aiebat hoc non esse 
suadere, sed ludere. Recolo nihil fuisse me juvene tam notum quam has expli- 
cationes Fusci, quas nemo nostrum non alius alia inclinatione vocis velut sua 
quisque modulatione cantabat. Et quia semel in mentionem incidi Fusci, ex om- 
nibus suasoriis célèbres descriptiunculas subtexam, esiamsi nihil occurrerit, quod 
quisquam alius nisi suasor dilexerit. 

11. Divisione autem in hac suasoria FUSCUS usus est illavulgari, ut diceret 



306 SENÈQUE LE RHETEUR 

sûr; ensuite il était aussi dangereux de fuir et de combattre; 
enfin il était plus dangereux de fuir: ils avaient à redouter, 
en combattant, les ennemis; en fuyant, et les ennemis, et 
leurs concitoyens. Cestius traita la première partie, comme 
s'il n'était douteux pour personne qu'il fût honteux de fuir; 
ensuite il en vint à se demander si ce n'était pas nécessaire. 
Voici, dit-il, ce qui vous accable : le grand nombre des 
ennemis, le petit nombre de vos compagnons. 

Ce n'est pas dans cette suasoire, mais à propos de ce 
sujet, que l'on cite le trait fort éloquent de Dorion ; il avait 
fait adresser aux trois cents, par Léonidas, ces paroles qui, 
je crois, se trouvent aussi chez Hérodote : « Déjeunez en 
hommes qui dîneront chez Pluton.... Asilius Sabinus, 
le plaisant le plus spirituel parmi les rhéteurs, après avoir 
rapporté ce trait de Léonidas, ajouta : « J'aurais accepté 
son déjeuner, mais refusé son dîner. » Le stoïcien Attale 
qui, en butte aux embûches de Séjan, dut s'exiler, 
homme très éloquent, de beaucoup le plus fin et le plus 
habile parleur des philosophes qu'a connus votre génération, 
a rivalisé avec ce trait si haut et si noble, et, à mon sens, a 
montré plus d'âme encore que le premier :.... 11 me revient 
une pensée exprimée par Cornélius Sevérus, dans un 
sujet analogue, en termes qui manquent peut-être un peu de 
force dans la bouche de Romains. Il met en scène des sol- 
dats dînant à la veille d'une bataille et dit : « Etendus sur 
l'herbe : « Voici, s'écrièrent-ils, mon dernier jour. » Sans 
doute il a rendu très élégamment les sentiments d'âmes que 



non esse honestum i'ugere, etiamsi tutum esset ; deinde : aeque periculosum esse 
fugere et pugnare ; novissime : periculosius esse fugere : pugnanlibus hostes 
timendos, fugientibus et hostes et suos. Cestius primam partent sic tractavit 
quasi nemo dubitaret, an turpe esset fugere; deinde illo transiit, an non esset 
neeesse. Haec sunt, inquit, quae vos confundunt : hostium copia, vestrorum 
paucita^. 

Non quidem in hac suasoria, sed in hac materia disertissima illa fertur sen- 
tentia Dorionis, cum posuisset hoc dixisse trecentis Leonidam, quod puto 
etiam apud Herodotum esse : àptc-Torote^o-Oe ô>; lv "At&ou 8tm^rxô\j.v/oi.... 12. Sa- 
biïlUS Asilius, venustissimus inter rhetoras scurra, cum hanc sententiam 
Leonidae rettulisset ait : ego illi ad prandium promisissem, ad cenam renuntiassem. 
Attalus Stoicus, qui solum \ertit a Sejano circumscriplus, magnae vir 
eloqu^ntiae, ex his philosophis, quos vestra aetas vidit, longe et subtilis- 
simus et facundissimus, cu.n tam magna et nobili sententia certavit et mihi 
dixisse videtur animosius quam prior:... Occur il mihi sensus in cjusmodi 



SUAS01RE 11. 307 

lient en suspens l'attente d'un sort inconnu, mais il n'a pas 
sauvegardé la grandeur d'une âme romaine : ils dînent, en 
effet, comme s'ils désespéraient du lendemain. Quelle réso- 
lution chez ces Lacédémoniens, qui étaient capables de ne 
pas dire ; « Voici mon dernier jour. » Dans ce vers, le gram- 
mairien Porcellus reprochait au poète, comme un solécisme, 
d'avoir dit, en faisant parler plusieurs personnes : « Voici 
mon dernier jour » et non: « notre dernier jour, » si bien 
que, dans un trait excellent, il blâmait ce qu'il y a de meil- 
leur. Change, en effet, pour mettre : « notre » ; c'en est fait 
de toute l'élégance du vers, où rien n'est plus juste que ce 
mot, emprunté au langage de tous les jours; en effet, c'est 
comme un proverbe: « Voici mon dernier jour », et, si l'on 
se reporte à la phrase,, on ne tiendra même pas compte de 
cette chicane d'un de ces grammairiens, qu'il faudrait empê- 
cher de s'attaquer aux écrivains éminents. En effet, ce n'est 
pas à la façon d'un chœur, guidé par la main d'un grammai- 
rien, mais chacun pour leur compte que les soldats ont dit : 
« Voici mon dernier jour. » Mais, pour revenir à Léonidas et 
aux trois cents, on vante partout ce fort beau trait de 
Glyccm :.... 

Dans cette même suasoire, je ne me rappelle aucun trait 
grec digne d'être cité, hors celui de Damas : « Où fuirez vous, 
hoplites, vous les murs < de Sparte > ? » 

niaîeria a Severo Comelio rîictus tamquam de Romanis nescio an parum for- 
, lifer. Edicta in poslerum diem pugna epulantes milites inducit et ait : 

slratiquc per lierbam : 
« Hic meus est, dixere, dies. » 

Elegantissime quiclem affectum animorum incerta sorte pendentium expressif, 
sed parum Romani animi servata est magnitudo ; "cenant enim, tamquam cras- 
tinum desperent. Quantum illis Laconibus animi erat, qui poterant non 
dîcere : « Hic dies est meus. » 13. lllud Porcellus grammaticus arguebat in 
hoc versu quasi soloecismum, quod, cum plures induxisset, diceret : « Hic meus 
est dies, » non : « Hic noster est, » et in senlenlia optima id accusabat, quod 
eral optimum. Muta enim, ut « noster » sit : peribit omnis versus elegantia, in 
quo hoc est decentissimum, quod ex communi sermone trahitur; nam quasi pro- 
verbii loco est: « Hic dies meus est; » et, cum ad senstim rettuleris, ne gram- 
maticorum quidem calumnia ab omnibus magnis ingeniis summovenda habebit 
locum ; dixerunt enim non omnes simul tamquam in choro manum ducente 
grammatico, sed singuli ex iis : « Hic meus est dies. » 

14. Sed ut revertar ad Leonidam et lrecentos,pulcherrima illa ferlur GlyCO- 
nîs sententia:... 

In hac ipsa suasoria non sanc refero memoria dignam ullam soufenliam Graeci 
cujusquam nisi Damae : -o"? çe-jHe^Oî, ôr.\\zai, ~iiyr: 



308 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Sur la situation des Thermopyles, Hatérius dit finement, 
après avoir décrit avec beaucoup d'éloquence l'étroitesse du 
défilé : « lieu créé pour trois cents hommes ». 

Cestîus, après un tableau des honneurs qui leur étaient 
réservés s'ils mouraient pour la patrie, ajouta : « On jurera 
par nos tombeaux. » 

Nicétés traita cette idée bien plus éloquemment et ajouta : . . 
A merveille, si Xerxès n'avait pas été trop antérieur à Démos- 
thène pour qu'il fût possible de placer ici le fameux serment. 

** émit un trait bien à lui ou du moins dont on n'a pas 
trouvé le modèle : après avoir décrit les avantages de la posi- 
tion, les flancs des combattants protégés de toutes parts et le 
défilé placé derrière eux, mais qui était un obstacle pour l'en- 
nemi, < il dit > :.... 

Potamon fut un illustre déclamateur de Mitylène ; il 
vivait à la même époque que Lesboclés, cet orateur d'une si 
grande renommée et d'un talent qui la méritait ; mais ils 
avaient un caractère très différent, comme on le vit bien 
dans des circonstances identiques; comme le fait se rapporte 
à la vie réelle, je crois devoir vous en parler, bien plus 
encore que s'il touchait à l'éloquence. Tous deux perdirent 
leur fils presque le même jour : Lesboclés ferma son école, 
et, dans la suite, personne jamais ne l'entendit plus déclamer; 
Potamon fit preuve d'une âme plus haute : en sortant des 
funérailles de son fils, il se rendit à son école et déclama. Je 
trouve leur conduite à tous deux un peu forcée ; l'un sup- 
porta l'événement avec plus de constance qu'il n'aurait 

De positione loci eleganter dixit Hatérius, cum angustias loci facundissime 
descripsisset : natus trecentis locus . 

Cestius, cum descripsisset honores, quos habituri essent si pro patria ceci- 
dissent, adjecit : per sepulchra nostra jurabitur. 

Nicetes longe disertius hanc phantasiam movit et adjecit : nitide, nisi 

antiquior Xerses fuisset quam ut illum Demosthenis Spxov hic dicere liceret. 

** hanc suam dixit sententiam aut certe non deprehensam, cum descripsisset 
opportunitatem loci et tuta undique pugnantium latera et angustias a tergo posi- 
tas, sed adversas hostibus.... 

15. Potamon magnus declamator fuit Mitylenis, qui eodem tempore viguit, quo 
Lesboclés magni nominis et nomini respondentis ingenii ; in quibus quanta fuerit 
animorum diversitas in simili fortuna, puto vobis indicandum, multo magis quia 
ad vitam pertinet, quam si ad eloquentiam pertineret. Utrique filius eisdem dier- 
bus decessit : Lesboclés scholam solvit ; nemo umqùam postea declamantem au- 
divit; ampliore animo se gessit Potamon : a funere filii contulit se in scholam 
et declamavit. Utriusque tamen affectum temperandum puto : hic durius tulit 



SUASOIRE IL 309 

convenu à un père, l'autre avec plus de mollesse qu'il n'au- 
rait convenu à un homme . Potamon, en traitant cette sua- 
soire des trois cents hommes, exposa toute la honte qu'il y 
avait pour des Lacédémoniens à se demander s'ils fuiraient 
et il termina ainsi, d'une façon très nouvelle :... 

Dans cette suasoire, on a dit beaucoup de sottises à propos 
d'Othryade : Murrédius s'exprima ainsi : « Les Athéniens 
ont fui; c'est qu'ils n'avaient pas appris à écrire les lettres à 
la façon de notre Othryade [avec leur sang], » 

Gargonius dit : « Othryade est mort pour tromper les 
ennemis, il est ressuscité pour les vaincre. » 

Licinius Népos : « A son exemple, il vous faudrait vaincre, 
même morts. » 

Antonius Atticus me semble avoir remporté le prix de 
puérilité : il dit en effet : « Othryade, vainqueur pour ainsi 
dire du fond de son sépulcre, a de ses doigts pressé ses 
blessures, pour mettre une inscription sur le trophée des 
Lacédémoniens. encre vraiment digne d'un Spartiate ! 
héros, qui, dans les caractères même que tu traçais, met- 
tais du sang ! » Catius Crispus, orateur de petite ville, dit, 
avec une enflure maladroite, après avoir rappelé l'exemple 
d'Othryade : « Ce qui convient au reste du monde ne convient 
pas aux Lacédémoniens; nous sommes élevés sans mollesse, 
nous vivons sans murs, nous triomphons sans vie. » 

Il y eut un certain Sénèque, dont le nom est peut-être 
arrivé à vos oreilles, esprit confus et brouillon, qui désirait 
ardemment dire de grandes choses, si bien qu'à la fin cette 



fortunam quam patrem decebat, ille mollius quamvirum. 16. Potamon, cum 
suasoriam de trecentis diceret, tractabat, quam turpiter fecissent Lacones hoc 
ipsum, quod délibérassent de fuga, et sic novissime clausit:.... 

Insanierunt in hac suasoria multi circa Othryadem, ut Murrédius, qui 
dixit : fugerunt Athenienses ; non enim Othryadis nostri litteras didicerant. 

Gargonius dixit : Otnryades, qui periit ut falleret, revixit ut vinceret. 

Licinius Nepos : ejus exemplo vobis etiam mortuis vincendum fuit. 

Antonius Atticus inter has puériles sententias videtur palmam meruisse ; 
dixit enim : Othryades paene a sepulchro victor digitis vulnera pressit, ut tro- 
phaeo Laconum inscri béret. dignum Spartano atramentum ! virum, cujus 
ne litterae quidem fuere sine sanguine ! 

Catius CrispUS, municipalis orator, cacozelos dixit post relatum exemplum 
Othryadis : aliud ceteros, aliud Laconas decet; nos sine deliciis educamur, sine 
mûris vivimus, sine vita vincimus. 

17.Seneca fuit, cujus nomen ad vos potuit pervenisse, ingenii confusi ac 
turbulenti, qui cupiebat grandia dicere, adeo ut novissime morbo hujus rei et 



310 SENEQUE LE RHETEUR 

folie des grandeurs le posséda tout entier et le rendit ridi- 
cule, car il ne voulait avoir que des esclaves grands et des 
vases grands. Vous allez croire que je ne parle pas sérieuse- 
ment; mais sa folie l'amena à chausser des souliers trop 
grands, à ne manger, comme figues, que des marisques, et à 
prendre une maîtresse de haute taille. Gomme il aimait tout 
ce qui était grand, on lui donna un surnom [lat. cognomen], 
ou, comme dit Messala, un cognomenium, et on se mit à l'ap- 
peler Sénèque-le-Grand. Dans ma jeunesse, un jour, en ma 
présence, traitant cette suasoire, après s'être fait l'objection : 

Mais tous ceux que la Grèce avait envoyés ont fui, » il leva 
ies bras au ciel, se dressa sur la pointe des pieds (c'était son 
son habitude, pour paraître plus grand), et s'écria : « Tant 
mieux ! Tant mieux ! » Comme nous nous demandions avec 
étonnement quel grand bonheur lui était arrivé, il ajouta: 
« J'aurai tout Xerxès pour moi seul. » De même, il dit : « Ce 
personnage, qui a voilé de ses flottes la surface de la mer, qui a 
restreint les terres et étendu la mer, dont les ordres donnent 
. à la nature un nouvel aspect, peut bien déclarer la guerre 
au ciel; j'aurai les dieux comme alliés. » 

Sénianus dit avec beaucoup plus d'exagération : « Il s'at- 
taque à la terre avec ses armes, au ciel avec ses flèches, à la 
mer avec ses chaînes ; à l'aide, Lacédémoniens, ou il est 
maître du monde. » 

Je vous citerai un trait aussi déraisonnable, mais de 
ton plus juste, dû à mon compatriote Statorius Victor, 
dont les fables, très dignes de mémoire, ne sont pas sans 



teneretur etrideretur; nam et servos nolebat habere nisi grandes et argentea 
vasa non nisi grandia. Oedatis mihi velim non jocanti : eo pervenit insania 
ejus, ut calceos quoque majores sumeret, ficus non esset nisi mariscas, concubi- 
nam ingentis staturae haberet. Omnia grandia probanti impositum est cognomen 
vel, ut Messala ait, cognomentum, et vocari coepit Seneca Grandio. Aliquando 
juvene me is in hac suasoria, cum posuisset contradictionem : « at omnes, qui 
missi erant a Graecia, fugerunt, » sublatis manibus, insistens summis digitis (sic 
enim solebat, quo grandior fieret) exclamât : Gaudeo, gaudeo. Mirantibus nobis, 
quod tantum illi bonum contigisset, adjecit : totus Xerses meus erit. Item dixit : 
iste, qui classibus suis maria surripuit, qui terras circumscripsit, dilatavit profun- 
dum, novam rerum naturae faciem imperat, ponat sane contra caelum castra : 
commilitones habebo deos. 

18. Senianus multo impotentius dixit : terras armis obsidet, caelum sagit- 
tis, maria vinculis ; Lacones, nisi succurritis, mundus captus est. 

Decentissimi generis stultam sententiam referam Victoris Statori, muni- 
cipis mei, cujus fabulis memoria dignissimis aliquis delectetur. Is hujus suasoriae 



SUASOIRE II. 3if 

agrément. Dans cette suasoire, il se fit l'objection : « Mais 
nous ne sommes que trois cents. » Oui, répondit-il, trois 
cents, mais des hommes, mais des hommes armés, mais des 
Lacédémoniens. mais aux Thermopyles ; jamais je n'ai vu 
trois cents hommes plus nombreux. » 

Latron, dans cette suasoire, après avoir développé tout ce 
que renfermait le sujet, dit qu'ils pouvaient vaincre malgré 
tout, que, du moins, ils pouvaient revenir dans leur patrie 
sans être vaincus, grâce à la position; c'est là qu'il plaça ce 
trait: « Dans tous les cas, vous retarderez la fin de la 
guerre. » Dans la suite, je me souviens qu'un auditeur de 
Latron, Arbronius Silon, père du Silon qui écrivit des pièces 
pour les pantomimes, et, non content de négliger un grand 
talent, le souilla, lut en public un poème, où nous recon- 
nûmes la pensée de Latron dans les vers suivants : « Allez, 
allez, Grecs, en chantant un grand péan, allez en triompha- 
teurs : celui qui retardait la fin de la guerre, Hector, a suc- 
combé. » A cette époque-là, les auditeurs étaient si attentifs, 
pour ne pas dire si malicieux, que le moindre plagiat était 
impossible ; maintenant n'importe qui peut tranquillement 
lire une Verrine pour son œuvre. Mais, pour vous montrer 
qu'une pensée bien exprimée peut cependant être mieux ex- 
primée encore, notez comme Virgile a su rendre en termes 
plus justes que tous les autres ce mot si célèbre: « Celui qui 
retardait la fin de la guerre, Hector, a succombé, » « Tout le 
temps que nous résistèrent les murs de Troie, c'est le bras 
d'Hector, c'est le bras d'Enée qui retardèrent la victoire des 



occasione sumpsit contradiclionem : « at, inquit, trecenti sumus ; » et ita res- 
pondit : trecenti, sed viri, sed armati, sed Lacones, sed ad Thermopylas ; num- 
quam vidi plures trecentos. 

19. Latro in hac suasoria, cum tractasset omnia, quae materia capiebat, posse 
certe invictos reverti ait beneficio loci; tum illara sententiam : si nihil aliud, 
erimus certe belli mora. Postea memini auditorem Latronis Arbronium Silonem, 
patrem hujus Silonis, qui pantomimis fabulas scripsit et ingenium grande non 
tantum deseruit sed polluit, recilare carmen in quo agnovimus sensum Latronis 
in his versibus : 

lte agite, o Danai, magnum paeana canentes ; 

ite triumphantes : beili mora concidit Hector. 

Tarn diligentes tune audifores erant, ne dicam tam maligni, ut unum verbum 
surripi non posset; at nunc cuilibet orationem in Verremtuto licetdicere pro sua. 
20. Sed, ut sciatis sens u m bene dictum dici tamen posse melius, notate prae 



312 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Grecs. » Messala disait que Virgile aurait dû s'arrêter là ; 
ce qui suit: « et la reculèrent jusqu'à la dixième année », 
est du remplissage ; Mécène, < au contraire >, aimait cette 
fin de vers autant que ce qui précède. 

Mais, pour en revenir aux Thermopyles, Dioclés de Ca- 
ryste dit : ... 

Apaturius dit : ... 

Il faut accorder un brevet de stupidité au rhéteur Corvus, 
pour avoir dit: « Quoi ! Si Xerxès vient à nous sur la mer où 
il est le maître, ne fuirons-nous pas, avant que la terre nous 
soit enlevée? » C'est ce Corvus qui, dirigeant une école à 
Rome, traita devant Sosie, qui avait soumis les Juifs, la 
controverse de la femme qui, en présence de matrones, expo- 
sait qu'il ne fallait pas élever ses enfants, et qui, pour cette 
raison, est accusée de causer un préjudice à l'État. Dans 
cette controverse, on raillait ce trait de lui : « C'est au mi- 
lieu de fioles et d'ingrédients contre les haleines fétides que 
s'est tenue votre assemblée coiffée de mitres. » 

Mais, si vous le désirez, je puis vous citer un historien 
également sot. Ce Tuscus, qui avait accusé de lèse-majesté 
Scaurus Mamercus, avec lequel s'éteignit la famille des 
Scaurus. homme de caractère aussi fourbe que son talent 
était maladroit, dit, en traitant notre suasoire : « Attendons- 
nous tout au moins, si nous réalisons notre projet, à ce que 

ceteris, quanto decentius Vergilius dixerit hoc, quod valde erat célèbre, « belli 
mora concidit Hector » : 

Quidquid ad adversae cessatum est moenia Trojae, 
Hectoris Aeneaeque manu Victoria Graium 
haesit [Aen. il, 288 sqq.] 

Messala aiebat hic Vergilium debuisse desinere : quod sequitur 

et in decimum vestigia rettulit annum [Aen. 11, 290.] 

explementum esse; Maecenas hoc etiam priori comparabat. 

SeJ ut ad Thermopylas revertar, Diodes Carystius dixit :.... 

21. Apaturius dixit :,... 

Corvo rhetori testiraonium stuporis reddendum est, qui dixit : quidni, si jam 
Xerses ad nos suo mari navigat, fugiamus, antequam nobis terra surripiatur? 
Hic est Corvus, qui, cum temperaret scholam Komae, Sosio illi, qui Judaeos su- 
begerat, declamavit controversiam de ea, quae apud matronas disserebat liberos 
non esse tollendos et ob hoc accusatur rei publicae laesae. In hac controversia 
sententia ejus haec ridebatur : inter pyxides et redolentis animae medicamina 
constitit mitrata contio. 

22. Sed, si vultis, historicum quoque vobis fatuum dabo. TUSCUS ille, qui 



SUASOIRE IL 313 

le barbare insolent dise : « Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu, » 
quoique le mot n'ait été prononcé par le divin Jules, vain- 
queur de Pharnace, que bien des années plus tard. 

Dorion dit : « Hommes ... * Le Lacédémonien Nicostrate 
disait que ce trait aurait été remarquable, à condition de cou- 
per le milieu. 

Mais pour ne pas vous tenir plus longtemps dans ces sot- 
tises, je vais quitter cette suasoire, d'autant que je vous ai 
promis d'ajouter ici des développements d'Arellius Fuscus. 
Peut-être le soin exagéré de la forme et le style haché vous 
en choqueront-ils, lorsque vous serez arrivés à mon âge ; en 
attendant, je ne doute pas que vous ne soyez maintenant 
ravis des mêmes défauts qui vous choqueront un jour. 



Scaurum Mamercum, inquoScaurorumfamiliaexstinctaest, majestatisreum fece- 
rat, homo quam improbi animï, tam infelicis ingenii, cum hanc suasoriam decla- 
maret, dixit : exspectemus, si nihil aliud, hoc effecturi, ne insolens barbarus dicat : 
veni, vidi, vici, cum hoc post multos annos Divus Julius victo Pharnace dixe- 
rit. 

Dorion dixit : avâçe; . . . Aiebat Nicocrates Lacedaemonius insignem hanc 
sententiam futuram fuisse, si média intercideretur. 

23. Sed ne vos diutius infatuem, quia dixeram me Fusci Arelli explicationes 
subjecturum, hic finem suasoriae faciam. Quarum nimius cultus et fracta compo- 
sitio poterit vos offendere, cum ad meam aetatem veneritis ; intérim non dubito, 
uin mine vos ipsa, quae offensura sunt, vitia délectent. 



18 



314 SENÈQUE LE RHÉTEUR 



III. 

Agamemaon délibère s'il immolera Iphigénie, Cal- 
chas déclarant que, sans ce sacrifice, les dieux ne 
permettent pas de mettre à la voile. 

Arellius Fuscus. Si Dieu a répandu les mers sur le globe , 
c'est pour empêcher tous nos vœux de se réaliser immédiate- 
ment. Et ce n'est pas le cas seulement pour la mer : tourne 
tes yeux vers le ciel; n'en est-il pas de même pour les astres? 
Tantôt ils refusent la pluie, dessèchent le sol, et les malheu- 
reux cultivateurs pleurent sur leurs semences brûlées (et tel 
est parfois le lot d'une année entière); parfois, les astres du 
beau temps sont comme enfermés et chaque jour voile le ciel 
d'un nuage : le sol est submergé et la terre ne conserve pas ce 
qu'on lui confie ; parfois enfin, la course des astres n'est pas 
immuable, le temps varie, le soleil n'est pas trop chaud et les 
pluies ne tombent pas plus qu'il ne faut : l'excès de sécheresse 
causé par la chaleur, l'excès d'humidité répandu par la pluie 
se compensent, soit que la nature en ait ainsi ordonné, soit, 
comme on le raconte, que cela dépende du mouvement de la 



Délibérât Agamemaon an Iphigeniam immoieî, negante 
Calchante aliter navigari fas esse. 

1. ArelliFusci patris. Non in aliamconditionem deus fudit aequora, quam 
ne omnis ex voto iret dies ; nec ea sors mari tantum est : caelum specta, non sub 
eadem conditione sidéra stint? Alias negatis imbribus exurunt solum et miseri 
cremata agricolae lugent semina, et haec interdum anno lex est ; alias serena 
clauduntur, et omnis dies caelum nubilo gravât : subsidit solum, et crédit um. sibi 
terra non retinet; alias incertus sideribus cursus est, et variantur tempora, ne- 
que soles nimis urgent neque ult'-a debitum imbres cadunt : quidquid aspera- 
tum aestu est, quidquid nimio diffluxit imbre, invicem temperatur altero; sive 
ista natura disposuit, sive, ut fcrunt, luna cursu gerit, quae, sive plena lucis 



SUASOIRE 111. 315 

3 une (paraît-elle dans le ciel brillante dans toutes ses par- 
ties ou en forme de croissant lumineux? Elle empêche les 
pluies. Couverte d'un nuage , montre-t-elle son disque 
brouillé ? Elle ne cesse de les répandre jusqu'à ce qu'elle 
nous rende sa lumière), soit enfin que ces phénomènes ne 
soient pas au pouvoir de la lune, mais des vents qui régnent 
dans le ciel et qui sont les maîtres de la saison : quoi qu'il 
en soit, c'est sans l'ordre d'un dieu qu'un adultère a pu tra- 
verser la mer sans dangers. — Alors je ne pourrai pas punir 
une adultère.? < Si, mais> le salut d'une chaste vierge passe 
d'abord. — C'est afin de n'avoir rien à craindre pour la vir- 
ginité d'Iphigénie, que je poursuivais le séducteur [et je dois 
craindre pour sa vie] ! — Troie vaincue, j'épargnerai les 
vierges ennemies. — Les vierges de Priam n'ont encore rien 
à craindre < et ma fille est en danger! > 

Oestius Pius. Je m'adresse donc à vous, dieux immor- 
tels; est-ce à cette condition que vous nous ouvrez les mers? 
Fermez-les plutôt. — Tu n'immoleras même pas les enfants 
de Priam, <Calchas>. — Ici décrire la tempête : voilà 
les maux qui nous assaillent et nous n'avons pas encore 
commis deparricidel — Quelle est cette cérémonie sacrée? 
Dans le temple d'une déesse vierge sacrifier une vierge? Elle 
l'aimera mieux pour prêtresse que pour victime. 

Cornélius Hispanus. « Les tempêtes, dit-il, sont déchaî- 
nées contre nous, la mer est furieuse », et je n'ai pas encore 
commis de parricide ! — Ces mers dont tu parles, si elles 
étaient gouvernées par la puissance des dieux, c'est aux 
adultères qu'elles seraient fermées. 

su;te est splendensque pariter assurgit in corntia, imbres prohibet, sive occurrentc 
nubilo sordidiorcm os tendit orbem suum, non ante finit quam lucem reddii, 
sive ne lunae quidem ista potentia est, sed flatus, qui caclum occupavere, 
annum tenent : quidquid horuui est, ex ra jussum dei tutu m fuit adultero mare. 
— At non potero vindicare adultcram : prior est s al us pudicae. — Ne quid bu- 
jus virginitati timerem, persequebaradullcrum. — Victa Troja virginibus hostium 
parcam. — Nihil ad hue virgo Priami timet. 

2. Cesti Pii. Vos ergo, di immortales, invoco : sic reclusuri estis maria? Ob- 
serate potius. — Ne Priami quidem liberos immolaturus es. — Describe nunc 
tempestatem : omnia isla palimurnec adhuc parricidium fecimus. Quod hoc sa- 
crum est virginis dcae temple virginem occidere? Libenlius hanc sacerdotem 
bàbebit quam victimam. 

Corneli Hispani lnfestac sunl, inquit,tempestates et saeviunt maria, neque 
adiuic parricidium l'eci. — Isla maria, si immine sua deus regeret, adullcris clau- 
dc-entur. 



316 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Marullus. Si la route qui conduit à la guerre nous est 
ouverte à cette seule condition, retournons vers nos en- 
fants ! 

Argent arius. Voici que les coups de la fatalité tombent 
encore sur notre famille : il faut que mes enfants meurent à 
cause de cette adultère, la femme de mon frère. A ce prix 
je ne veux pas qu'elle revienne. Mais, me dira-t-on, Priam 
fait bien la guerre pour son fils, le séducteur. 

Division. — Pour cette suasoire, le plan de Fuscus consista 
à dire que, même si la mer devait, sans ce sacrifice, rester 
fermée, il ne fallait pas le faire. Il développa ce point en 
expliquant qu'il ne fallait pas le faire parce que c'était un 
homicide, parce que c'était un parricide, parce qu'on don- 
nait plus qu'on ne réclamait : on réclamait Hélène, on don- 
nait Iphigénie; pour punir le crime d'adultère, on commet- 
tait le crime de parricide. Il ajouta que, même sans ce sacri- 
fice, la mer ne resterait pas fermée : le retard venait de la 
nature, de la mer et des vents; quant à la volonté des 
dieux, les hommes ne la connaissent pas. Ce dernier point 
fut divisé avec précision par Gestius: il dit que les dieux 
n'intervenaient pas dans la direction des choses humaines ; 
à supposer qu'ils interviennent, l'homme ne peut pas com- 
prendre leur volonté ; en admettant qu'il la comprenne, il 
ne saurait modifier l'ordre fixé par le destin. S'il n'y a pas 
de destin, on ignore l'avenir; s'il y en a, impossible de le 
changer. Pompeius Silon dit que, en admettant qu'il y ait 
un moyen sûr de connaître l'avenir, ce n'était pas aux au- 
gures qu'il fallait croire. « Alors pourquoi Cal chas affirme-t-il, 

Marulli. Si non datur nobis aliter ad bellum iter, revertamur ad liberos. 

Argentari. Iterum in malum familiae nostrae fatale revolvimur : propter 
adulteram fratris liberi pereunt. Ista mercede nolo illam reverti. At Priamus bel- 
lum pro adultero fîlio gerit. 

Divisio. 3. Hanc suasoriam sic divisit FUSCUS ut diceret, etiamsi aliter navi- 
gari non posset, non esse faciendum. Hoc sic tractavit, ut negaret faciendura, 
quia homicidium esset, quia parricidium, quia plus impenderetur quam peteretur : 
peti Helenam, impendi Iphigeniam; vindicari adulterium, committi parricidium^ 
Deinde dixit, etiamsi non immolasset, navigaturum ; illam enim moram naturae, 
maris et ventorum, esse : deorum voluntatem ab hominibus non intellegi. Hoc 
Cestius diligenter divisit : dixit enim deos rébus humanis non interponere arbi- 
trium suum ; ut interponant, voluntatem eorum ab homine non intellegi ; ut in- 
tellegatur, non posse fata revocari. Si non sint fata, nesciri futura ; si sint, non 
posse mutari. 4. Silo Pompeius, etiamsi quod esset divinandi genus certain, 
auguriis negavit credendum : quare «rgo, si nescit Calchas, affirmât ? Primum 



SUASOIRE III. 317 

s'il ne sait pas ? » D'abord, il croit savoir ; ici lieu commun 
contre ceux qui veulent se donner l'air de connaître l'ave- 
nir ; ensuite il est irrité contre toi : il marche à la guerre 
contre son gré ; par une preuve aussi forte < de sa science 
et de son pouvoir >, il cherche à en imposer à tous les 
peuples. 

Dans la description par laquelle j'ai ouvert cette suasoire, 
Arellius Fuscus a voulu imiter les vers de Virgile; dans 
tous les cas, il alla les chercher très loin et les introduisit 
dans un sujet qui peut-être n'en veut pas, et, assurément, 
n'en a que faire. Il dit, en effet, de la lune: « paraît-elle 
dans le ciel brillante dans toutes ses parties ou en forme de 
croissant lumineux? Elle empêche les pluies. Couverte d'un 
nuage, montre-t-elle son disque brouillé? Elle ne cesse de 
les répandre jusqu'à ce qu'elle nous rende sa lumière. » 
Mais comme Virgile s'est exprimé avec plus de simplicité et 
de bonheur ! « Quand la lune rassemble ses feux renais- 
sants, si son croissant terni est enveloppé d'obscurité, de 
grandes pluies menacent les laboureurs et les matelots. » 
Et, inversement : « Si, au contraire, quatre jours < après 
la nouvelle lune > (ce présage est infaillible) tu la vois 
monter pure dans le ciel, sans que les pointes du croissant 
soient émoussées... » Fuscus avait coutume de faire à Virgile 
de nombreux emprunts, pour plaire à Mécène: toutes les 
fois, en effet, pour se justifier, il racontait qu'il s'était com- 
plu dans quelque description virgilienne. Par exemple, dans 



scire se putal; hic communem locum dixit in omnes, qui hanc affectarent scien- 
tiam ; deinde irascitur Libi, invitus militât, quaerit si bi lam magno testimonio 
apud omnes gentes fidem. 

lneadescriptione, quam primam in bac suasoria posai, Fuscus Arellius Ver- 
gilii versus voluit imitari; valde au Le m longe petiit et paene répugnante materia, 
certe non desiderante, inseruit. Ait enim de luna : « quae, sive plena lucis suae 
est splendensque pariter assurgit in coraua, imbres prohibet, sive occupata nubilo 
sordidiorem ostendit orbem suum, non ante finit quam luccm reddit. » 5. Vergi- 
lius haec quanto et simplicius et beatius dixit : 

Luna, revertenl.es cum primum colligit ignés, 

si nigrum obscuro comprenderit aéra cornu, 

maximus agricolis pelagoque parabitur imber [Georg. 1, 427 sqq.~\. 



et rursus : 



sin ortu quarto, namque is certissimus auctor, 

pura nec obtusis per caelum cornibus ibit [Georg. 1, 432 sqq.]. 



Solebat autem Fuscus *>x Vergilio tnulta trahere, ut xMaecenati imputaret : 
T. II. 18. 



318 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

cette suasoire, il dit : « Pourquoi s'adresser plutôt à ce dévia 
et pour cet office ? Pourquoi est-ce sa bouche que le Dieu a 
choisie ? Pourquoi prend-il au hasard ce cœur, pour le 
remplir d'un tel pouvoir? » 11 prétendait qu'il avait imité le 
mot bien connu de Virgile : € pleine du Dieu [plena deo] ». 
Or, notre cher Gallion, ordinairement, citait ce même mot 
• avec beaucoup d'à-propos. Je me souviens qu'un jour, avec 
lui, en sortant d'entendre Nicétès, nous allâmes chez 
Messala. Nicétès, par son impétuosité, avait beaucoup plu 
aux Grecs. Messala demandait à Gallion comment il avait 
trouvé ce Nicétès ; Gallion répondit : « plena deo » . Toutes 
les fois qu'il avait entendu un de ces déclamateurs que les 
écoliers appellent « pleins de feu », il disait aussitôt « plena 
deo. » Messala lui-même, lorsqu'il l'interrogeait sur un homme 
qu'il venait d'entendre pour la première fois, ne manquait 
jamais de lui demander : « Est-il plena deo ? » xiussi ce mot 
était-il devenu si familier à Gallion, qu'il lui échappait même 
malgré lui. Devant l'empereur, comme on parlait du talent 
d'iïatérius, il dit, emporté par l'habitude : «Encore un qui était 
plena deo. » Comme on' lui demandait ce que cela signifiait, il 
cita le vers de Virgile et expliqua comment ce mot lui était 
échappé une fois devant Messala et comment, depuis, il ne 
cessait de lui échapper. Tibère, disciple de Théodore, n'aimait 
pas non plus le talent de Nicétès; aussi trouva-fil excellente 
l'histoire de Gallion. Gallion disait que ce mot avait beaucoup 
plu à son ami Ovide, qui se l'était approprié, comme beau- 



totiens enim pro bénéficie) narrabat in aliqua se Vergiliana description e pla- 
cuisse ; sicut in hac ipsa suasoria dixit : « Car isle vates et ejus ministerium 
placuit ? Gur hoc os deus elegit 9 Gur hoc sortitur potissimum pectus, quod 
tanfco numine impleat ? » Aiebat se imilatum esse Vcrgilianum : « plena deo ». 
6. Solet auten Galiio noslev hoc aptissime ponere. Memini una nos ab auditione 
Nicetis ad Messalam venisse. Nicetes suo impetu valde Graecis placucrat. 
Qaaerebat a Gallione Messala, quid illi visus esset Nicetes ? Galiio ait : « plena 
deo. » Quotiens audierat aliquem es his declamatoribus, quos schoiastici caldos 
vocant, statim dicebat : « plena deo » . Ipse Messala numquam aliter illum ab 
novi hominis auditione venientem interrogavit, quam ut diceret : « numquid 
plena deo ? » Itaque hoc ipsi jam tam familiare erat, ut invito quoque excideret. 
.7. Apud Gaesarem cum mentio esset de ingenio Hateri, consuetudine prolapsus 
dixit : « et ille erat plena deo. » Quaerenti deinde, quid hoc esse vellet, versum 
Vergilii rettulit, et quomodo hoc semel sibi apud Messalam excidisset et num- 
quam non postea potuisset excidere. Tiberius ipse Theodoreus offendebatur 
Nicetis ingenio ; itaque delectatus est fabula Galiionis. Hoc autem dicebat Galiio 
Nasoni suo valde p'acuisse ; itaque fecisse illum suum, quod in multis aliis 



SUAS01RE III. 319 

coup d'autres vers de Virgile; ce n'était pas larcin, mais 
emprunt manifeste, qu'il voulait qu'on reconnût; ce mot 
figure dans sa tragédie: «Je suis emportée ici, là, hélas! pleine 
du dieu. » Maintenant, comme vous le désirez, je vais revenir 
à Fuscus et vous gorger de ses descriptions, surtout de celles 
qu'il a introduites dans un développement analogue à celui-ci, 
où il disait qu'il nous était absolument impossible de con- 
naître l'avenir. 

vorsibus Vergilii fccerat, non surripiendi causa, sed palam mutuandi, hoc animo, 
r.L vellel agnosci ; esse autem in Iragoedia ejus : 

Feror hue illuc, vae, plena deo [Medeae fym. 2 éd. Ribbeck]. 

Jam, ut vullis, ad Fuscum revertar et descriptionibus cjus vos afîatim satiabo 
ao potissimum eis, quas in simili huic tractationi posait, cum dicerel omnino non 
coacessam futurorum scicntiani. 



320 SÉNÈQUE LE RHETEUR 



IV. 

Alexandre le Grand délibère s'il entrera dans Baby- 
lone, malgré la réponse d'un augure qui y voit un 
danger. 

Arellius Fuscus. Quel est l'homme qui peut se targuer de 
connaître l'avenir ? 11 faut qu'il soit d'une autre condition que 
nous, celui qu'un dieu fait prophétiser, et qu'il ne se soit pas 
contenté du sein dont nous sortons, nous qui ne prévoyons 
rien; il doit avoir quelque chose des dieux, l'homme qui veut 
nous transmettre les ordres des dieux. Oui, il en est ainsi, 
puisqu'un roi si puissant, le chef d'un monde si vaste tremble 
à sa parole. Il faut qu'il soit bien grand et bien au-dessus de 
l'humaine condition, celui qui peut effrayer Alexandre; il 
faut qu'il fasse figurer ses ancêtres dans les astres, qu'il tire 
son origine du ciel, que le dieu, <par quelque marque>, 
consacre ce prophète ; la même mort et les mêmes insultes 
de l'âge ne viendront pas frapper cette tête, exempte de la 
loi commune du destin, elle qui fait connaître aux humains les 
ordres de l'avenir. — Si ce que tu prédis est vrai, pourquoi à 
tout âge, ne pas nous donner tous entièrement à cette étude ? 



IV. 

Délibérât Alexander Magnus, an Babylona intret, cum 
denuntiatum esset illi responso auguris pericuium. 

1. Arelli Fusci. Quis est, qui futurorum scientiam sibi vindicet ? Novae 
oportet sortis is sit, qui jubente deo canat, non eodem contentus utero, quo 
imprudentes nascimur ; quamiiaoi imaginem dei prael'erat, qui jussa exhibeat 
dei. Sic est ; tantum enim regem tan tique rectorem orbis in metum cogit. 
Magnus iste et supra humanae sortis habitum sit, cui liceat terrere Alexandruin ; 
ponat iste suos inter sidéra patres et originem caelo trahat, agnoscat suum 
vatem deus ; non eodem vitae fine, non aetate maligna extra omnem fatorum 
necessitatem caput sit, quod gentibus futura praecipiat. — Si verasunt ista, quid 
ita non huic studio servit omnis aetas ? Cur non ab infantia rerum naturam 



SUASOIRE IV. 321 

Pourquoi, depuis l'enfance, ne pas contempler la nature et 
les dieux dans la mesure où nous le pouvons,puisque les astres 
s'ouvrent à nos regards et qu'il nous est permis d'assister aux 
délibérations des puissances célestes? Pourquoi donc appren- 
dre, à force de peines, l'art inutile de l'éloquence ? Pourquoi 
user nos mains à porter des armes, au péril de nos jours? 
Quelle preuve plus éclatante de talent que cette connais- 
sance de l'avenir ? Et ceux qui s'entourent, pour annoncer 
l'avenir, des indications de la destinée, s'enquièrent du jour 
de la naissance, de la première heure de la vie et en tirent le 
pronostic infaillible de l'existence entière ; ils examinent les 
mouvements des astres <à cette date>, dans quelle partie du 
ciel ils étaient dispersés, si le soleil, en opposition, avait un 
air sinistre ou s'il souriait doucement, si la lune recevait 
toute sa lumière, ou, à son premier quartier, n'en recevait 
qu'une partie, ou si elle cachait dans la nuit sa tête obscure ; 
ils se demandent si le nouveau- né est destiné à l'agriculture 
par Saturne qui l'a reçu, à la guerre et au métier militaire 
par Mars, au commerce et au gain par Mercure, si la cares- 
sante Vénus lui a souri ou si Jupiter l'a élevé du néant au 
sommet des grandeurs : tous ces dieux s'empressent autour 
d'une seule tête ! Ils annoncent l'avenir : quand on les consulte, 
ils prédisent généralement une longue vie; dès lors on ne craint 
rien et l'on meurt bientôt; d'autres, auxquels ils ont assigné 
une fin prochaine, survivent, coulant des jours inutiles; le 
jour de la naissance, ils ont garanti des années heureuses à 
des hommes sur lesquels la Fortune a vite fait fondre tous 
les malheurs. C'est que notre destinée ne peut être connue ; 

deosque qua licet visimus, cum pateant nobis sidéra et interesse numinibus 
Jiceat ? Quid ita in inutili desudamus facundia aut periculosis atteritur armis 
m anus ? An raelius alio pignore quam futuri scientia ingénia surrexerint ? 
2. Qui vero in média se, ut praedicant, fatorum misère pignora, natales inqui- 
runt et primam aevi horam veram omnium annorum habent nuntiam ; quo 
ierint motu sidéra, in quas discucurrerint partes, contrane dirus steterit an 
placidus affulserit Sol ; plenam lucem an initia surgentis acceperit, an abdiderit 
in noctem obscurum caput Luna ; Saturnus nascentem ad cultum agrorum, an 
ad bella Mars militem, an negotiosum in quaestus Mercurius exceperit, an 
blanda annuerit nascenti Venus, an ex humili in sublime Juppiter tulerit, aesti- 
mant : tôt eirca unum caput tumultuantes deos ! 3. Futura nuntiant : plerosque 
diu dixere victuros, at nihil metuentes mox oppressit dies ; aliis dedere fînem 
propinquum, at illi superfuere agentes inutiles animas ; felices nascentibus annos 
spoponderunt, at Fortuna in omnem properavit injuriam. Incertae enim sortis 
vivimus : unicaique ista pro ingenio finguntur, non ex siderum scientia eruun- 



322 SENEQUE LE RHÉTEUR 

ce que tu dis à chacun est une imagination de ton esprit, non 
pas une indication arrachée aux astres. — Il y aura donc dans 
le monde un lieu qui ne t'aura pas vu dans l'éclat de tes vic- 
toires? Babylone restera fermée à l'homme pour qui l'Océan 
s'est ouvert. 

Division. — Je sais que, dans cette suasoire, Fuscus traita 
uniquement les questions dont j'ai parle plus haut, relatives 
à la connaissance de l'avenir. Ce qui nous charma, je ne puis 
le passer sous silence. Arellius Fuscus avait déclamé la 
controverse de la femme qui, ayant enfanté trois enfants 
morts, dit avoir rêvé qu'elle enfantait dans un bois sacré. Je 
vous ferais injure si je reproduisais toute la controverse que 
je dis, je le comprends bien... Parlant au nom de l'aïeul qui 
ne reconnaît pas l'enfant, il développa le lieu commun contre 
les songes et la Providence divine, ajouta qu'il faisait tort à la 
grandeur des dieux, celui qui les envoyait aux femmes en 
couche, et, au milieu des applaudissements, cita ce vers de 
Virgile : « Voilà donc de quels soins s'occupent les dieux; 
voilà le souci qui trouble leur repos ! » Un auditeur de Fuscus, 
dont je veux ménager l'amour-propre. traitant devant Fuscus 
cette suasoire sur Alexandre, crut citer ce vers avec autant 
d'esprit et dit : « Voilà de quels soins s'occupent les 
dieux ; voilà le souci qui trouble leur repos ! » Fuscus lui dit : 
« Si tu avais ainsi parlé devant Alexandre, tu aurais appris 
que, dans Virgile, il y a aussi ce vers : « Il lui enfonça jusqu'à 

lai'. — Erit aliquis orbe to*o locus, qui te victorem non viderit ? Babylon ci 
cluditur, cui patuit Occanus ? 

Divisio. 4. Inliac suasoria niliil aliud tractasse Fuscum scio quam easdem, 
quas supra rettuli, quaestkmes ad scientiam futuri pertinentes. Illud, quod nos 
de'ectavit, praeterire non possurn. Declamitarat Fuscus Arellius controversiam de 
illa, quae, postquam ter mortuos pepererat, somniasse se dixit, ut in luco 
pareret. Valde in vos contumeliosus fuero, si totam controversiam, quam ego 
intellego me dicere .. Fuscus, cum declamaret et a parte avi non agnoscentis 
puerum tractaret locum contra somnia et deorum providentiam et maie de 
magnitudine eorum dixisset mereri eum, qui illos circa puerperas mitteret, 
s a m mis clamoribus illum dixit Vergili versum : 

Scilicet is Superis labor est, ea cura quietos 
sollicitât r L Aen. 4, 379 sqq.]. 

5- Auditor Fusci quidam, cuius pudori parco, cum liane suasoriam de 
Aîexaodro ante Fuscum diceret, putavit aeque belle poni eumdem versum et 
dixit : 

Scilicet is Superis labor cst,ea cura quietos 
sollicitât. 



SUASOIRE IV. 323 

la garde son épée dans la poitrine. » Et, puisque vous ne 
cessez de me demander sans cesse, à propos de Fuscus, ce 
qu'il était, pourquoi l'on estimait que personne ne parlait 
avec plus d'élégance, je vous citerai des développements de 
Fuscus. Il aimait beaucoup à traiter les suasoires et le faisait 
plus souvent en grec qu'en latin. 

Hybréas dit, dans cette suasoire : « Quel rempart Babylone 
a eu dans l'oracle ! » 



Fuscus illi ait : « Si hoc dixisses audienle Alexandre», scisses apud Vergilium 
et illum ver.sum esse : 

capulo tenus abdidit ensem [A en. 2, 553]. » 

Et quia solelis mihi molesli esse de Fusco, quid i'ueril, quarc nemo videretur 
dixisse cultius, iugeram vohis Fascina* explicaiiones. Dicebat autem suasorias 
libenlissime et iïequentius Graecas quam Lalinas. 

Hybreas in hac suasoria dixit : "O'.ov t>y/rj.t lJaïuAwv jxàvriv o/ûçw^a ! 



SÉNÈQUE LE RHETEUR 



V. 



Les Athéniens délibèrent s'ils abattront les monu- 
ments de leurs victoires sur les Perses, Xerxès 
menaçant de revenir, s'ils ne les font pas dispa- 
raître. 

Arellius Fuscus. Je rougis de votre victoire, puisque 
vous croyez que Xerxès, après sa déroute, peut encore 
reprendre la guerre. Après avoir taillé en pièces tant de mil- 
liers d'hommes, après n'avoir, à ce roi qui nous menaçait, 
rien laissé d'une si formidable armée, si ce n'est à peine une 
escorte pour sa fuite, après avoir tant de fois coulé ses flottes 
(à quoi bon rappeler Marathon et Salamine?) j'ai honte de le 
dire, nous doutons encore si nous avons vaincu! Xerxès 
viendra ? Je ne sais comment le souvenir de ses pertes pour- 
rait être assez profondément assoupi dans sa mémoire, pour 
qu'il reprenne ses armes brisées. Ses craintes d'hier répon- 
dent de demain et ses pertes l'avertissent de ne rien oser, 
pour en éviter d'autres. Si parfois l'esprit se laisse emporter 
par la joie <du triomphe> et mesure sur le présent les espé- 
rances d'avenir, de même il est abattu par l'adversité. L'âme 
perd toute confiance, dès que le déshonneur éteint toute 



v. 

Délibérant Athenienses, an trophaea Persiça tollant, 
Xerse minante rediturum se nisi tollerentur. 

1. Arelli Fusci. Pudet me victoriae vestrae, si sic fugatum creditis 
Xersem, ut reverti possit. Tôt caesa milia, nihil ex tanta acie relictum minanti, 
nisi quod vix fugientem sequi possit ; totiens mersa classis ; quid Marathona, 
quid Salamina referam ? Pudet dicere : dubitamus adhuc, an vicerimus. Xerses 
veniet ? Nescio quomodo languet circa memoriam jacturae animus et disturbata 
arma repetit. Prior enim metus futuri pignus est et amissa, ne audeat, amissurum 
monent. Ut interdum in gaudio surgit animas et spem ex praesenti metitur, ita 
adversis frangitur. Omnis déficit animum fîdes, ubi ignominia spem premit, ubi 
nullam meminit aciem, nisi qua fugerit ; haeret circa damna sua et quae maie 
expertus est vota deponit. — Si venturus esset, non minaretur : suis ira ardet 



SUASOIRE V." 325 

espérance, et qu'on ne peut songer à aucune bataille, sans se 
souvenir qu'on y a fui : on reste attaché à la pensée de ses 
pertes et Ton renonce à des vœux qu'on a si malheureu- 
sement essayé de réaliser. — Si Xerxès devait venir, il ne 
nous ferait pas de menaces; la colère s'enflamme de ses propres 
feux et' ne se relâche pas jusqu'à poser des conditions. S'il 
devait venir, il ne nous le ferait pas savoir; un message ne 
nous permettrait pas de nous armer, n'exciterait pas la colère 
de la Grèce victorieuse et ne provoquerait pas nos armes 
accoutumées au succès : il arriverait plutôt à l'improviste, car, 
déjà dans la dernière guerre, il avait mis ses armées en mou- 
vement avant de nous déclarer la guerre. — Toutes les forces 
de l'Orient, il les a versées sur la Grèce dans sa première 
attaque : tout vain de leur nombre, il avait même dirigé ses 
armes contre les dieux. Tant de milliers d'hommes morts 
avant son règne, tant de milliers morts pendant son règne 
sont couchés dans la tombe, qu'il reste seulement ceux qui ont 
fui! A quoi bon parler de Salamine? A quoi bon rappeler, tes 
exploits, Cynégire, et les tiens, Polyzélos ? Et l'on met en ques- 
tion notre victoire! Si j'ai élevé ces trophées, si je les ai étalés 
aux regards de toute la Grèce, c'est pour enseigner à ne pas 
craindre les menaces de Xerxès ! Hélas ! Quand Xerxès com- 
battait, j'ai élevé ces trophées; je les abattrais quand il fuit. 
C'est maintenant, Athènes, que nous sommes vaincus; Xerxès 
pourra croire non seulement qu'il est revenu, mais qu'il nous 
a vaincus. — Ces trophées, Xerxès rie peut les abattre que 
par nos mains. Croyez-moi, il est difficile de réunir les débris 
d'une puissance écrasée, de reprendre un espoir abattu, et, 

ignibus et in pacta non solvitur.'2. Non denuntiarét, si venturus esset, neque 
armaret nos nuntio, nec insligaret victrieem Graeciam, nec sollicitaret aroià 
felicia : magis superveniret improvidis ; nam et . antea arma indenuntiata 
moverat. — Qùanturncumque Oriens valait, primo in Gràeeiàm impetii effusum 
est : hoc ille numéro l'erox et in deos arma tulerat. Ëxstincta tôt ante Xersem 
milia, tôt sub ipso, jacent : nulli nisi qui fugerunt supersunt. Quid dicam 
Salamina ? Quid CynaegiroD referam, et te, Po'yzele ? Et hoc âgitur, an viceri- 
fhus ? Haec ego trophaea deposui, haec in totius conspèctu Graeciae statui, ne 
qu's timeret Xersem minantem. Me miserum ! Pugnante Xerse trophaea posui : 
fngiente tollam ? Nuric Athenae vincimur : non tantum credetur redisse, sed 
vicisse Xerses. — 3. Non potest Xerses nisi per nos trophaea to Hère. Crédite mihi, 
difficile est attritas opes recolligere et spes fractas novare et ex paenitenda acie 
in melioris eventus fiduciam surgere. 

Cesti Pii. « In'eram, inquit, bellum. » Alia mihi trophaea promittit. — 
Potest major venire quam cum victus est ? 

T. II. 19 



326 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

au sortir d'un combat funeste, de s'élever à l'espérance d'un 
meilleur succès. 

Oestius Pius. Il nous dit : « J'irai vous attaquer. » C'est 
m'assurer de nouveaux trophées. — Quand il viendra, 
sera-t-il plus puissant qu'au moment où nous l'avons 
battu ? 

Argentarius. N'en rougissez-vous pas ? Xerxès s'inquiète 
de vos trophées plus que de vous. 

Division. — Fuscus adopta la division suivante : même 
si Xerxès doit venir au cas où nous n'abattrions pas les tro- 
phées, il ne faut pas les abattre ; ce serait nous avouer ses 
esclaves que d'exécuter ses ordres. S'il vient, nous le vain- 
crons; ce n'est pas bien long à prouver : celui dont je 
dis : « nous le vaincrons », nous l'avons déjà vaincu. 
Cestius ajouta cette idée qu'il développa dans la première 
partie : les Athéniens ne pouvaient pas abattre ces trophées 
sur lesquels tous les Grecs avaient des droits ; tous avaient 
combattu, tous avaient vaincu. Ensuite la religion ne le per- 
mettait pas : jamais on n'avait vu personne porter les mains 
sur des marques de sa vaillance consacrées aux dieux. « Ces 
trophées n'appartiennent pas aux Athéniens, mais aux dieux; 
c'est contre eux que s'est faite la guerre, c'est eux que 
Xerxès voulait atteindre par ses chaînes et ses flèches. » Là 
tout ce qui se rapportait à l'impiété et à l'orgueil de Xerxès 
dans son expédition. « Quoi ! Nous aurons donc la guerre? 
Nous l'avons eue déjà et nous l'aurons encore : en admettant 
que l'on détourne Pattaque de Xerxès, il se trouvera un autre 
ennemi; jamais les grands empires ne sont tranquilles. » 

Argentari. Non pudet vos ? Pluris trophaea vestra Xerses aestimat quam 
vos. 

Divisio. 4. FllSCUS sic divisit : etiamsi venturus est Xerses, nisi tollimus, 
non sunt trophaea tollenda : confessio servitutis est jus sa facere. Si venerit, 
vincemus : hoc non est diu colligendum ; de eo dico « vincemus », quem vici- 
mus. Sed ne veniet quidem : si venturus esset, non denuntiaret ; fractus est et 
viribus et animo. cestius et illud adjecit, quod in prima parte tractavit, non 
licere Atheniensibus trophaea tollere : commune in illis jus totius Graeciae 
esse ; commune bellum fuisse, communem victoriam. Deinde ne fas quidem 
esse : numquam factum, ut quisquam consecratis virtutis suae operibus manus 
afferret. Ista trophaea non sunt Atheniensium, deorum sunt; illorum bellum fuit, 
illos Xerses vinculis, illos sagittis persequebatur. Hic omnia ad impiam et 
super bamXersis militiam pertinentia. 5. Quid ergo ? Bellum habebimus ? Habui- 
mus et habebimus ; si Xersem removeris, invenietur alius hostis : numquam 
magna imperia otiosa. Enumeratio bellorum prospère ab Atheniensibus gestorum. 



SUAS01RE V. 327 

Énumération des guerres victorieuses faites par les Athéniens. 
Ensuite : nous n'aurons pas la guerre, car Xerxès ne viendra 
pas. Une timidité plus grande suit toujours une arrogance 
outrée. Enfin, à supposer qu'il vienne, avec quels soldats 
viendra-t-il ? Ce sont les restes de notre victoire qu'il 
rassemblera; ceux qu'il amènera, ce sont les hommes que, 
dans la dernière guerre, il avait laissés chez eux comme 
impropres au service, ou ceux qui ont trouvé leur salut dans 
la fuite. 11 n'a plus de soldats en dehors de ceux qu'il a 
dédaignés ou fait battre. » Argentarius se contenta de ces 
deux points : Xerxès ne viendra pas, et, s'il vient, il n'est 
pas à craindre. Ce sont ces deux points seulement qu'il 
développa et <à propos desquels> il trouva ce mot, qui fut 
remarqué : « Il nous dit d'abattre les trophées. Si tu as 
vaincu, pourquoi en rougir? Si tu as été vaincu, pour- 
quoi ces ordres ? » Il toucha, non sans utilité, le point 
suivant : il croyait que ni Xerxès, ni aucun Perse n'ose- 
rait plus se jeter sur la Grèce; mais il fallait veiller sur 
les trophées avec d'autant plus de soin que, si jamais un 
ennemi venait de ce pays, la vue de ces trophées exciterait 
le courage des soldats grecs et abattrait celui des ennemis. 
Blandus dit : « Qu'il comble d'abord l'Athos et rende aux 
mers leur ancienne physionomie. Il veut que la postérité sache 
comment il est venu chez nous; qu'elle sache comment il en 
est reparti. » Triarius, laissant de côté toute division, se 
montra transporté de joie à la pensée que Xerxès allait venir : 
il leur fournirait un nouveau triomphe, de nouveaux trophées. 
Pompeius Silon employa un joli trait : « Xerxès vous fait 
dire : « Si vous n'abattez pas les trophées, je viendrai. »C'est 

Deinde : non erit bellum ; Xerses enim non veniet. Multo timidiores esse, cum 
superbissimi fuerint. Novissime : ut veniat, cum quibus veniet ? Reliquias vic- 
toriae nostrae colliget ; illos adducet, quos priore bello quasi inutiles reliquit 
domi et si qui ex fuga conservati sunt. Nullum habet militem nisi aul fastiditnm 
autvictum. 6. Argentarius his duobus conlentus fuit : aut non venturum 
Xersem aut non esse metuendum, si venerit. His solis institit et illud dixit, quod 
exceptum est : « tollite, inquit, trophaea ». ^i vicisti, quid erubescis ? Si victus 
es, quid imperas ? Locum movit non inutiliter : judicare quidem se neque 
Xersem neque jam quemquam Persarum ausurum in Graeciam effundi : sed eo 
magis trophaea ipsis tuenda, si quis umquam illinc venturus hostis esset, ut 
conspectu .trophaeorum animi n ilitum accenderentur, hostium frangerentur. 
7. Blaxidus dixit : repleat ipse prius Atho et maria in antiquam faciem 
reducat. Ap parère vult posteris, quemadmodum venerit ; appareat, quemadmo- 
dum redierit. 



328 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

vous dire : « Si vous n'abattez pas ces trophées, je vous en 
fournirai d'autres ». 

Le seul (Jallion soutint la thèse opposée. Il exhorta les 
Athéniens à abattre les trophées, en disant que cela n'enlève- 
rait rien à leur gloire: le souvenir de leur victoire resterait 
éternellement, tandis que les trophées eux-mêmes disparaî- 
traient sous l'action de la température et du temps; s'il 
convenait de faire la guerre pour la liberté, pour les femmes 
et les enfants, il ne convenait pas de la faire pour une chose 
superflue et dont la suppression ne les gênerait nullement. 
Alors il dit que, dans tous les cas, Xerxès viendrait; il mon- 
tra son orgueil qui bravait les dieux eux-mêmes ; il ajouta 
qu'il possédait une grande puissance. Il n'avait pas amené 
toutes ses troupes en Grèce et ne les avait pas toutes 
perdues en Grèce; il fallait craindre les x*etours delà fortune; 
les forces de la Grèce étaient épuisées et n'étaient pas en état 
de suffire à une seconde guerre ; Xerxès avait une immense 
multitude d'hommes. C'est là qu'il plaça un trait fort élo- 
quent, digne de trouver place dans un discours ou une œuvre 
historique : « Ils peuvent mourir plus longtemps que nous ne 
pouvons vaincre. » 

Triarius omni dimissa divisione tantum exultavit, quod Xersem audiret 
venire : adesse ipsis novam victoriam, nova trophaea. Silo Pompeius venusto 
génère sententiae usus est : « nisi tollitis, inquit, trophaea, ego veniam. » Hoc 
ait Xerses : nisi haec trophaea tollitis, alia ponetis. 

8. Alteram partem solus Gallio declamavit et, hortatus ad tôllenda tro- 
phaea, dixit gloriae nihil detrahi; mansuram e:iim memoriara victoriae, quae 
perpétua esset; ipsa trophaea et tempestatibus et aetate consumi; bellum susci- 
piendum fuisse pro libertate, pro conjugibus, pro liberis : pro re supervacua et 
nihil nocitura, si defieret, non esse suscipiendum. Hic dixit utique venturum 
Xersem et descripsit adversus ipsos deos tumentem ; deinde habere illum magnas 
vires : neque omnes illum copias in Graeciam perduxisse nec omnes in Graecia 
perdidisse; timendam esse fortunae varietatem; exhaustas esse Graeeiae vires nec 
posse jam pati alterum bellum; illi esse immensam multitudinem hominum. Hoc 
loco disertissimam sententiam dixit, dignam quae vel in oratione vel in historia 
ponatur : diutius illi perire possunt quam nos vincere. 



SUASOÏRE VI. 329 



VI. 
Cicéron délibère s'il 'doit demander la vie à Antoine. 

Q. Hatérius. La postérité saura qu'Antoine a pu avoir 
pour esclave la République, mais non pas Cicéron. — Il te 
faudrait louer Antoine ; pour traiter cette matière, un Cicéron 
même ne trouverait pas de mots. — Crois-moi: si soigneuse- 
ment que tu te surveilles, Antoine fera des actions telles que 
Cicéron ne pourra pas se taire. — Prends-y bien garde, Cicé- 
ron : il te dit, non pas: « Implore-moi, pour conserver la vie », 
mais : « Implore-moi, pour devenir mon esclave.» — Et com- 
ment pourras-tu entrer dans un sénat dépeuplé par des mesures 
cruelles, complété par des mesures honteuses? Voudras-tu, toi, 
entrer dans un sénat où tu ne verras ni Cn. Pompée, ni M. Ca- 
ton, ni les Lucullus, ni Hortensius, ni Marcellus, ni, enfin, 
ceux que tu appelais tes consuls, Hirtius et Pansa? Cicéron, 
que ferais-tu dans un temps qui n'est plus le tien? Désormais 
notre destinée est accomplie. — M. Caton, le plus illustre 
modèle à suivre dans la vie et pour la mort, a mieux aimé se 
yoir mort que suppliant (et ce n'est pas Antoine qu'il avait à 
supplier!) Ces mains que, jusqu'à son dernier jour, il garda 



VI. 
Délibérât Cicero, an Antonium deprecetur. 

1 . Q. Hateri. Sciant posteri potuisse Antonio servire rem publicam, non 
potuisse Çicçrbnem. — Laudandus erit tifcti Antonius; in hac causa etiam Cice- 
ronem verba déficient. — Crede mihi, cum diligenter te custodieris, faciet tàmen 
Antonius, quod Cicero tacere non possit. — Si iniellegis, Cicero, non dicit : 
« roga, ut vivas », sed : « roga, ut servias. » — Quemadmodum autera hune 
senatum intrare poteris, exhaustum crudeliter, repletum turpiter ? Intrare autem 
tu senatum voles, in quo non Cn, Pompeium visurus es, non M. Catonem, non 
Lucullos, non Hortensium, non Lentulum atque Marcellum, non tuos denique 
consules Hirtium ac Pansam? Cicero, quid in alieno saeculo tibi? Jara noslra 
jjeracta sunt. — 2. M. Cato, solus maximum vivendi moriendique exemplum, 
mori maluit quam rogare (nec erat Antonium rogaturus) et illas usque ai ulti- 



330 SENÈQUE LE RHETEUR 

pures du sang de ses concitoyens, c'est contre son cœur si 
noble qu'il tourna leurs armes. Scipion, après s'être enfoncé 
son épée dans la poitrine, répondit à des soldats qui, passés 
sur son navire, cherchaient le général en chef : « Le général 
en chef est content. » Vaincu, il parla en vainqueur. — « Milon, 
disais-tu, me défend d'implorer ses juges. » Va maintenant, 
toi, et implore Antoine. 

Porcius Latron. Gicéron parle-t-il donc toujours sans ef- 
frayer Antoine? Antoine ne parle-t-il jamais sans effrayer 
Gicéron ? — La soif du sang de ses concitoyens, qui tourmenta 
Sylla, reprend la cité, et, devant la lance des triumvirs, au lieu 
des revenus publics, on met aux enchères la mort de citoyens 
romains; une seule de ces affiches blanches fait couler plus 
de sang que Pharsale, Munda et Modène ; on achète au poids 
de l'or les têtes des consulaires. Ce sont tes mots, ô Cicéron, 
qu'il faut employer : « O temps, ô mœurs !» — Tu verras ces 
yeux, qui brillent à la fois de cruauté et d'arrogance ; tu verras 
ce visage, qui n'est pas celui d'un homme, mais de la guerre 
civile; tu verras cette gorge, par laquelle les biens deM. Pompée 
ont passé, ces flancs, ce corps épais comme celui d'un vrai 
gladiateur ; tu verras, devant le tribunal, ce lieu que, hier, 
ce maître de la cavalerie, pour qui un simple rot aurait dû 
être un sujet de honte, a souillé de ses vomissements. Sup- 
pliant, tu tomberas à ses genoux pour l'implorer? Gette 
bouche, à qui l'on doit le salut de l'état, se pliera à des mots 
humbles jusqu'à l'adulation ? Tu en aurais honte ; Verres lui- 
même, proscrit, est mort plus courageusement. 

mum diem puras a civili sanguine manus ifl pectus sacerrimum armavit. Scipio 
cum gladium in pectus abdidisset, quaerentibus qui in navem transie- 
riant militibus imperalorem : « Imperator, inquit, bene se habet : » victus 
vocem victoris emisit. — « Vetat, inquis, me Milo rogare judices; » i nunc et 
Antonium roga. 

3. Porci Latronis. Ergo loquitur umquam Cicero, ut non timeat Anto- 
nius, loquitur umquam Antonius, ut Cicero timeat ? — Civiïis sanguinis Sullana 
silis in civitatem redit, et ad triumviralem hastam pro vectigalibus civium Roma- 
norum mortes locantur; unius tabellae albo Pharsalica ac Mundensis Mutinen- 
sisque ruina vincitur; consulâria capita auro rependuntur : tuis verbis, Cicero, 
utendum est : o tempora, o m^res ! [in Cat. 1, i, 2 in Verr. 4, 25, 54]. — 
Videbis illos ardentes crudelitate simul ac superbia oculos; videbis illum non 
hominis, sed belli civilis vultum ; videbis illas fauces, per quas bona Cn. Pom- 
pei transierunt, illa latera, illam totius corporis gladiatoriam firmitatem; videbis 
illum pro tribunali locum, quem modo magister equitum, cui ructare turpe 
erat, vomitu foedavèrat [Phil. 2, 25, 63] : supplex accadens genibus deprecaberis *? 



SUASOIRE VI. 331 

Claudius Marcellus Aeserninus. Souviens-toi de ton 
cher ami Caton, dont tu as loué la mort. Crois-tu donc que 
quelque chose ait assez de prix pour faire consentir à devoir 
la vie à un Antoine ? 

Cestius Pius. Si c'est aux regrets du peuple que tu songes, 
en quelque temps que tu périsses, tu n'auras pas assez vécu; 
si c'est à tes grandes actions, tu as assez vécu : si c'est aux 
injustices de la fortune et à l'état présent de la République, 
tu as trop vécu; si c'est à la gloire de tes œuvres, tu vivras 
toujours. 

Pompeius Silon. Sache-le bien : tu n'as pas intérêt à 
vivre, si c'est à Antoine qu'il faut demander la permission de 
vivre. — Tu garderas donc le silence, lorsqu' Antoine fait ses 
proscriptions, lorsqu'il déchire la République, et ton gémisse- 
ment même, tune seras pas libre de le pousser ? J'aime mieux 
que le peuple romain regrette de voir Gicéron mort que vi- 
vant. 

Triarius. « Y a-t-il un Gharjbde aussi vorace? J'ai dit 
Charybde; mais, s'il a existé, ce n'était qu'un seul animai; 
par Jupiter, c'est à grand'peine si l'Océan aurait pu absorber 
à la fois autant de choses aussi diverses <qu'Antoine>. » C'est 
à la cruauté de ce monstre que tu crois pouvoir arracher Ci- 
céron ? 

Arellius Fuscus. Partout les guerres succèdent aux 
guerres ; victorieux au dehors, nous nous massacrons au-de- 
dans ; au-dedans, un ennemi domestique se baigne dans notre 



Eo ore, cui se débet salus publica, humilia in adulationem verba summittes ? 
Fudeat ; Verres quoque proscriptus fovtius periit. 

4. Claudi Marcelli Aesernini. Occurrat tibi Cato tuus, cujus a te 
laudata mors est; quicquam ergo lanti putas, ut vitam Antonio debeas ? 

Cesti Pii, Si ad desiderium populi respicis, Cicero, quandoque perieris, 
parum Vixisli; si ad res gestas, satis vixisti; si ad injurias Kortnnae et praesen- 
tem rei publicae statum, nimium diu vixisti ; si ad memoriam operum tuorum, 
semper victurus es. 

Pompei Silonis. Scias licet tibi non expedire vivere, si Antonius permittit, 
ut vivas. — Tacebis ergo proscribente Antonio et rem publicam laniante, et ne 
gemitus quidem tuus liber erit? Malo populus Romanus mortuum Ciceronem 
quam vivum desideret. 

5. Triari. « Quae Charybdis est tam vorax? Charybdim dixi, quae, si fuit, 
animal unum fuit ; vix me dius fidius Oceanus tôt res tamque diversas uno 
tempore absorbere potuisset [ fhil. 2, 27, 67]. » Huic tu saevienti putas Cicero- 
nem posse subduci ? 

Arelli Fusoi patris. Ab armis ad arma discurritur; foris victores domi 



332 SENEQ.UE LE RHETEUR 

sang. Quand telle est la situation du peuple romain, qui peut 
croire que Cicéron consente à vivre, à moins d'y être forcé? — 
Tu prieras Antoine, Cicéron, mais tu le prieras pour ta honte 
et tu le prieras en vain. — Non ! Ce n'est pas un tombeau 
obscur qui recouvrira tes cendres et ton mérite ne mourra pas 
avec toi. Le souvenir, qui conserve immoi telles les actions 
humaines, qui assure l'éternité aux grands hommes, te ren- 
dra sacré dans tous les siècles ; ce qui mourra, c'est ton corps, 
enveloppe fragile et périssable, sujette aux maladies, soumise 
à tous les accidents, exposée aux proscriptions; mais l'esprit, 
dont la source est divine, qui ne connaît ni la vieillesse, ni 
la mort, délivré des lourdes chaînes corporelles, retournera 
vers sa demeure et vers les astres, dont il émane. Et cepen- 
dant, si nous considérons ton âge et le nombre de tes années, 
dont on ne s'inquiète pas pour les hommes de cœur, tu as 
dépassé soixante ans, et tout le monde pensera que tu as 
trop vécu, si tu survis à la République. — Nous avons vu la 
fureur des guerres civiles s'épandre sur le monde entier, et, 
après les batailles d'Italie et de Pharsale, l'Egypte a bu le 
sang romain. Pourquoi nous indigner qu'un Antoine puisse 
contre Cicéron ce qu'a pu contre Pompée un ennuque d'A- 
lexandrie ? Telle est la mort de ceux qui s'abaissent à implorer 
des hommes indignes. 

Cornélius Hispanus. On a vu proscrire tous ceux qui 
pensaient comme toi ; toute la liste prépare ta mort : l'ua 
[Lépide] laisse proscrire son frère, l'autre [Antoine] son oncle ; 



trucidamur; domi nostro sanguini intestinus hostis incubât; quis non hoc populi . 
Romani statu Ciceronem, ut vivat, cogi putat ? — Rogabis, Cicero, turpiter Anto- 
nium; rogabis frustra. ^— Non te ignobilis tumulus abscondet nec idem virtutis 
tuae qui vitae finis est. Immortalis humanorum operum custos memoria, qua- 
magnis viris vita perpétua est, in omnia te saecula sacratum dabit. 6, Nihii 
aliud intercidet quam corpus fragilitatis caducae, morbis obnoxium, casibus 
e^positum, proscriptionibus objectum; animus vero, divina origine haustus, cui 
nec s^nectus ulla nec mors, onerosi corporis vinculis exsolutus, ad sedes suas et 
cognata sidéra recurret. Et tamen, si ad aetatem annorumque numquam obser- 
vatum viris fortibus numerum respicimus, sexaginta supergressus es nec potes 
npn videri ni rais vixisse, qui moreris rei publicae superstes. — Vidimus furentia • 
toto orbe civilia arma, et post Italicas Pharsaliasque acies Romanum sanguinem. 
hausit Aegyphis. Quid indignamur in Ciceronem Antonio licere quod in 
Pompeium Alexandrino licuit spadoni? Sic oceiduntur qui ad indignos confu- 
giunt. 

7. Comeli Hispani. Proscriptus est ille, quituamsententiam secutus est : . 
tota tabula tuae- morti proluditur ; alter: fratrem proscribi, aller avunculum 



SUASOIRE VI. 333 

quelle espérance te reste-t-il ? C'est pour assurer la mort de 
Cicéron que sont faits tous ces parricides. — Rappelle-toi donc 
tous ceux que tu as défendus, tous tes clients et le plus grand 
de tes services, ton consulat même : tu comprendras que l'on 
peut contraindre Cicéron à la mort, non à la prière. 

Àrgentarius. On voit s'étaler les festins raffinés des 
triumvirs, ces nouveaux rois, et leur cuisine s'enrichit du 
tribut de l'univers; Antoine, alangui parle vin et le sommeil, 
lève vers les têtes des proscrits ses jeux vacillants. Désor- 
mais, après ces crimes, ce n'est plus assez de l'appeler « scé- 
lérat ». 

Division. — • Latron divisa cette suasoire ainsi qu'il suit : 
quand même tu pourrais obtenir ta grâce d'Antoine, il ne 
vaut pas la peine de la demander; ensuite, tu ne l'obtiendrais 
pas. Dans la première de ces deux parties, il établit que, 
pour tout Romain, il est honteux de demander la vie, à plus 
forte raison pour Cicéron; en cet endroit il cita les exemples 
des hommes qui, d'eux-mêmes, avaient été au-devant de la 
mort. Puis : « la vie sera pour lui bien misérable et plus 
lourde que la mort, lorsqu'il aura perdu toute liberté. » Là il 
peignit la dure condition de son esclavage à venir. Ensuite : 
il ne serait pas sûr qu'on ne reviendrait pas sur cette grâce. 
Ayant dit alors: « Il y aura toujours quelque chose pour 
offenser Antoine, une action, un mot, ton silence, ton visage », 
il ajouta ce trait : « Jamais tu ne saurais lui plaire. » 
Albucius adopta une autre division. En premier lieu, Ci- 
céron devrait mourir même si personne ne le proscrivait. Là 

patitur : quid habes spei ? Ut Cicero periret, tôt parricidia facta sunt. — Répète 
agèdum tôt patrocinia, tôt clienfelas et maximum beneficiorum tuorum, con- 
sulatum ipsum : jam intelleges Ciceronem in mortem cogi posse, in preces non 



Argeiltari.Explicantur triumviralis regni delicata convivia, et popina tributo 
gentium instruitur; ipse viuo et somno marcidus déficientes oculos ad capita 
proscriptorum levât. Jam ad ista non satis est dicere : « hominem nequam! 
[Pkil. 2, 31, 77J ». 

Divisio. 8. Latro sic hanc divisit suasoriam ; etiamsi impetrare vitam ab 
Antonio potes, non est tanti rogare; deinde : impetrare non potes. In priore illa 
parte posuit turpe esse cuilibet Komano, nedum Ciceroni, vitam rogare ; hoc loco 
hominum, qui ultro mortem apprendissent, exempla posuit. Deinde : vilis illi vita . 
futura est et morte gravior detracla libertate. Hic omnera acerbifatem scrvitutis 
futurae descripsit. Deinde: non futurum fidei interne ratae beneficium. Hic cum 
dixisset : « semper aliquid erit, quod Anfonium offendat, aut faclum tuum aut 
dictumaut silentium aut vultus, » adjecitsenlentiam : « haud enirri placiturus es. » 

T. il. 19. 



334 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

il plaça des invectives contre l'époque, ensuite : il devait 
mourir de bon gré, puisqu'il aurait fallu qu'il mourût, même 
s'il ne l'avait pas voulu; il avait soulevé de lourdes haines; 
la principale cause de la proscription était Gicéron lui-même, 
et, seul de tous les déclamateurs, il insinua qu'il avait d'au- 
tres ennemis qu'Antoine. A cet endroit, il plaça ce trait: 
« Pour tel des triumvirs tu n'es pas un ennemi, mais un re- 
mords, » et cet autre trait > qui fut fort admiré : « Va, Gicé- 
ron, prier, et implorer l'un d'eux, pour être l'esclave de tous les 
trois. » Voici la division de Cestius: « La mort est pour toi un 
parti utile, honorable, nécessaire, si tu veux finir ta vie libre et 
sans souiller ta dignité. » A cet endroit il lança ce trait hardi : 
« pour être placé à côté de Gaton, qui ne put se résigner à 
être l'esclave du maître d'Antoine, encore moins d'Antoine. » 
J'aime mieux cette pensée de Marcellus à propos de Caton : 
« La fortune du peuple romain a-t-elle entraîné toutes choses 
dans son bouleversement, au point qu'on puisse se demander 
s'il vaut mieux vivre avec Antoine ou mourir avec Gaton ? » 
Mais revenons à la division de Gestius. Il dit qu'il était utile 
pour lui de mourir, afin d'éviter aussi des souffrances phy- 
siques : il n'aurait pas simplement à subir la mort, s'il tom- 
bait entre les mains d'Antoine. Dans cette partie, après avoir 
représenté les outrages dont on insulterait Gicéron, les coups 
et les tortures qui l'attendaient, il dit ce trait qui fut couvert 
de louanges : « Certainement, Gicéron, lorsque tu seras en 
présence d'Antoine, tu seras le premier à demander la mort ». 
Varius Géminus divisa ainsi qu'il suit : « s'il fallait forcé- 



9. Albucius aliter divisit; primam partem fecit: moriendum esse Ciceroni, 
etiamsi nemo proscriberet eum. Hic insectatio temporum fuit. Deinde : morien- 
dum esse illi sua sponte, cum moriendum esset, etiamsi mori noluissel ; graves 
odiorum causas esse; maximam causam proscriptionis ipsum esse Ciceronem, 
et solus ex déclamât' >ribus tentavit dicere non. unum ilii esse Antonium infes- 
tum. Hoc loco dixit illam sententiam : « si cui ex triumviris non es invisus, 
gravis es, » et illam sententiam, quae valde excepta est : « roga, Gicero, exora 
unum, ut tribus servias. » 10. Cestiussic divisit : mori tibi utile est, honestum 
est, necesse est, ut liber et illibatae digni'atis consummes vitam. Hic illam 
sententiam dixit audacem : ut numereris cum Catone, qui servire ne Antonii 
quidem domino potuit, nedum Antonio possit. Marcellus hune sensum de 
Catone melius : usque eone omnia cum fortuna populi Romani conversa sunt, 
ut aliquis deliberet, utrum satius sit vivere cum Antonio an mori cum Catone ? 
Sed ad divisionem Cesti revertamur. Dixit mori illi utile esse, ne etiam cruciatus 
corporis pateretur : non simplici illum modo periturum, si Antonii manibus inci- 
disset. In hac parte, cum descripsisset contumelias insultantium Ciceroni et verbera 



SUASOIRE VI. 335 

ment choisir entre ces deux partis, mourir ou supplier, je te 
conseillerais de mourir plutôt que de supplier, » et il résuma 
ce qui avait été dit avant lui ; mais il ajouta un troisième parti 
possible ; il l'exhorta à fuir : ici était M. Brutus, là G. Gas- 
sius, là-bas Sextus Pompée. Et il ajouta ce trait que Gassius 
Sévérus admirait par-dessus tout : « Pourquoi perdre cou- 
rage ? La République, elle aussi, a ses triumvirs. » Ensuite il 
passa également en revue les pays où il pourrait se rendre : 
la Sicile, qu'il avait défendue; la Gilicie, qu'il avait, 
comme proconsul, admirablement administrée; en Asie 
et en Achaïe, il était connu par ses œuvres ; le royaume 
de Déjotarus lui était attaché par la reconnaissance des 
services reçus; l'Egypte se souvenait de ses bienfaits et se 
repentait de sa perfidie. Mais il l'exhorta de préférence 
à partir pour l'Asie et la Macédoine, pour le camp de 
Cassius et de Brutus. Aussi Gassius Sévérus disait-il que les 
autres avaient parlé en déclamateurs, mais que Varius 
Géminus seul avait donné un conseil. 

Peu d'orateurs soutinrent la thèse opposée. Personne n'osa 
engager Gicéron à demander sa grâce à Antoine; ils jugèrent 
bien les sentiments de Cicéron. Varius Géminus parla 
aussi dans l'autre sens et dit: « J'espère que je persuaderai 
à mon cher Cicéron de consentir à vivre. Ses grandes 
phrases, son mot: « La mort n'est jamais prématurée 
pour un consulaire, ni malheureuse pour un sage, » ne me 
touchent pas: cela peut imposer au profane; moi je connais 

et tormenta, dixit illam multum laudatam sententiam : tu mehercules, Cicero, 
cum veneris ad Antonium, mortem rogabis. 11. Varius Geii»iHUS sic divi- 
sit : hortarer te, si nunc alterutrum utique faciendum esset, aut moriendum aut 
rogandum, ut morereris potius quam rogares; et omnia complexus est, quae 
a ceteris dicta erant ; sed addidit et tertium ; adhortatus est illum ad fugam ; illic 
esse M. Brutum, illic C. Cassium, illic Sex. Pompeium, et adjecit illam sententiam, 
quam tlassius Severus unice mhvhatur : quid deficimus ? et rcs publica suos 
triumviros habet. Deinde etiam quas petere posset regiones, percucurrit : Sici- 
liam dixit vindicatam esse ab illo, Ciliciam a proconsule egregie administratam, 
familiares studiisejus et Achaiam et Asiam, Dejotari regnumobligatum beneficiis, 
Aegyptum et habere beneficii memoriam et agere perfidiae paenitentiam. Sed 
maxime illum in Asiam et in Macedoniam hortatus est in Cassi el in Bruti castra. 
Jtaque Cassius Severus aiebat alios déclamasse, Varium Geminum unum cousi- 
lium dédisse. 

12. Alteram partem pauci deciamaverunt. Nemo ausus est Ciceronem ad 
deprecandum Antonium hortari; bene de Ciceronis animo judicaverunt. Gémi; 
ÛUS Varius declamavit alteram quoque parU>m et ait : spcro me Cicéron 1 



336 SÉNÈQUE LE RHÉTEURS 

bien le caractère de l'homme; il suivra mon conseil, il implo- 
rera Antoine. L'esclavage, il ne le refusera pas; il a déjà le 
cou tout usé par la chaîne : Pompée d'abord, César ensuite 
Font soumis; vous voyez en lui un vétéran d'esclavage, » Il 
ajouta un grand nombre d'autres plaisanteries, suivant son 
habitude. Sa division consista à dire que ces prières ne seraient 
ni honteuses, ni vaines. Dans la première partie, il établit 
qu'il n'y avait pas de honte dans les prières adressées par un 
citoyen vaincu à un citoyen vainqueur. Là il rappela tous 
ceux qui avaient imploré César; il rappela aussi Ligarius. 
Ensuite : il n'était pas injuste que Cicéron accordât une 
réparation à Antoine, lui qui l'avait proscrit le premier et 
déclaré ennemi public; c'était toujours le provocateur qui 
faisait réparation et la victime qu'on implorait. Ensuite : ce 
n'était pas pour sa vie, mais pour la république qu'il l'implo- 
rerait; il avait assez vécu pour lui-même, non pour la répu- 
blique. Dans ia seconde partie, il dit que, souvent, on se 
réconciliait avec ses ennemis privés : lai -même avait par- 
donné à Vatinius et Gabinius qu'il avait accusés et les avait 
défendus. Antoine pourrait être fléchi plus aisément, car, 
associé à deux autres hommes, il ne voudrait pas laisser les 
autres triumvirs lui enlever une si belle occasion de clé- 
mence. Peut-être la colère d'Antoine venait-elle de ce qu'il 
ne l'avait même pas trouvé digne d'être imploré. Après avoir 
indiqué tous les dangers de la fuite, il ajouta que, dans 
quelque pays qu'il se rendit, il lui faudrait être esclave : il 
devrait supporter la violence de Cassius, l'arrogance de Brutus 
ou la sottise de Pompée. 

irieo persuasurum, ut velit vivere. Quod grandia loquitur et dicit : « mors nec 
immatura consulari nec misera sapienti [Cat. 4, 2, 3; Phil. 2, 46, 118], » non 
movet me : idiotam gerit ; ego belle mores horriinis novi ; faciet, rogabit. Nam 
quod ad servitutem pertinet, non recusabit; jam collum tritum habet; et Pom- 
peius illum et Caesar subegerunt ; ^veteranum mancipium videlis, et complura 
aïia dixit scurrilia, ut illi mos erat. 13. Oivisit sic, ut diceret non turpiter 
rogaturum, non frustra rogaturum. In priore parte illud posuit, non esse turpe 
civem victorem rogari a vicio. Hic, quam multi rogassent C. Caesarem, hic et 
Ligarium. Deinde : ne iniquum quidem esse Ciceronem satis facere, qui prior 
illum proscripslsset, qui hostem judicasset : a reu semper nasci satisfactionem 
aC laesum rogari. Deinde : non ^ro vita illum, sed pro re publica rogaturum : 
satis illum si bi vixisse, rei publicae parum. In sequenti parle dixit exorari 
solere mimicos : ipsum exoratum Vatitinio Gabinioque reis adfuisse; facilius 
exorari Àntonium posse, qui cum tertio esset, ne quis e tribus hanc tam specio- 
sàm clementiae occasionem praeriperet. Fortasse èi irasci Antonium, qui ne 



SUASOIRE VI, 337 

Puisque nous en sommes venus à cette suasoire, je ne crois 
pas hors de propos d'indiquer le jugement que chacun des 
historiens a porté sur la mémoire de Cicéron. Car Cicéron 
n'était pas assez lâche pour implorer Antoine, ni assez sot 
pour espérer le fléchir, et personne n'en doute, sauf Asinius 
Pollion, qui ne cessa de se montrer l'ennemi le plus acharné 
de la gloire de Cicéron. Il fournit même aux écoliers le sujet 
d'une seconde suasoire sur Cicéron ; les écoliers traitent 
souvent en déclamation la matière suivante : Cicéron délibère 
s'il brûlera ses discours, sur la promesse d'Antoine de lui 
laisser la vie à cette condition. Le premier venu est capable 
de voir ce qu'il y a d'absurde dans cette hypothèse. Pollion 
veut nous prouver qu'elle est vraie : il dit, en effet, dans 
son discours pour Lamia qu'il fit paraître : « Voilà pour- 
quoi jamais Cicéron n'hésita à renier ses nombreux dis- 
cours contre Antoine, où il avait versé toute sa passion; pour 
les réfuter, il promettait d'en publier un très grand nombre 
d'autres encore plus soigneusement écrits, et même de les lire 
lui-même en public devant l'assemblée du peuple.» Aces asser- 
tions^ il en ajoutait d'autres encore bien moins honorables; 
par là on voyait bien que tout le récit était faux : la preuve 
en est que Pollion lui-même n'a pas osé le reproduire dans 
son histoire. Dans tous les cas, ceux qui ont assisté à sa plai- 
doirie disent qu'il n'a pas prononcé ces paroles (en effet, il 
n'aurait pas osé mentir, quand les triumvirs savaient ce qui 
s'était passé réellement), mais qu'il les a composées dans 
la suite. Je ne veux pas vous fâcher, mes enfants, en passant 



tauti quidem illum putasset, quemrogaret. 14. Fuga quam periculosa esset cum 
descripsisset, adjecit, quocumque pervenisset, serviendum illi esse : ferendam 
esse aut Cassii violentiam aut Bruti superbiam aut Pompei stultitiam. 

Quoniam in hanc suasoriam incidimus, non alienum puto i.-.dicare, quomodo 
quisque se ex bistoricis adversus memoriam Ciceronis gesserit. Nanti, quin Cicero 
nec tam timidus fuerit, ut rogaret Antonium, n*>c tam stultus, ut exorari posse 
eum speraret, nemo dubitat excepto Asinio Pollione, qui in estissimus famae Ci- 
ceronis permansit. Et is etiam occasionem scholasticis alterius suasoriae dédit ; 
soient enira scholastici declamitare : délibérât Cicero, an salutem promittente 
Anjtonio orationes suas comburat. 15. Haec inepte fîcta cuilibet videri potest. 
Pollio vult iliam veram videri; ita enim dixit in ea « ratioce, quam pro Lamia 
edidit. Asilli Pollionis. « Itaque numquam per Ciceronem mora fuit, quin 
ejuraret suas, quas cupklissime etfuderai, orationes in Antonium; multiplicesque 
numéro et accuratius scriptas illis co trarias edere ac vel ipse palam pro con- 
tione recitare poils cebatur, » adjeeeratque his alia sordiliora multo, ut ibi facile 
liqueret hoc totum adeo falsum esse, ut ne ipse quidem Pollio in historiis suis 



338 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

des déclamateurs aux historiens. Je vous tiendrai promesse et 
peut-être arriverai-je, après vous avoir fait lire ces pensées 
solides et pleines de vérité, à vous détourner des orateurs 
d'école : mais, comme je ne pourrai pas atteindre mon but 
directement, je serai forcé de vous tromper, à la façon des 
enfants, à qui l'on va donner une potion médicinale salutaire. 
Prenez vos coupes. 

Tite-Live dit si peu que Cicéron avait l'occasion de se 
rétracter, qu'il raconte même qu'il n'en eut pas le temps. En 
effet, voici ses paroles. Tite-live. « M. Cicéron, à l'approche 
des triumvirs, était sorti de Rome, tenant pour certain, avec 
raison, qu'il n'avait pas plus de grâce à attendre d'Antoine 
que Gassius et Bru tus de César ; d'abord il avait fui vers 
sa campagne de Tusculum; ensuite, par des chemins de 
traverse, il se dirige vers sa campagne de Formies, avec 
l'intention de s'embarquer à Gaëte. De là, il gagne le 
large à plusieurs reprises ; mais, comme les vents con- 
traires l'avaient ramené au rivage, et que, de plus, il n'avait 
pu supporter les mouvements du navire, que secouaient des 
vagues de fond, il revint à sa villa d'en haut, qui est éloignée 
de la mer de plus de mille pas et s'écria : « Je mourrai sur 
le sol de cette patrie qui m'a dû tant de fois son salut. » Il 
est constant que ses esclaves étaient déterminés à com- 
battre pour lui courageusement et fidèlement ; mais il leur 
ordonna lui-même de déposer sa litière par terre et de 
l'abandonner aux arrêts d'un sort inique. Il se pencha hors 



ponere ausus sit. Huic certe actioni ejus pro Lamia qui inlerfuerunt negant 
eum haec dfcisse (nec enim mentiri sub triumvirorum conscientia sustinebat), 
sed postea composuisse. 16. Nolo autem vos, juvenes mei, contristari, quod a 
declamatoribus ad historicos transeo. Satis faciam vobis et fortasse efficiam,. 
ut his sententiis lectis solidis et verum habentibus a scholasticis recedatis; 
sed, quia hoc propositum recta via consequi non potero, decipere vos cogar, velui 
salutarem daturus pueris potionem. Sumite pocula. 

T. Livius adeo retractationis consilium habuisse Ciceronem non dicit, utneget 
tempus habuisse; ita enim ait. 17. T. Livi. « M. Cicero sub adventum trium-* 
virorum urbe cesserat, pro certo habens, id quod erat, non magis Antonio eripi 
se quam Caesari Cassium et Brutum ppsse ; primo in Tusculanum fugerat, inde 
trai sversis itineribus in Formianum, ut ab Caieta navem conscensurus, profit 
ciscitur. Unde aliquotiens in altum provectum cum modo venti adversi rettu- 
lissent, modo ipse jactationem navis cae< o volvente fluctu pati non posset r 
taedium tandem eum et fugae et vitae cepit, regressusque ad superiorem villam, 
quae paulo plus mille passibus a mari abest : « Moriar, inquit, in patria saepe* 
servata. » Satis constat servos forliter fîdeliterque paratos fuisse ad dimicandum ; 



SUASOIRE VI. 339 

de la litière et tendit sa gorge aux assassins, qui lui coupèrent 
la tête Et cela ne suffît pas à la stupide cruauté de la 
soldatesque : ses mains aussi, elle les coupa, leur repro- 
chant d'avoir écrit contre Antoine. Alors la tête fut apportée 
à Antoine, et, par son ordre, placée entre les deux mains 
sur les rostres, où, en qualité de consul, où, souvent, en 
qualité de consulaire, où cette année même, on l'avait 
entendu parler contre Antoine avec une éloquence qui avait, 
excité une admiration que n'avait jamais soulevée aucune 
voix humaine; c'est à peine si, levant leurs yeux baignés de 
larmes, les citoyens avaient la force de considérer ces membres 
mutilés. » 

Auûdius Bassus, non plus, n'a pas douté du courage de 
Cicéron, qui l'a porté à affronter courageusement la mort et 
même à la chercher. Aufidius Bassus : « Cicéron, ayant un 
peu écarté les rideaux de sa litière et voyant des hommes 
armés, dit : « Je reste ici : approche-toi vétéran, et, si du 
moins tu es capable d'y arriver, frappe au cou. » Comme le 
soldat tremblait et hésitait : « Qu'aurait-ce été, ajouta-t-il, si 
vous aviez commencé les exécutions par moi ? » 

Crémutius Cordus, lui aussi, dit que Cicéron se demanda 
s'il irait retrouver Brutus, Cassius ou Sextus Pompée, mais 
que tous les partis lui déplurent, sauf la mort. Crémutius 
Cordus. « A cette vue, Antoine, transporté de joie, déclare 
que ses proscriptions sont terminées, qu'il est non seulement 
rassasié, mais repu du sang de ses concitoyens, et fait exposer 
les restes de Cicéron sur les rostres. Aussi à l'endroit même 



ipsum deponi leclicam et quietos pati quod sors iniqua cogeret jussisse. Promi- 
nenti ex leclica prar-benlique immotam cervicem ca'put praecisum est. INec id 
satis stolidae crudelitati militum fuit : manus quoque scripsisse aliquid in Auto- 
nium exprobantes praecMerunt. Ita relatum caput ad Antonium jussuque ejus 
inter duas manus in rostris positura, ubi ille consul, ubi saepe consularis, ubi eo 
ipso anno adversus Antonium quanta nulla umquam humana vox cum admi- 
ratione eloque .tiae auditus i'uerat; vix attollentes lacrimis oculos humentes intueri 
truncata membra cives poterant. » 

18- Bassus Aufidius et ipse nihil de animo Ciceronis dubitavit, quin fortiter 
se morti non praebuerit tantum sed obtulerit. Aufidi Bassi. « Cicero paulum 
remoto vélo postquam armatos vidit : « Ego vero consisto, ait ; accède, veterane, 
et, si hoc sallem potes recte facere, incide cervicem. » Trementi deinde dubi- 
tantique : « Quid, si ad me, inquit, primum venissetis ? ». 

19. Crémutius Cordus et ipse aitciceronem secum cogitasse, utrumne Brutuman 
Cassium an Sex. t'ompeium peteret ; omnia illi displicuisse praeter mortem. 
Cremuti Cordi. « Quibus visis laetus Antonius, cum peractam proscriptionem 



340 SENÈQÛE LE RHETEUR 

vers lequel il s ? était plus d'une fois avancé, entouré d'une ' 
foule immense, qui, peu de jours avant, écoutait ses admi- 
rables discours, qui avaient sauvé bien des têtes, à ce même 
endroit, représenté par ses membres seuls, ses concitoyens 
le virent tout autrement que de coutume; le sang corrompu 
dès mains. coulait sur la tête, pendue devant elles, et sur 
la bouche de cet homme, hier le premier du sénat et la 
gloire du nom romain, aujourd'hui source de profits 
pour son assassin. Surtout ce qui fit éclater tous les cœurs 
en larmes et en sanglots, ce fut, clouée près de sa tête, sa 
main droite, qui collaborait à sa divine éloquence : toutes 
les autres victimes firent prendre le deuil à quelques person- 
nes, celle-là seule à tout le monde."» 

Bruttédius Niger. « Cependant, s'étant sauvé de sa villa par 
le côté opposé, Gicéron fuyait dans sa litière à travers lacam- 
pagne ;mais, quand il vit approcher un soldat qu'il connaissait, 
nommé Popillius, il se souvint de l'avoir défendu, et son visage 
s'éclaira. Mais le soldat, pour s'en faire un mérite auprès des 
vainqueurs, se hâte de commettre le crime, coupe la tête 
d'un homme qui, à ses derniers moments, ne fit aucun acte 
qui pût trahir ses sentiments, et la porte à Antoine, oubliant 
que, peu de temps avant, Cicéron l'avait défendu. » Lui aussi 
voulut décrire l'expression vraiment émouvante de cette 
tête suspendue aux rostres, mais il fut écrasé par la gran- 
deur du sujet. « Dès qu'on aperçut cette tête placée entre 
ces deux mains, par l'ordre d'Antoine, sur la tribune aux 



suam dixis set esse, quippe non satiatus modo caedendis civibus sed differtus 
quoque, super rostra exponit. Itaque, quo sâepius ille ingenli circumfusus turba 
processerat, quae paulo ante aures praebuerat praeclaris orationibus, quibus 
multorum capita servaverat, eo tum per artus sublatus aliter ac solitus erat a 
■ civibus suis conspectus est, praependenti capiti orique ejus inspersa sanie, brevi 
ante princeps senatus Romanique nominis titulus, tum pretium interfectoris sui. 
Praecipue tamen solvit pectora omnium in lacrimas gemitusque visa ad cap ut 
ejus deligata manus dexlera, divinae eloquentiae minisira ; ceterorumque caedes 
privatos luctus excitaverunt, illa una communem. » 

20. Bruttedi Nigri. « Elapsus intérim altéra parte villae Cicero lectica per 
agros fèrebatur ; sèd, ut vidit appropinquare notum sibi militem, Popillium 
nomme, memordefensum a se, laetiore vultu aspexit. At ille victoribus id ipsum 
imputaturus occupât facinus caputque decisum nihil in ultimo fine vitae facientis, 
quod alterutram in partem posset notari, Antonio portât, oblitus se paulo ante 
defensûm ab illo. » Et hic voluit positi in rostris capitis miserabilem faciem 
describere, sed magûitudine rei obrutus est. 21. « Ut vero jussu Antonii inter 
duàs manus positum iri rostris caput conspectum est, quo totiens auditum erat 



SUASOIRE VI. 341 

harangues, à Tendroit même où on avait entendu Gieéron 
parler si souvent, les gémissements et les pleurs furent les 
offrandes faites aux mânes de cet homme éminent, et, 
contrairement à l'habitude, l'assemblée n'entendit pas 
raconter la vie d'un mort déposé sur la tribune aux harangues, 
mais la raconta elle-même. Il n'y avait pas de partie du 
forum qui ne fût marquée par le souvenir d'un de ses plai- 
doyers illustres, pas de personne qui n'avouât quelque bien- 
fait reçu de lui : dans tous les cas, tout le monde voyait le 
service qu'il avait rendu à l'État, en retardant de Gatîlina 
jusqu'à Antoine l'esclavage de cette époque lamentable. » 

Toutes les fois que les historiens ont raconté la mort de 
quelque grand homme, il ne manquent pas de joindre à leur 
récit un résumé de toute sa vie et une sorte d'oraison funèbre. 
Ce procédé, employé une ou deux fois par Thucydide, imité 
par Salluste pour très peu de personnages également, Tite- 
Live s'en est servi libéralement pour tous les grands hommes 
et les historiens suivants en ont usé bien plus abondamment. 
Quanta Cicéron, voici l'épitaphe, pour me servir du mot 
grec, que lui consacre Tite-Live. 

Tite-Live. « Il vécut soixante-trois ans, si bien que, 
même s'il n'eût pas été tué de mort violente, sa mort 
aurait pu ne pas sembler prématurée. Son génie fut heureux 
par ses œuvres et par les récompenses qu'elles lui valurent, 
et lui-même fut longtemps favorisé de la fortune; mais, au 
cours de cette longue prospérité, frappé quelquefois de bles- 
sures cruelles, l'exil, la ruine de son parti, la mort de sa 

loco, datae gemitu et fletu maximo viro inferiae, nec, ut solet, vitam depositi in 
rostris corporis contio audivit, sed ipsa narravit. Nulla non pars fori aliquo 
actionis inclytae signata vestigio erat ; nemo non aliquod ejus in se meritum 
fatebatur : hoc certe publicum beneficium palam erat, illam miserrimi temporis 
servitutem a Gatilina dilatam in Antonium. » 

Quotiens magni alicujus viri mors ab historicis narrata est, totiens fereconsum- 
matio totius vitae et quasi funebris laudatio redditur. Hoc, semel aut iterum a 
Thucydide factum, item in paucissimis personis usurpatum a Sallustio, T. Livius 
benignus omnibus magnis viris praestitit ; sequentes historici multb ideffusius ; 
fecerunt. Ciceroni hoc, ut Graeco verbo utar, liu-râçiov Livius reddit. 

22. T. Livi(GXX). a Vixit très et sexaginta annos, ut, si vis afuisset, ne 
immatura quidem mors videri possit. Ingenium et operibus et praemiis operum 
felix, ipse fortunae diu prosperae ; sed, in longo tenore i'elieitatis, magnis intérim 
ictus vulneribus, exilio, ruina partium pro quibus steterat, filiae morte, exitu 
tam tristi atque acerbo, omnium adversorum nihil ut viro dignum erat tulit 
praeter mortem, quae vere aestimanti minus indigna videri potuit, quod a victore 



342 SENEQUE LE RHETEUR 

fille, une fin si triste et si cruelle, de tous ces malheurs la 
mort est le seul qu'il supporta comme un homme : encore, 
si on l'examine sans parti-pris, pourrait-on la trouver moins 
révoltante, parce que son ennemi, dans son triomphe, ne lui 
a pas fait subir un traitement plus cruel que celui qu'il lui 
réservait, s'il eût été à sa place. Cependant, si l'on met en 
balance ses qualités et ses défauts, c'est un grand homme, 
digne de l'immortalité, et dont les louanges, pour être célé- 
brées dignement, demanderaient la voix d'un Cicéron. » 
Gomme Tite-Live est porté, par son caractère, à apprécier 
très franchement tous les grands esprits, il a rendu à Cicéron 
pleine justice. 

Ce n'est pas la peine de reproduire l'éloge de Cicéron par 
Crémutius Cordus : on n'y trouve rien qui soit digne de Cicé- 
ron, même ce passage qui, pris en lui-même, est très sup- 
portable : « Les haines privées, il estimait qu'il fallait quel- 
quefois les oublier, et les haines publiques, qu'il ne fallait 
jamais mettre la force à leur service : ce fut un citoyen émi- 
nent, non seulement par la hauteur, mais aussi par le nombre 
de ses vertus. » 

Aufidius Bassus. « Ainsi mourut Cicéron, homme né pour 
le salut de la république, qui, longtemps défendue et gouver- 
née par lui, échappa à ses mains seulement quand il fut 
vieux ; il ne l'affaiblit que par une faute : il crut que l'unique 
moyen de la sauver était d'écarter Antoine. Il vécut soixante- 
trois ans, toujours attaquant ou attaqué, et il ne vit rien de 
plus rare qu'un jour où sa mort aurait été indifférente à tout 
le monde. » 



inimico nihil crudelius passus erat quam quod ejusdem fortunae compos victo 
fecisset. Si quis tamen virtutibus vitia pensarit, vir magnus ac memorabilis fuit 
et in cujus laudes exsequendas Cicérone laulatore opus fuerit. » Ut est natura 
candidissimus omnium magnorum ingeniorum aestimator T. Livius, plenissimum 
Ciceroni testimonium reddidit. 

23. Cordi Cremuti non est operae pretium referre redditam Ciceroni 
laudationem ; nihil in ea Cicérone dignum est ac ne hoc quidem, quod per se 
maxime tolerabile est : « proprias enim simultates deponendas interdum nutabat, 
publicas numquam vi decernendas : civis non solum magitudine virtutum sed 
multitudine quoque conspiciendus . » 

Aufidi Bassi. « îmc M. Cicero decessit, vir natus ad rei publicae 
salutem, quae diu defensa et administrata in senectute demum e manibus ejus 
elabitur, uno ipsius vitio laesa, quod nihil in salutem ejus aliud illi, quam si 
caruisset Antonio, placuit. Vixit sexaginta et très annos ita, ut semper aut 



SUASOIRE VI. 343 

Même Asinius Pollion, qui nous représente Verres, l'accusé 
de Cicéron, comme mourant avec un très grand courage, et 
qui, seul, raconte avec malveillance la mort de Cicéron, lui 
a pourtant rendu pleine justice, malgré lui, il est vrai. Asi- 
nius Pollion. « Lorsqu'il s'agit d'un homme que tant d'œuvres 
si remarquables feront vivre à jamais, il est superflu de louer 
son génie et son activité. La nature et la fortune le favori- 
sèrent également, puisque, jusqu'à la vieillesse, son visage 
resta beau et sa santé florissante ; alors il eut le bonheur de 
vivre à une époque paisible pour laquelle ses qualités étaient 
faites, car, la justice étant rendue suivant l'ancienne sévérité, 
il y avait une très grande abondance de coupables ; il se les 
attachait en les défendant et en les sauvant presque tou- 
jours; il fut très heureux en briguant le consulat et en 
l'exerçant, par une faveur particulière des dieux, qui lui 
accordèrent autant de résolution que de dévouement. Plût 
aux dieux qu'il eût montré plus de modération dans la 
prospérité et de courage dans l'adversité ! En effet, dans l'un 
et l'autre cas, il était persuadé que sa fortune ne changerait 
plus. De là de grands orages suscités contre lui par la jalou- 
sie, de là, chez ses ennemis, plus de confiance à l'attaquer, 
car il mettait plus de constance à provoquer les haines qu'à 
les combattre. Mais, puisqu' aucun homme n'a eu le bonheur 
de posséder une vertu parfaite, c'est, pour la vie comme pour 
le talent, pnr le côté où un homme s'est montré le plus grand, 
qu'il faut le juger. Et pour moi je n'estimerais même pas 



peteret alterum aut invicem peteretur, nullamque rem rarius quam diem illum, 
quo nullius interesset ipsum mori, vidit. » 

24. Pollio quoque Asinius, qui Verrem, Ciceronis reum, fortissime morientem 
tradidit, Ciceronis mottem so us ex omnibus maligne narrât, testimonium tamen 
quam vis invitus p'enum ei reddidit. Asiïli Pollioiîis. « Hujus ergo viri tôt 
tantisque operibus mansuris in omne aevum praedicare de ingenio atque indus- 
tria supervacuum est Natura autem atque r'ortuna pariter obsecuta est ei, si 
quidem faciès décora ad senectutem prosperaque permansit valetudo ; tum pax 
diutina. cujus inst uctus erat artibus, contigit ; namque ad priscam severitatem 
judiciis exactis maxima noxiorum multitudo provenit, quos obstrictos patrocinio 
incolumes plerosque habebat ; jam felici>sima consulatus ei sors petendi et 
gerendi, magno munere deum, consilio industriaque. Utinam moderatius seoun- 
das res et fortius adversas ferre potuisset ! Namque utiaeque cura evenerant ei, 
mutari eas non posse rebatur. Inde sunt invidiae tempestates coortae graves in 
eum certiorque inimicis ag^rediendi fîducia ; majore enim simultates appelebat 
animo quam gerebat. Sed quando mortalium nulli virtus perfecta contigit, qua 
major pars vitae atque ingenii stetit, ea judicandum de homine est. Atque ego 



344 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

nécessaire de plaindre sa mort, si lui-même n'avait pensé 
qu'on était bien à plaindre de mourir. » Je puis vous affir- 
mer que rien, dans son histoire, n'est plus éloquent que le 
passage que je viens de citer; il me semble, non pas qu'il 
loue Cicéron, mais qu'il veut rivaliser avec lui. Je ne vous dis 
pas cela pour vous enlever le désir de lire son histoire; ayez 
ce désir et ce sera une satisfaction donnée à Cicéron. Cepen- 
dant, de tous ces hommes très éloquents, personne ne pleura 
mieux la mort de Cicéron que Cornélius Sévérus. 

Cornélius Sévérus. « Et les bouches de ces grands hommes, 
ces bouches à peine fermées furent placées sur les Rostres* 
qui étaient devenues comme leur bien ; mais tout disparais- 
sait devant l'image de Cicéron assassiné : on eût dit qu'elle y 
était seule. Alors reviennent à tous les esprits les nobles 
actions du consul et les serments des conjurés, les pactes du 
crime. qu'il découvrit et le forfait patricien qu'il étouffa : alors 
revient à la mémoire le châtiment de Céthégus et Catilina 
précipité du haut de ses vœux impies. Faveur, popularité, 
années pleines d'honneur, à quoi lui avait servi tout cela? à 
quoi sa vie tout entière consacrée à des arts augustes ? Un 
seul jour a tranché cette gloire de Rome, et, frappée avec 
lui, portant son deuil, tristement s'est tue l'éloquence des 
Latins. Cet homme, autrefois l'unique appui, l'unique salut 
des accusés, tête éternellement glorieuse de la patrie, défen- 
seur du sénat, du forum, des lois, des mœurs et de la con- 

ne miserandi quidem exitus eum fuisse judicarem,nisi ipse tam miseram mortem 
putasset. » 

25. Afïïrmare vobis possum nihil esse in historiis ejus hoc, quem rettuli, loco 
disertius, ut mihi tune non laudasse Ciceronem, sed certasse cum Cicérone 
videatur. Nec hoc deterrendi causa dico, ne historias ejus légère concupiscatis ; 
concupiscite et poenas Giceroni dabitis. Nemo tamen ex tôt disertissimis viris 
melius Giceronis mortem deplorâvit quam Severus Cornélius. 

26. Corneli Severï. 

Oi'aque magnanimum spirantia paene virorum - 
in rostris jacuere suis ; sed enim abstulit omnes, 
tamquam sola foret, rapti Giceronis imago. 
Tune redeunt animis ingentia eonsulis acta 
5 jurataeque manus deprensaque foedera noxae 
patriciumque nefas exstinctum : poena Cethegi 
dej'Ctusque redit votis Catilina nefandis. 
Quid favor aut coetus, pleni quid honoribus anni 
profuerant ? Sacris devincta quid artibus aetas ? 



SUASQIRE VI. 345 

corde, lui, la voix du pays, des armes cruelles l'ont rendue 
muette pour toujours. Ces traits défigurés, cette chevelure 
blanche qu'un sacrilège avait souillée de sang, ces mains 
sacrées, instrument de si grandes œuvres, un citoyen, dans 
un délire de joie, les a foulées sous ses pieds orgueilleux, 
sans penser à l'incertitude des destinées ni aux dieux. 
Jamais, en aucun temps, Antoine ne pourra expier ce for- 
fait. Ces souillures, un vainqueur moins cruel ne les avait 
pas infligées à FÉmathien [Macédonien] Persée, ni à toi, cruel 
Syphax, ni à un ennemi comme Philippe; Jugurthâ, lorsqu'on 
triompha de lui, ne subit aucun outrage et le farouche Anni- 
bal, tombant sous les coups de notre colère, descendit vers 
les ombrages du Styx sans voir ses membres mutilés. » 

Je ne veux pas frustrer un de nos compatriotes de son bon 
vers qui a inspiré le vers, beaucoup meilleur, de Cornélius 
Sévérus : « Tristement s'est tue l'éloquence des Latins. » Sexti- 
lius Éna fut un homme de talent plutôt qu'un esprit cultivé, 
un poète inégal, et, par certains côtés, tout à fait semblable 
au portrait que Gicéron trace des poètes de Cordoue, « dont les 
vers ont quelque chose de traînant et d'étranger. » Gomme il 
devait lire précisément la peinture de cette proscription chez 
Messala Gorvinus, il avait invité Asinius Pollion. Au début, 
il lut, non sans applaudissements, ce vers : « Il faut pleurer 



10 Abstulit una dies aevi decus, ictaque luctu 

conticuit Latiae tristis facundia linguae. 

Unica sollicitis quondam tutela salusque, 

egregium semper patriae caput, ille senatus 

vindex, ille fori, legura ritusque togaeque, 
15 publica vox saevis aeternum obrautuit armis. 

Informes vultus sparsamque eruore nefando 

canitiem sacrasque manus operumque minislras 

tantorum pedibus civis projecta super bis 

proculcavit ovans nec lubrica fala deosque 
20 respexit. Nullo luet hoc Antonius aevo. 

Hoc nec in Emathio mitis Victoria Perse 

nec tibi, dire Syphax, nec fecit in hosle Philippo ; 

inque triumphato ludibria cuncta Jugurthâ 

afuerunt, nostraque cadens férus Annïbal ira 
25 membra tamen Stygias tulit inviolata sub umbras. 

27. Non fraudabo manicipem nostrum bono yersu, ex quo hic multo melior 
Severi Cornelii processit : 

conticuit Latiae Iristis facundia linguae. 



346 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Cicéron et le silence de l'éloquence latine. » Asinius Pollion 
en fut froissé et dit : « Messala, à toi de voir ce que tu veux 
faire chez toi ; mais moi, je n'écouterai pas cet homme, qui 
me regarde comme un muet, » et, là-dessus, il se leva. A la 
lecture d'Éna assistait aussi, je le sais, Cornélius Sévérus; 
le vers, on le voit bien, ne lui déplut pas autant qu'à Asinius 
Pollion, puisque, de son côté, il en composa un meilleur, 
mais assez analogue. Si je termine ici mon livre, je sais ce qui 
arrivera : vous cesserez de me lire à l'endroit où j'ai laissé de 
côté les maîtres de la déclamation ; aussi, pour* vous forcer à 
lire le livre jusqu'à la fin, j'ajouterai une suasoire semblable 
à celle-ci. 



Sextilius Ena fuit homo ingeniosus magis quam eruditus, inaequalis poeta 
et plane quibusdam locis talis, quales esse Cicero Cordubenses poetas ait, 
« pingue quiddam semantes atque peregrinum. [prp Arch. 10, 26]. » Is hanc 
ipsam proscriptionem recitaturus in domo Messalae Corvini Pollionem Asinium 
advocaverat et in principio hune versum non sine assensu recitavit : 

Deflendus Cicero est Latiaeque silentia linguae. 

Pollio Asinius non aequo animo tulit et ait : « Messala, tu, quid tibi liberum 
sit in domo tua, videris ; ego istum auditurus non sura, cui mutus videor, » 
atque ita consurrexit. Enae interfuisse recitationi Severum quoque Cornelium 
scio, cui non aeque displicùisse hune versum quatn P«»llioni apparet, quod 
meliorem quidem, sed non dissimilem illi et ipse composuit. Si hic desiero 
scribere, scio futurum, ut vos illo loco desinatis légère, quo ego a scholasticis 
recessi ; ergo, ut librum velitis usque ad umbiiicum revolvere, adjiciam suaso- 
riam proximae similem. 



SUASOIRE VIL 347 



VII 



Cicéron délibère s'il brûlera ses œuvres, sur la 

promesse d'Antoine de lui laisser 

la vie sauve, s'il le fait. 

Q. Hatérius. Il te sera impossible de supporter Antoine : 
la prospérité d'une âme mauvaise est intolérable et rien 
n'excite plus au mal ceux qui aiment à le faire que la cons- 
cience d'être arrivé au succès par le déshonneur. Il lui est 
difficile de se contenir; tu ne le supporteras pas, te dis-je, et 
tu désireras de nouveau provoquer sa haine pour qu'il te 
fasse mourir. Je suis bien au-dessous de Cicéron ; cependant 
la vie que je mènerais provoquerait en moi, non seulement le 
dégoût, mais la honte. Tu devrais tenir à ton talent pour cette 
seule raison qu'Antoine le hait plus que ta personne. Il dit 
qu'il te permet de vivre, après avoir songé aux moyens d'effa- 
cer même le souvenir de ta vie. Antoine est plus cruel en te 
proposant ce traité qu'en te proscrivant. Tu avais un génie 
sur lequel les armes des triumvirs ne pouvaient rien ; Antoine 
a trouvé le moyen de faire proscrire par Cicéron ce qu'il ne 
pouvait proscrire avec Cicéron. Je t'engagerais, Cicéron, à 



vu. 

Délibérât Cicero, an scripta sua comburat, promittente 
Antonio incolumitatem, si fecisset. 

1. Q. Hateri. Non feres Antonium ; intolerabilis in malo ingenio félicitas 
est nihilque nocere cupientes magis accendit quam prosperae turpitudinis cons- 
eientia. XI 11 continere se difficile est ; non feres, inquam, et ilerurn irritare 
inimicum in mortem tuam cupies. Quod ad me quidem pertinet, multum 
a Cicérone absum ; tamen non taedet tantum me vitae meae, sed pudet. Ne 
propter hoc quidem ingenium tuum amas, quod illud Antonius plus odit 
quam te ? Remittere ait se tibi, ut vivas, commentus quemadmodum eripiat 
etiam quod vixeras. Crudelior est pactio Antonii quam proscriplio. Ingenium 
erat, in quod nihil juris haberent triumviralia arma ; commentus est Antonius, 
quemadmodum, quod non poterat cum Cicérone proscribi, a Cicérone pros- 



348 SENÈQUE LE RHÉTEUR 

attacher quelque prix à la vie, si la liberté avait sa place dans 
l'état et l'éloquence dans la liberté, si l'épée des citoyens ne 
venait, comme par divertissement, frapper leurs concitoyens; 
au contraire, la plus forte preuve que pour toi le meilleur parti 
est la mort, c'est qu'Antoine te promet la vie. La liste des 
proscriptions scélérates est affichée : combien de prétoriens, 
de consulaires, de membres de l'ordre équestre ont péri ! On 
laisse la vie seulement à ceux qui ont une âme d'esclave. Je 
ne sais si tu consentiras à vivre dans une telle époque, Cicé- 
ron ; à coup sûr, il n'est personne avec qui tu consentes à 
vivre. Assurément tu as bien fait de rester eh vie à l'époque 
où César, de lui-même, t'a, sans conditions, demandé de 
vivre, quand la république n'existait plus, c'est vrai, mais 
était tombée aux mains d'un bon prince. 

Cestius Pius. Me suis-je trompé ? Antoine a bien vu que 
Gicéron ne mourrait pas, si les monuments de son éloquence 
continuaient à vivre. On te propose un accord, qui s'attaque, 
sous tes yeux, â la meilleure partie de toi-même. Prête-moi 
quelques instants ton éloquence ; je démanderai que Cicéron 
périsse. — Si César et Pompée t'avaient écouté, ils n'auraient 
pas formé leur alliance honteuse et ne L'auraient pas brisée; 
s'ils avaient jamais Voulu suivre tes conseils, Pompée ne se 
serait pas. séparé de" César, ni César de Pompée. — Faut -il 
rappeler ton consulat qui sauva notre ville, ton. exil plus 
honorable que ton consulat, la puissance de Sylla que, pour 
tes débuts, tu attaquas sans 'détours à l'aube de ton adoles- 



criberetur. Hortarer te, Cicero, ut vitam magni aestimares, si libertas suum 
haberet in ^ivitate locum, si suum in libertate eloquentia, si non civili ense 
civibus luderetur ; nunc, ut scias nihil esse melius quatn mori, vitam tibi 
Antonius promittit. Pendet nefariae proscription is tabula : tôt praetorii, tôt 
consulares, tôt equestris Ordinis viri perierë ; nemo relinquîtur nisi qui servire 
possit. Nescio an hoc tempore vivere velis, Cicero ; nemo est, cum quo velis. 
Merito hercules illo tempore vixisti, quo Caesar ultro te rogavit ut viveres, 
sine ulla pactione, quo tempore non quidem stabat res publica, sed in boni 
principis sinum ceciderat. 

2. Cesti Pii. Numquid opinio me fefellit ? Intellexit Antonius salyis elo- 
quentiae monumentis non posse Çiceronem mori. Ad pactionem vocaris; qua 
pactione melior ante te pars, tui petitur. Accommoda mihi paulisper eloquentiam 
tuam ; Ciceroneii p»riturum rogo. — Si te audissent Caesar et Pompeius, 
neque missent turpem societatem neque diremissent ; si uti umquam cqnsilio 
tuo voluissent, neque Pompeius Caesarem deseruisset neque : Pompeium Caesar» 
— Quid referam consulatum^ salutarem urbi, quid exilium cpnsulatu honestius, 
'quid provocatam inter iaitia adulescentiae libertate tirocinii tui Sullanam 



SUASOIRE VII. 349 

cenee, Antoine arraché au parti de Gatilina, rendu à la répu- 
blique ? Pardonne-moi, Cicéron, si j'insiste sur ces souvenirs; 
c'est peut-être la dernière fois qu'on les évoque. — Que 
Cicéron meure, il dormira près des deux Pompée, le père et 
le fils, près d'Afranius, de Pétreius, de Q. Catulus, de 
M. Antoine, qui n'avait pas mérité de voir sa race, après 
lui, ainsi déshonorée; s'il conserve la vie, il vivra au milieu 
des Ventidius, des Ganidius et des Saxa. Dans ces conditions 
le doute est-il possible? Vaut-il mieux dormir près de ceux-là 
ou vivre avec ceux-ci ? — Tu rachètes la vie d'un homme par 
un dommage public. — Je sais que tout prix est inique, fixé par 
lui : je neveux pas donner, pour la vie de Gicéron, le prix que 
demande Antoine. — S'il te proposait ce pacte : « Tu vivras, 
mais on t'arrachera les yeux; tu vivras, mais on te muti- 
lera les pieds, » même si tu devais endurer d'autres souf- 
frances physiques, du moins tu aurais conservé ta langue. — 
Oublies-tu cette noble parole que tu as prononcée : « Mourir, 
dans la nature, est une fin, non un châtiment? » Pour toi 
seul cela ne serait pas évident? Pourtant il semble que tu 
aies réussi à persuader Antoine. — Attache-toi plutôt à la 
liberté et charge ton ennemi d'un nouveau crime; en mou- 
rant, rends Antoine plus coupable. 

P. Asprénas. Pour acheter la grâce d'Antoine, Cicéron 
sévira-t-il lui-même contre son éloquence ? Et que te promet 
cet accord? De te rendre M. Pompée, M. Gaton et cet ancien 
état de la république, si digne d'entendre la parole de Gicé- 



potentiarn, quid Antonium avulsum a Catilina, rei publicae redditum ? Tgnosce, 
Cicero, si diu ista narravero : forsitan hoc die novissime audiuntur. — 3. Si 
occidetur Cicero, jacebit inter Pompeium palrem filiumque et Afrahium, 
Petreium, Q. Catulum, M. Antonium illum indignum hoc successore generis . 
si servabitur, vivet inter Ventidios et Cani iios et Saxas : ita du!»ium est t 
utrum satius sit cum illis jacere an cum his vivere ? — Pro uno homine jactura 
publica pacisceris. — Scio omne pretium iniquum esse, quod ille constituit : non 
emo tanti Ciceronis vitam, quanti vendit Antonius. — Si haiic tibi pactionem 
ferret : « vives, se 1 eruentur oculi tibi, vives, sed debilitabuntur pedes, » etiamsj 
in alia damna corporis praestares patientiam, excepisses tamen linguam. Ubi 
est sacra i!la vox tua : « mori enim naturae finis est, non poena [pro '-lil. 37, 
10i]?» Hoc tibi uni non Hquet ? At videris Antonio persuasisse. — Assere te 
potius libertati et novum crimen inimico adjice : fac moriendô Antonium 
nocentiorem. 

4. P. Asprenatis. Ut Antonius Ciceroni parcat, Cicero in eloquentiam 
sùam ipse animadvertet ? Quid autem tibi sub ista pactione promittitur ? Ut 
Cn. Pompeius et M. Cato et iîle antiquus restituatur rei publicae senatus, 

t. n. 20 



350 SENEQUE LE RHETEUR 

ron? — Souvent des hommes, qui avaient bien des raisons 
de vivre, sont morts parce qu'ils méprisaient leur caractère; 
d'autres, sur le point de périr, se sont soustraits à la mort 
parce qu'ils admiraient leur âme préparée au trépas et leur 
seule raison de vivre a été d'être disposés à mourir courageuse- 
ment. — Permets au peuple romain de mettre ses promesses 
en balance avec celles d'Antoine : si tu brûles tes livres, 
Antoine te promet quelques années ; si tu ne les brûles pas, 
l'affection du peuple romain te promet toutes les années à 
venir. 

Pompeius Silon. C'est un sort cruel d'être privés à jamais 
de l'éloquence de Cicéron,et de nous en rapporter à la bonne 
foi d'Antoine. — Tu appelles un acte de miséricorde ce supplice 
infligé au talent de Cicéron? — Ayons confiance dans Antoine, 
Gicéron, si les prêteurs ont eu raison de lui accorder la leur 
pour des prêts d'argent, Brutus et Cassius pour la paix. 
Homme que rendent fous les vices de sa nature et la licence 
du temps, qui, parmi des amours de théâtre, se baigne avec 
transport dans le sang de ses concitoyens, homme qui, à ses 
créanciers, a donné pour gage la république, dont la glou- 
tonnerie, pour se satisfaire, n'a pas eu assez des biens des 
deux principaux citoyens : César et Pompée î Ce sont tes 
mots dont je vais me servir, Cicéron : « Comment attacher du 
prix à une vie, que peut laisser ou enlever Antoine ? » Je ne 
tiens pas à ce que Cicéron conserve la vie, s'il la doit à 
Antoine. 

Triarius. Autrefois le peuple romain fut réduit à cette 



dignissimus apud quem Cicero loqueretur ? — Multos care victuros animi sui 
contemptus oppressât ; multos perituros parati ad pereundum animi ipsa 
admiratio eripuit et causa illis vivendi fuit fortiter mori velle. — Permitte populo 
Romano contra Antonium polliceri. Scripta tua si combusseris, Antonius paucos- 
annos tibi promittit ; at, si non combusseris, amor populi Romani omnes. 

5. Pompei Silonis. Grave est, ut perdamus eloquentiam Ciceronis, fidem 
sequamur Antonii ? — Misericordiam tu istam vocas, supplicium sumptum de 
Ciceronis ingenio ? — Credamus Antonio, Cicero, si bene illi pecunias credide- 
runt feneratores, si bene pacem Brutus et Câssius. Hominem et vitio naturae 
et licentia temporum insanientem, inter scaenicos amores sanguine civili luxu- 
riantem ; hominem qui creditoribus suis oppigneravit rem publicam, cujus 
gulae duorum principum bona, Caesaris ac Pompei, non potuerunt satis facere ! 
Tuis utar, Cicero, verbis : « cara est cuiquam salus, quam aut dare aut eripere 
potest Antonius [Phil. 2, 3, 5] ? » Non est tanti servari Ciceronem, ut servatum 
Antonio debeam. 

6. Triari. Compulsus aliquando po^ulus Romanus in eam necessitafem est, 



SUASOIRE VIL 351 

détresse de n'avoir d'autre appui que Jupiter assiégé et 
Camille exilé ; cependant, de tous les services que leur ren- 
dit Camille, le plus important fut d'estimer qu'il était indigne 
des Romains de devoir leur salut à une convention. — vie 
désormais pénible, même si tu ne devais pas l'acheter ! 
Antoine, déclaré l'ennemi de la république, déclare mainte- 
nant que la république est son ennemie. Lépide, pour qu'on 
ne puisse le soupçonner d'avoir déplu comme collègue à An- 
toine, Lépide, toujours prêta prendre la folie d' autrui, Lépide, 
l'esclave de ses deux collègues, Lépide est notre maître. 

ArgentaiNus. A Antoine il ne faut accorder aucune con- 
fiance. Je ne dis pas la vérité ? Mais de quoi n'est pas capable 
un homme capable de tuer Cicéron et incapable de lui accor- 
der la vie, sinon à des conditions plus cruelles que la mort ? 
Tu crois au pardon de cet homme, dont la colère s'attaque à 
ton talent? Tu espères la vie d'un homme qui n'a pas encore 
oublié tes paroles ? Pour sauver un corps fragile et péris- 
sable, tu laisserais disparaître ton génie, qui vivra toujours ! 
<D'ailleurs^ j'aurais été bien étonné si la mort n'était pas 
moins cruelle qu'un pardon accordé par Antoine. P. Scipion 
avait dégénéré de ses ancêtres : une mort généreuse l'a remis 
au nombre des Scipion. Antoine te fait grâce de la mort, mais 
pour faire périr la seule partie de toi qui soit immortelle ! Quel 
est ce pacte ? On enlève à Cicéron son génie, sans lui enlever 
la vie ! S'il consent à effacer son nom, on lui promet quelques 
années d'esclavage! Non! il ne veut pas que tu vives; il 



ut nihil haberet praeter Jovem obsessum et Camillum exulem ; nullum tamen 
fuit Camilli opus majus quam quod indignum putavit viros Romanos salu- 
tem pactioni debere. — gravem vitam, etiamsi sine pretio daretur I 
Antonius hostis a re publica judicatus nunc hostem rem publicam judicat. 
Lepidus, ne quis illum putet maie Antonio collegam p'aeuisse, alienae semper 
dementiae accessio, utriusque collegae mancipium, noster dominus est. 

7. Argent ri Nihil Antonio credendum est. Mentior ? Quid enim isle 
non potest, qui occidere Ciceronem potest, qui servare nisi crudelius quam 
occidat non potest ? Ignoscere tu illum tibi putas, qui ingenio tuo irascitur ? Ab 
hoc tu speras vilam, cui nondum verba tua exciderunt ? Ut corpus, quod fragile 
et caducum est, servelur, pereat ingenium, quod aeternum est ? Ego mirabar, 
si mors crudelior esset Antonii venia. 8- P. Scipionem a majoribus suis 
desciscentem generosa mors in numerum Scipionum reposuit. Mortem tibi 
remittit, ut id pereat, quod in te solum immortale est. Qualis est pactio ? 
Aufertur Ciceroni ingenium sine vita ! Promittuntur pro oblivione nominis 
tui pauci servilutis anni ! Non ille le vivere vult, sed facere te ingenii tui 
superstitem : videlicet Cicero audiat Lepidum, Cicero audiat Antonium, nemo 



352 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

veut que tu survives à ton talent. Apparemment il faudra 
que Gicéron entende Lépide, que Gicéron entende Antoine et 
que personne n'entende Gicéron ! Auras-tu toujours la force 
de voir enterrer sous tes yeux la meilleure partie de Cicéron ? 
Laisse passer à la postérité ton génie, qui proscrira éternel- 
lement Antoine. 

Arellius Fuscus. Tant que le genre humain subsistera, 
tant que l'on attachera aux lettres le prix qu'elles méritent et 
à l'éloquence le prix qu'elle vaut, tant que notre état verra 
subsister sa fortune ou durer sa mémoire, ton génie vivra 
dans l'admiration de la postérité, et, proscrit dans un siècle, 
tu proscriras Antoine dans tous. Grois-moi : la partie de toi- 
même la moins précieuse est celle qu'on peut t'enlever ou te 
laisser; le véritable Cicéron est celui qu'Antoine pense ne 
pouvoir être proscrit que par Cicéron lui-même. Il ne te fait 
pas grâce de ta condamnation, il veut échapper à la sienne. 
Si Antoine viole sa parole, tu mourras ; s'il la tient, tu seras 
esclave : pour moi, j'aime mieux qu'il la viole. Par toi-même, 
M. Tullius, par ces soixante-quatre années glorieusement pas- 
sées, par ton consulat qui a sauvé la république, par la 
renommée de ton génie qui vivra éternellement, si tu y con- 
sens, par la république, qui est morte avant toi, pour t'enle- 
ver le regret de laisser à Antoine aucun objet de ton affec- 
tion, je t'en prie, je t'en conjure, en quittant la vie, ne va pas 
avouer à quel point tu aurais voulu ne pas la quitter! 

Personne, à ma connaissance, n'a soutenu la thèse oppo- 
sée. Tousse préoccupèrent des ouvrages de Gicéron, aucun 
de Cicéron ; pourtant ce point n'était pas si mauvais à déve- 

Ciceronem. Poteris perferre, ut, quod Gicero optimum habet, ante se efferat ? 
Sine durare pot te ingenium tuum, perpetuam Antonii proscriptionem. 

Arelli Fusci patris. Quoad humanum genus inco urne manserit, quam- 
diu suus 1 tteris honor, suum éloquent iae pr^tium erit, quamdiu rei publicae 
nostrae aut fortuna steterit aut memoria duraverit, admirabile posteris vigebit 
ingenium tuum, et uno proscriptus saeculo proscribes Autonium omnibus. 
Crede mihi, vili^sima pars tui est quae tibi vel eripi vel donari potest ; ille 
verus est Cicero, quem proscribi Antonius non putat nisi a Cicérone posse. 
Ô. Non ille tibi remittit proscriptionem, sed tolli desiderat suam. Si fidem 
decepei-it Antonius, morieiis ; si praestiterit, servies : quod ad me attinet, 
fallere eum malo. Per te, M. Tulfi, per quattuor et sexaginta annos pulcbre 
actos, per salutarem rei publicae consulatum, per aeternam, si pateris, ingenii 
tui mémo iam, per rem publicam, quae, ne quid te putes carum ilii relinquere, 
ante te periit, oro et obtestor, ne moriaris confessus, quam nolueris-mori. 

10. Hujus suasoriae alteram partem neminem scio déclamasse ; omnes pro 



SUASOIRE VII. 353 

lopper, car Cieéron, si on lui avait offert la condition dont 
on parle, aurait hésité. Aussi personne ne traita-t-il cette 
controverse avec plus de force que Pompeius Silon ; il ne 
chercha pas les développements brillants, comme Cestius : 
celui-ci dit que c'était là un supplice plus cruel que la mort, 
et que telle était la raison pour laquelle Antoine le choisis- 
sait; la vie de l'homme était courte, encore plus celle d'un 
vieillard; il devait donc songer à sa réputation, capable 
d'assurer l'immortalité aux grand hommes, et non pas rache- 
ter sa vie à n'importe quel prix. Dans le cas présent, les 
conditions étaient inacceptables. Y avait-il en effet rien de 
moins acceptable pour lui que de brûler lui-même tous les mo- 
numents de son génie? Ce serait faire tort au peuple romain, 
dont il avait élevé la langue au premier rang, et qui, grâce 
à lui, l'emportait par l'éloquence sur les gloires litléraires de 
la superbe Grèce autant qu'il la dépassait par la fortune ; ce 
serait faire tort au genre humain. Il se repentirait d'avoir 
acheté si cher le droit de respirer, car il lui faudrait vieillir 
dans l'esclavage et n'employer son éloquence qu'à louer 
Antoine. C'était une conduite indigne que de lai laisser la 
vie, en lui enlevant son talent. 

Pompeius Silon traita la question en disant qu'Antoine 
ne voulait pas conclure un traité, mais se jouer de lui ; ce 
n'était pas un accord, mais un affront, car, ses livres brûlés, 
il ne le tuerait pas moins ; Antoine n'était pas assez sot pour 
attacher de l'importance à voir brûler par Cieéron des livres 



libris Ciceronis solliciti fuerunt, nerao pro ipso, cum adeo illa pars non sit 
mala, ut Cicero, si haec conditio lata ei fuisset, deliberaturus non fuerit. Itaque 
hanc suasoriam nerao declamavit efficacius quam Silo Pompeius ; non enim ad 
illa speciosa se contulit, ad quae Cestius, qui dixit h >c gravius esse suppli- 
cium quam mortem, et ideo hoc Anton ium eligere ; brevem vitam esse homini, 
multo magis seni : itaque metnoriae consulendum, quae magnis viris aeternita- 
tem promitteret, non qualibet mercede vitam redimendam esse. Hic conditiones 
intplerabiles : nihil tam intolerabile esse quam monumenta ingenii sui ipsum 
exûrere. Injuriam illum facturum populo Romano, cujus lii.guam in locum prin- 
cipem extulisset, ut insolentis Graeriae studia tanto anteco >eret eloquentia, 
quanto fortuna ; injuriam facturum generi humano. Paenitentiam illum acturum 
tam care spiritus empti, cum in >ervitute senescendum fuisset et in hoc unum 
eloquentia utendum, ut laudaret Àntonium. Maie cum illo agi : dari vitam, 
eripi ingenium. 

11. Silo Pompeius sic egit t ut diceret Antonium non pacisci, sed illudere : 
non esse illam conditionem, sed contumeliam ; combustis enim libris nihilo- 
minus occisurum; non esse tam stultum Antonium, ut putaret ad rem pertinere 

T. II. 20. 



354 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

dont les exemplaires étaient répandus par toute la terre ; il 
n'irait pas lui demander ce qu'il pouvait faire lui-même, à 
moins qu'il n'eût aucun droit sur les ouvrages de Cicéron, 
lui qui en avait sur la personne de Cicéron ; ce qu'il voulait* 
c'était tout simplement que le grand Cicéron, après avoir 
émis tant de fortes pensées sur le mépris de la mort, fût 
conduit à accepter des conditions honteuses avant de mourir. 
Antoine ne lui promettait pas la vie sous certaines condi- 
tions ; il cherchait à ne lui donner la mort qu'après l'avoir 
déshonoré. Il devait donc subir immédiatement avec courage 
le sort qu'il subirait dans la suite avec honte. 

Cette suasoire aussi fut rendue remarquable par.... Il y 
plaça en effet un trait recherché, mais du genre le plus corn- 
rnuii et le moins relevé, où une syllabe de plus ou de moins 
produit le trait : « Oh ! crime indigne ! On oubliera donc que 
Cicéron a écrit, pour se rappeler qu'Antoine a proscrit. » 

Devant le rhéteur Cestius Pius, cette suasoire était traitée 
par Surdinus, jeune homme de talent, qui traduisit élé- 
gamment des fables grecques en latin. Ses traits, d'habitude, 
étaient mous, assez souvent même plus que mous, et languis- 
sants. Dans cette suasoire, après avoir donné la forme d'un 
serment aux jolies pensées qu'il venait d'exprimer : il ajouta: 
« Aussi vrai que je désire pouvoir te lire <encore>! » Cestius ? 
homme très fin, feignit d'avoir mal entendu, pour gourman- 
der un jeune homme élégant comme s'il eût été indécent : 
c Comment as-tu dit? Quoi? Puissè-je jouir de toi! » 



libros a Cicérone comburi, cujus scripta per totum orbem terrarum celebra- 
rentur, nec hoc petere eum, quod posset ipse facere, nisi forte non esset m 
scripta Cieeronis ei jus, cui esset in Ciceronem ; quaeri nihil aiiud, quam ut ille 
Cicero, multa fortiter de mortis contemptu locutus, ad turpes conditiones per- 
ductus occideretur. Antonium illi non vitam cum conditione promittere,sed mor- 
tem sub ini'amia quaerere. Itaque quod turpiter postea passurus esset, nunc illui» 
deber^ fortiter pati. 

Et haec suasoria... insignita est : dixit enim sententiam cacozeliae génère 
humillimo et sordidissimo, quod detractu aut adjeclione syllabae facit sententiam: 
« Pro facinus indignum ! Peribit ergo quod Cicero scripsit, manebitquod Anto- 
nius proscripsit ? » 

12. Apud Cestium Pium rhetorem declamabat hanc suasoriam SurdillUS 
ingeniosus adulescens, a quo Graecae fabulae eleganter in sermonem Latinum 
conversae sunt. Solebat dulces sentenfias dicere, frequentius tamen praedulces et 
infractas. In hac suasoria, cum jusjurandum bellis sensibus prioribus complexùs 
esset, adjecit : « Ita te legam ! » Cestius, homo nasutissimus, dissimulavit exau- 
disse se, ut adulesccntem ornatum, quasi impudens esset, objurgaret : « Quid 



SUASOIRE VII. 35$ 

Gestius, à la vérité, n'estimait d'autre talent que le sien ; 
il détestait même Cicéron, mais ce ne fut pas impuné- 
ment. En effet, quand l'Asie était gouvernée par M. Tullius, 
fils de Gicéron, personnage qui n'avait aucun des mérites de 
son père, sauf l'urbanité, Cestius dînait < une fois > chez lui. 
M. Tullius avait reçu de la nature une mémoire ingrate, et 
le peu qui lui en restait disparaissait dans l'ivresse : de temps 
en temps, il demandait comment s'appelait le convive qui. 
était au bas de la table, et, comme le nom de Cestius, qu'on 
lui avait répété plusieurs fois, lui sortait toujours de la 
mémoire, à la fin, un esclave, pour qu'une remarque servit à 
mieux graver ce nom dans son esprit, répondit à son maître 
qui lui demandait le nom du convive qui était au bas de la 
table : « C'est ce Gestius, qui prétend que ton père était un 
homme illettré » ; aussitôt Tullius ordonna d'apporter les 
verges et, comme il le devait, vengea Gicéron sur la peau de- 
Cestius. Il était querelleur, même quand la piété filiale ne 
l'exigeait pas. Le fils d'Hybréas, dont le père était fort élo- 
quent, plaidait mal une cause devant lui : « Eh bien ! dit-il, 
ne souhaitons-nous pas d'être bien supérieurs à nos pères ? » 
et comme, dans une autre circonstance, Hybréas lui débitait, 
mot pour mot, un développement entier de son père, que 
tout le monde reconnaissait, il lui dit : « Alors, tu crois que 
je n'ai pas appris les paroles de mon père : « Jusques à quand, 
Catilina, abuseras-tu donc de notre patience ? » 

Gargonius, le plus aimable des imbéciles, surpassa, en 



dixisti ? Quid ? Ita te fruar?» Erat autem Cestius nullius quidem ingenii nisî 
sui amator, Ciceroni etiam infestus, quod illi non impune cessit. 13- Nam cumr 
M. Tullius, filius Ciceronis, Asiam obtineret, homo qui nihil ex paterno 
ingenio habuit praeter ur*>anitatem, cenabat apud eum Cestius. M. Tullio et 
natura memoriam ademerat, et ebrietas, si quid ex ea supererat, subducebat; 
subinde inlerrogabat, quid ille vocaretur, qui in imo recumberet, et cura saepe 
subjectum illi nomen Cestii excidisset, novissime servus, ut aliqua nota mémo- 
riam ejus faceret certiorem, interroganti domino, quisille esset, qui in imo recum- 
beret, ait : « Hic est Cestius, qui patrem tuum negabat litteras scisse ; » afferre 
ocius flagra jussit et Ciceroni, ut oportuit, de corio Cestii satis fecit. 14. 
Erat autem etiam, ubi pietas non exigeret, scordalus. Hybreae, disertissimi 
viri, fîlio maie apud se causam agenti ait : « "Hjjuïç ouv itaxs'pwv p.éy à^tîvovEç 
tùxo|A£Ô' E x vou [/l. 4, 205], » et, cum in quadam postulatione Hybreas patris 
sui totum locum ad litteram omnibus agnoscentibus diceret : « âge, inquit, » 
non putas me didicisse patris mei : « quousque tandem abutere, Catilina, patientia 
nostra [In Cot. 1, 15, 1]? » 

Gargonius, fatuorum amabilissimus, in hac suasoria dixit duas res, qui— 



356 SÉNÈQUË LE RHÉTEUR 

deux endroits de cette suasoire, la sottise de tout le monde 
et même la sienne; d'abord au début : après avoir commencé 
par un serment, suivant la coutume déjà presque constante 
alors à l'école, et avoir débité un flot de paroles, il ajouta : 
«Aussi que, pour la première fois aujourd'hui, Antoine res- 
sente toute la crainte dont son âme est capable ; puisse Cicé- 
ron vivre ou mourir tout entier, comme il est vrai qu'aucun 
pacte ne me ferait effacer ce que j'ai dit aujourd'hui pour 
son génie ! » Sa seconde sottise se place dans la partie, où il 
citait les exemples d'hommes morts courageusement : « Juba 
etPétreius se chargèrent mutuellement de blessures et se 
prêtèrent la mort. » 



bus stultiores ne ipse quidem umquam 'dixerat: unam in principio ; nam, cum 
coepisset scholasticorum frequentissimo jam more a jurejurando et dixisset 
multa, ait : « Itaque primum tantum Antonius timeat, quantum potest ; ita aut 
totûs vivat Cicero aut totus moriatur, ut ego quae hodie pro Ciceronis ingenio 
dixero nulla pactione delebo. » Alteram rem dixit, cum exempla referret eorum, 
■qui fortiter perierant : « Juba et Petreius mutuis vuloeribus concucurrerunt et 
.mortes feneraverunt. » 



NOTES 



N. B. — Pour les abréviations désignant les ouvrages 
auxquels ces notes renvoient souvent, voir l'avertissement 
placé en tête des notes du 1 er volume, p. 297 . 



CONTROVERSES 

(suite). 
LIVRE VIL 



Praef. 1. populo. Cf. IV Préf. 2 n. 

sedens. Cf. Suétone, de rhetoribus 6 : solitus proposita contro- 
versia sedens incipere, et calore demum provecius consurgere ac 
perorare. D'habitude ou se 1 vait au moment où le discours propre- 
ment dit commençait : cf. 1 Préf. 21 n. Les paroles de Sénèque sem- 
blent d'ailleurs indiquer qu'il lui arrivait rarement d'être ainsi em- 
porté par la fougue du discours. 

illa intempes tiv a sqq. Cf. § 8; 13, 8; 7, 17; VII 6, 17; c'est ce 
goût pour la philosophie qui explique, que dans ses divisions, ce qui 
est droit pur passe en dernier lieu (VII 4, 4). 

ter bucinavit. Butina est synonyme de vigilia (cf. Tite-Live 26, 
45, 6); Albucius parla donc neuf heures de suite. 

splendor orationis. Cf. ce qui est dit d'Arellius Fuscus : II Préf. 1. 

2. Pollio Asinius albas vocabat. Peut-être Asinius Pollion fait-il 



358 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

un jeu de mots sur albas (blanches), qu'il rapproche de Atbucius. En 
effet, il y a quelquefois de la subtilité dans les traits d'Albucius : 
voir, entre autros, VII 3, 2; 3. 

3. figurabat egregie. Cf. I 2, 16 figura divisit controversiam; I7 r 
17 anthypophoran sumpsit; II 5, 17 solebat... fere in alignas figu- 
ras declamatimem discribere. C'est cet amour pour les figures de 
rhétorique qui lui valut la mésaventure racontée plus loin (§§ 6-7). 

praeparabat suspiciose sqq. Cf IPréf. 21 n. 

non posses de inopia. Gf. ce qui est dit ailleurs d'Hatérius (IV 
Préf. 7). 

Cum rem animus occupavit. verba ambiunt. Rapprocher Horace 
A. P. 311 : 

Verbaque provisam rem non invita sequentur; 

etBoileau A. P. 1, 153 sq. : 

Ce que l'on ^conçoit bien s'énonce clairement 
Et les mots pour le dire arrivent aisément. 

Inde inaeqnalitatem sqq. Suétone nous dit la même chose d'Albu- 
cius (l. c.) : declamare . .. génère vario, modo splendide atque ador- 
nate, tum, ne mquequaque scholaslicus existimai etur,circumcise 
ac sordide et tantum non tr/vialibus verbis. Ces termes vulgaires, 
il les prisait tellement qu'il les admirait même chez les autres : cf. X 
1,14. — V. IX 2,26 un mot de Tile-Live sur les orateurs qui recher- 
chent ces mots triviaux. n 

4. dum alterum vitium sqq. Cf. Horace Sat. 1, 2, 24 : Dum vi- 
tant stulti iitia t in contraria current; le développement de VArt 
Poétique 25 sqq. et Boileau A. P. I 64 sqq. 

haecsordida verba sqq . V. IV Préf. 9. 

tanto juveniorem quam ipse erat. Sénèque dit la même chose de 
lui-même: II l'rèf. 5. 

5. Hermagorae. Il s'agit d'Hermagoras de Temnos, élève de Théo- 
dore de Gadara (Quintilien 3, 1, 18). 

vitio taux vicina virtus. On trouvera la même idée exprimée dans 
Ovide (Remédia 323). 

6. figurae crudelis eventus. Le même récit se trouve, moins 
détaillé, et sans noms propres, mais quelquefois avec les mêmes mots, 
dans Suétone (de rhet. 6), où la formule du serment est : Jura per 
patris malrisque cinervs qui inconditi jacent. L'histoire était d'ail- 
leurs si connue, qu'on la trouve mentionnée par Quintilien (9, 2, 95) r 
dont les expressions se rencontrent souvent aussi avec celles de 
Sénèque. Sur le succès qui attendait les déclamateurs au barreau, voir 
V Introduction, p. XIX. 

judieio cntumvirali. Le tribunal des centumvirs, composé 
exactement de 105 membres, jugeait surtout les questions de propriété, 
servitudes, succession, hérédité, tutelle. 

7. rem jureiurando transigi. Gf. III Préf. 17. Sur ce serment» 
v. Girard 595-597 : on se demande même comment ce serment, 
qu'une partie ne pouvait être sommée de prêter par l'autre partie que 
in jure , trouve place devant le tribunal des centumvirs, c. à d. in. 
judieio. 

jura per patris cineres.A rapprocher 11,3. 



CONTROVERSES VII, NOTES. 359 

L. Arrunthis. Il s'agit du personnage qui fut consul en 6, mourut en 
37, et que Tacite nous donne comme un grand orateur (Ann. 11, 6). 
C'était un homme de premier ordre et de première importance (ib. 
1, 13). Il avait composé un livre d'histoire (Sénèque le Philosophe 
Ep. 114, 17). 

7. calumniam sibi imposuit. . Pour calumnia, voir II, 1, 34 n. : 
comme ceux qui avaient été condamnés pour calumnia étaient infa- 
mia notati (Dig. III 2, 1), et, par suite, ne pouvaient paraître en 
justice à aucun titre (Girard 196), le passage signifie qu'Albucius s'en- 
lève à lui-même le droit de parler devant les tribunaux. 

8. dico quamdiu sqq. Cf. IX Pré f. 2 ce queMontanus dit des déclama- 
teurs : respondent illis [adversariis] et quae volunt et cum volunt. 

mordacissimi hoyninis. Cf. 13, 10 n. 

9. in culleum ligneum. Cf. V 4, 2 dern. n. C'est de la controverse 
VII 1 qu'il s'agit ici. 

sententias potius audire* V. I Préf. 22 n. 

I. Ab archiparata filio dimissus. Le sujet se trouve indiqué 
dans ses grandes lignes par Sopater (Walz VIII 244, 10 sqq.) 

domi parricidi damna vit. La poursuite pour parricide a été défé- 
rée, dès avant Sylla, à une quaestio perpétua : toutefois, encore à 
l'époque d'Auguste {de Clementia 1, 15, 3 sq.), le crime pouvait être 
jugé par un tribunal domestique. 

fratri puniendum. Pour la peine des parricides, v. V 4, 2 dern. n. 

exarmato navigio. C'est le supplice qui, sous Trajan, fut infligé 
aux délateurs : cf. Pline, Panég. 34 et 35. 

ad piratas. Sur les pirates, v. I 2 n. 

1. plura... crimina... indicabo. Cf. Il 2, 10 n. 

4. Emicabant sqq. Cf. § 10; VIII 6, 2; Quinte Curce 4, 3, 16; 
Pétrone 114; Lucain 5,597 sqq et Sénèque le Tragique Ag. 465 sqq. : 
toutes ces descriptions sont plus ou moins inspirées de celle qu'on 
trouve au 1 er Livre de l'Enéide. 

5. Habes, inquam, frater sqq. Imité par Sénèque le Tragique, 
Troyennes 511 sqq. Fata si misrros juvant» Habes salutem; fatà si 
vitam negant, Habes seputchrum. 

quam facile erramus homines. Allusion au proverbe : errare 
humanum est. 

Utrasque ad caelum manus sustulit. Geste des suppliants 

veri reorum omnium judices. A rapprocher de I 1, 23 : judices 
habemus deos. 

adeste. Cf. I 1, 2 et n. 

6. Subito mihi non sentienti sqq. V. I 1, 16 n. 

6 et 7. quam difficile esset parricidium facere. De même dans la 
Controverse VII 5, 1; 3; 5. 

iratos habeo piratas. A rapprocher de 16, 6. 

tentari me putavi. Se retrouve parmi les couleurs, au § 21 

8. Perieras, pater, nisi in parricidam incidisses. Formes para- 
doxales recherchées des rhéteurs, comme I 5, 2 : Perieras, raptor, 
nisi bis perire meruisses . 

9. Multas rerum natura mortis vias aperuit sqq. Cf. I 8, 6 ; 
Sénèque le Philosophe de ira 3, 15, 4; Ep. 70, 14; Sénèque le Tra- 
gique Hipp. 475-6; Phoen. 152. 



360 ' SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

10. parva materia spjungii fata. Même idée et expressions voi- 
sines dans Juvénal 12, 57 sqq; 14, 289 et dans Sénèque le Tragique, 
Médée 301 sqq. On connaît aussi le mot d'Anacharsis dans Diogène 
Laêrce (1, 8, 5): apprenant que les parois d'un navire n'avaient que 
quatre doigts (8 cent ) d'épaisseur, il dit que les voyageurs n'étaient 
qu'à quatre doigts de la mort. 

Saevum mare involvitur. Cf. § 4 n. 

11. Nec hoc tantum divinitus sqq. A rapprocher de 2, 18: Hoc 
factura ejus ne lateret sqq. 

12. Idem timuimus sqq. Mouvement analogue dans la contro- 
verse II 4, 11. 

14. Alii virer e sqq. V. ce développement ébauché dans Quintilien 
R. 421, \ et traité par Sénèque le Tragique, Herc. fur. 164 sqq. 

15. Centurio Luculli Muhridaten non potuit occidere Après la 
victoire remportée par Mithridate près de Zéla sur Triarius, lieu- 
tenant de Lucullus, au fort de la poursuite, un centurion romain, 
qu'on prit pour un transfuge, se glissa dans les rangs des vainqueurs, 
galopa quelque temps à côté du roi, puis lui enfonça son épée dans 
la cuisse. C'est à ce fait que Sénèque fait allusion (v. Reinach, 
thèse sur Mithridate, p. 372). 

quam non dubium parricidam ! Sénèque renouvelle cette accu- 
sation dans la Controverse VII 3, 4. M. Reinach n'admet pas que 
Mithridate ait tué sa mère, comme le veulent Appien Mithr. 112, 
Salluste frag. 2, 54 et Sénèque: il en croit plutôt Memnon 30. 

16. an licuerit illi sqq. Cf. 1 1, 8 n. 

nec jure Me damnatus erat. Voir la n. sur la matière. 

17. an ignoscendum sit illi. Cf. I 4, 6 n. 
obortae sunt subito sqq. Voir I 1, 16 n. 

19. non potui citius . Cf. VIII o, 1 loquor ubi primum lice t. 

20. aliquid deberet dici sqq. Même question posée souvent 
ailleurs : voir II 1, 24 n. 

oratores... rhetorum.Y. Introduction p. XVI sq. — Ces trois sortes 
de couleurs se retrouvent exactement dans la Controverse X 1, 13. 

21. occ dere pater jubebat, mater vetabat. Cf. 14, 9 : pater 
rogabat ut occiderem, mater ut viveret sqq. 

Tenlari me putavi a pâtre. V. § 7 n. Même argument dans les 
Controverses Vil 3, 7 et VIII 3, 1. 

22. triumviris. Il s'agit des tresviri capitales ou tresviri rerum 
çapitalium, chargés de la recherche et de l'arrestation des malfaiteurs, 
de la surveillance de la prison et des exécutions capitales. 

23. Uni... etiam de minore scelere non creditur. Le Digeste, en 
effet (XXII 5, 12), d'après Ulpien, parle de deux témoins au 
minimum. 

25. manibus levatis. Cf. § 5 n. 

26. At%r t (iai vffv x. -c. \. Cf. le même trait en latin au § 15. 

27. ut hominem graecum. Il était de Smyrne : v.Introd. p.XXVlI. 
Montanus Jvlius, poète épique et élégiaque, ami d'Ovide (Pont. 4, 

16, 11). 

cornes fuit Tiberii. C'est ce que nous dit aussi Sénèque le Philo- 
sophe, Ep. 122, 11. 

Vergili descriptionem. Montanus connaissait bien Virgile (Donat, 
Vie de Virgile p. 61, 5 éd. Reifferscheid). 



CONTROVERSES VII, NOTES. 361 

Nox erat. Commencement de vers fréquent dans Virgile : En. 
3, 147; 4, 522. 

versus Varronis. Vairon d'Atax, dans sa traduction des Argonau- 
tiques d'Apollonius de Rhodes : ces vers rendent les vers 3, 748 et 
suiv . de l'original grec . Le second vers est cité par Sénéque le Philo- 
sophe, Ep. 56, 6. 

et sic desineret. Cf. la façon dont Messala traite les vers de Vir- 
gile, S. 2, 20. 

suum sensum invertit. Cf. Ovide, Métam. 1, 292. Omnia pontus 
erant. 

II. Popillius Ciceronis interfector. Il est question de cette 
controverse ailleurs (X Préf. 12). 

De moribus sit actio. Cette action, qu'on retrouve dans Sulpicius 
Victor 57 (Halm p. 349,36), est, vraisemblablement, une extension du 
judicium de moribus mulieris, qui était d'ailleurs rare. On pourrait 
y voir aussi une loi grecque, car Philostrate {vit. Apol. 4, 32) signale 
à Sparte, au I er siècle de notre ère, un procès «epi tôc. ^e»i. 

parricidii reum sqq. Il y a accord sur ces faits, sauf que Ton ne 
nous parle nulle part d'une accusation de parricide (cf. d'ailleurs § 8), 
entre Sénèque, d'une part, et, de l'autre, Tite-Live per. 120 ; Brutté- 
dius Niger (S. 6, 20); Valère- Maxime 5, 3, 4; Plutarque Cic. 48; 
Sénèque le Philosophe de tranquill. 16, 1 ; Appien Civ. 4, 19 
p. 305 ; Dion Cassius 47, 11 p. 333 B, p. 498 éd. Reim. — On com- 
parera cette Controverse aux Suasoires 6 et 7. — Pour les sujets sur les 
guerres civiles, v. IV 8 n. 

1. tantum dabo. Allusion à un passage du de Suppliciis 45, 118, 
dont Quintilien nous parle aussi (11, 1, 39). 

incipere a pâtre. Il ne faut pas oublier que Cicéron avait été 
appelé le père de la patrie. 

lmperator te tuus sqq. Latron adresse un reproche analogue à l'ac- 
cusé dans la Controverse IX 4, 13. 

caput... manum. Cf. S. 6, 17. 

malos mores voco. Même mouvement dans Quintilien, Décl. 8, 6; 
p. 170 éd Burmann. 

2. Facilius pro parricida sqq. Cf. Tite-Live 23, 9, 4. Hannibalem 
pater filio meo potui placare, filium Hannibali nonpossum. 

Respice forum sqq. Cf. S. 6, 17. 

3. « Quid tam commune sqq. » Cité par Cicéron dans son 
Orator 30, Il 7, par Quintilien (12, 6,4) et le grammairien Aru- 
sianus Messius (Keii VII 462, 16). 

te culleo tum insvisset. Allusion au supplice des parricides : 
v. V 4, 2. 

5. modo Italiae humeris relatus est. Cf. le discours post reditum 
in senatu 15, 39. 

quamvis omnia metu sqq. Hatérius applique ici à Cicéron une 
phrase prononcée par lui dans la 2° Philippique (26, 64) : pour le fait 
même, lire S 6, 18 sqq. 

■Capitnnis. Cf. X Préf. 12. 

6. Cimber etiam in capto sqq. Sur cet épisode, voir Velleius Pater- 
culus 2, 19, 3; Valère-Maxime 2, 10, 6; Lucain 2,76 sqq.; Plutarque 
Marins 39, 2. 

T. II. 21 



362 SENEQUE LE RHETEUR 

praetor iter a conspectu exulis flexit. D'après Plutarque (ib. 40, 
5 et 6) le préteur Sextilius fit dire à Marius par son appariteur de ne 
pas s'avancer dans l'intérieur de l'Afrique. C'est alors que Marius fit la 
fameuse réponse : « Va dire au préteur que tu as vu G. Marius exilé 
assis sur les ruines de Garthage. » — Sur la place que tient Marius 
dans les Controverses, cf. 1 1, 3 n. 

terrarum marisque domitor. On trouvera une expression ana- 
logue dans la Controverse X 1, 8. 

Hortensi se clientem libenter professus est. Voir le Brutus 64, 
230. 

7. Metellus Vestae exstinxit incendium. Cf. IV 2 n. 

Çicero Romae. Il dit de lui-même (Gatil. 3, 1, 2) : Nam toti 
urbi... subjectos prope jam ignés circumdatosque restinximus. 

Spartaco Crassus. Cf. II 1,7. 

nemo hostis Catilina propius accessit. V. les Catilinaires 2, 1, 1. 

Fertur apprensum coma caput sqq. Cf. S. 6, 19. 

in ea civitate Ciceronem non defendi sqq. Tour imité du Pro 
Murena, 4, 10 : in ea civitate consul designatus defensorem non 
haberet, in qua nemini umquam infimo majores nostri patronum 
déesse noluerunt. 

8. pauci ex historicis. V. note sur la matière. 

statimillo veniendum est, adquod properat auditor. Sur cette 
tendance de Latron, cf. H 3, 15 n. 
sed quod patronum. Cf. IX 4, 6 in. 

9. non poterit. Parce qu'on ne pouvait revenir sur la chose jugée; 
non sit tamen ignoscendum. V. I 4, 6 n. 

10. mortem nec immaturam sqq. Paroles de Cicéron (in Cat. 
4, 2, 3; Phil. 2, 46, 119), reprises dans la Suasoire 6, 12 et citées par 
Quintilien (6, 3, 109). 

cervicem hosti porrigere. Peut-être allusion à la phrase suivante 
du récit de Tite-Live (S. 6, 17) : praebentique... cervicem. 

11. praeceptor noster. Cf. I Préf. 22. 

ego illi negare sqq. A rapprocher des vers de Labérius à propos 
de César, cités par Macrobe (2, 7, 3) ; 

Etenim ipsi di negare cui nihil potuerunt, 
hominem me denegare quis posset pati ? 

13. vekementi colore usus est. Cf. I 2, 16 n. 
patronum enim dédit Popillio. V. I 7, 13 n. 

14. praecluserat fores. Invention de Latron : on en trouve la 
preuve dans la Suasoire 6, 17 et 20. 

III. Ter abdicatus venenum terens. On trouvera le même 
sujet traité par Quintilien, décl. 17 : Venenum effusum, et indiqué 
dans les Problemata rhetorica (Walz VIII 411, Probl. 55) ; c'est à ce 
sujet que pense Juvénal, lorsqu'il écrit (7, 168) : fusa venena silent. 
Il y a des parties semblables dans la matière de la Controverse VI 4 
et de la Déclamation 377 de Quintilien. 

Ter abdicatus, ter absolutus. C'est aussi le sort d'un jeune homme 
qui figure dans une controverse citée par Quintilien, 4, 2, 95. — 
Ter absolutus signifie que son père avait été trois fois forcé par le 
magistrat de le reprendre : cf. Il n. 



CONTROVERSES VII, NOTES. 363 

Accusatur parricidi. V. VII 1 n. 

1. Die quid ante commiserirn. Cf. VII 5, 2 et 4; 7, 6; IX 6, 1 ; 
Qûintilien R. 425, 2 et 3. 

Non juvat me mori, si quem alium juvat. De même Quintillien, 
décl. 17, 16; p. 346 éd. Burmann : Quid, si intervenu aliquis qui 
gaudeat ? sqq. et R. 420, 17. Felices qui suo arbitrio moriuntur. 

3. Parricidi reus vivit, qui abdicatus mori voluit. Qûintilien 
dit de même (Décl. 17, 12; p. 342 éd. Burmann) : Nun est... credi- 
bile ut mori volueris absolutus, qui reus noluisti. 

Vivunt orbi sqq. Cf. V 1, 1. 

Tu utli venenum vendebas? sqq. Qûintilien dit (Décl. 13, 6; 
p. 279 éd. Burmann) : Venenum leges habere, emere, nosse denique 
vêtant et v. III 9, 2 dern. n. 

4. Habuit malum medicamentum Mithridates. Allusion à 
l'endurcissement de Mithridate au poison : Appien, de bello 
Mithr. 111. 

quam parricida. Cf. VII 1, 15. 

6. Non puto vos sqq. De même pour la Controverse VII 7, 
10 in. 

propter hoc etiam venefica. V. VI 6 n. et Qûintilien 5, 10, 19; 
5,11,39. 

7. non finis esset periculi, sed initium. On lit de même dans 
Qûintilien (décl. 17, 14; p. 344 éd. Burmann) : Victus sum... abso- 
lutionibus meis et... misera felicitate defeci. 

volui experiri sqq. Cf. VII 1, 21. 

8. quasi ille totam hanc insaniam introduxisset. Moschus n'a 
pas tout à fait tort : v. en effet, Macrobe 2, 7, 6. 

quam apud quemquam comicum tragicumque. On trouvera des 
éloges analogues chez Sénèque le Philosophe de tranquill. animi 11, 
8 et Ep. 8, 8 et 9, ainsi que dans Aulu-Gelle 17, 14. 

Tarn dest avarosqq. Cité par Qûintilien 8, 5, 6 et 9, 3, 64. 

Desunt luxuriae sqq. Cité par Sénèque le Philosophe Ep. 108, 9 
sous la forme: Desunt inopiae sqq.; d'où la forme adoptée par 
Wœllflin : Inopiae desunt sqq. 

9. Pomponium. Pomponius de Bologne, qui vécut à la fin du 
II e et au commencement du h T siècle avant notre ère. 

ad Ciceronem. On avait composé un livre des bons mots de 
Cicéron. 

in orationibus aut in sermone. C'est ce que dit aussi Qûinti- 
lien 6, 3, 4. 

Laberium divus Julius sqq. L'anecdote est rapportée en termes à 
peu près identiques dans Macrobe 2, 3, 10 et 7, 3, 8. 

illum ordini reddidit. Un fait analogue est rapporté par Polllion 
dans une lettre à Cicéron (ad Fam. 10, 32, 2). 

multos tune in senatum sqq. En 47, 46 et 45 av. J.-C. 

IV. Mater caeca filium retinens. Cf. Gesta Romanorum 14 : 
De honorandis parentibus, et Violier des Histoires Romaines 14. 

Liberi parentes alant aut vinciantur. Cf. Iln. 

oculos perdidit. On trouvera le même début dans Qûintilien Décl. 
6 et dans Syrianus etSopater (Walz IV 267, 10 sqq.). — Dans d'autres 
déclamations (Qûintilien 16, Calpurnius Flaccus 10), on trouve encore 



364 SENEQUE LE RHÉTEUR 

un père et une mère qui perdent les yeux en pleurant, mais pour 
d'autres raisons." 

1. Hoc par nepirataequidemdividerent. Cf . Quintilien Décl. 6,6; 
p. 133 éd. Burmann : Obstupuerunt pietate tanta etiam latrones . 

decern mensum quidem alimenta reddes ? Pour l'idée, v. Quin- 
tilien Décl. 8, 7; p. 171 éd. Burmann ; pour cette indication de «dix 
mois », se reporter à Ovide Fastes 1, 33 sqq. 

Si pascere non vis matrem sqq. Cf. I 1, 1. Pluris tibi frater 
eff'erendus quam alendus est. 

2. cum matre colludere. Voir I 5, 8 n. 

3. improbam quaestionem. Gf. I 5, 3 n. 

4. nulli poterit servire nisipntri. La mère de famille, en effet, 
n'a jamais eu d'autres personnes libres sous sa puissance. Il s'élève 
même à cette époque des réclamations en faveur du droit des mères : 
v. Denis, Histoire des théories et des idées morales dans V antiquité 
II 120 sqq. 

Quomodo, inquit, sqq. Pas très exact au point de vue du droit; 
cf. Girard p. 624. 

5. aegros et inutiles. Gf . I 1, 13 n. 

llle, inquit, peregre est sqq. On trouvera un parallèle analogue 
dans Quintilien Décl. 6, § 18 fin; p. 146 éd. Burmann. 
ille hoc infelicior quod videt. Gf. I 7, 10. 

6. Calvus (82-47 av. J.-G). Sur son talent, voir Gicéron, Brutus 
81, 279; ad Fam. 15, 21, 4; Quintilien 10, 1, 115; Tacite Dial. 18, 
21, 23, 25 et 34. 

qui diu cum Cicérone... On voit, en effet, dans Quintilien (10, 1, 
115) que, encore à son époque, il se trouvait des gens pour le mettre 
au-dessus de Cicéron. 

usque eo violentus... Quintilien (10, 1, 115") l'appelle vehemens, et 
Pline le Jeune, en parlant de lui, emploie le mot vis (1, 2. 2). 

Vatinius reus. Vatinius, questeur en 6*, tribun du peuple en 59, 
consul suffectus en 47 av. J.-G, fut accusé trois fois par Calvus, en 
58,56 et 54. 

7. Catonis, rei sui. V. Tacite Dial. 34. Il s'agit de G. Porcius 
Caton, tribun du peuple en 56 av. J.-G, accusé en 55 par Pollion : 
il fut défendu par Calvus et Scaurus et acquitté. Gf. Aulard, thèse 
latine sur Pollion, pp. 6-7. 

parvulus statura. Ovide (Tristes 2, 431) le nomme exiguus. 

juraturum calumniam. Cf. II 1, 34 n. 

excedere subsellia sua. Gf. VII 6, 24. Voir ce que Quintilien dit 
de cette habitude (11, 3, 133). 

car mina quoque ejus. Ils appartenaient à des genres très variés, 
poèmes d'amour, épithalames, élégies et épigrammes. 

digito caput uno scalpit. Répété ici dans la Controverse X 1, 8. Gf. 
Juvénal9, 133 sq. Ce geste passait pour un sigue caractéristique des 
débauchés (Sénèque le Philosophe Ep. 52,. 12). — Sur les mœurs de 
Pompée, v. Plutarque Pomp. 48 et Ammien Marcellin 17, 11, 4. — 
Sur ce distique même, lire Plessis, C Licini Calvi reliquiae p. 12. 

8. Messio. Gf. Ciceron ad AU. 4, 15, 7. 

Victoriatos, de victoriatus (ss. ent. nurnmus), pièce de monnaie à 
l'effigie de la Victoire, valant un demi-denier, soit environ 50 cent. 



CONTROVERSES VII, NOTES. 365 

Nous nous trouvons ici, évidemment, en face de la traduction d'un 
proverbe grec. 
captos luminibus. Virgile, Qéorg. 1, 183 : oculis capti. 

9. pr •opter hoc ipsum sqq. Cf. IV 1, 1 n. 
Exsurgite nunc, viva cadavera sqq. Cf. X4, 4. 

10. maximo clamore laudarent. V. II 3, 19 n. 

e? jU, f Ti<rtv x.-rA. Même idée en latin au § 1, dans la bouche d'Albu- 
cîus. 



V. Quinquennis testis in procurât orem. procuratorem in 
domo speciosum. Cf. le sujet de la Décl. 2 de Quintilien. Sur ces 
procurateurs ou hommes d'affaires des femmes, consulter Friedlânder, 
trad. Vogel I 361 sqq. On remarquera qu'il est question d'un procu- 
rator caiamistratus dans Sénèque le Philosophe (frag. 51) et dans 
Saint Jérôme (Ep. 54, 13). — La matière oublie de mentionner ce que 
révèle la Controverse, à savoir que le meurtrier avait de la lumière, 
circonstance à laquelle feront allusion nombre de déclamateurs. 

de adulterio. Cf. III, 34. 

procuratorem digito denotavit. On faisait intervenir plus d'une 
fois ces dénonciations de petits enfants, puisqu'on discutait sur la 
valeur de leur témoignage. Quintilien (5, 7, 36) dit en effet, que les 
uns croient qu'ils n'inventent rien, les autres qu'ils ne peuvent juger 
sainement de rien. 

caedis. Il y a eu évidemment des procès pour meurtre. 

parricidi. Cf. VII 1, n. 

1. in forum venientem. En droit, les femmes étaient admises à 
témoigner, à moins qu'elles n'eussent été condamnées pour adultère 
{Dig. XXII 5, 18) : c'est à cette disposition sans doute qu'Arellius 
Fuscus fait allusion. Cf. cependant V 4, 2 in. 

non facile fit parricidium. Cf. VIII, 6 et 7. 

infans . Sans doute, alors déjà, comme à l'époque de Justinien, on 
était infans jusqu'à 7 ans (Girard 198, ni). 

uno teste contentus est . Il en faut au moins deux; voir 
VII 1, 23. 

2. eumdem nominas, quem populus. Cf. I 1, 10 n. 

Habui patrem tara bonum sqq. Même tour dans la Contro- 
verse IX 6, 6. 

« Quid... ante peccavi ? » Cf. VII 2, 1 n. 

parricidium non potest. La même idée se trouve exprimée au 
§ 6; dans la Controverse IX 6, 7; dans Quintilien, décl. 1, 6; p. 11 et 
12 éd. Burmann; 17, 9, p. 340 ib. ; et décl. 317, R. 418, 22 sqq. 

3. quant difficile sit patrem occidere V. VII 1, 6 et 7. 

4. offerebant puero. Pour l'interrogatoire ou la torture : voir 
Tacite, Ann. 2, 30 et 6, 47. 

Quid, ante peccavi ? Cf. VII 2, 1 n. 

5. Quam difficile est filio patrem vulnerare. Cf. § 1 n. 

6. inde incipit, quo pervenire difficile est. Cf. Quintilien Décl. 
6. 1; p. 11 éd. Burmann: nemo inde coepit quo incredibile estperve- 
nisse. Dans son Institution Oratoire (5, 10, 19; 7, 2, 31), il se 
demande à plusieurs reprises s'il est croyable qu'un fils ait le courage 
de tuer son père. 



366 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

7. qui ante defenderent quam accusarent. C'est le conseil que 
donne Quintilien (3, 6, 83; 7, 2, 21). 

magis defendenti quam accusanti favent. C'est ce qui ressort 
aussi du de Officiis 2, 14, 50. 

10. Musa vester. Cf. X Préf. 9. 

ludentis adulteri morsus. Cf. Properce 3, 8, 21 et 4, 5, 39. 

11. nec ferre potuit. Comparer avec ce qui est dit de Scaurus I 
2, 22. 

nondum ad eos, quibus fingat. Cf. Racine, Athalie 629-630 : 

Cet âge est innocent : son ingénuité 
N'altère point encore la simple vérité. 

12. apud Caesarem. V. Tacite Ann. 4, 42. 

a colonia Narbonensi, où Montanus était né (Saint Jérôme), ainsi 
que son fils (Martial, 8, 12, 5-6). 

13. ad filium Crœsi. V. Hérodote 1, 34, 2; 85, 2-3; Valère- 
Maxime 5, 4, Ext . 6; Aulu-Gelle 5, 9. Pline l'Ancien raconte, au 
contraire, que l'enfant parla à six mois. 

15. mimico génère. Cf. II 4, 5. 

quod solet. V. I 1, 17. 

aridus et exsuccus. Ce sont exactement les épithétes que Quin- 
tilien (12, 10, 14), en y ajoutant exsangues, applique aux imitateurs 
des orateurs attiques. 

VI. Démens qui servo filiam junxit. Thème imaginé pour 
permettre de dire de belles choses sur les belles actions des esclaves, 
qui sont louées par Appien de bell. civ. 4, 24, 26; Tacite Bist. 1, 3; 
Valère-Maxime 6, 8; Sénèque le Philosophe de Ben. 3, 19; 23-27; 
Martial 3, 17 et Macrobe 1, 11, surtout §§ 16-fin. 

accusa tur a fi Ho demeniiae. Cf. II 3 n. 

1 . fac dotalem. Sur ces esclaves dotaux et leur pouvoir, v. Plante, 
Asinaria 85 sq. 

5. custos relictus est. V. Cicéron de rep. 4, 6, 6. 

8. ancillulae pelex est. Cf. VI, 6, 1. « 
erubescendum. Pour un autre sens, celui «'d'esclave », cf. Bentley, 

note aux Odes d'Horace 1, 27, 14 sqq. 

10. Nempe frugi servum. Sur le tour, cf. II 4, 2. 

12. Nuptias clausa domo fecimus. Rapprocher de VIII 6, 2. 
Inter nuptiales fescenninos. Sur l'usage de débiter aux noces des 

vers fescennins, v. Catulle 61, 126; Lucain 2, 368 sq.; Pline N.B. 15, 
86 et Paul Diacre p . 85 éd. Mûller. 

13. repudium r émiser o. Remit tere, parce que le divorce était 
annoncé par un envoyé, nuntius. 

non sanum regere. Cf. II 3, 12 n. 

deinde de animo. V. II 1, 22. 

nec adulter domino venenum dédit. Cf. le sujet de la contro- 
verse préc. 

Non est beneficium scelere abstinere. Cf. II 5, 11 : Non est bene- 
ficium scelus non facere. 

15. circumlata est. Sur cette expression, v. II 4, 9 n. 

furcifer. Parce que les esclaves, comme punition, portaient au cou 



CONTROVERSES VII, NOTES. 367 

un instrument en forme de V retourné, nommé furca, aux deux extré- 
mités duquel les mains étaient attachées. 

17. M. Cato... coloni sui filiam duxit uxorem. Voira ce sujet 
Plutarque Cat. 24, 4 sqq. 

18. Albucius et philosophâtes est. Sur cette tendance d'Albucius, 
se reporter à VII Préf. 1 n. 

neminem natura liberum esse sqq. Sur ce lieu commun, voir 
Sénèque le Philosophe Epp. 44, 4; Al; de Ben, 3, 28, 1; Quintilien 3, 
8, 31; Pétrone 71; Juvénal 8, 236 sqq. Se reporter aussi à la contro- 
verse I 6, 4 n. 

Servium regem. V. I 6, 4 n. 

20. Nihil est... invidia periculosius. Cf. I 8, 10 n. 

pestiferam viperam. Expression proverbiale (Otto, p. 25). 

22 . Volesum. Il s'agit de L. Valérius Messala Volésus, consul en 
5 ap. J-C, proconsul d'Asie vers 12. Voir, sur lui, Sénèque le Philo- 
sophe, de ira 2, 5, 5 ; sur son procès, Tacite Ann. 3, 68 

L. Lamiae filio. C'est L. Aelius Lamia, consul en 3 av. J-C avec 
Servilius Nonianus. Nous verrons ailleurs (S. 2, 21), le rhéteur Corvus 
déclamer devant Sosius. 

23. fugitivum, erronem. Pour ces mots et ceux qu'on trouvera 
plus bas, cf. ce passage des règlements édictés par les édiles {Dig. XXI 
1, 1, 1) : Qui mancipia vendunt certiores faciant emp tores. .. guis 
fugitivus errove sit noxave solutus non sit. 

24. in illa subsellia. Cf. VU 4, 7 n. 

certum habeo sic nasci tyrannos. Cf. I 7, 2 et rapprocher de 
IX 4, 12. 

VII. Cavete proditorem. Même sujet dans Quintilien, 7, l f 
29 sqq. et Julius Victor 3, 2 (Halm p. 376, 38 sqq). 

Proditionis sit actio. Ce crime, qui rentrait dans le crimen per- 
duellionis, ne pouvait être poursuivi en vertu d'une actio : vraisem- 
blablement les Latins ont traduit ici la w«& •Kço8ooi«.q des Grecs. 

Pater et filius imperium petierunt. On trouvera une compétition 
semblable du père et du fils dans la controverse X 2. 

1 . Imper ator supplicium iulit, proditor pretium. Cf. ce vers de 
Juvénal (13,102) : Ille crucem sceleris pretium tulit, hic diadema. 

4. multum tacebat. Cf. V 8 deuxième n. 

6. Quaeris ante actae vitae crimina? V. VII 3, 1 n. 

8 gravis auro. Expression de Virgile, Bucol. 1, 35 : gravis 
aère. 

Si quid de vroditione sqq. Cf. VIII 1,3: Si crimen quaeritis sqq. 

9. et patriam vendidit. Nouvelle expression de Virgile, En. 6, 
121 : Vendidit hic auro patriam. 

10. certum tritumque iter. De même pour la Controverse VII 3; 
s'y reporter, au § 6 in. 

Latro semper contrahebat. Sur cette tendance de Latron, v. II 3, 
15 n. 

14. ut hostium animi frangerentur. Même expression dans la 
Controverse I 8, 9. 

vel in una domo duos duces eligere. Argument analogue dans la 
Controverse X 2, 17. 

adulescentes omnes conspirasse sqq. La même couleur est donnée 



368 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

à plusieurs reprises dans la controverse X 2, §§ 1, 12 et 14, et elle 
na rien d'invraisemblable, si Ton songe à ce que Tite-Live nous dit de 
l'attitude des jeunes gens à l'égard de Manlius, lorsqu'il rentra à Rome 
après avoir fait exécuter son fils (8, 12, 1;. 

15. praesagiis. Cf. I 8, 2 n. 

somniatoribus. V. II 1, 33 n. Quintilien nous présente aussi un 
personnage ému par des songes et des prodiges (R. 440, 7-8); enfin 
beaucoup de déclamations ont pour point de départ un songe (v. par 
exemple S. 4,4). 

17. cum auro. Cf. Virgile En. 1,482 : 

Examinemque auro corpus vendebat Achilles. 

quod factum apud Romanos saepius erat. Allusion à ce qui se 
passa après la bataille de Cannes: v. V 7, 1 n. et Tite-Live 22,58 sqq. 

19. quotiens aliqua vox porter etur sqq. Cf. IX 2,21. 

in illa suasoria. Sujet voisin de celui de la Suasoire 1. 

*Ev «rot x. t. \. Traduit par Virgile (Bucol. 8,11) : a te principiurn, 
tibi desinet. 

Tu autem quousque. Allusion au commencement de la l 1 ** Catili- 
naire : Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra? Le 
fils de Cicéron, dans la Suasoire 7 § 14, fait une application plaisante 
de ce mot. 

VIII. Mutanda optio raptore convicto. Sujet traité par 
Quintilien, Décl. 309, sous le titre de Raptor convictus. 

Rapta raptoris sqq. Cf. I 5 n. 
., 1. misericors in nos sqq. Développé par Quintilien R. 215,1 5 sqq. 
et 303,17 sqq. 

Non oportet tibi amplius quant semel licere optare. Cf. Quin- 
tilien R. 217,24 sqq. 

Al non semel mori satius est? Cf. I 5, 5 dern. n. 

2. ut honestius duceret. C'est ce que lui fait dire aussi Quintilien 
R. 218,12 sqq. Cf. également VIII 6, 4 : Si gêner o vitam daturus 
esset, etiam xnnocentiam reliquisset. 

Gravius punior nunc sqq. Voir la forme donnée à cette pensée par 
Quintilien R. 218,7 sqq. 

4. Jam non, negare pudet, nox vinum, error sqq. Développé par 
Quintilien R. 216,4 sqq. Gallion, ici, semble se souvenir de Térence 
(Ad. 470) : Persuasit nox, amor, vinum, adulescentia. 

5. intra decem menses. Cf. VII 4, 1 deuxième n. 
6.judicis suae clementiam novit. Cf. 1115,1. 

7. Non enim constabat te raptorem esse. De même dans Quinti- 
lien R. 217,5 sqq. 

Optio semel pueltae datur. Idée développée, quelquefois dans 

les mêmes termes, par Quintilien R. 216, 23 sqq. et 218,2 sq. 

Judex quam tulit sqq. Apulée dit, d'une façon analogue (Florides 
1,9,31) : Tabella semel lata nec augeri littera una nec minui 
potest. 

9. malo... animo. Cf. I 1,22. Cette question est posée aussi, dan» 
sa déclamation, par Quintilien R. 216,17. 

quaestioni vel partù V. I i, 14, deuxième n. 



CONTROVERSES VIII, NOTES. 369 

Quid est, inquit, quaresqq. Cf. VIII 6,4. Même supposition aussi 
chez Quintilien R. 218,27 sqq. 

10. De tout ce §, rapprocher IV 6, 3. 

11. illos sodales sqq. Pour ce rôle des compagnons, cf. II 3, 20. 



LIVRE VIII. 



I. Orbata post laqueum sacrilega. A rapprocher de la Contro- 
verse V 1 et surtout de la Déclamation 41 de Calpurnius Flaccus. 

tamquam de confesso supplicium sumere. En vertu de la dispo- 
sition : Magistratus de confessa su-mat supplicium, invoquée aussi 
par Quintilien (Décl. 314) et Calpurnius Flaccus (Décl. 16 et 41). C'est 
bien, à ce qu il semble, une disposition du droit romain (v. Momm- 
sen d. r'ôm. Strafrecht p. 438 n. 2). — Pour la peine du sacrilège, 
cf. I 4,5. 

1. Non est confessio nisi cum accusator eruit sqq. La même 
idée est exprimée par Quintilien R. 114,25 sqq. Calpurnius dit aussi : 
Confessio voluntaria suspecta est. Confessionem sceleris appellas 
vocem do loris. 

Fertur quaedam sqq. V. sur ce point Tite-Live 22,7,13 et Aulu- 
Gelle 3,15,4. 

2. Magis deos miseri quant beati colunt. Cf. Sénèque le Tragique, 
Ag. 694. Miseris colendos maxime Superos putem. 

3. Confessio coacti sqq. A rapdrocher du vers de Publilius Syrus 
(443) : tacitum tormentum animi conscientia. 

Si crimen quaeritis sqq. Cf. VII 7, 8. 

II. Phidias remissus amissis manibus. Dans la Controverse 
X 5 figure un autre artiste célèbre : Parrhasius. 

Sacrilego manus praecidantur. C'est une loi tirée de l'imagina- 
tion des rhéteurs : on ne trouve rien de semblable en Grèce ni à Rome. 
Pour la peine du sacrilège à Rome, cf. I 4,5. 

Elit ah Atheniensibus sqq. D'après Philochoros, que cite le Scho- 
liaste d'Aristophane (Pac. 604, fgm. 97 éd. Mùller), Phidias aurait été 
condamné à mort par les Eléens pour le motif, qui, d'après Sénèque, 
lui a fait couper les mains. Mais cette assertion est peu croyable, si 
l'on songe d'abord que Philochoros voulait saus doute faire retomber 
sur les Eléens la honte d'avoir accusé Phidias, dont l'on chargeait les 
Athéniens, ou tout au moins la faire retomber sur les deux peuples. 
En outre les Eléens permirent à Phidias de signer de sou nom la 
statue (Pausanias 5,10,2); ils confièrent à ses descendants le soin de 
veiller à la conservation du monument (ib. 14,5), et, au ll me siècle de 
notre ère, ils montraient encore l'atelier de Phidias (ib. 15,1). 11 est 
peu probable également qu'il y ait eu un traité conclu entre Athènes 
et les Eléens. Ce qui est sûr, c'est que Phidias avait fait pour les Eléens 
un Jupiter Olympien, que Pausanias nous décrit en détail (5,10,2-fin, 
11 en entier). 

1. Testor Jovem. Cf. V 3, 1 n. 

2. Habuimus aurum olim sacrum sqq. Pausanias nous dit que 

T. II. 21. 



370 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

la statue de Jupiter était faite avec des produits du pillage (&™ ^ a <pû pw v 
5, 10, 2). 

ut aliis quoque templis sqq. Phidias, en réalité, fit aux Eléens deux 
autres statues, l'une de Vénus Céleste (Pausanias 6, 25, 2), l'autre de 
Minerve (ib. 6, 26, 3). 

Iil. Infamis in nurum. Ce genre de titres est aimé des rhé- 
teurs : v. Décl. 18 et 19 de Quintilien, 47 de Galpurnius Flaccus. 

ancillamu.i oris et torsit. Cf la matière commune aux déclamations 
18 et 19 de Quintilien. — Sur la torture infligée à la servante, v. 
VI 6 av. dern. n. 

1 . tentari me.,, credidi. A cette couleur, cf. VIT 1, 7 et 21. 

si viro aliquid acciderit. Cf. I 6, 6, le portrait de l'épouse par- 
faite. 

IV. Homicida insepultus. Homicida insepultus abjiciatur. 
Cette loi doit être grecque, car cette prescription est inspirée par une 
assimilation du suicide à un homicide volontaire (Quintilien 7, 3, 7), 
et, à Rome, les hommes libres coupables d'homicide volontaire ne sont 
pas punis de mort. 

1 assiduis malis. Comme le sage de Sénèque le philosophe, 
Ep. 17,9. 

Cato. Allusion à Caton d'Utique. Cf § 2 et S. 6, 2 n. 

Curti. Allusion à M. Curtius qui se précipita dans le gouffre 
ouvert au milieu du forum; cf. § 2 et v. Tite-Live 7, 6, 2 sqq. 

a crucibus in sepulturam suam defluunt. Expression imitée par 
Valère-Maxime, 6, 9 ext. 5 : cmci adfixit, e qua... manantia 
membra... Sa?nos... adspexit. 

2. Scaevolae Mucio. Cité encore ailleurs X 2, 3 et 5. 
Codrum. V Velleius Paterculus 1, 2, 1. 

Non magis crudeles sunt qui volentes vivere occidunt quam qui 
volentes mori non sinunt. Idée exprimée souvent depuis Publilius 
Syrus (50 et 504) jusqu'à Sénèque le Tragique (^.996; Herc. fur. 511 
sqq. ; Herc. Oet. 933 sqq. ; Phoen. 98 sqq.; Th. 246 et 47; Tro. 330), 
en passant par Horace A. P. 467 et par Sénèque le Philosophe (de 
ira 1, 16, 3; de Ben, 2, 5, 3). 

V. Fortis nolens ad pat rem fortem redire. Cf. X 2. 

ille tacuit. Cf. VI 1. 

praemio. Allusion à la loi d'école : Vir fortis quod volet prae- 
mium optet : v. X 2. 

1. Ego fortior sum. Cf. X 2, 3 fin. 

%. Ille annos suos exercuit, ego vicimeos. Développé par Quin- 
tilien R. 53, 19 sqq. 

Quanta adhortatio juvenumsqq. Cf. X 2, 2. 

Quid nos suspicari cogis sqq. On supposera qu'il a été justement 
chassé, puisqu'il ne veut revenir dans la maison paternelle qu'a 
imposé pour ainsi dire à son père. 

VI. Pauper naufragus divitis socer. Rapta raptoris sqq. 
Cf. I 5 n. 

tertio. Sorte de chiffre sacramentel : cf. II 7. 



CONTROVERSES VIII, NOTES. 371 

tacuit et flevit. De même dans les Déclamations 247 de Quintilien 
et 16 de Calpurnius Flacus : d'ailleurs c'était là un moyen très sûr de 
faire condamner celui que Ton accusait; cf. Valère-Maxime, 6, 1, 7. 

1. nemo umquam raptor serius periit. Cf. IV 3, 2. 
loquor ubi primum licet. Cf. VII 1, 19. 

2. Procul a conspectu sqq. Pour ces récits de tempête, v. VII 
1, 4 n. 

tantum fulminibus diesredditus. Cf. Ovide Met. 11,552. 

summis montium jugis sqq. V. Sénèque le Philosophe Ep. 89, 
21: tecta... impositamontibus in vastum terrarum marisque pros- 
pection. Ces demeures, Ernest Havet {Hellénisme p. 160) les compare 
au château féodal. 

naufragiorum reliquias computabat. Comme le montre Fried- 
lânder (trad. Vogel II 345), les habitants des côtes exerçaient le droit 
d'épaves contre les naufragés ; quelques-uns même causaient volon- 
tairement des naufrages, en trompant les navires par de faux signaux. 
Ce crime d'ailleurs était prévu et puni (Dig. XLVII 9, 10). 

remoti angulo ruris abscondis. A rapprocher de VII 6, 12 : Nup- 
tias clausa domo fecimus. 

3. Lacrima semper indicium est inoptatae rei. Calpurnius Flac- 
cus dit au contraire (décl. 16, p. 813 éd Burmann) : Omnes sciunt 
lacrimas ex uno misericordiae fonte manare. 

quod prius etiam feci, taceo. L'orateur qui parle ici est de l'école 
de ceux que blâme Cestius (VII 7, 19). 

4. Mortem optatura est sqq. Cf. VII 8, 9 et n. 
etiam innoeentiam reliquisset. Cf. VII 8, 2 prem. n. 



LIVRE IX. 

Praef. Votieni Montani. V. Ylntrod. p. XXX. 

ne exercitationis quidem sqq. Comme il a déclamé, il faut admet- 
tre qu'il a été poussé à le faire par une troisième raison, qui est vrai- 
semblablement le désir de ne pas se singulariser par une conduite 
contraire à celle de ses contemporains (cf. Hess, Quaestiones Annea- 
nae, p. 16). Il allait donc encore plus loin qu'Asinius Pollion dont on 
nous dit (IV Préf. 2) : exerceri quidem illo volebat, gloriari fas- 
tidiebat, et que Labiénus (X Préf. 4), qui se bornait à ne pas décla- 
mer en public, parce qu'il trouvait cet usage honteux et d'une vanité 
frivole {turpe ac frivolae jactationis). 

scribit non ut vincat, sed ut placeat. Sénèque le Philosophe dit 
d'eux (Ep. 20, 2) : assensionem coronae captuntibus. 

argumentationes sqq. Il semble que Votiénus Montanus ait ici en 
vue Arellius Fuscus (cf. II Préf. 1) ou son élève Ovide (v. II 2, 
12). 

cupit enim se approbare, non causam. C'est la même idée qu'ex- 
prime Cassius Sévérus (III Préf. 12) : Assuevi non mihi respondere, 
sed adversario ; et ce qu'il ajoute immédiatement après : Non minus 
devito supervacua dicere quam contraria doit être rapproché de la 
phrase par laquelle Montanus continue. Cf. aussi Fortunatianus II 20 
(Halm p. 113, 9). 



372 SENÈQUE LE RHETEUR 

2. Respondent Mis sqq. Voir VII, Préf. 8, la note où ce passage 
est cité. 

laudationibus crebris. Cet excès dans les applaudissements frap- 
pait aussi Sénèque le Philosophe (Ep. 52, 42) : lntersit aliquid inter 
clamorem theatri et scholae : est aligna et laudandi licentia. Il 
semble, en effet, que Ton applaudissait, en quelque sorte, à charge de 
revanche, ou peut-être en se faisant les réflexions que Pline le Jeune 
traduit naïvement (6, 17, 4) : Denique, sive plus, sive minus, sive 
idem praestas, lauda vel inferiorem, vel superiorem, vel parem: 
superiorem, quia, nisi laudandus Me non potes ipse laudari; 
inferiorem aut parem, quia pertinet ad gloriam tuam quam maxi- 
mu?n videri quem praecedis vel exaequas. 

desiit illos. Cf. III Préf. 13. Cassius Sévérus y dit, d'une façon 
analogue : Vix se inveniunt; assuerunt enim suo àrbitrio diserti 
esse. 

3. nemo ex indus tria obloquitur. Au contraire, au forum, on est 
contrarié, non seulement par ses adversaires, mais par le juge : v. 
Quintilien 12, 6, 5 et Tacite Dial. 39. 

Latronem Porcium. Cette anecdote est également racontée par 
Quintilien (10, 5, 18), qui semble avoir imité Sénèque. 

4. caelum denique. Cf. III Préf. 13 : subdivo stare non possunt, 
non imbrem ferre, non solem sciunt. 

gladiatores. Quintilien (10 , 5, 20) compare aussi les exercices de 
l'école à ceux des gladiateurs. Ailleurs (III Préf. 13) Cassius Severus 
appelle les écoles de rhétorique des salles d'exercice (ludum). 

5. illic judici blandiuntur. Cf. Tacite Dial. 19 et 39. 

inter fremitum. Arepprocher de Quintilien 10, 3, 30: totcircums- 
tantibus judiciis, jurgiis, fortuitis etiam clamoribus.Y. aussi 12, 
6, 5. 

itaque velut ex umbroso sqq. La même idée est exprimée en ter- 
mes voisins par Cassius Sévérus, III Préf. 17. Cf. également Quinti- 
lien, 10, 5, 17. 

multis perdomiti contumeliis. Comme celle qu'eut à subir, par 
exemple, Latron (cf. supra). 

Lepidus. Sur Aemilius Lepidus, v. Introd. p. XXVI et II 3,23 n. 

notus est studio. Dans la partie de cette préface qui est perdue, 
Votiénus Montanus continuait vraisemblablement à expliquer pourquoi 
il ne se livrait pas à la déclamation. Dans tous les cas, il n'ajoutait 
vraisemblablement pas d'idées nouvelles à celles que nous trouvons 
dans la Préface du Livre III. 

1. Cimon ingratus Calliae. Adulterumcum adultéra sqq. Cf, 
I4n. 

îngrati sit actio. Sur cette action, v. II 5 n. 

peculatus damnatus. De même chez Justin 2,15,19. En réalité, 
c'est pour trahison, à la suite de son échec devant Paros, qu'il fut 
condamné à payer une amende de cinquante talents (295.000 francs) : 
v. sur ce point Hérodote (6,136,1), Cornélius Nepos (Miltiadel,§) et 
Plutarque {Cimon 4,5). 

in carcere alligatus. Valère-Maxime écrit de même (5,3 Ext. 3) : 
in carcere et vinculis. Un sujet de devoir donné dans les écoles de 
rhétorique était le suivant : « Paroles de Cimon lorsque son père 



CONTROVERSES IX, NOTES. 373 

mourut en prison. » (Nicolas Progymnasmata 11 ; Walz I 316). 

decessit. Des suites de ses blessures, dit Hérodote (6,136,3.) 

ut eum sepeliret vicarium se pro corpore patris dédit. Les décla- 
mateurs anciens ont montré une vive admiration pour cette marque 
d'affection filiale (Valère-Maxime 5,4 Ext. 2; Quintilien R. 191,2» 
sqq); dans Libanius (éd. Reiszke IV 335 sqq.) on trouve traitée la 
matière suivante : « Cimon demandant à être mis en prison pour son 
père. » Mais cette hypothèse ne peut s'admettre que parce qu'ils ont 
transformé les faits en remplaçant l'accusation de trahison par une 
accusation de péculat : en effet, le corps du traître ne devait être 
enseveli ni dans Athènes, ni dans aucun lieu de la république ; c'est 
la seule prescription à ce sujet que nous connaissions. En réalité 
Cimon pouvait, sans d'ailleurs avoir rien à demander, être retenu en 
prison tant que l'amende n'était pas payée, mais uniquement pour ce 
motif. 

pecuniam solvit. D'après Hérodote (L c), c'est Cimon qui paya 
l'amende . 

filiam ei suam collocavit. Au contraire, c'est lui qui maria à 
Callias sa sœur Epinikè dont on le disait l'amant et qui passe pour 
avoir été de mœurs légères (Cornélius Nepos Cimon 1,3-4; Plutarque 
Cimon 4,9). 

in adulterio deprecante pâtre occidit. Cf. la matière de la Con- 
troverse 1 7 . 

ingrati reus est. Il faut remarquer que Cimon manquait complète- 
ment d'éloquence (Plutarque Cimon 4,6) . 

2. Cynaegiri. Cité encore dans la Suasoire 5,2. Sur ce général athé- 
nien, très souvent cité, v. Hérodote, 6,U4 et Valère-Maxime 3,2,22. 

Callimachi. Général athénien qui mourut à Marathon, après avoir 
combattu très courageusement. Cf. Hérodote ib. 

non accepi beneficium aut reddidi. Argument constant dans les 
controverses où est soulevée la question d'ingratitude : v. II 5,10. 

3. Nihil habet domus nostra sqq. A rapprocher de la Controverse 
I 6,4. 

4. Nullo mihi felicior videor sqq. Cf. Valère-Maxime 5,3 Ext. 3. 
si adulterum solum occidero, exutandum est. En effet, dans ce cas, 

il serait considéré à Rome (non en Grèce) comme homicide (Mos. et 
Rom. legum collât, 4,2,6; Girard Textes 504) et l'homicide était puni 
de mort, si on ne se soustrayait au supplice par un exil volontaire. 
feci quod soleo. Sur cet argument, v. I 1,17 n. 

6. redde me carceri. Cf. le mot de Sénèque le Philosophe, de 
Ben. 2,11,1: Redde me Caesari. 

ut innocentia ejus sqq. Cf. X 2,9. 

7, Pro una rogat, duos eripit. Trait reproduit dans les cou- 
leurs, au § 12. 

9. An non quisquis sqq. A rapprocher de II 5,10. 
quod lege fecit. V. I 4,6 dern. n. 

affectu et indignatione ablatus. Cf. Il, 15 n. 
ignoscendum illi sit. v. I 4,6 n. 

ut illi mos erat. Se reporter, en effet, à la note de la Controverse 
113,15. 

10. an beneficium acceperit. Cf. I 5,10 n. 



374 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

11. ubi aliquis ex eo aut sperat quid aut praeparat sqq. Cf. 
Sénèque le Philosophe, de Ben. 1,2,3 sqq. 

dur ara quaestionem fecit. Gomme dans la Controverse Vil 2,13. 
Virginios. Cf. I 5,3. 

qui incluserunt. Peut-être allusion au sujet de la Controverse 
III 5. 

12. ut nihil in Callian sqq. v. II 1, 24 n. 

Pro una rogas, duos eripis. Nous avons déjà trouvé cette couleur 
parmi les traits, au § 7. 

13. Fusrum sqq. Même constatation dans la Controverse IX 6,16. 
exercitationis causa. En effet Quintilien (10,5,2 sqq ) et Pline le 

Jeune (7,9,2) recommandent comme un excellent exercice la tra- 
duction de morceaux grecs en latin. 

Thucydidis sententiam. L'erreur d'attribution s'explique par l'habi- 
tude de considérer Salluste comme un imitateur de Thucydide. On 
trouvera une autre erreur d'attribution dans la Suasoire 2,11. 

15. sub Miltiadis tropaeis concumbere cum adultero. Cf. I 4,3: 
Spectat inter spolia viri fortis volutantes adulteros. 



II. Flamininus inter cenam reum puniens. Majestatis 
laesae sit actio. Il est bien évident que l'on intenta des poursuites 
pour crimes de lèse- majesté: que l'on songe aux crimina perduel- 
lionis et imminutae majestatis! Mais ils ne donnaient pas lieu à 
une actio. Il y a ici un souvenir de la rça^ àiromfcewç tout â^ou. 

proconsul* C'est là son vrai titre, quoique, au cours de la contro- 
verse, il soit désigné quelquefois par le titre de prêteur. 

unum ex damnatis occidit. Même version chez Cicéron de Sen, 
12, 42 et chez Valère-Maxime 2, 9, 3. Tite-Live la rapporte, mais 
pour nous dire qu'elle est due à l'imagination de Valérius d'Antium 
(39, 43, 1 sqq ). En réalité (ib. 39, 42, 8 sqq), Flamininus, pour com- 
plaire à son mignon Philippe, qu'il avait emmené de Rome la veille 
du jour où devait être donné un combat de gladiateurs, lui demanda, 
par allusion aux gladiateurs qu'on appelait « Gaulois, » s'il voulait 
voir un Gaulois mourant. Sur sa réponse, il frappa de son épée, à la 
tête, un noble Boïen, qui était venu l'implorer pendant son repas. Le 
Gaulois blessé s'enfuit en implorant la protection du peuple romain; 
Flamininus courut après lui et le perça de son épée. Pour Plu- 
tarque [Cato major 17, 1-8 et Flamininus 18, 3-6), c'est aussi pour 
complaire à un mignon que Flamininus tua, mais il fit amener et 
exécuter un condamné à mort. — Si les déclamateurs ont adopté l'autre 
version, c'est d'abord qu'elle est plus dramatique et offre une matière 
plus variée aux mouvements oratoires, c'est aussi que, derrière Fla- 
mininus, ils semblent attaquer Antoine, que Sénèque le philosophe 
nous représente d'une manière à peu près identique (de ira 3, 40, 4). 

1. Objicio luxuriam. Cf. I 1, 1 n. 

2 meretricem non summovisset. V. II 1, 3 n. 

ut salva provincia sit. On trouvera les raisons de cette décision 
dans Tacite Ann. 3, 33. 

dedimus quaestorem. Cicéron (in Verr. 1, 19, 61) développe l'idée 
que le questeur doit être considéré par le gou veneur comme un fils. 

praetoris loco. Le locus praetorius (Pétrone 65), appelé à Rome 



COiNTROVERSES IX, NOTES. 315 

iocus consularis, était la place d'honneur : il y a ici un jeu de mots. 

3. una nocte contentus sum. Cf. V 6, 1. 

4. Jnter temulentas reliquias sqq. On retrouvera la même phrase 
dans les couleurs, au § 24. 

inter purgamenta sqq. De ce tableau, rapprocher Sénèque le 
Philosophe Ep. 47, 5 : alius sputa deterget, alius reliquias temu- 
lentorum subditus colligit ; et Pétrone 34 : argentumque inter reliqua 
purgamenta scopis coepit everrere. 

6. uno convivio sqq. V . § 3 n. 

an te mensam ac de os trucidatur. De même dans Tite-Live 39, 
43, 4. Facinus saevum atque atrox, inter pocula atque epulas. 
ubi libare Diis dapes, ubi bene precari mos esset sqq. 

7 . mensam tenens. Cf. Ovide Àm. 1, 4, 27 : Tange manu mensam, 
tangunt quo more precantes. 

8. terrorem imperio quaeri. A rapprocher de Sénèque le Tragique, 
Oed. 704 : Régna custodit metus. 

Bruti, Horatii, Decii. De L. Junius Brutus il est encore question 
dans la Controverse X 3, 8 ; d'Horatius Codés et de Décius dans la 
Controverse X 2, 3. 

10. légitima verba. Ces mots, que Sénèque le Philosophe (de 
ira 1, 16,5) appelle sollemnia, on peut les reconstituer d'après Tite- 
Live 1, 26, 6 et 11. I, lictor, colliga manus, caput obnubito, 
infelici arbori reste suspendito; verberato vel intra pomerium 
vel extra pomerium. 

eques Romanus... équités Romani. Allusion sans doute aux 
comités du gouverneur ou à ces praefecti dont il est question plus 
bas et qui appartenaient à l'ordre équestre. Cf. Mommsen d. Rom. 
Strafrecht, pp. 139-140. 

11. nihil se gratiae, nihil precibus dare. Pour ce serment, v. 
Cicéron de Off. 3, 10, 43-44 ; Acad. pr. 2, 47, 146; Valère-Maxime 7, 
2, 4; Quintilien 5, 6, 4; Cod. III 1, 14 pr. 

praefecti. Fonctionnaires rétribués, nommés par le gouverneur 
avec l'agrément de Rome, d'abord pour commander les troupes, puis 
pour remplir n'importe quel emploi, même d'un ordre civil : parfois 
ils ne quittaient pas Rome. 

13. Privatus potes t accusari majestatis laesae sqq. A rappro- 
cher de X 4, 14. 

14. majestatis actione. Le terme à'actio est impropre, puisqu'il 
s'agit d'un crime. 

15. et continetur indigno foedere. Pas tout à fait exact. Cicéron 
(de Off. 3, 30, 109) parle des généraux que le Sénat, chargé de l'examen 
des traités, a livrés aux ennemis pour n'avoir pas à exécuter des con- 
ventions qu'il n'approuvait pas. 

Nunc nec viribus sqq. Même discussion dans la Controverse X5, 13. 

18. ut illum judex probet, sed dimittat. De même dans la Con- 
troverse X 4, 11. 

19. in Manlio impotentia sqq. Cf. X 3, 8 et Valère-Maxime 6, 
9, 1. 

in Sulla crudelitatem. V. II 4, 4 n. 

21. illi, qui voluerunt sqq. A rapprocher de VII 7, 19. 

Summove a praetore meretricem. V. I 2, 3 n. 



376 SENÈQUE LE RHETEUR 

agnoscis hoc verbum. Cf. Térence, Hécyre 65 ; Cicéron pro 
Caelio 21, 52 : Venerem illam... spoliatricem et Martial 4, 29, 5 
spoliatricem... amicam. 

22. in.., schemata. Il est donc semblable à Albucius (II 5, 17). 
Latronis circumfertur. Cf. II 4, 9 n. 

23. eloquentiam suam vendere. On trouve une expression ana- 
logue dans Sénèque le Tragique, Herc. fur. 173-74 : improbus iras Et 
verba locat. 

24. inter temulenias sqq. La phrase, avec une légère variante, se 
trouve déjà au § 4. 

Quid exhorruistis, indices? sqq. Même tour dans la Controverse I 
6, 12. 

ne calceatus quidem. Les Romains retiraient leurs chaussures pour 
se mettre à table. Sur le calceus, v. n. suiv. 

25. Soleas proposcit. II aurait dû porter le calceus, haut brode- 
quin en cuir fermant avec des courroies, au lieu des soleae, sandales 
de femmes, qu'Aulu-Gelle juge indignes d'un homme (13,21,3 sqq.). 
Cf. Verrinp.s 5, 33, 86 : Stetit soleatus praetor populi romani (cité 
par Julius Victor 22; Halm p. 436, 20). V. aussi in Pisonem 6, 13. 

26. verba antiqua et sordida consectantur . Le premier défaut 
était celui d'Hatérius (IV Préf. 9), le second celui d' Albucius 
(VII Préf. 3) 

semper autem ad sanitatem proclivius est. Cf. 111,24 etQuintilien 
2, 4, 5. 

27. Serviebat forum cubiculo sqq. Imité par Sénèque le Tragique 
Ag. 35-6 : Avo parentem,... patri virum, Natis nepotes miscui, 
nocti diem. 

Omnia autem gênera sqq. Même observation dans la Contro- 
verse II 4, 12. 

facilius.... docemur exemplo. A rapprocher du mot de Sénèque le 
Philosophe Ep. 6,5: Longumiter est per praecepta, brève et efficax 
per exempta. 

III Expositum repetens e duobus. Imité par les Gesta 
Romanorum 116: de dilectione dei, quomodo omnes nos aequaliter 
diligit usque dum ipsum per peccata despicimus et le Violier des 
Histoires Romaines 103. Cf. aussi le sujet de la Controverse IV 6. 

Per vim metumque gesta ne sint rata. Cf. IV 8 n. 

Pacta conventa legibus facta rata sint. C'est une disposition qu'on 
trouve dans la loi romaine et qu'on retrouverait aussi dans la légis- 
lation grecque. 

Expositum qui agnoverit, salutis alimentis recipiat. Cette loi, 
qu'on retrouve dans Quintilien (Inst. Or, 7, 1, 14; Décl. 278), 
n'a existé, à notre connaissance, ni à Rome, ni en Grèce. 

duos fèlios. Ce sont des jumeaux : v. passim, surtout § 3. 

expositos. Sur l'exposition des enfants, v. Boissier Religion II 181 n. 
et 317. De toutes les lois grecques ou italiennes venues à notre con- 
naissance, une seule, celle des Thébains, ne reconnaît pas ce droit : 
d'ailleurs, à l'époque de Sénèque, il était battu en brèche (v. Denis 
Histoire des théories et des idées morales dans V antiquité II 107, 
sqq.) 

3. Nolite timere, pueri sqq. Cf. IV 6, 1. 



CONTROVERSES IX, NOTES. 377 

hasta. Une lance était plantée à l'endroit où se faisait une vente 
aux enchères. 

4. Agnitio dividet sqq. Cf. II 2,1. Hos dividere vult socer, quos 
ne mors quidem dividet. 

6. Expeditae partes vestrae sunt. De même dans la Contro- 
verse X 2, 1. 

8. Arma lex et vincula sqq. Même défense dans la Contro- 
verse IX 5, 6. 

11. qui asperiorem dicendi viam sequeretur. Cf. 12, 16. 
placet mihi in irritum sqq. A rapprocher des sentiments et des 

paroles d'Hiempsal dans Salluste Jugurtha 11,6. 

12. detorqueri ab illo sqq. On en trouvera un exemple dans la 
Controverse I 5, 1. 

13. contumeliose . Même adverbe en parlant de Cestius dans la 
Controverse I, 3, 10. 

contenti unius linguae eloquentia. Cf. Horace Sat. 1, 10, 20 sqq. 

toga posita, sumpto pallio. Nous voyons, en effet, dans Pline 
(Ep. 4, il, 3), qu'un exilé, qui n'avait pas le droit de porter la toge, 
fut obligé de préveDir son auditoire qu'il allait parler latin, quoi qu'il 
fût en costume grec. Pour les différences de costume entre ceux qui 
déclamaieDt dans les deux langues, v. «Jullien, Les Professeurs de 
Littérature dans l'ancienne Rome. p. 171-172. 

Sabinus Clodius. Doit être identifié sans doute avec le rhéteur 
sicilien Sex. Clodius, qui enseigna à Antoine l'éloquence grecque et 
l'éloquence latine (Suétone de Rhet. o). — Arellins Fuscus déclamait 
aussi en grec : v. la Suasoire 4, 5. 

urbane. Quintilien (10, 1, 117 et 11, 3, 133) et Tacite (Dial. 26) se 
servent de la même expression en parlant de Cassius Sévèrus . 

numquam magnas merccdes sqq. Cf. Anthologie grecque 9 T 
174-75. Les faits semblent d'ailleurs contredire cette assertion : cf. 
Jullien ib. p. 174. 



IV. A filio in arce pulsatus. A reprocher de Syrianus (Walz IV 
467, 29) et du Problème 67 (Walz VIII 413). 

Qui patrem pulsaverit manus ei praecidantur. Cette disposition, 
qu'on retrouve trois fois dans les Déclamations de Quintillien, en 
termes à peu près identiques (358, 362, 372), et que les rhéteurs grecs 
n'ont pas ignorée (Syrianus, chez Walz IV 467, 33), semble n'avoir 
eu aucun fondement dans la réalité. Mais il est certain qu'il y avait 
une peine prévue (Festus s. v. plorare). 

1 . Felicior essem, si plures reos defenderem. Cestius a repris 
l'idée dans la Controverse IX 5, 12 : vellem très raptos haberem. 

2. lnteger tyrannus jacet. Cf. I 7, 2; Suasoire 6, 26 et Juvénaî* 
10, 288 : jacuit Catilina cadavere toto. 

3. Dura, fili. Cf. II 3, 6 n. 

ad tyrannum tibi per patrem eundum est. Imité par Tite- 
Live 23, 9, 8 : Per meum pectus petendus il le tibi transfigendusque 
est. 

5. nos colludere. Hypothèse souvent émise : v. I 5, 8. 

Nécessitas magnum kurnanae imbecillitatis patrocinium est. 
Valère- Maxime s'exprime en termes analogues (2, 7, 10) : humanae 



378 SÉNÈQUE LE RHÉT.EUR 

imbecillitatis efficacissimum duramentum est nécessitas. V. aussi 
Controverse IV 4, In. 

Saquntinos. V. à ce sujet Quintilien, Inst. Or. 3, 8, 2;> et R. 405, 
28; Pétrone 141 et Frontin 4, 5, 18. 

ad servilem dilectum Cannensis ruina compulit. Se reporter à 
Y 7, 1 n. 

6. etiam patronum cecidisti. Cf. VII 2, 8. 

9. legem excipere sqq. C'est ce que dit en eflet Paul 5, 4, 2. 

vi patrem sopitum. Expression analogue dans Tite-Live 1, 41, 5 : 
sopitum... regem subito ictu. 

non injuria sed medicina fuerit. Cf. les arguments de la Contro- 
verse suivante § 6. 

10. nos faciant nocentes. Sur cette expression v. II 1, 4 n. 
sacerdos ille sqq. On lit de même dans Quintilien 3, 6, 78 : dona 

templi cogenti tyranno dédit. 

11. hoc animo. Sur cette considération, v. II 1, 22 n. 

12. Agere injuriarum. En effet un coup constitue Vinjuria (Gaïus 
3,220; Paul 5, 4, 1 et 4). 

poena major est ejus qui cecidit. Allusion à la loi invoquée au 
commencement de la controverse . 

taxatione defungi aut injuriarum poena. V. Gaïus 3, 223-225. 
taies esse qui fiant tyranni. Cf. VII 6, 24. 

13. si pio animo fecit. V. § 11 n. 

lta tu non tyranno tantum sqq. Cf. VII 2, 1 Latron disant déjà : 
Non pudet te sqq. 

16. exposita tormenta sunt. Même phrase dans la Controverse 
II 4, 1 . 

17. ab Asilio Sabino. Sur Asilius Sabinus, cf. Suétone Tib. 42 et 
Calig.8. 

erat autem urbanissimus homo. Sénèque emploie des expressions 
analogues en parlant de lui dans la Suasoire 2, 12. 

laturus calumniam. En effet, le résultat de sa condamnation aurait 
été de l'écarter du forum : v. VII Préf. 7 n. 

18. an calumniam haberet. Cf. Il 1, 34 n. 

in Domitium. Cn. Domitius Ahénobarbus, consul en 32 ap. J.-C. 

prospicientes . Sur le goût des Romains pour les vues très étendues, 
v. V 5 et les notes. 

upujpov xoXoj*6av x. t. x. Sabinus retourne ici le proverbe grec qui suit 
l'ordre dans lequel les choses étaient enseignées : iM-e Ypà^a-ua j^ts veTy 
(Platon de Leg. III p. 689 D). On a lu longtemps dans Suétone (Aug. 
64): Nepotes... litteras et natare... docuit. — Aem. Thomas a 
remarqué que ces mots de Sabinus forment un trimètre ïambique. 

19. reus causam dixerat. Les accusés, en signe de deuil, laissaient 
pousser leur barbe et leurs cheveux : cf IV 1 n. 

20. cum mattea. Cf. Martial 3, 77, 2 sqq. 

21. in lautumias. Varron dit {de lingua latina 5, 151); vocantur 
Latomiae, inde Lauiumiae translaium. Cf. Cicéron Verr. 5, 68, 143 
sqq. On nommait ainsi à Rome d'anciennes carrières situées sur la 
pente du Capitole, près de la place dite Comitium, et transformées en 
une prison, dont on a retrouvé des restes. 

V. Privignus ab avo raptus novercae. De vi sit actio. Des 



CONTROVERSES IX, NOTES. 379 

poursuites pour violence étaieni autorisées à Rome (V 6 n.); mais elles 
ne peuvent avoir lieu en vertu d'une actio : les mots latins traduisent 
ici les mots grecs ^y\ ptaiwv. 

sub noverca. Pour les belles-mères dans les Controverses, cf. TV 5 n. 

dubia cruditatis et veneni signa. V. VI 6 n. 

3. adjice illi omnia insignia. Allusion aux détails que donnaient 
les crieurs publics sur les objets perdus 

filios quos perdidisii. Se retrouve dans les couleurs § 16. • 

6. an in re vis sit. De même dans la Controverse IX 3, 8. 
quae turba est? Cf. Paul 5, 3, 1. 

et salutaris. A rapprocher des arguments de la Controverse précé- 
dente § 9. 

7. Habet sua jura naturasqq. Cf. 1 1, 14. 

patri et occidere. Comme dans la Controverse VII l.Cf. Quintilien 
Décl. 6, 141; p. 14, éd. Burmann. Poteram quidem fortiter dicere : 
pater jussi. Hoc nomen omni lege majus est.... Jus nobis vitae 
necisque concessum est. 

Cujus intestati sqq. Exact : v. Girard 834 sqq. 

Quem dementem alligaturus est. Gallion veut dire qu'il lui fera 
donner un curateur et un gardien. 

Quaedam jura sqq. Cf. encore l 1, 14 n. 

8. ignoscendum sit... affectu ablatus. V. respectivement I 4, 6 
n. et I 1, 15 n. 

et de animo. V. II 1, 22 n. 

12. Vellem très raptos haberem. Cf. IX 4,1 et n. 
affectu se ablatum. Cf. § 8. 

13. ne quid in novercam sqq. V. II 1, 24 n. 

15. tirocinium ponere. Cf. III Préf. 13 et n. 

16. quos perdidisti sqq. Nous avons déjà rencontré cette couleur 
parmi les sententiae (§3). 

17. Nam et Ovidius nescit sqq. Cf. II 2, 12. 

- ut ad tumulum sqq. Polyxène est déjà immolée dans Ovide, lors- 
que Hécube se lamente en ces termes. 

Cinis ipse sepulti sqq. Cf. IX 6,5. Imité par Sénèque le Tragique, 
dans les Troyenn s 958 : Cinis ipse nostrum sanguinem ac tumulus 
sitit. 

non minus magnam virtutem sqq. A rapprocher du proverbe : 
« La parole est d'argent, mais le silence est d'or, » et de deux vers 
français, l'un de Boileau (A. P . I 63) « Qui ne sait se borner ne sut 
jamais écrire », l'autre de Voltaire (Disc. 6, 18) : « Le secret d'en- 
nuyer est celui de tout dire. » 

VI. Filia conscia in veneno privigni. On trouvera le même 
sujet traité par Quintilien (Décl. 381) et par Calpurnius Flaccus 
(Décl. 12). 

Venefica torqueatur, donec conscios indicet. Cette loi, reproduite 
textuellement par Quintilien {Décl. 381), et avec des changements 
insignifiants par Calpurnius Flaccus {Décl. 12), est grecque : car à 
Rome, à l'époque de Sénèque, on ne peut mettre une personne libre à 
la question. 

1. ante actam ejus vitam excutiamus . Cf. VII 3, 1 n. 

2. Quaedam ferae tela ipsa commordent. A rapprocher des vers 



380 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

de Pacuvius dans le de Armorum judicio cités par Nonius éd. Mer- 
cier 124, éd. L. Mueller 176, 2. 

gratissimum est commori. Cf. Quinte-Curce 6, 10, 9 : maligna 
est calamitas et fere noxius, cum suo supplicio crucietur, ad- 
quiescit alieno et Sénèque le Tragique Ag. 202. Mors misera non 
est commori cum quo velis. 

3. damnasse jam paenitet. De même dans Quintilien R. 426, 
6 sqq. 

4. Matrem quid expavisti sqq. Quintilien dit R. 426, 10. Hic 
verba patris appellantis filiam, illius expavescentis timorem. 

5. Etiam cineribus tuis infesta est noverca. Cf. les vers d'Ovide 
cités au § 17 de la Contreverse IX 5 et la note. 

6 Habui filium tam bonum sqq. Pour le tour. v. VII 5, 2. 
Ma, cum hujus aetatis esset sqq. On trouvera la même idée 
exprimée par Quintilien R. 425, 25 sqq. 

7. nullis... inquinatam fabulis. A rapprocher de II 7, 9. 

an te veneficium oportet faciat sqq. Idée exprimée ailleurs : v. VII 
5, 2 et n. 

servus tortus sqq. Sur les doutes qu'on exprimait dès lors touchant 
l'efficacité de la torture, v. Denis Histoire des théories et des idées 
morales dans V antiquité II 212 sqq. — Pour ce vol de Caton, 
cf. X 1, 8. 

8. Amissum fratrem flevit sqq. Cf. Quintilien R. 426,2. 
afferte mihi imaginem fratris. Moyen employé fréquemment, mais 

qui ne réussissait pas toujours : v. Quintilien 6, 1, 40. 

9. catuli cum rabie nascuntur. Quintilien, soutenant la thèse oppo- 
sée, dit précisément le contraire, R. 425, 26-27. 

Quid Ma, fratrem sqq. Allusion à Médée : cf. Cicéron de imperio 
Cn. Pompei 9, 22; Ovide Her. 6, 129, Trist. 3, 9, 27; Sénèque le 
Tragique Médée 173. 

10. credibile scelus. A rapprocher d'Apulée Apologie 85. 
mater, quid est venenuml De même dans Quintilien R. 426, 13. 
il. ut vitia quidam sua et intellegant et ament. Gf, ce qui est 

dit d'Ovide II 2,12. 

12 manus ad genua dimitte. Geste des suppliants. 

quia audientibus placitura sunt. Si les déclamateurs avaient agi 
autrement, ils seraient restés seul dans leur école (Pétrone 3). Pline 
le Jeune, lui, était d'avis qu'il fallait, toujours, mettre dans ses ouvra- 
ges quelque chose qui pût plaire aux jeunes gens (Ep, 2, 5, 5) . 

13. in exilium. La peine était la rélégation, peine différente de 
l'exil : Ovide écrit, en effet, dans ses Tristes (2, 137) : Quippe rele- 
gatus, non exul dicor in illis. 

nec... potuisset.CaT les relégués étaient envoyés dans des contrées 
lointaines ou dans des îles. 

16. transtulit ad verbum quidem. Cf. IX 1, 13 et n. 

18. fréquenter... in scriptis suis. Il parle aussi de lui dans les 
Controverses IX 4, 15 ; IX 5, 14. 

19. încauta futuri mortalitas I A rapprocher de Y Enéide, 
10, 501 : Nescia mens hominum fati sortisque futurae. 



CONTROVERSES X, NOTES. 381 



LIVRE X. 



Praef. 1. jam res taedio est. Quel changement depuis la préface 
du Livre I, où il écrivait (§ 1) : Est, fateor, jucundum mihi 
redire in antiqua studia. Il faut noter surtout le scholasticorum 
studia, qu'on trouve un peu plus loin. 

2. L. Asprenas. On se demande s'il s'agit du L. Nonius Asprenas 
dont la cause fit tant de bruit et qui fut consul suffectus en 6 après 
J.-C, ou de celui qui fut consul suffectus en 49 ap. J.-C; il est 
plus que probable qu'il s'agit du second. 

de Scauro. Sur cet orateur, v. ïntrod. p. XXVI. 

iniqui es Us. Car il est entendu que Sénèque doit parler à ses 
enfants des seuls déclamateurs qu'ils n'ont pu connaître (I Préf. 4). 

saepe causant in ipsis subselliis sqq. La race des orateurs qui 
n'étudient pas la cause qu'ils ont à plaider existait déjà au temps de 
Cicéron {de Or., 24, 103). Quintilien les blâme aussi à deux 
reprises (10, 7, 41 et 12, 8, 2). 

deinde litiganti sqq. Par ce trait il rappelle Cassius Sévèrus (III 
Préf. 4). 

vires suas noverat. Latron dit de lui-même (X Préf. 15) : nosse 
enim semet suas vires. 

ipse vultus habitusque corporis sqq. Ici encore on pense à 
Cassius Sévérus : v. III Préf. 3 et n. 

3. ex senatusconsulto combustae sunt. Il eut le même sort que 
Labiénus (cf. infra $ 5) et que Crémutius Cordus (Suétone, Calig. 16; 
Sénèque, ad Marciam 1, 3). 

libelli. Ce sont sans doute des déclamations. 
M'. Lepido. Sur ce M'. Lépidus, v. II 3, 23 n. 

4. Declamavit non quidem populo. De même Asinius Pollion 
(IV Préf. 2) : Pollio Asinius numquam admissa multitudine 
declamavit . 

et quia nondum haec consuetudo erat inducta. Il semble donc 
quelle se soit établie vers Fan 10 de notre ère. 

et quia putabat sqq. C'est ce que pensait aussi Pollion (IV 
Préf. 2). 

affectabat enim censorium supercilium. En parlant de Cassius 
Sévérus, Sénèque dit (III Préf. 4) : censoria oratio erat. 

summa infamia. Cf. Quintilien 4, 1, 11. 

5 . libertas tanta. La première fois que Sénèque parle de lui 
(IV Préf. 4), voici comme il nous le représente : homo mentis quam 
linguae amarioris. 

nondum in tanta pace. Les guerres civiles étaient finies depuis 
30 av. J.-C. et Labiénus est mort vers 12 de notre ère. 

res nova et invisitata. A rapprocher des réflexions que la même 
décision inspire à Tacite (Agricola 2); mais il montre ailleurs (Ann. 
6, 35) que ces mesures ne réussissent pas à détruire les livres 
auxquels elles s'attaquent et impriment seulement le déshonneur au 
front de ceux qui les ont prises. 



382 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

6. post Ciceronem inventa est. Cf. Suasoires 7, 11. 

Sunt di immortales sqq. Idée exprimée souvent dans la littéra- 
ture latine : v. Tibulle 1, 9, 4; Tacite Hist. 1, 3; Juvénal 13, 100 et 
se reporter à l'ouvrage d'Otto, p. lil. 

7. quo ingénia desierant. Cf. I Préf. 6. 

nec super tes esse. De cette mort, il faut rapprocher celle de Cré- 
mutius Gordus (Tacite Ann. 3, 35 et Sénèque le Philosophe ad Mar- 
ciam 22, 6). 

8. qui edidici. Sur ces cas de mémoire extraordinaire, v. I 
Préf. 2 n. 

rescriptum Labieno pro Bathyllo. Sans doute une déclamation. 
Sur Bathylle, cf. III Pref. 10 n. 

9. licet Mêla meus contrahat frontem. A rapprocher de VII 5,10 : 
Musa v es ter. 

Quis enim ferat hominem sqq. Cf. Fronton, de Feriis Alsiens. 
3 p. 334. 

10. de corio ejus nobis satisfieri. On retrouve l'expression dans 
la suasoire 7, 13; cf. aussi Otto p. 93. 

11. prima ejus syllaba in Graecum mutata. De toutes les 
hypothèses émises, la plus admissible me semble celle d'Aem. Tho- 
mas, qui suppose que Pacatus prononce le n^jenus, en pensant 
au sens obscène du verbe grec *â6xsiv et du mot latin pathicus. Peut-être 
aussi ce nom obscène était-il celui d'un personnage que nous ne 
connaissons pas. Sur cette habitude de transformer les mots, v. Quin- 
tilien 6, 3, 53. 

non intelligis telaterem lavare? Cf. Térence Phormion 186 : pur- 
gem me ? Laterem lavem. Il s'agit de la brique crue, comme le montre 
le dicton grec que le latin a imité : ^ivOov i^ûvei?. 

12. cujus declamatio est de Popillio. Cf. VII 2, 5. 

13. Fabium. V. II 4, 9. 

15. nosse enim semet suas vires. A rapprocher du § 2. 

16. ad summa evasurus sqq. Pour l'expression, cf. Tacite Liai. 10: 
summa adepturus, in levioribus subsistis. 

I. Lugens divitem sequens filius pauperis. On trouvera le 
même sujet dans Syrianus et Sopater (Walz IV 235, 32 sqq), où 
l'accusatioa dirigée contre le jeune homme est celle de «ruxocpavTia. 

Injuriarum sit actio. La plainte est recevable à Rome pour ce 
motif, que le Digeste a prévu (XL VII 10, 15, 27). 

filium et divitem inimicum. Cf. V 2. 

1. Quod sordidatus fui sqq. Pour le tour de phrase, cf. II 7, 10 
etX2, 2. 

2. barba demissa. Cf. IV 1 n. 

3. eadem via incessimus. Même mouvement dans Tite-Live 4, 3, 
8. Quod spiratis, quod vocem mittitis, quod formas hominum habe- 
tis indignantur. — On retrouvera cette sententia parmi les couleurs 
(§ 13). 

4. post terga sua non summovent. V. I 2, 3 n. 

6. Nescio quomodo miserum esse inter miserias juvat. Cf. IV 
1, 1 : Est quaedam in ipsis malis miserorum voluptas. 

per lacrimas effluit. Ovide écrit (Tristes 4, 3, 38) : Expletur 
lacrimis egeriturque dolor. 



CONTROVERSES X, NOTES. 383 

8. Macerio sqq. V, Pline l'Ancien 7, 142 sqq. 
M. Cato Pulchro objiciente sqq. Cf. IX 6, 7. 

terra marique victorem. Dans la Controverse VÏI 2, 6, Sénèque 
l'appelle terrarum marisque domitor. 

qui carmen componeret sqq. V» VIT 4, 7 et n. 

M. Bruti, sceleratissimi calumniatoris . Sur ce personnage v. 
Cicéron Brutus 34, 130 et les notes de l'édition Martha, de Off. 2, 14, 
50 et de Orat. 2, 55, 225. 

eum eloquentia lacérât. Cf. Quintilien 9, 3, 95. 

innocentior Catone. Sénèque le Philosophe (ad Marciam 22, 3) 
dit d'un personnage : non fuit sanctior quam Cato. 

9. Nulla,inquit, injuria est sqq. Erreur : v. la note sur la loi 
invoquée en tête de la controverse. Asinius Pollion s'était chargé 
(II 3, 13) de relever une autre erreur de Latron. 

pulsare non licet sqq. Ce sont, en effet, les deux grands cas pré- 
vus (Gaïus 3, 220; Paul 5, 4, 1); mais les outrages aux mœurs ne 
sont mentionnés spécialement (Paul ib. 21) que pour être définis; la 
loi poursuit tous les outrages. 

si non malo animo facit. Cf. II 1, 22 et n. 

ignoscendum illi sit. V. I 4, 6 et n. 

vestem qnam velis sumere. V. la première note sur ce para- 
graphe. 

10. De colore quaesitum est. Cf. II 1,24. 

quidam aperte sqq. De même dans la Controverse VII 1,20. 

13. Facinus indignum sqq. On retrouvera cette couleur au § 3. 

et inveniebat qui illas unice suspicerent. Sénèque a déjà re- 
marqué ailleurs (I 5,9) que les défauts même trouvent des admira- 
teurs. 

controversiam de lenone sqq. Elle est indiquée ou traitée dans Cal- 
purnius Flaccus décL 5, Fortunatianus 1, 2 (Halm p. 83, 1 sqq.) et 
Hermogène mfi x5v <nâ<7ewv 1, 6 p. 135 éd. Spengel. 

Si canem ad ostium alligasses. Allusion au chien représenté en 
mosaïque à la porte des maisons, avec l'inscription : cave canem. 

14. circumferebatur. V. II 4, 9 n. 

legunt argumenta patres. Par analogie avec l'expression légère 
ossa, « recueillir les cendres ». Cf. Ovide Héroïdes 10, 150 et Apulée 
Florides 3, 16, 67, 

ossa liberorum conjectura dividunt. A rapprocher de la Contro- 
verse III 8, 1. 

11. Vir fortis non cedens forti patri. A rapprocher de la Con- 
troverse VIII 5 et de la Déclamation 258 de Quintilien. 

Vir fortis quod volet praemium optet; si plures erunt, judicio 
contendant. La première partie de cette disposition se retrouve chez 
beaucoup de rhéteurs latins ou grecs et dans Aulu-Gelle (9, 16, 5); la 
deuxième, au contraire, figure chez le seul Calpurnius Flaccus ^22). 
Toutes les deux ne reposent sur aucun fondement dans la réalité. 

2. Vidi patrem sqq. Sur ce tour, v. II 1, 1. 

multum est pugnare cum exempto. Cf. VIII 5, 2. 

Quod contendi sqq. Pour le tour de la phrase, rapprocher II 7, 10 
et X 2, 1. 

aetatis causa agebatur. Cf. VIII 5, 2. 



384 SENEQUE LE RHÉTEUR 

3. Horatium. V. entre autres, Valère-Maxime 3, 2, 1 et Sénèque le 
Philosophe Ep. 120, 7. 

Mucius II est déjà question de lui dans la Controverse VIII 4, 2. 
Sénèque le Philosophe, en parlant de lui, emploie des expressions très 
voisines de celles dont se sert ici son père (de Ben. 7, 15, 2: Ep. 
66, 51). 

Deci. Il est question de P. Decius Mus : cf. Valère-Maxime 5, 6, 
6 et Sénèque le Philosophe Ep. 67,9. 

fortior sum. Cf. VIII 5, 1 in. 

5. cessit pater filio. Sur les collusions dans Sénèque, v. I 5, 8 n. 

6. silentium videtur confessio. A rapprocher de Gicéron pro 
Sest. 18, 40 : non infitiando confiteri videbantur. 

8. permittente lege. V. I 4, 6 n. 

propter quod praemium accepit. Même question dans Quintilien 
R. 152, 23 : an abdicari propter praemium po s sit? 

9. ignoscendum tamen sit. V. I 4,6 et n. 
Silentio virtutes vestrae transissent . Cf. IX 1,6. 

11. an vir fortis abdicari possi. Question mentionnée dans la 
Controverse I 8,7. 

12. aetatis causa sqq. V. VII 7,14 n. 
Dixeras semper sqq. A rapprocher de I 8, 4. 

13. si navigare sqq. Cf. I 4,8 n. 

ego multiplicato sqq. A rapprocher de II 2,10 et n. 

14. ad ruborem totius juventutis. Cf. encore VII 7,14. 

15. per collusionem. V. § 5 n. 

17. excitabuntur, si scierint sqq. On trouvera une idée analogue 
exprimée dans la Controverse VII 7, 14. 

19. non capit idem contubernium sqq. Idée reprise par Quintilien 
R. 54,15 sqq. 

III. Démens quod mori filiatn coegerit. Dementiae sit actio. 
Sur l'existence de cette actio, cf. VI 7, n. ; sur la possibilité du cas 
de droit posé par la Controverse, cf. II 3 n. 

virum secuta est. Cf. VI 4 et n. 

a filio dementiae. Sur les fils qui accusent leur père de folie, v. 
II 3 n. 

1. nullum fuit sqq. Inexact pour les proscriptions faites par Sylla 
(Val. -Max. 9,2,1). 

caput flevit : hoc ille propter filiam praestitit. Valère-Maxime 
(5,1,10) parle en termes identiques; les faits sont présentés de la même 
façon dans Lucain (9,1035 sqq), mais expliqués de façon désobligeante 
pour César. — Pompée avait épousé Julie, fille de César. 

2. Aliqua spiritum sqq. Cf. II 2,1 n. 

3. Quid exhorruislis? sqq. Pour le tour de phrase, v. I 6,12 n. 
crimen, de quo confessus es. Allusion au commencement du Pro 

Ligario 1,1. Cf. la Suas o ire 6,13. 

5. Optima civilU belli defensio oblivio est. C'est ce que dit 
Cicéron lui-même dans les Philippiques I 1,1. 

Caesar avertisse oculos dicitur. A rapprocher du passage de Valère- 
Maxime, indiqué dans la note à propos du § 1. 

6. Non ignoro in quanto periculo sim sqq. Cf. VII 7, 5. 

âge lege. Formule par laquelle on ordonnait au bourreau d e 



CONTROVERSES X, NOTES. 385 

procéder à l'exécution; autrefois, chez nous, on lui disait, d'une 
manière un peu analogue : « Fais ta charge. » 

7. an possit dementiae agi sqq. Se reporter à la Controverse II 
3,12 n. 

non patris regere. Cf. II 3,12. 

irnmo pr opter verbum. De même dans la Controverse II 3,14. 

8. hoc animo sqq V. II 1,22 n. 
Manlius. Cf. IX 2,19 n. 

Brutus in liberos sqq. Il est fait allusion à cette conjuration dans 
la Controverse III 9,2. 

11. eventus imputari sqq. Cf. Ovide Hér. 2,85 et Quintilien R. 
145,20. 

sed consilium. C'est évidemment la raison qui fait poser si souvent 
par Latron la question pour laquelle j'ai renvoyé plus haut à la Con- 
troverse II 1,22. 



IV. Mendici debilitati. Sur ce sujet, cf. Boissier, Religion Ro- 
maine II 187. — Cette déclamation semble avoir inspiré Quinte-Curce, 
qui a développé longuement (5,5,5 sqq.) un épisode sur lequel Dio- 
dore et Justin ont passé rapidement et qu'Arrien n'a même pas men- 
tionné. 

Rei publicae laesae sit actio. Cf. Vin. 

expositos. Sur l'exposition des enfants, v. IX 3 n. 

mendicare cogebat. L'art de mendier, à Rome, était enseigné aux 
Juifs : v. Juvénal 3,16. 

%. spoliarium. L'endroit de l'amphithéâtre où l'on achevait et 
dépouillait les gladiateurs devenus incapables de continuer à combattre. 

3. Quid exhorrescitis, sqq. Pour le tour de phrase, v. I 6,12 n. 
tôt membra franguntur ut unum ventrem impleant. Cf. la 

phrase de Pine l'Ancien (N. H. 2,158). Quoi manus atteruntur ut 
unus niteat articulus ! 

si sacerdos. Le prêtre devait avoir tous ses membres et tous ses 
sens : cf. la loi invoquée en tête de la Controverse IV 2. 

origo romanae gentis apparuit. A rapprocher de Juvénal 8, 
272 sqq. 

4. Surge tu sqq. Cf. le mouvement de la Controverse VII 4,8. 

6. genus est royandi rogare non posse. Ce trait a été imité par 
Saint Jérôme, ainsi que presque tout le § 4, dans une lettre à Pam- 
machius (66,5; p. 641 éd. Migne, t. I). Le toUr de phrase lui-même a 
été souvent repris par les écrivains postérieurs, notamment par Sénè- 
que le Philosophe (cf. Morawski, article de VEos II p. 1-13). 

peccavit aliud quam quod natus est. A rapprocher encore de 
Pline l'Ancien N. H. 7,3 : et a suppliciis [homo] vitam auspicatur, 
unam tantum ob culpam, quia natum est. 

petes alimenta tamquam aluerit. Allusion à la loi invoquée en 
tête de la Controverse IX 3 : Expositum qui agnoverit, solutis 
alimentis recipiat. 

7. Spiritum tibi non relinquerem sqq. A rapprocher des paroles 
d'Albucius Silus dans la controverse suivante, § 17. 

8. nuptiis dira omina. Cf. IV 1,2 n. 

9. exigi a te talio non potest. En vertu de la loi des déclama- 

t. il. 22 



386 SENEQUE LE RHETEUR 

tiOns : talionis sit actio. V. III 1, 2; Quintilien Décl. 358 et 372; 
Calpurnius Flaccus Decl. 42. 

11. Pour la division de cette controverse, cf. IX 2, 15 et X 5, 13. 

an laesa sit respublica. Question toujours posée dans les contro- 
verses de ce genre : v. Quintilien 7, 3, 2; 7, 4, 37. 

manifesta statim reipublicae damna sunt sqq. De même dans 
Quintilien R. 62, 18 sqq. 

et lanista... et leno. Ces deux personnages sont souvent cités l'un 
près de l'autre : v. par exemple Sénèque le Philosophe Ep. 87, 15. 

Ego non /audari reum sqq. De même dans la Controverse 1X2, 18. 

13. servi sunt. Exact en théorie, mais non dans la pratique 
(v. Boissier Religion romaine II 317-318). 

talionis agere. V. la note sur le § 9. 

14. non in testamentis. Les esclaves, sauf exception et réserves, 
étant regardés comme incapables de posséder un patrimoine, n'ont 
pas de place sur les testaments, qui ont pour but de transmettre un 
patrimoine. 

15. sustulisse. Expression employée habituellement en parlant du 
père, qui reconnaissait ainsi son enfant. 

16. omine infausto editos. Peut-être y a-t'il ici une allusion aux 
monstres, que la loi des XII Tables permet de laisser mourir (IV 1). 

17. castratorum grèges habent. Cf. Sénèque le Philosophe de ira 1 , 
21 , 3 : puerorum grèges castrat, et fragment 34. V. aussi Ovide Am. 2, 
3. Il faut remarquer à ce propos que la loi ne punissait la castration, 
que quand elle était faite contre le gré de l'intéressé. 

au longiorem patientiam. Cf Sénèque le Philosophe Ep. 122, 7. 
Numquam vir erit y ut diu virum pati possit. On trouvera le même 
sens, attribué à patientia, dans les Questions Naturelles 1, 16, 6. 

ingenuorum ergastulis Les ergastules étaient ordinairement peu- 
plés d'esclaves. 

20. imitatos. Sans doute par exercice, comme Arellius Fuscus : 
v. IX 1, 13 n. 

21. virilius dixit. De même, dans la Controverse I 8, 15 : hune 
sensum a Latrone fortius dictum. 

22. In poenas quotiens tibi renascendum est? Allusion au prin- 
cipe du talion, qui semble admis par les déclamations : v. S 9. Cette 
idée semble avoir inspiré Sénèque le Tragique, Oed. 942 sqq. 

23. licentiae minus. Cf. I 2, 22 : a Graeis declamatoribus 
tractum, qui nihil non et permiserint sibi et impetraverint. Sur 
cette licentia, voir Martial 9, 11, 14. 

V. Parrhasius et Prometheus. Rei publicae laesae sit actio. 
Cf. V 7. 

Parrhasius . Phidias figure dans la Controverse VIII 2 ; le sujet 
des deux controverses semble tiré de l'imagination des rhéteurs. 

Olynthios. Sur les sujets tirés des Olynthiens, v. III 8 n. 

1. Pro Juppiter ! Pour ces appels aux dieux, cf. V 3, 2. 
redde me Philippo. Cf. VII 1, 6 n. 

2. Hoc hospitio Olynthius sqq. A rapprocher de la Contro- 
verse III 8, 1 et n. 

3. ubi fortasse nos tabulam foederis posuimus. C'est, en effet,, 
dans les temples, que l'on conservait le plus souvent les archives. 



CONTROVERSES X, NOTES. 387 

4. reductis introrsus oculis. Cf. 11,8. 

5. corrupisti duo maxima sqq. Reproduit exactement parmi les 
couleurs (§ 20). 

6. crure debili sqq. Cf. Aulu-Gelle 2, 27, 1. C'est au siège de 
Méthône que son œil avait été crevé. 

7. ignés dividentem. A rapprocher de Cornificius, ad lier. 4, 6, 9; 
de Cicéron Tusc. 2, 10, 23 et d'Horace Odes 1, 3, 27 sqq. 

9. ex altéra tortor sqq. Cf. II 5, 6 n. 

10. aram misericordiae orna. Sur cet autel de la miséricorde à 
Athènes, v. Pausanias 1, 17, 1 ; à Rome, v. Servius ad Aen. 8, 342. 

13. ei, quant habuerat sqq. Il s'agit delà Controverse 4, 14. 
hoc ipso libro. Sur la division en livres, v. II Préf. 5. 

Quid perdiditl sqq. Pour tout ce développement, cf. IX 2, 15. 

14. eodem loco essent, quo Athenienses. V. III 8 n. 

Rerculis liber os occidentis. Cf. Cicéron Académiques 2, 28, 89 
et Lucain 1, 576 sq. 

16. conjunctos nobis esse foedere. V. III 8 n. 

17. medicos... viscera rescidisse. Tertullien (de anima 10) nous 
parle du médecin Hérophile, qui avait disséqué six cents cadavres. 

nisi putasset Mi poenam esse vivere. Cf. X 4, 7 : Spiritum tibi 
non relinquerem, nisi crudelior futurus essem relinquendo. 

19. nihil non domino licere. C'est, en effet, ce que prouvent bien 
les restrictions apportées au pouvoir des maîtres et dont Tune — 
édictée par Antonin le Pieux — frappe des peines de l'homicide le 
maître qui tue un esclave sans motif (Girard p. 96). 

20. Triarius autem sic vert it sqq. Cette couleur se trouve déjà 
au § 5. 

22. Timagene. Timagéne d'Alexandrie, amené à Rome en 55. av. 
J.-C. comme captif : professeur de rhétorique au temps de César et de 
Pompée ; composa aussi des ouvrages d'histoire. 

acidae linguae. C'est aussi ce que nous dit Suidas, à propos de lui. 

cum illi multis de causis sqq. On trouvera le même récit, en 
termes identiques, dans Sénèque de ira 3, 23, 4-8. 

27. Traditur enim Zeuxin sqq y V. Pline JV. H. 35, 66. On trou- 
vera dans l'Abrégé de Valère-Maxime (8, 11, 4), des exemples d'ani- 
maux trompés par des tableaux. 

Zeuxin aiunt sqq. Cf. Strabon parlant dé Protogéne (14, 2, 5). 

28. Triptolemum. V. Ovide Met. 5, 643 sqq. 

VI. Fur accusator proditionis. Fur contione prohibeatur. 
Cf. V 6, n. La loi Julia Municipalis range parmi les inéligibles les 
citoyens condamnés pour vol : mais il ne s'agit que de fonctions 
municipales. 

agit injuriarum. La plainte n'était pas recevable; cf. V 6 n. 

2. Mille navium duces. Chiffre rond, comme dans Virgile (En. 
2,198; 9,148). 

3. Nihil non licet pro republica facere. Cf. de Senectute 4,11. 

4. nocturnum furem occidi quoquo modo jubet. La loi des 
XII Tables dit (VIII 12) : Si nox furtum faxsit... jure caesus esto. 

fatum pub licae felicitatis. A rapprocher de IV 7, 1. 
non tune primum fecit. Cf. VII 7,12, les .paroles de Romanius 
Hispon. 



388 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 



SUASOIRES. 



I. Délibérât Alexander an Oceanum naviget. II y était 
décidé, si la mort n'était pas venu le surprendre, à en croire Corni- 
iïcius {ad. lier. 4, 22, 51) et Lucain 10, 36. — Pour le sujet, cf. VII 7,19. 

1. aiunt fertiles sqq. Question pour ainsi dire classique : v. Quin- 
tilien 3, 8, 16; 7, 2, 5; 7, 4, 2. Saint Augustin se prononce pour la 
négative, civ. dei 16, 9. 

Hercules. Alexandre est souvent ainsi rapproché d'Hercule et de 
Bacchus (v. § 2): cf. par exemple, Quinte-Curce 9, 4, 19; Sénèque le 
Philosophe de Ben. 1, 13, 2. 

immotum mare sqq. A cette description, cf. Pline N. H. 9, 4; 
Sénèque le Philosophe ad Marciam 18, 7 et surtout Quinte-Curce 
9, 4, 18, qui semble s'en être inspiré. 

2 Résiste. Cf. le Scholiaste B à propos de la Pharsale, 3, 233 : 
Alexander Magnus, cum Oceanum pernavigare vellet, subito vocis 
sonitu monitus est : Désiste. 

Nihil tantum est sqq. Idée développée par Quinte-Curce 9, 6,6-16. 

exoptatus tuis. Cf. Quinte-Curce 9, 2, 10-11 et surtout 9, 4 : adesse 
finem laboris omnibus votis expetitum. 

idem sunt termini et regni tui et mundi. A rapprocher, pour 
l'expression, de Cicéron pro Sestio 31, 67 et d'Ovide Fastes 2, 
684. 

cum orbe. Cf. Velleius 2, 46, 1 : alterum paene imperio nostro ac 
suo quaerens orbem, Morus 1, 45, 16 et Sénèque le Philosophe Ep. 
119, 7. 

et cum sole. De même dans Cicéron Catil. 3, 11, 26 et 4, 10, 21. 

ultra Liberi patris trophaea. V. la note du § 1 sur Hercule. Se 
souvenir du mot de Napoléon I* r : « Je trouverai en Espagne les 
colonnes d'Hercule, mais non des limites à mon pouvoir. » 

totius orbis vinculum. Pour l'expression, à rapprocher de Sénèque 
le Philosophe ad Marciam 18, 7 et de Sénèque le Tragique Médée 375 ; 
pour l'idée, se reportera Aulu-Gelle 12, 13, 20. 

modo saeviente fluctu sqq. On trouvera ces indications développées 
chez Quinte-Curce 9, 9, 9 sqq. 

taetra caligo fluctus premit. Cf. l'expression de Quinte-Curce 7, 3, 
11 umbra... premit terram. Pour l'idée, à rapprocher de Florus, 1, 
33,12. 

3. Magni pectoris est inter secunda moderatio. Cf.Arrien Anab. 

5, 27, 9. KaXov £è, u> Pa<riXtû'... xa\ ^ Iv i3> euTU^eTv auxpçcxrûviri. 

Alexandro orbis angustus est. Cf. Juvénal 10, 169 : Aestuat 
infelix angusto limite mundi. 

maria intra terminos suos agitantur. Sénèque le Philosophe 
écrit [N. Q. 3, 30, 7) : terra pelagus stare aut intra terminos suos 
fur ère coget. 

Quiquid ad summum pervenit sqq . Cf. Sénèque le Philosophe 
ad Marciam 23, 3 : Quicquid ad summum pervenit, ad exitum 



SUASOIRES, NOTES. 389 

prope est. La même idée est développée par Velleius Paterculus 1, 16 
et 17, particulièrement 17, 6. 

Orbem, quem non novi, quaero. Alexandre dit de même, dans 
Quinte-Curce (9, 6, 20) : Aliam naturam, alium orbem aperire mihi 
statut. 

4. Immanes propone belluas. Cf. Quinte-Curce 9, 3, 8. 

natura circumfudit Oceanum. Même expression dans Cicéron 
Songe de Scipion 6, 13 ; expression voisine dans Catulle 64, 30 et 
Ovide Met. 1, 37. 

in hos, per quos navigatur, sinus. De même dans les Questions 
Naturelles 3 8 : Oceanum et sinus ejus et ad Marciam 18, 6 : 
Oceanus... tripliez sinu scindens. 

quasi spiramenta. Cf. Lucain 10, 246 sq. : sunt qui spiramina 
terris Esse putent et Sénèque le Philosophe N. Q. 6, 23, 4. 

exaestuet. De même dans Sénèque le Philosophe, ad Marciam 18, 
6 : ingenti licentia exaesiuans. 

quod adhuc quid sit disputatur. Cf. Quintilien 7, 4, 2 ; Sénèque 
le Philosophe appelle l'Océan ignotum mare (de Ben. 7, 2, 5 ; Ep. 
119, 7). 

5. quos super bissimos. Sur l'orgueil d'Alexandre, v. surtout Elien 
Varia Historia 9, 3 fin. 

orbis illum suus non capit. On trouvera des expressions analogues 
dans Démosthène Midienne 200, Quinte-Curce 7, 8, 12, Sénèque le 
Tragique Herc. fur. 965, Lucain 1, 111 et 10, 455, Juvénal 10, 148 
et 168, Florus 2, 13, 14. 

censori ejus. Il attribue à Callisthène ce qui est arrivé à Clitus : 
v. Quinte-Curce 8, 1, 45; 5, 13; Plutarque Alex. 50 sqq. ; Arrien 
4, 9, 4. 

mirari se dixerat sqq. Cestius met dans la bouche de Callisthène 
des paroles prononcées par Antipater, suivant Dion Chrysostome 
(Or. 64, 21), par Anaxarcrae selon Diogène Laerce (9, 10, 60), ou par 
Alexandre lui-même, suivant Plutarque (Alex. 28) et Sénèque le 
Philosophe (Ep. 59, 12) ; voir aussi Athénée 6, p. 251. 

6. velletse Liberum patrem dicisqq. Cf. Dion 48, 39, 2. Plutarque 
raconte aussi (An t. 26, 2) que, quand Cléopâtre vint trouver Antoine, 
on dit que Vénus venait faire la fête avec Bacchus. 

nasus Atticus. Locution proverbiale, v. Otto p. 44. — Plutarque 
nous dit en effet {Ant. 23, 2) qu'Antoine montra beaucoup de modé- 
ration pendant les premiers temps de son séjour en Grèce. 

"OxTaoma. Sœur d'Auguste. 

7. res tuas tibi habe. La formule de la répudiation, employée par le 
mari ou le père du mari, était : tuas res tibi habeto. Cf. II 5,9. 

Dellius. Sur ce personnage, dont les défections se placent en 43 
av. J.-C, historien, auquel Horace a adressé l'Ode II 3, v. surtout 
Velleius Paterculus, 2, 84, 2 et Plutarque Antoine 59, 2. 

desultorem bellorum civilium. Cf. l'expression d'Ovide Am. 1, 3, 
15 : desultor amoris. 

illos tibi annua, (Henni, trienni die debere. En cas d'action rei 
uxoriae, née de stipulation, le mari, que la restitution immédiate des 
objets qu'il ne doit pas avoir en nature pourrait gêner, obtient géné- 
ralement de les rendre en trois annuités, annua, bima, trima die (Girard 
950). Le conseil de Dellius veut donc dire : « Puisque les Athéniens 

t. n. 22. 



390 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

considèrent que Minerve t'impose le divorce, ils doivent te restituer la 
dot que tu es censé avoir apportée : procède donc comme en matière 
de divorce et permets-leur de s'acquitter en trois termes. » 

9. quae arbitrio suo constitit. C'est là l'auTâçxeia des Stoïciens : 
cf. Gicéron Tusc. 5, 12, 36. — - V. aussi Sénèque le Philosophe de Ben. 
7, 2, 5-6etEp. 119, 7. 

absorberi terras et maria siccari. Cf. Sénèque le Philosophe 
N. Q. 6, 7, 6. Peut-être Fabianus songe-t-il aux îles qu'on vit, en 19, 
sortir brusquement du sein de la mer (Pline N. H. 2, 89). 

10. ullas in Oceano sqq. Cf. § 1 n. 

11. Plution, mentionné par saint Jérôme en 33 av. J.-C. 

12. Tumidum est sqq. Tout ce développement a été imité par Her- 
mogène (^ e&><rewç 4, 12 éd. Spengel II p. 257) et par un anonyme 
(éd. Spengel III 118, 7 sqq). 

15. Pedo Albinovanus. V.II 2, 12 n. 

Germanico. Il s'agit de Germanicus le père, dont le vovage se place 
en 12 av. J.- G. — De cette description, rapprocher celle de Tacite 
Ann. 2, 23. 

V. 5. pigris immania monstra sub undis. Cf. Tacite Ann. 2, 24. 
Miracula narrabant... monstra maris, ambiguas hominum et 
belluarum formas. 

V. 6. saevas undique pristis. Cf. Virgile En. 3, 427 : immani 
corpore pristis; et Pline l'Ancien N. H. 9, 4 et 8. 

V. 8. Jam sidère lirno sqq. V. Tac. Ann. 1, 70 : quo levior classis 
vadoso mari innaret, vel reciproco sideret. 

V. 11. jam non felici sqq. Virgile a écrit dans les Bucoliques, 
6, 77 : 

Ah ! timidos nautas canibus lacérasse marinis. 

20 sqq. Sur le sentiment exprimé ici, cf. Boissier Religion Ro- 
maine I 284 n. 

Iï. Trecenti Laco sqq. Il semble que l'on a dû imaginer, en 
Grèce, un assez grand nombre de suasoires tirées des Guerres Médi- 
ques : cf. ici les §§ 11 et 12, la Suasoire 5 et voir le Discours 5 d'Hi- 
mérius. 

treceni ex omni Graecia missi. Hypothèse contraire à l'histoire. 

1 Quid dicam sqq . Tour très fréquent dans les discours . 

2. erratis si metuendam creditis mortem. Sénèque le Philosophe 
se moque de cet argument (Ep 82, 20.) 

sub eodem pueritia fato est. Pour le développement de cette idée, 
cf. Sénèque le Philosophe de provid. 5, 7 et ad Marciam 21, 7. 

feminis quoque frequens sqq. Cf. 112, In. 

Othryadem. Allusion au Lacédémonien Othyade, qui, resté seul de 
trois cents Spartiates chargés de combattre contre trois cents Argiens, 
mourut après avoir écrit sur son bouclier en lettres tracées avec son 
sang : « J'ai vaincu. » V. entre autres, Hérodote 1, 82 et Valère- 
Maxime 3, 2 ex t. 4. 

3. Ibi muros habet ubi viros. Cf. Plutarque Apophtegmata 
Laconica 29 p. 210 c. 

montes perforât, maria contegit. Une allusion à ces deux faits se 



SUASOIRES, NOTES. 391 

trouvait dans toutes les déclamations, si l'on en croit Lucien (Rhet. 
praec. 18 et 20). 

quae ad invidiam perducta sunt. Cf. la thèse de Tournier sur la 
Némésis. 

5. Thebae sacris. Il s'agit du culte de Bacchus. Sénèque le Tragique, 
(Herc. fur. 265) nomme Thèbes la ville quae coelites Recepit et 
quae fecit et {fas sit loqui) Fortasse faciet. 

6. mûri nos tri arma sunt. Cf. § 3 n. 

7. Xerses multos secum adducit sqq. A rapprocher de Sénèque 
le Philosophe de Ben. 6, 31, 1 sqq. 

8. aut in his aut cum his. V. Plutarque, Apophtegmata Laco- 
' nica 14 p. 241 f. 

Son servio. Ce trait est commenté par Sénèque le Philosophe ép. 
77, 14. 

Videat trecentos Xerses sqq. Cf. Sénèque le Philosophe de Ben. 
6, 31, 5. Tôt ista gentium milia trecenti morabuntur... 6.. . Aesti- 
mabitis futura damna, cum computaveris quanti Thermopylarum 
angusta constiterint. 

9. Non vincent nos, sed obruent. Repris aussi par Sénèque le 
Philosophe, de Ben. 6, 31, 2 : nihil esse dubii quinilla mole non vinci 
solum Graecia, sed obrui posset. 

10. luxuriosas putetis an végétas. Cf. II Préf. 1. 

alius alia inciinatione vocis sqq. Sur cette mode, v. Quintilien 8, 
3, 76; 11, 3, 57 et Aulu-Gelle 10, 19, 2. Lire aussi Jullien, les Pro- 
fesseurs de Rhétorique dans V ancienne Rome p. 249. 

11. apud Herodotum. 11 se trouve, en réalité, chez Diodore 11, 
9, 4, ou chez Plutarque Apophtegmata Laconica 13 p. 225 d. Sur 
ce mot, traduit par Valère-Maxime (2, 2 Ext. 3) et Sénèque le Philo- 
sophe {Ep. 82, 21), voir ce dernier (ib.). Pour l'erreur, cf. IX 1,13. 

12. Sabinus Asilius. Sur ce personnage, cf. IX 4, 17 sqq. 
Cornélius Severus. Poète ami d'Ovide (Pont. 4, 2, 1; 4, 16, 9); 

d'après le témoignage de Quintilien (10, 1, 89), il semble avoir été 
meilleur versificateur que poète . 

stratique per herbam. Imité de Virgile En., 9, 164 : fusique per 
herbam. 

« Hic meus est, dixere, dies. » Cf. Sénèque le Tragique, Médée 
1017. Meus dies es t . 

13. in choro manum ducente grammatico. Allusion aux exer- 
cices d'école. 

14. per sepulchra nostra jurabitur. Comme Démosthène dans 
son serment cité plus bas et resté fameux (v. Quintilien 9, 2, 62; 98 ; 
11, 3, 168; 12, 10, 24). 

nisi antiquior sqq. On trouvera un anachronisme identique 
au § 22. 

15. Potamon, fils de Lesbonax; homme d'état, qui dirigea Mity- 
lène, sa patrie. Il a laissé des ouvrages d'histoire et de rhétorique. 

Lesbocles. V. I 8, 15 n. 

nemo umquam postea declamantem audivit.Cî. IV Préf. 4 et 5. 

16. litteras didieerant. V. § 2 n. 

17. ut Messala ait. A rapprocher de 114, 8. 
cognomentum. Forme archaïque. 

ponat sane contra caelum castra. Cf. S. 5, 2 et 4. 



392 SÉNÈQUE LE RHETEUR 

18. sed viri sqq. Tour imité par Sénèque le Philosophe de cons- 
tant tia sapientis 13, 4. 

19. belli mora concidit Hector. Ces deux vers, surtout le premier, 
sont imités d'Homère, Iliade 22, 391 et 393. La fin du premier est 
prise à Virgile En. 6, 657 : paeana canentes. L'expression même 
indiquée en tête de cette note se retrouve dans Ovide Met. 12, 20: Sed 
erit nostrimora longa laboris, Sénèque le Tragique Troyennes 24: 
mora fatorum et Agam. 211 : Non sola Banals Hector et bello mora 
et Lucain 1, 100 : Crassus erat belli... mora. 

at nunc cuilibet sqq . La même idée est exprimée dans la Préface 
du Livre I, § 10. 

20. Messala aiebat sqq. On verra une suppression analogue opérée 
par Ovide dans la Controverse VII 1, 27. 

21 . Corvo . . . testimonium stuporis. On dirait que Sénèque songe 
à la fable de Phèdre (14, 12), qui, pourtant, d'après M. Havet, n'était 
pas publiée : 

Tune demum ingemuit corvi deceptus stupor. 

Sosio Mi. Pour les déclamations devant de grands personnages, cf. 
VII 6, 22. — C. Sosius, consul en 39 av. J,-C, proconsul de Syrie en 
38, triompha des Juifs en 34, fut consul de nouveau en 32. Cf. Tacite 
Hist. 5, 9. 

Mitrata. Coiffée de la mitre, sorte de bonnet avec des mentonnières, 
que portaient les femmes et les hommes efféminés : v. Lucrèce 4, 1121 
et Virgile En. 4, 216 et 9, 616. 

22. Tus eus. S'appelait vraisemblablement Cornélius Tuscus : v. 
Tacite Ann. 6, 29 et 30 sur l'accusation dirigée contre Scaurus. 

cum hoc post multos annos sqq. A rapprocher du § 14. 

23. cultus et fracta compositio. Cf. la Préface du Livre II, § 1. 

III. Délibérât Agamemnon sqq. 1. quam ne omnis ex voto 
iret dies. Cf. II 5, 8. 

Alias negatis imbribus sqq. De ce développement rapprocher 
celui de Sénèque le Tragique, OEd. 41-50. 

luna cursu gerit. Pline l'Ancien, N. H. 18, 347 sqq. s'occupe des 
présages tirés de la lune. 

quse, sive plena sqq. Hygin (Astronomica 4, 14) examine la 
question de savoir si la lune brille de sa lumière propre ou l'emprunte 
au soleil. A rapprocher aussi des §§ 4 et 5. 

2. deae templo. Cf. Ovide, Met. 4, 798 et 12, 28. 

4. auguriis negavit credendum. Cf. Suasoire 4, 1. V. aussi Tite- 
Live, 43, 13; Sénèque le Philosophe N. Q.2, 32,3 et Quintilien. 3,11, 
6 et 5, 7, 36. 

Vergilii versus voluit imitari. C'était son habitude, comme le 
montre la Suasoire 4, 4 et 5. 

5. Luna, rêver tentes sqq. Imité par Végèce, 5, 11, de prognos- 
ticis quibus nascitur serenitas et turbatio aeris et par Macrobe S, 
16, 5. Pour le premier vers, cf. Sénèque le Tragique Oedipe, 505 : 

Lunaque dimissos dum pîena recol'igel ignés. 

interpretis. A rapprocher de Virgile Ew.,3, 359: [Calchas] inter- 
pres divum et de Sénèque le Tragique, Troyennes, 351 et 938: inter- 
pres deum. Pour l'idée, v. Suasoire 4, 1. 

plena deo. Ne se trouve pas dans notre texte de Virgile : le mot fîgu- 



SUASOIRES, NOTES. 393 

rait peut-être dans une rédaction que nous n'avons plus. Dans tous les 
cas, il a été repris ou imité par Lucain, 9, 564 : Stace Theb., 
10, 264; Silius Italicus, 3, 673 et 5, 80; Valérius Flaccus, 1, 230. 

7. Hateri. Sur l'abondance de ce personnage, v. IV Préf. 7 et les 
notes. 

Theodoreus. V. YIntrod , p. XXVI. 

Nasoni suo. Pour cette amitié, v. Ovide, Pont., 4, 11. 

in multis aliis versibus Vergilii. Sur l'imitation de Virgile par 
Ovide, v. la dissertation de Liedloff (Leipzig, 1884), surtout p. 15. 
Ces imitations plaisaient aux contemporains d'Auguste, comme le 
montre M. Dosson, dans sa thèse sur Quinte-Curce p. 288. Gf aussi 
Servais in Aen, 10, 18. 

IV. Délibérât Al exander Magnus sqq. 1. Quis est, qui sqq. 
Cf. Suas 3, 4 et n. et 6. 

2-3. A rapprocher de Sénèque le Philosophe, Ep. 88, 15; Lucain, 
1, 642 sqq; Manilius, passim, surtout 4, 262 sqq.; cf. aussi Tacite, 
Ânn. 6, 22 et Aulu-Gelle, 14, 1. Consulter également Bouché-Leclercq, 
Histoire de la divination dans l 'antiquité, I, 205-258 et se reporter 
à Mos. et Rom. Legum collatio, 15, 2, 1 (Girard Textes 523) où l'on 
cite un fragment d'Ulpien sur les devoirs du proconsul de mathema- 
ticis et vaticinatoribus. 

cui patuit Oceanus. V. la Suasoire 1 . 

4. Vergili versum. Pour l'imitation de Virgile, à rapprocher de la 
Suasoire précédente, § 5 . 

5. abdidit ensem. Expression imitée par Sénèque le Tragique, 
Troyennes, 48 et 1155; Thyeste, 722 et par l'auteur àeVOctavie, 370 
et 733. 

videretur dixisse cultius. Gf. Il Préf. 1. 

suasorias libentissime. Gomme Fabianus (II Préf. 2) et Ovide 
(II, 2, 12). 

V. Délibérant Athénienses sqq. I.indeos arma tulerat. Cf. 
Suas. 2, 18. 

Quid dicam Salamina ? Sur Salamine, v. Cicéron. Tusc, 1 46, 
110. 

Çynaegiron. V. IX 1, 2 n. 

Polyzele, général athénien devenu aveugle pendant la bataille 
même de Marathon (Plutarque, 305 B : cf. 347). 

4. illorum bellum fuit. Cf. Suas. 2, 18. 

5. numquam magna imperia otiosa. A rapprocher de Tite-Live, 
30, 44, 8. Nuila magna ciritas diu quiescere potest. 

7. Repleat ipseprius Atho. Cf. Suas, 2, 3 n. 

8. Diutius illi perire possunt quant nos vincere. Tacite dit, d'une 
manière analogue, dans la Germanie (37) : Tarn diu Germania vin- 
ci tur. 

VI. Délibérât Cicero an Antonium deprecetur. Cf. VII, 2 

et Suasoire 7. 

1. Verba déficient. Allusion à deux passages des lettres de Cicé- 
ron, ad Fam. 2, 11,1 et 13, 63, 1. 

tuos consules. Cf. I Préf. 11. 



394 SÉNÈQUE LE RHÉTEUR 

Jam nostra peracta sunt. C'est ce que Cicéron écrit lui-même à 
Brutus {ad Brut. 1, 2, 5). 

2. M. GatOy solus maximum vivendi moriendique exemplum. 
Cf. VIII 4, 2; X 3,5; Virgile En. 8, 670: Valère-Maxime 3, 2, 14; 
Velleius Paterculus 2, 35, 2 et Sénèque le Philosophe de provïd. 
2, 10; de const. 2,2; Ep. 24, 6 sqq. 

« Imperator, inquit, bene se habet. » Mot cité dans Tite-Live 
per. 114; Valère-Maxime, 3, 2, 13; Sénèque le Philosophe Ep. 24, 
9; Florus 2, 13, 68 et Quintilien R. 420, 18. Cf. aussi la Sua- 
soire 7, 8. 

« Vetat, inquis, me... » Résumé de la pensée développée à deux 
reprises dans le Pro Milone (34, 92 ; 38, 105). 

3. Sullanasitis. Expression presque proverbiale; v. Otto p. 334. 

auro rependuntur. Latron semble penser à la mort de Cicéron : 

Antoine donna à Popillius, lorsqu'il lui apporta la tête de Cicéron, un 

million de sesterces, en dehors des cent mille sesterces promis par 

Tédit de proscription. 

tempora, o mores ! Expression devenue aussi proverbiale ; v. 
Otto, p. 343 et cf. Quint